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Friandises littéraires

Coup de grisou ? Coup de grisaille ? Un petit remède sans prétention : "Friandises littéraires" de Joseph Vebret. 

Dans une  jolie présentation rouge-vif cartonnée "J'ai Lu" (tout le monde ne peut pas émarger à Galligrasseuil), ce recueil publié d'abord en 2008 par "Editions Ecritures" constitue un petit cadeau fort amical. On peut l'ouvrir au hasard  : chaque page est un tout, ce qui rend le vagabondage particulièrement agréable.

Le titre est bien choisi. On savoure les trouvailles avec gourmandise, que l'on consulte "Le calendrier du Père Ubu", le "Mea culpa de La Fontaine", "La course au Goncourt", la "liste des femmes de Sacha Guitry", "Pourquoi les dadaïstes ont-ils jugé Barrès" ou "Plagiats et contrefaçons". Savoir que Agatha Christie a vendu plus de bouquins que Mao console de bien des migraines politiques. Et découvrir que même les plus grands auraient parfois mieux fait de se relire allège un peu l'angoisse de la page de blog blanche...

"D'une main il leva son poignard et de l'autre il lui dit..."  "je dirai qu'une femme ne doit jamais écrire que des oeuvres posthumes à publier après sa mort". Le tandem Ponson du Terrail- Stendhal fonctionne à merveille... "Ah ! [aurait] dit Don Manoel en portugais....(Dumas)

Les duels célèbres (et souvent idiots), déclinés en différents moyens potentiels d'occire, le disputent aux amabilités toutes confraternelles.

Ainsi Jules Renard : "Mallarmé, intraduisible, même en français", tient la corde près de  Flaubert : "Quel homme aurait été Balzac s'il eût su écrire !" pendant que Robert Caze s'embroche tout seul sur la lame de Charles Viguier. Dumas se rend sur le pré avec Gaillardet à propos de la paternité de "La Tour de Nesle". Consulter ensuite la liste de ses nègres est amusant : s'il y avait une logique en littérature, il aurait dû passer son temps un pistolet à la main !

Des citations passées dans le langage courant retrouvent leur auteur : "les absents ont toujours tort", "il ne faut pas être plus royaliste que le roi", "qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse", "partir c'est mourir un peu", etc...

Une place particulière est accordée à Paul Claudel, à la rubrique "Grand écart". On y trouve deux de ses productions poétiques en prose, à quelques années de distance, en savourant l'art des sincérités successives. La première est publiée le 10 mai 1941, dédiée au Maréchal Pétain. La seconde, tout aussi vibrante, est récitée le 23 décembre 1944. Elle dresse une statue à De Gaulle. Commentaire d'André-Paul Antoine, dans "L'Information" au décès de l'écrivain : "Si M. Paul Claudel mérite quelque admiration, ce n'est ni comme poète, ni comme diplomate, ni comme Français, mais comme maître-nageur."

C'est de la mousse de littérature, de la vachardise de style, des compilations saugrenues mais distrayantes. Le texte le plus long, les interprètes d'Hercule Poirot, les mots-clés d'Harry Potter, les jurons du Capitaine Haddock, la dictée de Mérimée, le questionnaire de Proust, qui fumait quoi, quelle écriture pour Gutenberg.... et les espaces vitales ! Erreur d'orthographe ? Non, non, vous verrez...

On a même droit à une citation de Mao Zedong : "La bouse de la vache est plus utile que les dogmes : on peut en faire de l'engrais".

C'est tout à fait ce qui vient à l'esprit en comparant son petit livre rouge à celui dont il est question ici. Avec l'un on répand un engrais de bon aloi. Chacun se prononcera pour celui qu'il préfère !

 

ISBN 978-2-290-01936-8

9,90€

 

Tous les commentaires

26/12/2012, 18:51 | Par dianne

Ne pas manquer un croustillant échange épistolaire codé entre Musset et George Sand... Quelques hussards de Mediapart devraient s'en trouver tout ragaillardis... Rigolant

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