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André Brink : le verbe, le courage et la colère

 

André Brink, né en 1935 en Afrique du Sud,  professeur d'université à Grahamstown, fait partie de ces Afrikaners très tôt engagés dans la lutte contre l'apartheid. Il a choisi le biais romanesque pour dire l'indicible et toucher les consciences, aussi efficacement que l'ont fait d'autres en rédigeant des brûlots politiques.

La preuve de la pertinence de sa démarche ? L'interdiction. Réitérée à chaque nouvelle publication.

Ainsi son premier roman "Au plus noir de la nuit" (1973) ne trouvera ses premiers lecteurs que par sa publication en Angleterre. Il faudra trois ans, comme souvent, pour pouvoir le lire en français...

Le quatrième "Une saison blanche et sèche" est ce que l'on peut appeler un chef-d'oeuvre (Prix Médicis Etranger en 1980).

A la suite de la disparition d'un familier, le fils de son jardinier noir, puis de la disparition du père lui-même, le héros, Ben Du Toit, passant du statut de père tranquille à celui de questionneur importun, va peu à peu découvrir les rouages de l'implacable appareil d'Etat ségrégationniste qui lui a jusque ici profité sans qu'il ait trop d'états d'âme.

Il lui faut endurer la douleur d'un chagrin personnel pour que se révèle sa part d'humanité. Mais les mécanismes qui broient les individus ne laissent aucune chance à l'époque à un solitaire trop curieux. Et bien qu'il soit soutenu par une compagne pugnace, la machine infernale le rattrapera.

C'est ainsi que commence le récit : "Un professeur de Johannesburg a été tué dans un accident. Ecrasé par une voiture. Le chauffeur a pris la fuite." La victime a transmis au narrateur de quoi reconstituer son douloureux "chemin de Damas". Narrateur qui à son tour devra vaincre ses peurs et ses petitesses pour témoigner. Troublé par les menaces qu'il sent à son tour s'accumuler pour avoir eu le courage de dire, il conclut : "Tout ce que l'on peut espérer, tout ce que je puis espérer, n'équivaut peut-être à rien d'autre qu'à ça : écrire, raconter ce que je sais. Pour qu'il ne soit pas possible de dire encore une fois : Je ne savais pas.

 Entre les deux époques, la trame du quotidien de l'Afrique du Sud des années 70, faite de monstruosités banales, et le lent cheminement vers la lumière d'un protagoniste éberlué. Une écriture magnifique pour dire lesluttes pour les  libertés individuelles, les renoncements collectifs, les révoltes brutales, les calvaires consentis. Ce n'est pas un roman. C'est un manifeste. Qui n'a pas peu contribué à secouer certains cocotiers occidentaux. On connaît la suite.

 

 

Outre l'oeuvre militante d'André Brink, on peut se jeter sur son oeuvre purement romanesque, dont le titre le plus achevé est "Un turbulent silence". Une histoire palpitante de désir et de mort, d'amour et de colère dans laquelle le premier rôle est tenu par la vibrante terre d'Afrique, matrice de toutes les  passions exacerbées. Dans les années 1820, des protagonistes hors normes, refusant la soumission et l'avilissement, affrontent les forces esclavagistes soutenues par une loi bientôt caduque. Brink nous offre là toutes les clés pour comprendre la réalité de son époque. Et ce qui s'ensuivit. On ne peut pas lâcher ce livre avant de l'avoir épuisé avec ivresse... C'est ce qu'un commentateur de l'époque de sa parution (1982) a appelé "une épopée totale".

 

 

 

 

 

André Brink a vécu à Paris où il a traduit Camus.

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Je m'en vais su Amazone, pour opiner, je dois lire ! Mais merci de cette présentation très complète. 

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"Pour qu'il ne soit pas possible de dire encore une fois : Je ne savais pas."

"Une saison blanche et sèche" est une sorte de viatique qui vous prémunit contre tous les petits accommodements de conscience... Particulièrement utile en ces temps frileux où l'on demande "combien de troupes" aux soutienx des opprimés avant de se décider (ou pas la plupart du temps !) à les rejoindre.

Quand on ne dénie pas tout simplement à certains le droit de s'engager...  ou bien qu'on regarde leur dossard avant de se prononcer. On ne sait jamais, et s'il y avait "contagion" idéologique ???  Ou comment alimenter la concurrence victimaire et laisser les coudées franches aux agresseurs.

 La lâcheté collective en Europe de l'Ouest, en France,  par rapport à ce qui se trame dans le Caucase est à ce sujet particulièrement significative...

 

 

Dire que je n'ai lu que "Au plus noir de la nuit" et, bien sur,"Une saison blanche et sèche". Je vais m'y remettre !

Dianne,

je crois qu'A. Brink vit très douloureusement la médiocrité des sucesseurs de Mandela, les échecs en particulier des luttes contre la criminalité violente et le Sida. Je me trompe?

Jacob Zuma semble bénéficier en ce moment d'une "embellie". Mais Mandela lui-même n'était pas dupe de ce que serait sa succession. Sa bouleversante autobiographie, "Un long chemin vers la liberté",  indispensable pour qui s'intéresse à la région, recense les protagonistes de l'accouchement "démocratique" de la RSA. Rien n'est simple et nos luttes intestines franco-françaises paraîtraient bien mineures au regard des soubresauts et violences qui ont amené le pays à réintégrer de plein droit la communauté internationale... Et puis succéder à Thabo Mbeki n'est pas une tâche facile (ne serait-ce qu'en matière de prescriptions sanitaires sur le sida !) Aucun de ses partisans n'a été réélu. Enfin le président actuel, qui a connu Robben Island,  a un peu le même parcours que Mandela. Moins cultivé au départ il a été éduqué en prison grâce au système mis en place par des co-détenus. Cela le préservera peut-être de tentation de dérives de castes qui ont été reprochées à Mbeki. Troquer des oppresseurs blancs contre des noirs, la belle affaire quand on n'a rien...

 

Mandela : "Dans la lutte on appelait Robben Island "l'Université" à cause de ce que nous nous apprenions mutuellement..../... Quand les jeunes arrivaient sur l'île nous nous rendions compte qu'ils savaient peu de choses sur l'histoire de l'ANC. Walter (Sisulu) peut-être le plus grand historien vivant de l'organisation, commença à leur raconter sa formation et ses débuts. Il donnait un enseignement prudent et bienveillant. Petit à petit, cette histoire informelle s'est transformée en véritable cours... [Le programme A] se composait de deux ans de conférences sur l'ANC et sur la lutte de libération.../... La pédagogie était de nature socratique : les idées et les théories étaient analysées par questions et réponses." (p.564)

Faut-il préciser que cela se passait au mieux assis par terre, les mains vides ? Qui est capable de cela chez nous où le moindre discours fait baîller et où gavés de principes, les connaissances transmises à la petite cuiller, plus personne n'agit vraiment ?

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