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May

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Axidend’lavie et RGPP

Une plongée récente en milieu hospitalier public, au titre d’usager, m’a fait mesurer mieux que de longs articles à quel point la déglingue du service de santé français est patente.  Parler de détresse est un euphémisme si on prend un peu de distance, après le choc initial.  Ma dernière "expérience", sur une période suffisamment longue pour engranger quelques faits ne relevant pas uniquement de l’émotion, remontait à 1998.  Et bien le moins que l’on puisse dire est que si l’univers gagne du galon technique, on ne peut pas en dire autant de la manière dont l’organisation fonctionne.
Pas que l’on soit vraiment à l’abandon en ces circonstances dramatiques. Il y a de la lumière et des compétences dans la fourmilière. Mais tout est question de proportions.
Ainsi de l’accueil par les urgentistes : ce sont les héros des temps modernes et ils mériteraient ces légions d’honneur, qu’un pouvoir corrompu à la ramasse ventile façon puzzle, depuis quelques années, pour faire plaisir aux copains-coquins.  Un service d’urgence, c’est une mécanique, servie par des opérateurs qui bossent sur le fil et à flux tendu. Rotations d’hélicos obligent, ils passent d’un brancard à l’autre en équilibristes, gardant leur calme, se permettant même de rassurer, de conforter les familles. Ils sont débordés mais n’en laissent rien paraître.
De l’émietté de frais, ils traquent la moindre souffrance et lui apportent la réponse appropriée. Sur l’heure. Ce qui explique sans doute que les diagnostics un peu moins dramatiques nourrissent les files d’attente de brancards dont certains stagnent dans les couloirs faute de place.  Il faut des nerfs solides pour croiser le regard de gens en souffrance qui se voient relégués en deuxième ou troisième urgence car le « pronostic vital » n’est pas suspecté d’être engagé…
Une fois blindé le processus de prise en charge, les problèmes de fond commencent…
On en fait quoi des « sortants » du service des miracles permanents ? Et bien faut voir… J’ai vu l’équipe quasiment mendier pour obtenir deux lits, à titre provisoire, dans un service de médecine qui n’avait rien à voir. Les deux seuls disponibles. En tout et pour tout. Un jeudi précédant la ruée prévisible des vacances scolaires…
Que dire de l’accueil en ce service si ce n’est que des anges, il en existe encore : je les ai rencontrés. Car pour colmater les brèches du cœur et de l’âme, des dames en blanc ou en bleu ciel font des acrobaties d’emploi du temps. Une minute de réconfort = je dois blinder vers la chambre suivante… Et de se démener pour trouver une chaise de plus, ou un verre de thé, ou un lit pliant (« vous savez où dormir, ce soir ? », ça leur importe).
Sauf que… le répit est de courte durée car ce service de « médecine de semaine » ferme pour le week-end dès le vendredi après-midi !  Pas de petites économies…  Et donc se repose le problème de l’accueil des intransportables…
Finalement, en « chir », on trouve deux places. Il y a cent mètres de couloirs entre les deux mais quelle aubaine ! D’un côté « chir gé », de l’autre « chir spé ». Amicalement concurrents sans que les choses soient clairement dites.
Accueil par une nouvelle équipe d’anges qui font mettre la gomme pour que le transfert se passe le mieux possible. Bon, on a vue sur la chapelle, ce qui n’est pas forcément excellent pour le moral, et le chauffage a du mal à combattre les vents coulis des fenêtres. « C’est normal, c’est neuf » me dit en ricanant un infirmier, genre vieux de la vieille, qui a fait ses classes chez les bonnes sœurs… J’utilise ma stratégie habituelle : bloquer un trait  de pq dans les trous. Effet garanti pour le flux mais la température, bof…
Et on en vient à l’intendance. Un blessé, ça circule dans un hosto. Surtout si des suspicions de lésions supplémentaires apparaissent au fil du tempps. Un p’tit tour à « l’imagerie » ? Mais comment donc ! Comment ? En chemise sur un brancard avec un drap. En passant par des sas glacés pour prendre l’ascenseur.
L’imagerie est voisine des urgences, logique, mais aussi de portes automatiques ouvertes toutes les cinq minutes. N’est-il donc pas possible que l’état de fragilité des accidentés soit pris en charge à ce niveau et que la conception des circuits évite de rajouter du péril au péril ?
Est-on obligé de faire poireauter là des gens déjà choqués ?
Une pathologie annexe en résulte qui cause des souffrances inimaginables car se révèleront  au retour at home des lésions négligées par le service d’imagerie médiacle qui a bâclé une partie du job. C’est proprement scandaleux. Cela relève de mauvais traitements, dans tous les sens du terme.
Pour le reste, le « dossier » est copieux. Il y a du lourd dedans. Mais qui l’a lu ? On garde l’impression de services utilisant des moyens pointus tant matériels qu’humains, mais qui ne se parlent tout simplement pas. Pas le temps. Pas les moyens. Faut que ça tourne. On parle de supprimer deux lits en « réa », ce qui est une pure aberration, s’agissant de la nature géographique du secteur. Pour les transférer en un lieu qui verra un soignant pour cinq lits  (au lieu de deux ici) faire baisser les coûts significativement.


J’ai une pensée émue pour la dame du Sud. Qui fait les mêmes constats, qui se bat, qui tente de mobiliser mais qui peine à convaincre. Les équipes sont tétanisées. Et ce n’est pas la prestation finale du « patron », distant et hautain, se gardant bien d’approcher le patient de trop près, qui peut convaincre du contraire.  Autour de lui, l’équipe au garde à vous, regards fuyants.
Cher Docteur M.R.,  qui avez sans doute pris l’avoinée de l’année parce qu’enchaîné au bloc, vous n’avez pas eu le temps de signer le dossier de sortie, ce qui a obligé à séjourner un jour de plus faute d’accord des ambulanciers pour partir plus tard, merci. Merci d’être passé sur votre temps libre le dimanche pour voir si… Mes excuses pour vous avoir nommé « monsieur » au lieu de « docteur » quand vous êtes entré, en tenue de week-end !
Et merci à la dame du SUD dont l’au-revoir ému m’a remuée. Merci à ceux qui organisaient une « réu intersyndicale » le 16 et une « journée morte » le 25 (lu en patrouillant tardivement dans les couloirs). On sait ce que ça veut dire. On est là quand même et on fait comme si on débrayait.

Nb : pas merci au kiné sadique qui retourne comme une crêpe quelqu’un qui a des côtes cassées. Je lui en souhaite une série…Pas merci non plus à l’opérateur en radiologie qui a juste fait du chiffre et fourni des clichés minables impossibles à interpréter. Il devrait « faire » plutôt cartomancienne. Dire que la suite de la prise en charge dépend de gugusses comme celui-là… Pas merci à l’organisation qui fait que l’on attend trois jours pour voir un ORL malgré des signes évidents de détresse. Et que l’on n’obtient finalement des antibiotiques que si on menace de foutre le feu. Pas merci pour l’absence d’ophtalmo disponible avant une semaine pour examiner un œil déglingué par le choc. Pas merci aux premiers ambulanciers qui refusent de prendre la route après 6 heures du matin. Pas merci à l’autoroute A6 qui est en son dernier tiers faite de tôle ondulée. Pas merci pour la non prise en charge de la douleur.
Un truc marche hyper bien : l’enregistrement des coordonnées de la mutuelle.

J'oubliais : des cadres de santé dans des bureaux vitrés qui vous renvoient sèchement vers le "bon" bureau des pleurs, celui des infirmières, veillent à ce que rien d'humain n'envahisse leur espace. Chargés de fliquage et de régulation technique, ils chapeautent, posés en pyramide, eux aussi : il y a le cadre de santé supérieur et le cadre de santé simple rampouille...

Maintenant, pas d'espoir non plus dans le privé : les services de suivi testés pour vous sont de vraies usines à moudre du cash. Des administratives revêches qui ne regardent même pas les patients, des aboiements pour convoquer au comptoir les malades ou les familles, une organisation dépourvue d'humanité et de confort (deux brancards seulement, réservés aux "urgences" pour cette clinique classée au top 40 des nec plus ultra).Quand le malade est arrivé en brancard, on fait dégager les brancardiers et l'on se retrouve effondré sur une banquette en fer... C'est pas une urgence ça ? Bah non...Ne parlons pas de l'opératrice en radiologie qui doit sortir un dossier toutes les cinq minutes, montre en main et qui refuse d'entendre le moindre questionnement.

Un truc marche hyper bien : l’enregistrement des coordonnées de la mutuelle.(bis)

En fait c'est la même chose, mais en plus cher. Vive le XXIeme siècle... Quel invraisemblable bordel !

 

Tous les commentaires

Il y a bien longtemps que l'hôpital ne peut plus se foutre de la charité... Et, vu la "restriction des services publics" qui s'accélère, l'hôpital sera bientôt un malade en fin de vie, euthanasié sans état d'âme...

Rendons à César... Affichette dans une des chambres, proposant des rdv gratuits en esthétique ou coiffure... Et puis le dossier d'accueil est magnifique. On nous y explique tout bien comment est prise en charge... la douleur.

"continuer à faire son métier en donnant le meilleur de soi-même quand on est commandé par des petits comptables besogneux relève de l'héroïsme."


Absolument cher Jonas2. Comment font-ils (elles, souvent) pour supporter l'hypocrisie d'un système qui voit par exemple battre tambour au sujet de la prise en compte de la douleur, avec rituel codifié (dites-moi, de 1 à 10...) alors que la seule réponse dans tous les cas est une administration de paracétamol ? La douleur, c'est leur lot quotidien. Aussi bien pour les soignants (ils ont tous le dos en compote) que pour les patients...

Aucune latitude, aucune autonomie. La panoplie chimique, au fur et à mesure que l'on découvre la toxicité des molécules miracle, s'est réduite comme peau de chagrin. On est de retour au XIXe siècle. Plus rien entre dafalgan et morphine....

Ils vont. En ce moment je suis "infirmière DE" :  Dépouillée d'Energie mais Débordante d'Espoir... Merci Grain.

Bise à toi aussi. J'ai dans le coeur tes propres mots sur les maux...

C'est parce qu'il faut plonger plus longtemps, peut-être ....

Moi qui suis une vieille poissonne de ces marécages ..., je vous en ai rajouté une tranche de vie : ici. (Tiens, chez vous, j'ai une barre de menu, des smileys et tout et tout ... ? Je savais que vous aviez le bras long, mais à ce point, ch'uis sciée Rigolant)

(Et biz aux axidentés. Pour être passée deux ou trois fois de l'autre côté dans des situations qui craignaient un max, je vois assez bien quand même, hein ...)

Le bras long, en effet... fort utile pour faire quatre choses en même temps ! Cool  Et puis si en plus la technique se met à faire des siennes, je jette l'éponge, là... Merci de votre petit message et du billet qui explique tout bien le pourquoi du comment... Clin d'œil

Pensées amicales et bienfaisantes si faire se peut, aux "axidentés", tous mes meilleurs voeux de rétablissement rapides, surtout d'apaisement de la douleur et tranquillité pour tout le monde. Que la vie reprenne son cours...

Merci Annie.  Notre bon doc de famille a pris la juste mesure de la chose, heureusement...Sourire

En même temps, certains se battent, faut pas croire...

"Blocus des routes ce samedi avec des engins de déneigement : Afin de sensibiliser la population à la fermeture programmée du service de réanimation de l'hôpital de Briançon, un collectif a décidé de bloquer les voies d'accès à Briançon par une manifestation.

Le point de vue des syndicats : "le service de réanimation prend en charge 200 patients par an qui ont besoin d'un très haut niveau de technologie et 200 autres patients qui ont besoin de soins intensifs" explique Pascale Brunet de la CFDT. Le schéma régional d'organisation des soins de santé prévoit à terme la fermeture de ce service et une concentration des services sur l'hôpital de Gap.

Briançon - Gap, selon les moments, et même quand ça roule bien, va pas falloir que ça urge trop, quand même .... Le SROSS est un schéma .... voilà. Et c'est un schéma qui organise. Les zaxidentésd'lavie, les zaxidentésduski apprécieront.

Et pi c'est pas cher l'heure d'hélico... Comparée aux salaires des personnels que l'on va "redistribuer"...

C'est le jour où on commencera à parler des axidentés de l'espoir qu'il faudra vraiment sortir les brancards !

Ben quand je vois la droite "s'unir" derrière le croco... j'ai envie de retourner aux urgences...Déçu

Dans le service des urgences de notre hôpital public, il y a un mec génial à l'accueil. Un djeune souriant, chaleureux, humain, drôle quand il le faut, sérieux et efficace quand il le faut aussi. Un bonheur cet agent hospitalier..... Problème : il porte des chaussures vert pomme fluo. Des chaussures adaptées à son job, mais vert pomme fluo. Ca met de la couleur dans cet univers blanc et stressant et si vous n'êtes pas à l"agonie à votre arrivée, cela vous arrache un sourire qui fait du bien partout.

Et bien un des mandarins de l'hôpital a sommé le jeune homme de changer de godasses ! " On n'est pas chez les clowns ici ! " a-t-il dit entre deux parties de tennis.

Le jeune refuse de se soumettre. Le patron essaie de le virer. Et je pense qu'il y arrivera.

Par l'usure.

Parce que c'ets vachement important la couleur des godasses !

Criant

 

Bises aux convalescents.

Hé bé ... c'est con.

Chez moi, il crapahute des Crocs (ou apparentés) avec des couleurs plus fluo  ou plus neuneu tu meurs, pour l'instant ça égaie sans énerver personne, hein ... (enfin, pas que je sache, à vrai dire).

J'ai vu des "crocs" avec des petits coeurs, modèle St Valentin. D'ailleurs ça tombait vachement bien : pour le 14, "on" m'offrait une croisière en ambulance sur l'autoroute A6. Sauf qu'elle n'a eu lieu que le lendemain : à 6h du matin, dossier introuvable... Caramba encore raté.

Enfin, j'ai eu droit à la nuit à l'hôpital... parce que sinon j'étais à la rue...Cool

@ Dianne 

Pour avoir fait le même genre de plongée, en apnée, douloureuse parfois, sans que jamais on ne m'ait demandé de compter jusqu'à 10. En pleurs. Merci pour ce billet.

Alors cadeau.

http://www.youtube.com/watch?v=lKXXn7-V5yc

Magnifique, merci Danivance... C'est marrant le chef avec son "casque". J'essaie d'imaginer Von Karajan (il aurait eu un casque à pointe ?Sourire)

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