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A un idéaliste pressé
En toute amitié : nous ne sommes pas si nombreux à questionner notre devenir commun avec passion, qu'il faille nous diviser pour des malentendus.
Vous tablez sur l'existence d'un peuple forcément vertueux. Mais les foules sont cruelles et leurs emballements souvent mortifères.
Je souhaite de tout mon coeur que les générations futures inventent un vivre ensemble de plus grande qualité, plus généreux, plus humain en somme, mais si j'en crois le résultat de la simple observation du quotidien, il reste du boulot.
La destruction du lien social n'est pas QUE le résultat de l'oppression des masses. Elle est aussi le résultat du triomphe des égoïsmes portés à leur paroxysme. De la jouissance érigée en vertu cardinale, fut-ce au détriment de ce qu'il faut bien appeler le "prochain".
Je m'en voudrais de jouer les Cassandre car si je continue à participer au débat, c'est bien que je crois à une démocratie perfectible. Maintenant le simulacre qui nous en tient lieu actuellement est une catastrophe. Tout le monde en est conscient au-delà du Fg St Honoré.
Mais je vous propose ce bouleversant extrait de "Un plat de porc aux bananes vertes" (André et Simone Schwarz-Bart)
(Mariotte est une vieille Antillaise recluse dans un mouroir parisien. Elle a fait une dernière fugue pour se sentir vivante avant de mourir et trace son calvaire en tentant de mendier dans une rue indifférente)
"En dépit de tous mes efforts, je n'arrivais qu'à lancer un bref Monsieur !... Madame !... tout bêtement à chaque fois qu'un passant longeait mon auguste personne. Tout d'abord, j'ai pensé qu'ils ne voyaient pas que je mendiais, car ils passaient très vite, sans parfois m'accorder l'aumône d'un regard. Puis je me suis rappelée que selon la rumeur de l'hospice, une personne environ sur trente "donne" et j'ai commencé à les compter, tout en me posant l'éternelle question : combien de possibles négriers, sur trente passants anonymes dans la rue, Mariotte ?... combien de possibles héros de tranchées ?... de possibles tortionnaires d'enfants ?... de possibles tyrans de basse-cour ? de possibles bonnes âmes tueuses de juifs -les yeux baissés, les mains jointes ?... de possibles missionnaires ?... de possibles banquiers, généraux, archevêques, patrons de bordels ?... de possibles constructeurs d'avenir, prosternés devant on ne sait quel dieu laqué d'or, d'azur et du sang des pauvres ?... de possibles grands carnassiers "idéalistes" de tout poil et de tout acabit ? "
On est en 1952.
Ici et maintenant : de possibles amateurs de matches de boxe d'enfants ? de chauffards shootés ? de possesseurs de chiens-machines à tuer ? de cogneurs de femmes ? de violeurs de gosses ? de dealers gavés ? de pervers sexuels ? d'espions de leurs voisins ? de salauds en col blanc ? de traders criminels ? de tricheurs ? de lessivés par TF1 ? J'en passe... Tous sont susceptibles d'avoir une carte d'électeur.
Il y a bien pire que l'absence d'imagination en politique, c'est la naïveté. Oui il faut réformer les institutions mais pas en les imaginant servies par des saints s'adressant à des anges. Des humains, s'adressant à des humains. Pour le meilleur et pour le pire. Et toutes les précautions sont bonnes à prendre, dont celle qui consiste à donner à l'esprit la primauté sur les instincts. Donner le temps au temps pour accoucher de toute loi. Ce qui signifie délibérer en plusieurs étapes.


Tous les commentaires
Voilà un billet plein.
Riche de pensées en devenir.
Lourd de ce qu'il évoque, encore plus de ce qu'il suggère.
Et oui, Dianne, vous distinguez l'essentiel de l'accessoire, et l'offrez délicatement.
Et c'est avec précaution qu'il nous reste à nous approcher.
On sait ce qui est important, et le bien plus vital.
Il dort quelque part entre l'esprit et le coeur, les aspirations et les actes.
Il faut être fort, et donc juste avant tout.
C'est aux adorateurs de la vie qu'appartient de faire naître l'avenir, ceux de leur présent illusoire sont déjà morts.
pf simeoni
Merci cher Passifou. Nos institutions, de si longue tradition, sont fragiles et évidemment perfectibles. Il y faut de la détermination, mais aussi des précautions. Car ce n'est pas par hasard qu'elles ont tant bien que mal assuré une certaine forme de continuité. Le gouvernement actuel est la preuve par l'absurde, ainsi qu'en Belgique à un autre niveau, que l'on peut très bien s'en passer. Nous gagnerions sans doute d'ailleurs en ce moment à n'en avoir aucun. Mais on ne peut pas se passer d'Assemblées (je mets volontairement au pluriel) sauf à revenir à la foire d'empoigne originelle. La loi du plus fort en gueule.
Vu les côtés mortifères qui gagnent souvent chez les humains sur les tendances constructives, les sociėtés, lois et institutions doivent être conçues pour tracer des limites, définir des contenants et poser des garde-fous. - Pas d'angélisme, en effet, ni de diabolisation: la reconnaissance des limites des humains, et de leur ambivalence. Qui existent depuis toujours.
Pire que l'absence d'imagination ? Oui : la naïveté ? Pire que la naïveté ? Oui : l'inertie et la veulerie.
Tous ceux que la dérive actuelle des institutions ne dérange pas plus que ça devraient peut être lire et méditer cet extrait d'un article de Raymond Deiss dans "Pantagruel" - journal clandestin de la résistance (1940). Un engagement qu'il a payé de sa vie et qui nous renvoit encore (ou surtout) aujourd'hui à notre responsabilité collective.
« Vous, Français inertes et veules,[…] retournez […] jouir de nouveau médiocrement de richesses misérables[…] et à vos satisfactions dérisoires dont, de toutes façons, vous ne jouirez plus longtemps. Elles vous ont privé de la divine flamme de l’enthousiasme et plongé dans une torpeur dont rien ne saurait plus vous tirer. De vous aussi on dira un jour: « …ils vécurent sans mériter le mépris, ni sans mériter la louange; le monde n’en a gardé aucun souvenir… Le néant a déjà commencé pour vous ».
Merci Jonas, de ce texte.
"Tous ceux que la dérive actuelle des institutions ne dérange pas plus que ça"
J'espère que vous ne m'incluez pas dans ces "tous ceux". Il n'est pas dans mon propos de faire l'éloge de la tiédeur.
Ce serait bien mal te connaître.
Merci de ce billet qui secoue.
On fait ce qu'on peut chère JN. Et cela ne va pas sans douleurs. Mais comme on sait, comme toi, pourquoi on se bat, au fond, peu importent les étiquettes
J'ai inclus récemment dans ma collection, juste à côté de "bourge blondasse", "rombière de gauche". Ce qui, on en conviendra, exalte par contraste les délicates formulations ! Quand je dis que les extrêmes ont les fils qui se touchent !!!
Merci de ce billet, qui rappelle justement la responsabilité de chacun, et le danger d'un désir de régression généralisée.
Du coup je me permets de vous renvoyer à mon blog perso, un travail en cours sur la psychologie post-moderne qui se caractérise par la "perversion ordinaire" (voir le remarquable essai de psychanalyse appliquée à la sociologie de Jean Pierre Lebrun, "La perversion ordinaire, vivre ensemble sans autrui"), le goût des faux-semblants, la sacralisation du consensus, l'éloge du plaisir à tout prix, la victimisation... ici.
Merci pour ce lien !
Rien dans mon commentaire, qui ne veut qu'ajouter sa petite pierre à votre billet, ne suggère une chose pareille. Je ne comprends pas votre réaction.
Quant à la tiédeur, j'ai lu suffisamment de vos commentaires et billets pour savoir que ce n'est pas votre température préférée. Là encore, où dans mon commentaire,débusquez-vous le moindre début de procès d'intention à cet égard ?
Une chance que je sois revenu par hasard sur votre billet, je n'aurais sinon jamais eu connaissance de votre réaction et n'aurait donc pas eu l'occasion de vous répondre.
Merci d'être venu par hasard.
Je ne vous faisais pas de procès d'intention. Je précisais mon propos à l'usage des contributeurs. Vos billets parlent pour vous et apportent de l'oxygène à ce site.
Vous me rassurez, Dianne.
Je suis REvenu par hasard. Toute petite nuance mais qui a son importance. Du moins pour ceux qui sont sensibles aux nuances.
Bien sûr nos hommes politiques sont des humains comme nous , puisqu'ils sont comme nous j'espère que la justice les punira et que sous prétexte qu'ils ont le pouvoir ,ils ne seront pas épargnés .Ils sont responsables ( ils nous le disent dans leur discours), je ne leur trouve aucune excuse .
Moi non plus. Mais qui les a portés là où ils sont ?
Juste oui, Dianne !
Superbe et émouvant billet.
J'ai recommandé.
Pub : "La Force des gueux" de Fabienne Brugel et Jean-Paul Ramat (Compagnie NAJE), ABC'Editions.
Quand le "peuple" prend la parole pour construire. Le théâtre rendu à sa vocation antique :
"Au Ve siècle av J.-C., Euripide fait jouer à Athènes "Les Troyennes" pour dénoncer le crime contre l'humanité que la démocratie athénienne vien de commettre : Athènes a passé par les armes tous les hommes et vendu comme esclaves toutes les femmes et tous les enfants d'une petite ville qui n'avait pas payé l'impôt."
Fort préambule et propos nourrissant.
Merci pour ce billet. Dans désespoir il y a espoir, espoir de voir venir des politiques aux services des Hommes, tous les Hommes.
En attendant on peut essayer cela :
Tous à Grigny (Rhône) le 8 octobre de 9h à 17h !
La désobéissance : un enjeu de citoyenneté
DÉSOBÉISSANCE INDIVIDUELLE, PROFESSIONNELLE, INSTITUTIONNELLE
Forum national co-organisé
par la ville de Grigny (Rhône) et le Sarkophage
Entrée libre
Centre Edouard Brenot (rue Waldeck Rousseau) à Grigny (Rhône)
Merci pour le rdv et si le sujet vous porte, il a été abordé ici aussi mais il ne faut pas le dire, c'était pas le bon endroit, au bon moment, par les bonnes personnes, dans les bonnes structures...
http://blogs.mediapart.fr/blog/dianne/241010/les-vertus-de-la-desobeissance-i-education
http://blogs.mediapart.fr/blog/dianne/241010/les-vertus-de-la-desobeissance-ii
http://blogs.mediapart.fr/blog/dianne/251010/les-vertus-de-la-desobeissance-iii
http://blogs.mediapart.fr/blog/dianne/251010/les-vertus-de-la-desobeissance-iv-et-fin
Il n'y aurait pas la même chose à Reims ???
OUI . DIANNE .
Vous avez parfaitement raison .
Mais combien vont hurler :
"Qu'est ce quelle a ma gueule " car seule la leur a de l'importance !
Merci pour ce billet et bien d'autres ....
Ton analyse est fine, ta conclusion irréfutable.
(tu ne veux toujours pas publier ?)
Jean-Jacques M’µ
Plus je lis, et moins j'en ai la prétention...
Css Css Css !... Tu me navres par tant de modestie...
Mais je ne désespère pas de te convaincre un jour. Mieux : tu en sentiras la nécessité !... J'ai confiance... J'attends, et je ne suis ni tapi ni dans l'ombre.
Cordialement.
Jean-Jacques M’µ
(pourquoi les émoticones ne fonctionnent pas avec moi ?...)
Ecrire, pour le plaisir, pour le partage des idées, oui. Ici, le cadre est nécessaire et suffisant : nous entretenons des conversations et tout s'efface dès que l'on coupe le courant. La publication est une autre démarche : il faut avoir le sentiment que ce que l'on a produit vaut pour expérience et pour démonstration, ou bien peut aider d'une manière ou d'une autre quiconque se saisit du propos. Il faut avoir le sentiment que ce que l'on émet exige un peu de pérennité matérielle... Ce qui n'est pas mon lot.
Le jour où l'on redonnera à des textes comme "Le Dernier des Justes", leur juste place, on s'apercevra que 80% de ce qui se publie ne vaut pas le papier pour l'imprimer... Dans les 20% restants, la diffusion n'étant pas le fait des grosses machines à moudre du laid-vit ou du nos-tombes, presque rien n'atteint ceux à qui ils sont destinés... Ah misère...
Bon, je vais voir de ce côté-là, du dernier des justes, mais je crains que nos définitions divergent sur la nature et la fonction de l'essentiel à transmettre aux êtres dont nous sommes aussi.
L'idée même de "juste" contient un caractère judiciaro-divinesque qui me gêne (qui donc est là, à pouvoir ainsi définir le juste et le non-juste ?...), sans compter que l'associer à l'ultime, ça vous prend d'un coup la dimension définitive et irréversible dont j'ai appris à me méfier.
Jean-Jacques M’µ
C'est d'une saga qu'il s'agit, pas d'un manifeste politique. Une pierre essentielle de la littérature qui fait paraître bien pâles certaines productions ayant bénérficié de la même attention (Prix Goncourt 59 mais qu'il faut désormais "commander" pour avoir une chance de le lire : aucun espoir de rencontre fortuite au détour d'un rayon pour les maraudeurs de librairie...).
Oui, incontournable "Le Dernier des Justes".
Enfin, on fait comme on veut hein, mais ce serait dommage de se priver d'un tel trésor.
Et merci encore à Dianne de me l'avoir fait découvrir.
Ah que c'est un morceau de chance de s'être rencontrées !
Et comment !
Oudelali !!! Quel billet !!! Bientôt on ne dira plus "dantesque" mais "diannesque".
Rombière de gauche..... Bah ! Moi j'ai bien reçu Extrêmiste de droite proche de l'idéologie Nazie "....
Ah ma fille a entendu "lesbiennes rouges", émis par les mecs de l'ex-gud, hantant naguère les couloirs d'Assas. Militer en binôme de filles, c'est tout un art en ces repaires de preux ! Les futurs tenants de l'ordre et de la justice.... Gniark, gniark ! Cela aurait été anecdotique si cela ne s'était accompagné du cassage de gueule du copain venu en renfort.
Bravo Dianne, entre l'angélisme et le défaitisme , il y a les politiques et beaucoup d'affairisme.
Les institutions passent par trois périodes : celle des services, celle des privilèges, celle des abus. [François René de Chateaubriand]
Moi, ça me fait plâner vers les autres points du monde, ça.
Les Hommes volants (générique A 2 par Jean-Michel Folon).
Jean-Jacques M'µ
Je me rends compte que je n'ai toujours pas été du côté des derniers des justes...
Je cours, je cours, je cours à l'envers de la course du monde, et je cours...
Jean-Jacques M’µ
Bah au moins, tu tentes de créer des liens... tout le monde ne peut pas en dire autant.