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Caucase du Nord : la pratique de l'impunité persiste

Caucase du Nord : «La pratique de l'impunité persiste», déclare le Commissaire Hammarberg* dans son rapport. Strasbourg. « La région du Caucase du Nord ne connaît pas encore la stabilité. Une activité accrue des groupes armés illégaux, l'absence d'enquêtes effectives sur les disparitions et les meurtres, et les assassinats de militants des droits de l'homme sont particulièrement préoccupants », a déclaré le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Thomas Hammarberg, dans son rapport publié aujourd'hui sur la visite qu'il a effectuée en Tchétchénie et en Ingouchie en septembre dernier.
Vendredi 27 Septembre : dire non à un système meurtrier
Le Commissaire souligne que les autorités de l'État doivent certes protéger le public du terrorisme et des actions des groupes armés illégaux, mais que les mesures antiterroristes doivent être appliquées dans le plein respect des normes relatives aux droits de l'homme. « Les autorités russes doivent préciser quelles sont les règles et les garanties en matière de droits de l'homme applicables pour toutes les opérations antiterroristes. Il convient notamment d'élaborer des lignes directrices précises régissant le recours à la force et de les appliquer afin d'empêcher que des exécutions extrajudiciaires ne se produisent. »
Il indique en outre que la lutte contre le terrorisme ne doit jamais dégénérer en actes de torture ou de mauvais traitements. « Les normes relatives aux droits de l'homme doivent être strictement appliquées lors de l'arrestation de terroristes présumés et pendant toute la procédure devant les tribunaux. L'accès à un avocat et à un médecin doit être autorisé dès le début de la privation de liberté et il convient de tenir des registres recensant toutes les personnes privées de liberté. En outre, les lieux de détention doivent être régulièrement soumis à un contrôle indépendant. Les garanties en matière de procès équitable doivent être respectées et tout élément de preuve qui aurait été obtenu sous la torture ou d'autres formes de traitements inhumains ou dégradants doit toujours être exclu de la procédure judiciaire. »
Le Commissaire exhorte notamment les autorités à mener des enquêtes efficaces et indépendantes sur les enlèvements, disparitions, exécutions extrajudiciaires et autres homicides illégaux présumés, ainsi que sur les détentions illégales. « De telles pratiques doivent être éradiquées et les responsables doivent être traduits en justice. Il convient également de surveiller étroitement les forces de sécurité dans la lutte contre les groupes armés illégaux. » En outre, il souligne que les sanctions collectives de membres de la famille de terroristes présumés ou de membres de groupes armés illégaux doivent cesser.
Le Commissaire rappelle qu'il est d'une importance capitale de mener des enquêtes exhaustives sur les disparitions passées et d'identifier les cadavres enterrés dans les sites connus en Tchétchénie. « Il est essentiel que l'exhumation des corps ait lieu de manière ordonnée et méthodique, en tenant dûment compte de la sensibilité des familles concernées. Toutes les possibilités réalistes permettant de fournir une expertise et des infrastructures médico-légales suffisantes pour mener à bien cette tâche devront être envisagées. »
S'il a pu constater que de sérieux efforts visant à renforcer l'État de droit ont été accomplis, le Commissaire Hammarberg estime cependant que de nouvelles mesures devraient être prises pour garantir des résultats plus efficaces dans les enquêtes. « La pratique de l'impunité persiste », a-t-il déclaré. « Des efforts constants doivent être déployés pour lutter contre la corruption au sein du système judiciaire et des forces de l'ordre. La protection des témoins pendant les enquêtes et les procès devrait également être garantie. »
Appréciant la valeur du travail relatif aux droits de l'homme accompli par les organisations non gouvernementales, le Commissaire a fortement insisté sur la nécessité de créer des conditions sûres et favorables pour leurs activités. « Les meurtres et les violentes attaques perpétrés récemment à l'encontre de militants des droits de l'homme doivent faire l'objet d'enquêtes afin d'établir les responsabilités pénales et de sanctionner les auteurs de ces actes. »
Enfin, le Commissaire souligne que des mesures énergiques et coordonnées contre la corruption doivent être prises ; il encourage par ailleurs les autorités à persévérer dans leurs efforts pour améliorer la situation socio-économique de la région.
Le rapport est consultable sur le site web du Commissaire.
Lire le rapport https://wcd.coe.int/ViewDoc.jsp?id=1543437&Site=CommDH&BackColorInternet=FEC65B&BackColorIntranet=FEC65B&BackColorLogged=FFC679
*Thomas Hammarberg est, au Conseil de l'Europe, le Commissaire chargé des Droits Humains
Il sera en Géorgie du 27 novembre au 4 décembre


Tous les commentaires
"tout élément de preuve qui aurait été obtenu sous la torture ou d'autres formes de traitements inhumains ou dégradants doit toujours être exclu de la procédure judiciaire."
Oui, la justice devrait exclure la violence pour être crédible.*
Mais il faut croire qu'en cette région comme en beaucoup d'autres du monde, la justice n'est pas le but.
* le billet de M. Lachkar, par son témoignage, permet de comprendre pourquoi justice et torture sont incompatibles.
Le sinistre et puissant Poutine est le maître de cette région.
Conforté depuis les évènements tragiques du 11 septembre par les puissances occidentales qui ont échangé avec lui leur indulgence (voire fermage de yeux bien contents de cette aubaine) face à ses agissements contre son adhésion dans la lutte contre le terrorisme.
En gros : " Hé Vlad' ! Tu clames officiellement être des nôtres dans notre combat contre l'intégrisme islamiste et nous on te laisse carte blanche pour gérer le Caucase du Nord et ses populations. Top là ? "
Top là !
On ne laisse pas passer une occasion pareille quand on s'appelle Poutine ! Et il était de notoriété publique que la Tchétchénie regorgeaient de terroristes !
On lui a déroulé un tapis rouge pour blanchir ses exactions.
Russe rouge ou Russe blanc, le Tzar aux mains pleine du sang des Tchétchènes et des Géorgiens est le Seigneur tout puissant de cette partie du Caucase.
Merci qui ?
Merci tous ceux qui regardent ailleurs.
ONG, journalistes et militants des droits de l'Homme russes, caucasiens, iraniens, et d'ici seront présents pour dénoncer le marché d'armement en cours entre la France et la Russie (5 navires de guerre Mistral, c'est à dire des armes d'invasion), pour dénoncer également la politique meurtrière de la Russie de Poutine dans le Caucase et le silence de nos dirigeants.
"Parce que la situation des droits de l'Homme et des liberté fondamentales sont catastrophiques en cet endroit du monde, nous vous invitons à être les plus nombreux possible, vendredi 27 novembre, à partir de 16h, place Clémenceau, près du Grand Palais" à Paris.
Excellent article, Dianne. Et il y a tout lieu d'être pessimiste puisque Poutine est en train d'acheter le silence des européens :
http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/11/25/paris-et-moscou-menent-une-realpolitik-de-l-energie_1271803_3214.html
Il y a une sorte d'omerta tout à fait déconcertante de la part de médias notamment français. Il semble que le Caucase ne soit pas un sujet sexy pour les fabricants d'opinion. La FIDH elle-même se contorsionne sur le sujet en jouant la montre et usant de manoeuvres dilatoires : la Géorgie ne serait pas une terre absolument blanc-bleu pour qu'on s'y intéresse. Il est certain qu'il y reste des progrès à faire, mais après tout pas beaucoup plus qu'en France si l'on s'en tient au traitement réservé aux citoyens en GAV. Et en tout état de cause, on n'y assassine pas de journalistes. Le Caucase, c'est loin, c'est des trucs d'anciens soviétiques, point barre. Et puis c'est louche que l'Occident y mette son nez, hein.
En attendant, silence, coudées franches, on meurt tranquillement dans le Caucase.En Tchétchénie pour l'heure mais il n'y a pas de raison que de si bonnes pratiques ne s'exportent pas. Les frontières sont si fragiles sous les roues des chars.
Et si en plus on vend aux prédateurs les moyens d'y aller plus vite...
Merci pour le lien, Lincunable. C'est parfaitement limpide. 14%, ça vaut bien quelques vies de "cochons noirs"...
.voir aussi
http://www.mediapart.fr/journal/international/271109/arseny-roginsky-memorial-la-russie-170-millions-de-personnes-et-un-auto
Qui "updated the billet de blog", alors que mon ordi était éteint et que je n'étais pas chez moi ?
30/11/2009 - 15:38vous updated the billet de blog Caucase du Nord : la pratique de l'impunité persiste
L'Europe se réveille ?
http://www.europe1.fr/International/Tchetchenie-Strasbourg-condamne-la-Russie-141816/index.html
Tchétchénie: Strasbourg condamne la Russie
Par Europe1.fr
Publié le 18 Février 2010 à 15h26 Mise à jour le 18 Février 2010 à 15h26
La Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) a condamné jeudi dans deux affaires distinctes la Russie à verser 120.000 euros aux proches de deux Tchétchènes considérés comme tués par les forces russes après été enlevés en 2002. Dans la première affaire, les requérants sont les parents de Zurab Iriskhanov, enlevé à son domicile un soir de juin 2002 en compagnie de son frère cadet Gilan par un groupe d'hommes armés. Alors que son frère avait été libéré quelques jours plus tard, Zurab est toujours porté disparu. Dans la seconde affaire, la plaignante est l'épouse d'Abu Aliyev, invalide après avoir été amputé d'une jambe et enlevé en octobre 2002 par une trentaine d'homme cagoulés, vêtus de treillis de camouflage et circulant à bord de véhicules blindés. Après avoir ligoté la requérante, ils ont emmené son époux, alors en sous-vêtements et qui n'a plus jamais été revu. Les juges concluent que les proches des requérants "ont été enlevés par les forces armées fédérales (russes) au cours d'opérations de sécurité" secrètes. Ils estiment "qu'ils sont décédés à la suite de leur détention non reconnue".