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Sleep Song: l'Art contre la guerre?

"La guerre a pour elle l'antiquité : on l'a toujours vue remplir le monde de veuves et d'orphelins, épuiser les familles d'héritiers, et faire périr les frères à une même bataille". "La guerre est un trait de l'humanité, sa dénonciation un trait d'humanité"
Ainsi débute la présentation d'une initiative culturelle de brûlante actualité : "Sleep Song", qui sera donnée le 2 Octobre à la Fondation Royaumont (95) puis le 3 Octobre à l'Odéon (Paris).
Voir une étape du travail (mai 2011) : http://vimeo.com/24728288
Il s'agit d'une oeuvre poético-musicale née de la rencontre entre Mike Ladd (poète et slameur qui recueille à New-York la parole des vétérans de la guerre d'Irak), Maurice Decaul (ancien de l'armée américaine) et Ahmed Abdul Hussein, qui dirige aujourd'hui la Maison de la poésie à Bagdad.

Entourés de musiciens, ils ont tenté de jeter aux "diplomaties" des mots et des sons en guise de passerelles. Pas d'idéalisme dans la démarche : l'art ne peut pas réparer, mais il peut énoncer... On est loin du portrait héroïque de l'artiste pourfendeur, plutôt dans le témoignage, dans l'incitation aux suites politiques et c'est pourquoi deux doctorantes de l'EHESS qui ont suivi le processus créatif vont dialoguer, avant la représentation proprement dite, avec les artistes au cours d'un atelier d'idées permettant une participation du public.
Analyse historique, géographique : quels usages peut-on faire du passé proche, quand on est artiste-guetteur ? Peut-on faire entendre sa parole par-delà le bruit des armes ?
Programme :
Dimanche 2 Octobre Abbaye de Royaumont
-11h00 Atelier d'idées : Sleep Song, fabrication d'une oeuvre
-14h30 Atelier d'idées : L'art contre la guerre
-17h00 Sleep Song
Lundi 3 Octobre Odéon-Théâtre de l'Europe
-15h00-18h00 : Engagement politique et diplomatie culturelle
-20h00 : Sleep Song


Tous les commentaires
L'art est aussi humain que la guerre, et en même temps son plus puissant antidote, les fleurs du mal.
Il y faut moins de forces brutes et plus d'efforts... Tendre toujours vers l'étagère du dessus !
"Né de la guerre, parlant de la guerre et du monde, Sleep Song cherche des deux côtés, Irak et USA, à inventer des langues neuves à partir des langues anciennes (celles de Shakespeare et d'Ibn Arabi, mais celles, toujours outdated, que parle la génération des parents) et à se traduire l'une dans l'autre. Déjà, pour que les ex-ennemis, souvent invisibles l'un à l'autre dans la destruction télécommandée, retrouvent un visage.
Syrie : Août 2011 : quand la guerre est portée par l'homme contre l'homme dans sa propre langue, quel "Sleep song" devra-t-on inventer ?"
Frédéric Deval, directeur du programme Musiques orales et improvisées, Fondation Royaumont.
Ouai...
Bon...
C'est vrai qu'on imagine mal des artistes faire l'apologie de la guerre... Quoique, quoi que...
Jean-Jacques M’µ
Et les multitudes de statues en tous genres représentant des combattants en action ? Et les arcs de triomphe ?
Et les productions picturales sponsorisées par les mécènes guerriers ?
Les palais en sont blindés, c'est le cas de le dire...
Ne parlons pas des poètes officiels, des films qui réécrivent l'histoire selon le dossard de qui tient la caméra... De Potemkine à la Géorgie...
Superbe travail... Merci !
La "matière" est fournie par le document de présentation édité par la Fondation sous la signature de Denis Laborde et Frédéric Deval.
Mais merci pour le retour !
Un click = un buzz !
Dans sa page 400 et des poussières, du Cimetière de Prague, Umberto Eco signale que l'amour est particulièrement difficile et ingrat : il faut toujours le soutenir, le protéger, le maintenir, et il reste toujours susceptible d'échec, de flétrissure, d'abandon, de dépression, de rupture, de tromperie, d'infidélité, d'adultère, de trahison...
Alors que la haine !...
La haine, c'est solide.
Une fois que vous vous l'êtes bien accrochée, en vous, superficiellement ou non, affichée ou pas, personne ne peut vous l'enlever, vous en êtes maître à jamais : la haine est une compagne fidèle, elle, et qui ne déçoit jamais, jamais, jamais, la haine vous permet de tenir face à l'ennemi désigné.
Que vous soyez poursuivi par la haine de l'autre ou que vous pousuiviez l'autre de votre haine, qu'importe ! vous voilà unis à jamais. S'il vient à bout de vous, vous pouvez continuer de le haïr ; et plus il vous battra, et plus vous le haïrez ; plus il vous poursuivra et plus vous le haïrez en montrant au monde et à l'histoire les plaies, les tourments et les blessures, les humiliations qu'il vous fera subir ; et quand bien même, il cesserait ses poursuites et ses persécutions contre vous, vous aurez finalement tout loisir de continuer de le haïr encore et toujours.
La haine se nourrit de tout.
La haine est dévoreuse.
Si vous venez à bout de lui, votre haine triomphe, et même la destruction de l'autre ne peut l'atténuer ou la faire cesser, car la haine trouvera ailleurs un autre objet où pouvoir se déchaîner, être comblée. Quand l'autre ne sera plus, quand les autres ne seront plus, votre haine pourra alors, suprême délice, se tourner contre vous.
Jean-Jacques M’µ
La matière ne manquant pas, il ne reste plus aux révélateurs de haines qu'à faire leur petit boulot de mise en affrontement de tous contre tous... C'est ainsi que l'on divise et que l'on règne. Machiavel, qui en connaissait un bout donnait au Prince moults conseils pour éviter de susciter la haine... en son pré carré, se procurant ainsi de fidèles soldats et donc de fidèles amis. Mais il lui en prodiguait aussi d'autres destinés à canaliser une haine bien ordonnée de ses amis contre ses ennemis... Rien de nouveau en somme. Même pas en Syrie où l'on vit récemment éclater comme par hasard des conflits dans des zones jamais atteintes par ces excès. Il était urgent de donner du grain à moudre aux "amis" devenant turbulents.
Voir ici : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/06/01/la-double-dynamique-du-conflit-syrien_1529879_3232.html
"un processus de libéralisation qui, en Syrie comme ailleurs, ne profite qu'aux grandes villes au détriment des provinces. Dans ces dernières, l'Etat s'est éclipsé, de même que le parti, laissant les services de sécurité contenir un nombre croissant de problèmes – quand ils n'y contribuaient pas directement, en composant avec les trafiquants, les islamistes et les réseaux de corruption"
Euh ?...
Je m'y suis rendu, j'ai lu, oui, ça se coltine par le colbac, par tous les dieux et par le fond du costard des autres ; je me suis même permis d'y aller de ma petite lichette bien pensante, sait-on jamais, mais, Dianne, blague à part, convaincre les autres d'agir pour la paix est une chose entendue, seulement, il ne faut pas tomber dans l'angélisme non plus !... Les va-t-en-guerre et les boute-feux sont hyper-dangereux, il faut, bien sûr, les dénoncer et dénoncer leurs manœuvres chaque fois que possible (et ce n'est pas les occasions qui nous manquent par les temps qu'on vit), mais, c'est chronophage, tout ça, on ne va tout de même pas passer sa vie à débusquer le marlou ?...
Passe encore que le journaleux et le blogueur fassent dans l'information et le commentaire, ne feraient-ils que ça, ils n'auraient pas suffisamment de vie pour aimer.
Si l'artiste s'y met à son tour pour porter sa contribution à la tâche, il perd en nature expressive ce qu'il gagne en fonction communicative. Une soprano peut gagner beaucoup d'argent en chantant un second rôle dans 'la Bohême' à l'opéra. La misère et la guerre sont des fonds de commerce qui rapportent à certains artistes dont l'art est au service du tiroir caisse et des bons sentiments d'un public indifférent aux populations (Raymond Soubie directeur de la Bastille, a tout de même formé des Jacques Chérèque, des François Fillon et des Jean-Pierre Raffarin, notamment sur l'affaire des retraites et celle des fonds de pensions).
Bon, je veux dire, pour le faire court, qu'un art est un outil pour le peuple aussi. Pour éveiller sa sensibilité.
Ce n'est pas un instrument à tirer des émotions, même si nos émotions se confondent avec nos opinions et nos actions. René Char était poète, mais quand il s'est agi d'agir, il est entré en résistance, même si on peut supposer qu'il aura continué d'écrire, il ne s'est pas institué en collationnant pour ses textes ce que faisaient ses compagnons d'armes. Les faits d'armes sont pour les militaires ; la société peut être un lieu d'intervention de l'artiste avec son art, oui, mais, à part ébranler le coeur des nantis avec quelques ficelles techniques que peut donc faire l'artiste devant un public "rafiné" qui se fout pas mal de sa société ? Là n'est pas sa place s'il prétend parler des horreurs du monde : les horreurs du monde, on va les soulager, sur le terrain, mais on n'en fait pas un objet d'art, ça me scandalise un peu, ça, ou alors ça me navre.
Bon.
C'est dit.
Voili voilou voilà, très chère amie.
Et p’is...
... on s'entendra enfin, toi z'et moi pour reconnaître qu'Y'a bien une vie après la lecture ou le spectacle, d'accord ?... alors pourquoi aller se perdre là bas ?... Ou bien on y va pour la technique artistique, et la qualité des artistes, leur performance, ou bien on s'intéresse vraiment aux sujets de nos sociétés et de notre histoire, et alors, on prend du peu de notre temps pour faire quelque chose de concret sur le terrain, avec les intéressés. Je ne te fais pas la leçon, je sais très bien que tu le fais.
Mais ton papier donne des arguments sociaux, à des gens qui cautionnent ceux que nous combattons. Qui va-t-il donc convaincre l'artiste, avec son beau discours, là-bas ?... Allons donc !... Soyons sérieux !...
Bouh !
(petite incidente, à partager en un jour où je n'ai parlé à personne, personne, personne : « Aujourd'hui est le jour que je dédie à un amour amputé »).
Jean-Jacques M’µ
Je ne comprends pas tes réserves. Que font d'autre les Gueux tentant de mobiliser leurs forces ? Que fait d'autre Barenboïm lorsqu'il lie son destin à Edward Saïd ? Evidemment on n'est pas dans la même échelle d'audience et de notoriété. Mais enfin je songe à la fable du colibri... Chacun fait sa part. Pourquoi l'artiste devrait-il se poster hors du monde pour en rendre une parodie surplombante (en usage sur mdp et j'aime bien car ça dit tout). Car il se nourrit forcément du monde, tel qu'il est ou tel qu'il le voudrait...
Si je suis bien informé (je peux me tromper) Baremboïm travaille avec des populations, il fait des concerts gratuits, il forme des gens désargentés, et quand il donne des galas, c'est pour mieux soutenir les damnés de la terre, les gueux (mais là, j'avoue que je ne sais pas très bien pour qui il se consacre : George Cloney, lui, c'est le Darfour, mais Baremboïm, si c'est pour la paix entre Israël et Palestine, j'applaudirais, si c'est pour l'un ou l'autre seulement, je resterais plus réservé, vois-tu, je n'aime ni la propagande, ni la récupération, tu me suis mieux, là ?...
Quant au théâtre de l'Opprimé, il travaille directement, dans des petites salles de répétitions pourries arrachées péniblement aux (rares) fournisseurs de lieux, et abandonnées au froid et aux intempéries, tu peux me croire, et ce n'est pas une vision d'apocalypse. D'ailleurs, tu peux participer à nos travaux, nous commençons le deuxième week-end d'octobre, sur la casse du service public. Tu verras sans doute concrètement ce que je veux dire.
Renseignements : www.naje.asso.fr
www.abceditions.net
Jean-Jacques M’µ
http://blogs.mediapart.fr/blog/dianne/220511/fondation-barenboim-said-creer-des-liens
http://blogs.mediapart.fr/blog/dianne/180709/barenboim-la-musique-eveille-le-temps
Et puis tout le monde récupère tout le monde. Aucune parole originale ne peut se construire sans emprunt préalable.
J'ai vu tes liens et ils sont formidables, Dianne, ça répond à mes petites inquiétudes.
Merci.
Jean-Jacques M’µ
Dianne,
Je reviens sur « mes réserves » (j’ai bien dormi, rassure-toi)...
Je n’attaque pas un artiste parce qu’il prend position et qu’il met son travail au service d’une cause. Bien évidemment.
Mais les artistes qui ignorent le terrain et font leurs programmes et leurs recettes auprès de ceux-là mêmes qui maintiennent le système, je préfère les ignorer que de leur faire de la pub, voilà tout !...
Mon temps est consacré à mettre en relation DIRECTE les gens du terrain et leurs paroles, leurs actes, leurs expressions artistiques spécifiques.
Comme toi, Dianne, je suis un spectateur éclairé, mais je souhaite éclairer l’ombre, vois-tu, sortir à la lumière avec les populations.
Il m'est impossible de m’extasier de beau qui ne serait que beau (ou de beau à prétexte moral ou social, car ce n'est là que facilité et bonne conscience à mes yeux, ça me navre et ça m'exaspère un peu eu égard aux moyens dont on prive ailleurs les populations sur place).
Je suis persuadé de ce que je dis, je ne cherche à convaincre personne.
.
Ceux qui travaillent en relation étroite avec les populations peuvent avoir des convictions, et chercher à militer, à faire du prosélytisme, pour échapper à leur sentiment de solitude et d'abandon... Ils ont les défauts de leurs qualités.
Moi, je ne milite pas, j’écoute, j’écris et je publie.
Et ce qui ne m’a pas touché, je n’en parle pas.
Ce que je sais qui me fera mal, j’en reste à distance. En général, muettement.
La qualité de sincérité de nos relations, toi et moi, Dianne, a fait que je suis sorti de ma réserve : s’il y a distorsion, un peu, entre les formes de pratiques artistiques que chacun défend ici, il y a cependant quelques zones communes entre nous qui restent fondées, comme l’horreur que nous partageons, différemment sans doute, des violences sécrétées par l’injuste inégalité de nos sociétés.
Jean-Jacques M’µ
Alain Leroux, le traducteur de Sun Li Tsuei, me disait l’autre jour, qu’il avait connu, du temps où il étudiait aux États-Unis, au début des années 1970, des conscrits américains qui ne supportaient plus de revenir en permission de la guerre du Viet-Nâm, ce qui m'a rappelé certaines pages des Croix de bois de Roland Dorgelès sur les tranchées pendant la guerre de 1914-1918.
Ces dernières années, je suis en train de vivre un peu cet état d’esprit de l’intérieur.
...
J’adore Natalie Dessay, c’est l’une des meilleures sopranos que je connaisse. J’adore Puccini et les élévations vocales qui interpellent l’expérience physique de la douleur. J’adore “La Bohême” pour l’ironie tragique de situations que j’ai eu pu connaître dans ma vie... Prix pour une place sans visibilité : 110 euros !... Tant pis, je me lance !.. C’est janvier 2010. Impossible de réserver par ordi auprès de Bastille, donc je me rends sur place...
File d'attente devant les guichets.
Dehors, des intermittents du spectacle diffusent des tracts sur leurs conditions d'existence et les nouvelles mesures qui vont menacer les misérables cachets qu'ils perçoivent. Je suis un des rares qui prennent et qui lisent. Pas grâve : on ne demande pas au public de l’opéra d’avoir de la complaisance pour ceux qui servent son plaisir, n’est-ce pas ?...
Je reste.
La file d’attente avance un peu.
Devant moi, un couple de "vieux" (la soixantaine) sympathise avec un couple de "jeunes" (la trentaine), ils maîtrisent les noms, les références, les dates, les techniques musicales, et ils connaissent bien Puccini, ça me prédispose plutôt favorablement et j'aurais presque envie d'entrer en discussion avec eux. Le jeune demande au vieux :
« Il y avait quelque chose d’important au journal ? Vous le lisiez avec attention quand nous avons commencé à parler... »
– Non, rien. Ah si !... Je lisais que les squatteurs de Jeudi Noir étaient condamnés à déloger de “la Marquise”, place des Vosges. Que voulez-vous, il faut bien qu'ils comprennent que force doit rester à la loi !...
Je ne supporte plus, Dianne !...
Quand on connaît des copains qui endurent au quotidien le froid de l'hiver sans logement, et la faim et l'indifférence et l'incompréhension, tous les jours de l'année, on ne peut plus supporter cette arrogance même pas consciente du mal qu’elle fait ?...
.
Il ne m'est plus possible de voir que les mêmes qui vont pleurer et s'extasier des malheurs des artistes dans une bohême de carton-pâte sur scène, sont à ce point sans aucune considération pour de réels artistes dans la dêche, sans logement ni hébergement qu'ils croisent et qui se trouvent à quelques mètres, pas loin d’eux.
Je retourne à mes gueux.
C’était pour te faire part de mon for intérieur.
Jean-Jacques M’µ
"Mais les artistes qui ignorent le terrain et font leurs programmes et leurs recettes auprès de ceux-là mêmes qui maintiennent le système,"
Cela ne s'applique absolument pas aux artistes impliqués dans ce projet. Leur propos est exactement le même que le tien : donner une voix à ceux qui n'en auraient pas sans leur médiation.
J’entendais bien ça, depuis le début de ton article (aui est très beau, ça vaut la peine de le mentionner).
Seulement, la suite du fil nous a fait dériver sur ces considérations (qui viennent de moi, pas de toi, tu n'es nullement en cause, je connais ton implication sur de nombreux fronts sur lesquels je n'oserais, pour ma part, pas oser glisser le plus petit doigt, par souci de ma sécurité ou de ma tranquillité).
Je cours à d'autres affaires, et tu peux croire en ma haute estime pour toi.
Sincère et loyale.
Jean-Jacques M’µ
Le lieu de prise de parole n'est sans doute pas sans importance. Il est solennel et prestigieux. La question se pose alors de la légitimité : faut-il absolument s'exprimer depuis un garage ou un hangar pour être recevable dans la passation de parole aux privés d'expression habituels ?
De la même manière, la "bourge blondasse" (breveté Larzac 2003) est-elle recevable pour faire savoir, alors qu'elle mange tous les jours à sa faim et qu'elle a de quoi faire quelques projets ? Cela m'a été rappelé à quelques reprises, notamment sur ce site, par de moins gracieux débatteurs que toi !
La vieille formule "Dis nous d'où tu parles" n'a pas pris une ride...Et le "où" pour l'heure prend tout son sens. A ce compte-là, Blum aurait dû se situer dans le clan des plus réactionnaires d'une chambre bleu horizon... Et ses adversaires ne se sont pas privés d'utiliser cette ficelle-là.
C'est vieux comme le monde. On a bien coupé la tête de Condorcet...
Non, non, non, Dianne, je ne parle pas en clichés.
C'est sans aucun plaisir que nous travaillons dans des hangars, crois-moi, et ça ne nous donne pas plus de légitimité que d'autres lieux. Il faut venir voir avec quel acharnement nous tenons nos écoutes, notre attention, nos improvisations en soufflant sur le bout de nos doigts ankylosés de froid. Nos souffrances à créer ne nous donnent aucune autorité, nous ne nous en réclamons pas pour réclamer nos (si justes) droits à la création et à la diffusion. Nous ne faisons pas dans le misérabilisme.
Je sais, c'est moi, qui ai parlé le premier de notre misère, mais ce n'est pas pour s'en prévaloir de manière péremptoire, c'était pour te dire que je ne supporte plus l'inanité ou la superficialité ambiantes (comme ceux qui revenaient de guerre ne pouvaient plus goûter le pain blanc et les amusettes du Caf’conc’)...
Je te parlais d’une mienne disposition d’esprit, de mon état d’âme qui n’est ni rancoeur ni vindicte contre personne, au contraire !... seulement une vague tristesse, impuissante et décalée, face à ces démonstrations de certitudes et de suffisance auto-proclamée de ces gens en bonne compagnie, fiers de l’être et restant entre eux.
En aucun cas, je ne t’imagine sur ces registres-là, Dianne. Je te connais.
Et ne détourne pas ce que je dis en me parlant des clichés à ton endroit. Je ne procède pas en cataloguant les gens sur leurs apparences ou leurs appartenances (voir mes échanges particulièrement gratinés avec Lorelei Avalon, j'en suis aussi victime que toi, avec mes allures d'homme blanc d'éducation latine). Ne place pas mes "réserves" là où elles ne sont pas.
Je n'ai pas de détestation a priori des lieux ou des gens, tu le sais bien. Et si tu essaies de prévenir nos lecteurs de cette fâcheuse tendance, tu en as le droit, mais pas en t'appuyant sur ce que je t'ai écrit plus haut, ce serait injuste, Dianne, et non approprié à mon propos.
D'autant, qu'hier j'étais dans un état de tension et d'inquiétude intense en direction de l'autre bout de notre terre où quelqu'une que j'aime de trop loin se fait arracher le lotus qui fleurissait dans sa poitrine... Mon passé, mes épreuves, mes souffrances devant de réelles inanités de la part du monde qui peut et qui feint d'ignorer et fait si peu, ou si mal, en direction du droit d'expression, ça me revenait en tête, et ça se mélangeait. Ne me fais pas procès de ce que je n'ai pas dit, s'il te plaît. Et si j'ai pu te paraître en stigmatiseur de "bourge", honnêtement, je ne lis rien, dans mes propos (ni dans mes pensées) qui pourraient te conforter dans cette vilaine impression. Ôte-toi cette idée-là à mon sujet, je t'en prie, non seulement nos relations sortiraient du rail où elles n'ont pas lieu de sortir, du débat d'idées, mais elles en sortiraient inutilement salies. Nous n'avons ni toi ni moi besoin de ça. Nos ennemis sont ailleurs qu'entre nous, tu en conviendras aisément, je suppose.
Je suis fatigué, là.
Sérieusement, je crois que tu aimerais beaucoup nous rejoindre, à NAJE, au sujet de la casse du service public.
Jean-Jacques M’µ
Mais il n'y a aucun procès d'intention d'aucune sorte dans mes réponses, ! Juste de l'étonnement que l'on puisse aborder la critique du sujet du billet par ce biais-là, c'est tout.
La souffrance comme vecteur de création. Soit. A cette aune, celle des vétérans qui ont donné leurs maux au slameur vaut bien celle des opprimés d'ici.
Que signifie travailler en relation étroite avec les populations si ce n'est entendre leurs mots ? De ce côté-ci de l'Atlantique ou de l'autre, peu importe. Le message est universel.
Encore une fois, toute critique est recevable et les tiennes sont bienvenues mais pourquoi vouloir absolument dramatiser cet échange ?
Tu écris plus haut :
"Bon, je veux dire, pour le faire court, qu'un art est un outil pour le peuple aussi. Pour éveiller sa sensibilité."
Moi aussi. Sauf que je ne sais pas ce que "peuple" signifie. Pour moi, c'est un tout qui se défie des catégories.
Oui, tu as raison.
Et je ne veux surtout pas dramatiser notre échange. Je vis péniblement plusieurs situations de grande tension, qui interfèrent et se croisent. Mes limites face aux réalités les plus contradictoires exacerbent sans doute mes positions.
Bien entendu, le mot "peuple" est un mot court, qui fait court, et qu'on peut mettre à toutes les sauces. Je voulais expédier, sans doute à la va-vite, trop rapidement, une disposition morale, philosophique, favorisant les catégories les plus démunies contre celles des privilégiés.
J'ai pu voir le travail de la compagnie NAJE (ils ne sont pas les seuls, mais eux, j'ai fini par les publier) : ils sont avec les déshérités, ils les reçoivent chez eux, ils mangent avec eux, ils les écoutent longuement, patiemment, et permettent que, la confiance aidant, des saynètes se jouent, qui reproduisent les situations, et ça se discute, ça interpelle, ça provoque des réactions, des propositions...Voilà comment, un jour, une SDF ici, avec qui NAJE est en relation depuis des années, va former un groupe de parole créative dans sa ville ; voilà comment, un autre jour, des handicapés s'organisent pour aller manifester en théâtre invisible le jour en pleine rue devant les gens qui consomment en terrasses ; voilà comment des gueux vont chanter en pleine banque dans le 9e...
Les artistes peuvent aider par leurs techniques ceux qui ont quelque chose à dire à le dire.
...
Bien entendu, je ne critiquais pas ceux dont tu parles, à Royaumont, je ne les connais pas, et ce que tu en dis est très bien. Mais connaissant mon peu de disponibilité, je me suis dit que je n'irai pas là, parce que ce que tu en dis est social (contre la guerre) et non pas artistique, et, dans l'état mélancolico-dépressif-surmené où je me trouve, me sont revenus en mémoire les souvenirs de tous les cas où les bons sentiments ont servi à renforcer les pouvoirs plutôt qu'à changer réellement les choses...
Un exemple : des gens m'envoient leurs manuscrits. Une assez belle pièce sur les viols collectifs des Serbes en Croatie lors de la guerre en ex-Yougoslavie, en 1995, m'est envoyée. Je serai presque prêt à donner mon accord pour la défendre, sauf que... Les auteurs ne savaient même pas, quand je leur en ai parlé, qu'Ariane Mnouchkine et cinq autres metteurs en scène avaient fait la grève de la faim en 1995 sur cette question-là !... Revenir plusieurs années plus tard sur un scandale pour en tirer bénéfice, c'est malhonnête, voilà.
(encore une fois, je ne te soupçonne pas de malhonnêteté, j'attire juste ton regard sur un rapport très ambigu de certains artistes avec l'actualité ou avec l'histoire. Exemple d'Ariane Mnouchkine dont le travail est incontestable à tous points de vue, sauf un : lorsqu'elle sera capable d'appliquer sur Israël la même rigueur qu'elle a mise pour dénoncer les nazis et les extrémismes islamiques, elle sera réellement intègre à mes yeux. Voilà tout.)
Je vais faire une sieste. Je suis épuisé.
Jean-Jacques M’µ
Nessun' dorma ?
Doucement...
Je me réveille...
Douce, doucette, doucettement...
Jean-Jacques M’µ
En attendant, portrait de groupe, qui est aussi une oeuvre d'art !
Mike Ladd, poète, performer et direction artistique Ahmed Abdul Hussein, poète, performer Maurice Decaul, poète, vétéran Vijay Iyer, compositeur, improvisateur, pianiste et direction musicale Serge Teyssot-Gay, guitare électrique Ahmed Mukhtar, oud Vincent Mahey, ingénieur du son Mathieu Bouvier, prise de vue et montage vidéo Rola Al Sayed a assuré la traduction littéraire des textes arabe (Irak) vers français et anglais, ainsi que la traduction pour les surtitrages en français. Mona Ghosn a assuré l'interprétariat arabe vers français et anglais, ainsi que français et anglais vers arabe (Irak).
Ad : Première le 30 septembre à 20h45 à la Fondation
"L'âme en sang", un magistral documentaire, écrit et réalisé par l'excellent universitaire franco-américain Olivier Morel, sur les soldats américains partis en Irak, sera diffusé ce soir sur Arte.
Une guerre injuste, illégale, qui a provoqué des ravages dans l'un des berceaux de la civilisation mais aussi une guerre qui a détruit jusqu'au plus profond d'eux-mêmes les soldats qui ont été envoyés à cette Bush-erie.
Avec une grande délicatesse et une infinie pudeur, Olivier Morel leur donne la parole, enquête sur leur situation, les met en scène. C'est à la fois déchirant, pathétique et infiniment douloureux. Seule la révolte permet à quelques uns de s'en sortir.
Un documentaire qui illustre à merveille le poème de Jacques Prévert : Quelle connerie la guerre !
Si vous avez raté la diffusion sur ARTE, vous avez une possibilité de rattrapage ci-dessous en cliquant sur le lien...
A voir absolument : L'AME EN SANG
Jacques Soncin
http://videos.arte.tv/fr/videos/l_ame_en_sang-4163832.html
C'est un moment de paix dont nous rêvons tous. Eux aussi. Et leurs ennemis.
Folies des hommes !...
Jean-Jacques M’µ
Les échanges ont été à la hauteur du projet. Dommage que la "tentation de la prairie" ait été si forte hier. Mais la qualité des débats compensait la quantité de participants. J'y reviendrai. Victimes et coupables, le mouvement perpétuel...
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