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Orwell : Le Quai de Wigan

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En 1937, George Orwell inaugure le roman sans fiction. Il part en reportage dans le pays minier anglais, décor déprimant de terrils où les ravages de la grande industrie lui inspirent une œuvre, à l’époque inclassable, mais dont la pertinence lui fait traverser les décennies sans une ride.

Curieux d’ailleurs qu’elle n’ait pas meilleure « presse » (un comble !) Il est maintenant impossible de la trouver en format de poche alors que d’autres écrits d’Orwell ( 1984, La Ferme des Animaux) sont publiés par différents éditeurs.

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Se posant en témoin, au plus près des acteurs, puisqu’il partage leur gîte et leur couvert dans une pension de famille sinistre, allant de maison en maison en prenant des notes, il restitue sans fard un quotidien fait du plus extrême dénuement dans cet environnement saccagé par ce qui est la seule source de travail : l’exploitation du charbon.

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Le fameux quai, à Wigan, est juste un ponton branlant au-dessus d’un canal bourbeux. Va pour l’exotisme et la dérision affichés, mais aussi pour le « sentiment d’un pourrissement absurde et immobile » ressenti.

On serait tenté de sourire à certaines descriptions triviales si le mépris ayant présidé à l’édification de leurs causes n’était pas si abominable : une rangée de douze « maisons » (une pièce au dessus de l’autre) signifie en fait vingt-quatre habitations dos à dos, l’une donnant sur la rue, l’autre sur la cour. Ce qui oblige à faire le tour du pâté de maison pour atteindre les « commodités ». Un détail ? Et si l’on avait obligé les concepteurs de ces taudis à y vivre ? Ceci pour les plus chanceux, car les autres occupent des « parcs à roulottes » où chaque humain dispose pour tout espace vital de l’équivalent d’une « cabine de WC publics. » Ne parlons pas du loyer exigé pour ces tanières....

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La première partie comporte des descriptions de « l’enfer » que n’aurait pas reniées Zola. La similitude de leur travail d’investigation est frappante. Elle se présente au final comme un hommage aux « cariatides crasseuses », ainsi qu’il surnomme les damnés qui descendent au fond, sur les épaules desquels repose le développement de tout ce qui n’est pas crasseux, justement. « C’est la contrepartie obligée de notre monde d’en haut ».

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Pas plus fier que ça de n’être là qu’en témoin, il insiste sur les conditions inhumaines d’exploitation : certaines vieilles femmes peuvent encore raconter comment « un harnais autour de la taille et une chaîne passant entre les jambes » elles devaient « tirer des wagonnets chargés de charbon et ne s’arrêtaient même pas quand elles étaient enceintes ». Et de se dire que si le confort de tous, à l’époque plus « moderne » où il écrit, devait en passer encore par là, les mêmes femmes subiraient le même esclavage : « nous préférerions encore voir cela plutôt que d’être privés de charbon ».

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A quel prix humain, le développement ? La question est toujours d’actualité. Pas tout à fait dans les mêmes termes, mais enfin, on meurt toujours au travail.

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Et les chômeurs, et les travailleurs pauvres « qui pourraient tout aussi bien l’être aussi « étant donné que le salaire perçu ne saurait en aucun cas permettre de vivre décemment », et l’attribution étriquée des secours publics...

Voilà, on y est. 1937-2009, même constat.

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La deuxième partie, une fois digéré le témoignage, nous ramène en terrain malheureusement connu. « Rien ne se perd, etc... » ? Voire ! Car les mots d’Orwell ont bel et bien été jetés au vent sans germer nulle part. Sinon comment expliquer que le socialisme soit toujours dans le même état de momification plus de 70 ans après ?

Des passages entiers de son analyse pourraient être lus dans nos quotidiens actuels.

« Avant de se déclarer en connaissance de cause pour ou contre le socialisme, il convient de déterminer si l’état de chose actuel est tolérable ou intolérable, et d’adopter une attitude sans ambiguïté face au problème infiniment complexe qu’est celui de l’appartenance de classe ».

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Concernant la haine de classe :

« L’idée que les classes laborieuses ont été stupidement chouchoutées, perverties à jamais par les allocations de chômage, les pensions de vieillesse, la gratuité de l’enseignement, et encore largement répandue » : 1937 ou 2007 ?

« Si la haine de classe semble aujourd’hui en baisse, c’est qu’on la voit moins souvent exprimée noir sur blanc, en partie à cause du ton patelin qui prévaut aujourd’hui, en partie parce que les journaux, et même les livres, ont besoin de se ménager les faveurs du monde ouvrier » : 1937 ou 2009 ?

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« Cela dit, que peut-on attendre du socialisme ? Il est à peine besoin de le répéter, nous nous trouvons en ce moment dans une situation grave, si grave que même les esprits les plus fermés peuvent difficilement feindre de s’en accommoder . Nous vivons dans un monde où personne n’est libre, où presque personne n’est vraiment à l’abri, où il est à peu près impossible de rester honnête si l’on veut simplement continuer à vivre.Une très grande partie de la classe ouvrière [...] ne peut espérer qu’un recul temporaire du chômage quand telle ou telle industrie se voit artificiellement insuffler une vigueur nouvelle grâce, par exemple, au réarmement. Les classes moyennes, pour la première fois dans leur histoire, commencent à sentir passer le vent du boulet. »

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« Et pendant ce temps, tout être capable de se servir de son cerveau voit bien que le socialisme, en tant que système appliqué sans réticences à l’échelle mondiale, offre une issue à nos maux. Le socialisme nous garantirait au moins de quoi manger même s’il venait à nous priver de tout le reste. En un sens, le socialisme est si conforme au bon sens le plus élémentaire que je m’étonne parfois qu’il n’ait pas déjà triomphé. »

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« Il devient terriblement urgent de découvrir POURQUOI le socialisme a perdu de son crédit. Il faut en comprendre les raisons c’est à dire se mettre dans la peau de celui qui le refuse. »

« J’instruis un procès destiné à ce type d’individu qui se sent en sympathie avec les buts fondamentaux du socialisme, qui est assez intelligent pour voir que le socialisme peut « marcher », mais qui, en pratique, prend la fuite dès que le mot de socialisme vient à être prononcé. Interrogez une personne de cette sorte et vous obtiendrez très souvent la réponse en forme de pirouette suivante : « Je n’ai rien contre le socialisme mais je suis contre les socialistes ».

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Suit une analyse des différents modes de perception de ce que recouvre le mot « socialisme » selon la classe à laquelle on appartient. Les distorsions les plus gênantes, génératrices d’incompréhension, de frustration, se situant entre ouvriers et ex-ouvriers, « orateurs professionnels » dont les discours transcendés par la foi militante oublient souvent les réalités de terrain dont ils n’ont plus vraiment à subir les rigueurs.

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Pour l’un «  sa vision d’un avenir socialiste est une vision de la société actuelle débarrassée de ses abus les plus criants, mais s’organisant autour des mêmes centres d’intérêt qu’aujourd’hui -la famille, le pub, le football et la politique locale. Quant à l’aspect philosophique du marxisme, je n’ai jamais recontré un ouvrier qui y porte la moindre parcelle d’intérêt ». Il ne suffit pas à l’autre « d’être idéologiquement compétent ».

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Orwell trouve les racines de cette défiance dans les excès du communisme, de sa négation de la part spirituelle en chaque individu, obnubilé par le machinisme et le productivisme : « ils ne se sont jamais attachés à montrer de manière suffisamment nette que le socialisme a pour fins essentielles la justice et la liberté. L’œil rivé sur le fait économique, ils ont toujours agi comme si l’âme n’existait pas chez l’homme et, de manière explicite ou implicite, lu ont proposé comme objectif suprême l’instauration d’une Utopie matérialiste. »

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Malgré tout « dans un pays dont les ressources s’amenuisent, les « anomalies sociales » se multiplient. Des pans entiers de la classe moyenne se prolétarisent ainsi peu à peu. Mais le point primordial est que les sujets touchés n’adoptent pas pour autant l’allure et les manières de la classe ouvrière. Pourtant « tous ces gens là ont les mêmes intérêts à défendre et les mêmes ennemis à combattre que la classe ouvrière. Tous sont exploités et rudoyés par le même système. Mais combien s’en rendent compte ? Qu’ils viennent à sentir passer le vent du boulet et tous feront bloc avec leurs oppresseurs, contre ceux qui devraient être leurs alliés. Il est très facile d’imaginer une classe moyenne financièrement poussée dans ses dernirers retranchements et n’en demeurant pas moins farouchement hostile à la classe ouvrière : et vous avez là un parti fasciste tout trouvé.

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Ce n’est que trop clair, le mouvement socialiste doit obtenir, avant qu’il ne soit trop tard, l’assentiment d’une classe moyenne exploitée. Et avant tout il doit se concilier la masse des petits employé qui, s’ils apprenaient à s’organiser, représenteraient une telle force dans le pays. Il est tout aussi clair que dans ce domaine le socialisme a jusqu’à présent échoué. La dernière personne chez qui on peut s’attendre à trouver des opinions révolutionnaires, c’est bien un employé de bureau ou un voyageur de commerce. Pourquoi ? Dans une large mesure en raison de la logomachie prolétarienne dans laquelle se drape la propagande socialiste.

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Pour symboliser la lutte des classes elle a bâti de toutes pièces un prolétaire mythique, ce grand gaillard musclé en salopette graisseuse foulé aux pieds par l’infâme capitaliste pansu arborant chapeau claque et col de fourrure. Il est tacitement admis qu’entre les deux il n’y a rien. Mais ce « rien » représente un bon quart de la population. Quand vous essayez de secouer leur torpeur en invoquant la lutte des classes, vous ne faites que leur ficher la frousse. Ils oublient leurs misérables salaires, appellent leur bon accent à la rescousse, et se portent aux côtés de la classe qui les exploite. »

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Lucide, admettant l’avis des sceptiques ou indolents qui disent « Nous sommes mous - eh bien, pour l’amour du ciel, qu’on nous laisse à notre mollesse », il reconnaît aussi sa part de responsabilité dans l’affaire : « Je suis un semi-intellectuel décadent du monde moderne, et j’en mourrais si je n’avais pas mon thé du matin et mon « New statesman » du vendredi. Manifestement je n’ai pas envie de revenir à un mode de vie plus simple, plus dur, plus fruste et probablement fondé sur le travail de la terre.... Mais en un autre sens, plus fondamental, j’ai envie de tout cela et peut-être aussi en même temps d’une civilisation où le « progrès » ne se définirait pas par la création d’un monde douillet à l’usage des petits hommes grassouillets. »

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Et de conclure

« La seule chose au nom de laquelle nous pouvons combattre ensemble, c’est l’idéal tracé en filigrane par le socialisme : justice et liberté. Mais ce filigrane est presque complètement effacé. Il a été enfoui sous des couches successives de chicaneries doctrinales, de querelles de parti et de « progressisme » mal assimilé, au point de ressembler à un diamant caché sous une montagne d’excréments. La tâche des socialistes est d’aller le chercher où il se trouve pour le mettre à jour. Justice et liberté ! Voilà les mots qui doivent résonner comme un clairon à travers le monde. »

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Le quai de Wigan, George Orwell

Editions IVREA-Champ Libre (1995)

ISBN 2-85184-133-5

(Il n’existe plus de format poche, le 10*18 n° 3250 étant épuisé)

 

Tous les commentaires

Grand texte. Merci.

dianne Ayant proposé la lecture de ce document en diverses assemblées, à divers interlocuteurs, je suis certaine qu'il n'a pas été lu (ou alors juste la 4e de couverture pour faire "lettré"). Sinon, quoi ? Peut-on être autiste à ce point ? Ce qui me scie, littéralement, c'est l'étonnement récurrent des uns et des autres face aux dégâts programmés, au saccage consubstantiel à cet autisme.

désolée fausse manip

Il est trop dérangeant, voilà pourquoi. Tout à fait hors mode(s).

dianne Hors mode(s) oui. Curieux d'ailleurs : les mêmes, souvent, qui révèrent "1984" (style "yeux de lapin pris dans les phares") et en font l'un des fondamentaux de la politique fiction, ignorent tout le reste de ce qu'a écrit Orwell... L'apparente désincarnation du propos de 1984 serait-elle moins douloureuse que l'identification avec les "moutons" dont il parle ("Certes, nous sommes mous mais qu'on nous laisse à notre mollesse !) ?

Il y a en effet un thème orwellien à la mode, c'est la "novlangue". A juste titre d'ailleurs. Mais la férocitude de la "Ferme des animaux" est trop dure pour les gens qui restent scotchés à la nostalgie collectiviste. Un autre thème est repris par Jean-Claude Michéa: celui de la "current decency" (sorte d'honnêteté foncière et élémentaire qui serait l'apanage de la classe ouvrière - britannique chez Orwell - ); j'avoue que je suis un peu sceptique. Enfin j'ai un souvenir hélas trop vague de quelques belles pages d'Arthur Koestler sur la Guerre d'Espagne, qui présentent vraiment Orwell comme un héros.

dianne L'intérêt de ce docu-roman, on ne sait pas trop comment le classer (et cela explique peut-être sa diffusion un peu confidentielle), c'est que l'auteur se trouve aux prises avec des réalités qu'il aurait peut-être eu tendance à idéaliser, vues d'un bureau (cela me rappelle quelque journaliste contemporain). Il n'y a pas de tentation mythologique dans son travail de décryptage. Il vit avec ses sujets d'étude. Rien ne lui est épargné. Pas de maquillage destiné à susciter le compassionnel. Il y a de francs salauds chez les pauvres et il le dit : rien de moral dans les strates qui se recréent entre le "définitivement pauvre" et le "un peu moins mais quand même".... Les ressorts sont les mêmes que ceux qui confrontent les exploités avec le patronnat rapace. Seule change l'échelle. Simplement, il n'instuit ni à charge ni à décharge. C'est l'accumulation qui permet au lecteur de se faire une "religion". Pas sûr qu'il se soit lui-même considéré comme un héros. Il ne se plaçait pas en dehors du système en observateur de lin blanc vêtu : son thé et son journal lui étaient vitaux, peu importe grâce à qui et comment on les avait mis en oeuvre... C'est pourquoi l'écriture est parfois brutale. Il se venge en quelque sorte, en ne nous épargnant rien, de son impuissance à investir totalement la peau du prolétaire. Alors qu'on sent bien que sa participation au système le brûle...

une tentative d'explication, Dianne : on lit d'abord ce dont on a entendu parler et ensuite ce dont on se demande pourquoi on n'en parle pas. Merci pour cet extrait particulièrement actuel qui me donne envie de lire la suite car il appartient pour moi à la deuxième catégorie.

dianne Dans la rubrique "pourquoi on n'en parle pas plus" un petit bijou, écrit par Eric Hazan (Raisons d'Agir) en référence au journal de Victor Klemperer : "LQR*, la propagande du quotidien" (*Lingua Quintae Respublicae). Je réédite ici une fiche de lecture. Un petit bijou ! La référence à Klemperer ne laisse planer aucun doute : on est dans l’abrutissement de masse. Ayant lu quelque cahier de l’OCDE détaillant les mesures à prendre pour éviter les émeutes lorsque trop de libéralisme, trop voyant, risque de conduire les citoyens à sortir les fourches, je n’imaginais pas que des techniques beaucoup plus sophistiquées et plus efficaces pouvaient préparer le terrain tout en douceur... . Alors que "la langue du IIIème Reich [objet d’étude de Klemperer], création des services de Goebbels, disait de la façon la plus "vulgaire" possible le racisme le plus sauvage" la LQR (langue de la Ve République) évolue "sous l’effet d’une sorte de darwinisme sémantique : les mots et les formules les plus efficaces prolifèrent et prennent la place des énoncés moins performants."" Il s’agit d’escamoter le conflit, de le rendre invisible et inaudible". . Soulignant à juste titre l’apport des publicitaires à cette entreprise, Hazan montre que si le but n’est plus de fanatiser, il est bel et bien de vider les mots de leur sens pour leur en forger un autre, bien plus anodin, plus consensuel, par glissements successifs, pour s’assurer "l’apathie,prêcher le multi-tout-ce-qu’on-voudra du moment que l’ordre libéral n’est pas menacé". . Un des exemples les plus significatifs est celui du mot "problème" qui a progressivement remplacé le mot "question". Autrefois, si l’on posait une "question" (par exemple au hasard "question sociale") on pouvait s’attendre à ce qu’un débat en fasse le tour, voyant se confronter des opinions diverses. Si on lui substitue le mot "problème", on pose comme principe qu’il y a forcément une solution et une seule, de préférence celle qui arrange celui qui l’a formulé. Mathématique ! . Ensemble, avec rigueur et confiance, transgressons véritablement les prescriptions de la LQR. Par un processus de réinsertion, redonnons aux mots, exclus du vocabulaire médiatique, leur sens premier ! (phrase composée en LQR !) En gros, appelons un chat, un chat. Meilleur moyen de contourner cette sirupeuse entreprise d’enfumage. . Les pauvres (argh, quel mot barbare !), par exemple, sous "veille technique et sociale" préféreraient plus de moyens et moins de baratin de la part des "partenaires sociaux" !

Bon, re-remplaçons le problème du sous-emploi par la question du chômage, et observons le miracle qui doit s'ensuivre.

à Dianne

excellent ,excellent

la langue et les écrits surtout lorsqu'ils servent ensuite de support à l'oral (discours) sont le premier outil de conditionnement éducatif des enfants et des adultes

Voir le poids du "politiquement" correct et de la "pensée dominante".

Merci pour le parcours dans la machine à remonter le temps ! Sourire

Klemperer sait de quoi il parle avec la LTI (Lingua Tertii Imperii) et Hazan avec la LQR (Lingua Quintuae Reipublicae). On peut effectivement vérifier tous les jours cette phrase d'anthologie : "Il s’agit d’escamoter le conflit, de le rendre invisible et inaudible".

Excellent texte...Le témoignage...et l'analyse du pourquoi de la perte du crédit de l'espérance et de l'action...Orwell a si bien décrypté la "novlangue" qui empêche de penser et d'agir en tuant l'idée même de socialisme

"Arbeit mach frei".... Du fronton de l'usine aux portes de l'enfer, cet éternel mépris et ce cynisme insupportable de ceux qui n'iront jamais au charbon. Herzeleid.

Et toi en gris. C'est proprement insupportable.

La langue instituée est le premier outil pour la fabrique des esclaves!

voyez les programmes de sciences po et de droit!certaines partties !

et...

Et les évaluations de CP ? Clin d'oeil Je plaisante, mais à peine... C'est "1" ou "0" le code de correction. Tout en nuances et je ne veux voir qu'une seule tête...

Merci pour ce texte, mais ce qui me choque dans la conception d'Orwell, c'est son angélisme face à ce prolétariat "mythique" qu'il contribue à sacraliser, incapable de penser qu'il peut aussi être à la base des fascismes. De la haine du prolétariat à son apologie, ne peut-il y avoir de conception égalitaire fondée sur la reconnaissance mutuelle de l'autre? Dans le documentaire sur le nucléaire d'Arte, cette identification à l'autre, est prégnante, nous sommes tous des victimes du nucléaire et ces forçats, bien avant nous. La lutte des classes est fondée sur l'idée de différences profondes entre les êtres, cherchons avant tout ce qui nous rapproche tous. Je retiens dans le parallèle que vous suggérez entre ce texte et le documentaire qu' Orwell va dans le même sens qu'Einstein et Rabelais avant lui: "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme",«L'homme et sa sécurité doivent constituer la première préoccupation de toute aventure technologique.»

Merci de votre commentaire. Sourire

Orwell a eu au moins le mérite à l'époque de questionner la société britannique à ce sujet dont tout le monde s'accommodait, depuis longtemps, et pour longtemps, si l'on songe au sort qui a été réservé aux grands grévistes des mines à la fin du XXe siècle par la mère Maggie...

Il est vraiment intéressant de revenir à l'oeuvre elle-même car on y voit que loin de sacraliser, il dénonce aussi largement la passivité, le renoncement, le côté fruste de l'approche collective d'alors (ce qui allait être largement démenti mais des décennies plus tard).

Il faut dire qu'il sortait d'une "aventure" espagnole extrêmement traumatisante au cours de laquelle il avait pu mesurer à quel point l'instrumentalisation des masses par les partis dits ouvriers allait faire des ravages, cf l'attitude du PC espagnol aux ordres de Moscou et qui a sciemment laissé filer tout espoir de résistance à Franco par haine d'autres factions résistantes.(voir Hommage à la Catalogne).

Entièrement d'accord avec votre conclusion..

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