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Convergences erratiques : La Passion selon Saint-Marx

Nous vivons un moment de pure poésie. Le mouvement social qui voit se démener tous ceux qui sont exploités, comme des diables dans un bénitier, nous propose une scénographie hallucinatoire aux différents lieux de « convergences ». Tels des électrons lancés dans un espace fini et qui se télescopent pour le meilleur et pour le pire, les courants de « luttes » concurrents et sourcilleux donnent un spectacle de choix à qui fait de l’esthétique du désastre son carburant intellectuel.
Il y a d’abord le respect absolu de la liturgie. Tout « mouvement » obéit à des prescriptions légales, mais surtout dramatiques, impératives. Il faut un scénario. Il faut un ordre de marche. Les grilleurs de merguez ne fusionnent pas avec les joueurs de djembé. Que les uns ou les autres aient négocié, à l’arraché, un positionnement plus ou moins favorable selon sa distance du carré de tête ajoute une dimension épique à la simple représentation.
Il y a du tragique là dedans, qu’on se le dise. Pas question de céder le moindre pouce de terrain à qui que ce soit. On s’est trop battus en amont pour en rabattre de vingt mètres. On ne sait jamais : et si le boulevard s’interrompait avant la mer…
Et l’on voit certains syndicalistes suppléer aux forces de l’ordre pour évacuer manu militari tel ou tel collectif de sans-papiers non-homologué par le soviet suprême.
Et l’on en voit d’autres pratiquer le procès en incompétence de responsables dont ils n’ont pas lu une ligne. « Mais si ce n’est elle, c’est donc son frère ! » La Fontaine n’aurait pas fait mieux.
Et l’on en vit naguère interdire au second parti de France la marche contre une guerre inique qui ne pouvait que soulever une indignation unanime, donc forcément représentée par toutes les composantes du corps social.
Ah mais attention, il y a corps social et corps social, hein… Il y a le corps social vertueux, syndical, et le corps social « déviant » qui fait dans la cuisine électorale forcément nauséabonde tandis que le premier, aux représentants ethérés vêtus de lin blanc, représente la quintessence du dévouement à des causes forcément sublimes (le treillis et les rangers à clous, c’est juste parce que c’est pratique pour marcher).
D’ailleurs c’est bien simple, en toutes circonstances, le politique, forcément dévoyé, est prié de rester sur le trottoir. Impeccable invitation à racoler.
Et l’on assiste donc à un phénomène inimaginable à droite : la revendication qui invalide à priori les vecteurs de sa réalisation concrète.
Pour que tout cela s’organise, il faut bien sûr des signes distinctifs, des totems, des étendards personnalisés ouvrant ou pas l’agrément à l’entrée dans la Passion selon St Marx.
Et là, on est prié d’avoir les bons. Sous peine de coup de pied occulte pas toujours virtuel.
C’est ainsi que l’on voit tel « associatif » s’insurger que l’on puisse arborer un drapeau syndical, remis de façon fort amicale et partageuse par des camarades bouillonnants, solliciteurs d’échanges de dossards. Et c’est ainsi que l’on voit tel « syndicaliste » s’insurger que l’on puisse arborer un badge ou un panneau non-estampillé « gauche révolutionnaire » et arpenter le bitume de concert.
Leit-motiv : « Barre-toi de mon herbe ».
J’ai vu il y a longtemps à Jérusalem les prêtres des différentes obédiences chrétiennes gardiennes du Saint Sépulcre se mettre sur le museau à coups de prie-dieu. C’était à la « une » des journaux.
D’une liturgie à l’autre, rien ne change.
Curieusement, un seul endroit dans la Grand-Messe semble à l’abri des querelles de chaisières : le « Carré de tête ». Ne cherchons plus, c’est là qu’il faut être désormais.
C’est le seul endroit où tous les panneaux, toutes les banderoles, tous les ballons, tous les slogans sont mélangés. C’est le seul endroit de convergence. Le temps que les télés et photographes fassent leur boulot. Après, il se dissout… comme nos espoirs de victoire de la Gauche un jour prochain. En attendant, marchons... marchons.... euh le 26 mai ce n'était pas terrible.


Tous les commentaires
Ouaih......
C'est bien triste, bien pitoyable.
Et ça les arrange, les toxicos du trône. C'est l'aubaine.
Mais quand on est con, on est con.
Je n'ai pas décoléré depuis et ce ne sont pas les récentes échauffourées médiapartiennes qui consolent. Les mêmes stupides recettes d'ostracisation de qui ne présente pas le bon badge au bon moment sont toujours d'actualité.
Il est bien votre article Dianne! Ils ne sont donc pas foutus de se mettre derrière une seule pancarte où ils lui réclament du "vrai travail" à l'abject! Quelle misère!
Vous imaginez que cela date de trois ans... et vous avez une petite idée des intentions réelles des acteurs du mouvement social. Rien ne change parce qu'il faut bien ménager quelques chapelles... Et quand par hasard les trop vermoulues s'effondrent, on se dépêche très vite d'en reconstruire d'autres, peuplées d'autant de sectaires. Ras le bol...
Moyennant quoi, comme disent Léon et Paulette, on verra l'unité en marche le Premier Mai... :-(((