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«Qu'est-ce que c'est, le Grand Soir ?»
Elle débarque du Kansas, elle est en plein jet-lag, elle est radieuse, elle est « very optimistic ». En ce qui concerne l’élection de Barack Obama, s’entend. Naomi Klein n’est pas seulement venue à Mouans Sartoux, XXIe édition du Festival du livre, pour apporter une bonne parole. Elle écoute. Le thème de l’année, c’est « Résistances, origine du futur ? » Ca lui va, à cette jeune femme qui sourit largement à la salle bondée. Son grand-père fut blacklisté pour avoir lancé la première grève des studios Disney, ses parents activistes ultra-gauche quittèrent les USA pour le Canada, le moins que l’on puisse dire est qu’elle assure la relève.« Résistance, oui, dit-elle, mais il est temps de penser en grand, il est temps de reconstruire. »
« Mais comment faire ? », la question fuse du public, résumant l’angoisse des peuples-spectateurs.

L’écrivain John Berger suggère, face à des pouvoirs sans frontières mais ignorants des réalités locales, une coordination des luttes et initiatives. Moi, je regarde l’assemblée. Bien sûr, quelques Attac, ou quelques gauchistes tannés, mais surtout des gens, beaux, moches, vieux, jeunes ou entre deux, des gens qui peut-être, il y a quelques années, ne seraient pas venus écouter Naomi Klein, n’auraient pas demandé, comment faire ? La crise financière précipite les urgences. Pas une fois, ce soir-là, les partis de gauche français n’ont été cités.
Et puis : Naomi Klein comprend bien le français, mais des choses lui échappent, parfois. Elle se penche vers sa traductrice : « Qu’est-ce que c’est, le Grand Soir?» Avec, à cet instant, l’exacte inflexion de Jean Seberg à la fin d’A bout de souffle.
Dommage, Serge Moati ne se souvient plus très bien de ce que c’est, le Grand Soir...
Mouans Sartoux, XXIe édition, commence par une histoire. Ici, entre Cannes et Grasse, maisons rosées, verdure, collines préservées pour la région, la bonne ville de Cannes, il y a quelques décennies, envisage d’installer là une tripotée de logements sociaux, histoire de loger les revenus modestes à leur juste place, loin. André Aschieri prend la tête de l’opposition au projet ( «et il aurait pu se faire beaucoup, beaucoup d’argent en cédant», m’informe un bénévole du festival). Depuis le prof de maths enchaîne les mandats – sans étiquette mais vert et gauche en pratique – y compris le dernier, avec un score poutinien de plus de 81%. Que les locaux me pardonnent, z’ont entendu ça cent fois, mais dans le contexte Côte d’Azur, c’est tout vu : les irréductibles, et Aschierix.
« Les rebelles ont-ils toujours raison ? » Ce débat là, je l’ai raté. Ces grands habitués des tréteaux que son Jean-François Kahn et Daniel Cohen Bendit, roulant l’un pour le modem l’autre pour les verts, ne l’ont pas loupé, en compagnie d’Alain-Gérard Slama , Malika Mokeddem et Michel Winock. Du coup, je n’ai pas les réponses, pour les rebelles. Je n’ai rien vu, sauf ceci : des centaines de personnes attentives, dehors faute de place, visages levés vers les hauts parleurs. Des gens, de toute sorte.
Le petit train qui monte de la côte charrie ses 800 voyageurs à chaque navette, sns parler des voitures qui bloquent sérieusement. 50 000 visiteurs en trois jours.
Et puis, voici que je tombe sur une grande affiche : Terre et Humanisme, de Pierre Rabhi. Tiens, une secte, me dis-je, en Parisienne bien dressée à la méfiance et ignorante des lames de fond en dessous de la Loire. Erreur.
Pierre Rabhi dit des choses plutôt simples. Quoique n’ayant pas encore lu son livre, je résume hâtivement : un cinquième de l’humanité détient les quatre cinquième des biens, à revoir et vite, il faut replacer homme et nature au cœur des préoccupations. Ce n’est pas nouveau ? Non, ce qui est nouveau, c’est l’engouement, qui épuise les stocks de son livre en quelques heures ( des gens, de toute sorte) et draîne une petite foule – dont l’iranien Majid Ranhema, ex commissaire des Nations-unies, quelques élus, Coline Serreau en tournage, ou Jean Paul Capitani d’Actes Sud, dans une bastide en plein champ pour lancer son mouvement, aussitôt rebaptisé « colibri ». Et là, encore, des gens, de toute sorte.
En 2006, un bref opuscule-manifeste, diffusé par Télérama auprès de tous ses abonnés du Sud Est, a mis en lumière ce petit homme, un mètre soixante tout compris et regard d’escarboucle.

Pourquoi tant d’attention ? Pierre Rabhi, né en 1938 algérien de Béchar, adopté par des français, ouvrier en usine puis agriculteur ardéchois, pionnier du bio, œuvre concrètement dans le co-développement depuis des années. Outre son évidente sincérité, c’est son histoire qui parle pour lui. Il dit aussi qu’il faut fédérer les initiatives éparses, ne prononce pas le mot politique.
C’est troublant, assurément. Quelque chose de perceptible, impossible à quantifier, qui relève à la fois d’une dépolitisation grandissante, et d’une aspiration au changement, à l’avenant.
Mais qu’on se rassure. En rentrant à Paris, on retrouve les empoignades côté PS, les pages littéraires squattées par l’opération BHL/ Houellebecq, Libé qui me demande « Savez-vous planquer vos sous ? », toutes ces petites choses familières qui nous font tant vibrer et penser.
Ajoût :
Mouans Sartoux est d’abord un festival littéraire. Cafés littéraires non-stop et radiophoniques où les auteurs parlent de leur livre, lectures, débats, bouquinistes drôlement achalandés, il ne s’agit pas d’une de ces foires aux livres, comme souvent. Editeurs et grands libraires tiennent stand de vente et signatures, bien sûr, mais se côtoient des écritures marginales, dérangeantes, des poids lourds du best-seller, de Guillaume Musso à Pierre Michon ( 350 auteurs invités), de Jean-Claude Carrière à Pierre Carles ( en passant par le remarquable Il Divo, prix du jury à Cannes, de Paolo Sorrentino), d’Irène Frain à Geneviève Fraisse .Associations improbables ? A voir déambuler les visiteurs, accédant ici ou là, à des univers littéraires qui leur sont d’ordinaire étrangers, on se dit qu’il y a ici ce qui souvent fait cruellement défaut à la culture française : le mélange et la curiosité.
Pour Naomi Klein, se reporter à http://www.mediapart.fr/journal/international/040508/naomi-klein-la-strategie-du-choc-extraits-et-debat
John Berger, "D'ici là", ed. de l'Olivier
Pierre Rabhi, "Manifeste pour la terre et l'humanisme", Actes Sud


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Autres façons de voir et de réagir, enfin. Bravo à eux tous et merci, Dominique.
Pour en savoir + :
La VIDEO/ Interview réalisée par NaturaVox sur Pierre Rabhi et l’agro-écologie…
envoyé par Durablement votre...
merci pour le lien!
Dominique, excuses-moi, mais j'ai rien compris à ton billet. Que veux-tu dire, exprimer? Ca part dans tous les sens. Les noms se succèdent mais quelle en est la signification? Sur Mouans Sartoux, aucune précision: où, quand, pour qui? Pourquoi écrire "jet-lag"? Parce que ça fait bien? Sur Pierre Rabhi, Ternisien nous propose au moins des pistes sur son livre (voir son blog). Au total, la sensation d'un peu de bruit pour rien. Quelque chose avec une odeur de parisianisme intellectuel un peu désagréable, la sensation de ne pas faire partie de ceux pour qui tout cela est clair et évident. Dommage.
C'est ce qui s'appelle ne pas se faire comprendre , en effet. Bon, je suis un peu malade, mais quand même. Ca part dans tous les sens: c'est très exactement ce dont je parle. Les gens qui sont venus assister à ces débats divers, avec des personnalités et des positions très diverses, qui suivaient avec passion, ne représentant pas la "clientèle" habituelle des uns et des autres. On sentait, trois jours durant, des interrogations et des aspirations qui avaient un point commun: ça se passait en dehors du politique. Comme un profond désintérêt. Mais c'est une impression. Parisianiste ? Tout le contraire, je me moque de ma propre réaction de parisienne face à l'affiche de Pierre Rabhi. J'essaie au contraire de rendre compte d'un phénomène qui se produit bien en dehors de Paris. Je n'ai pas lu le livre de Pierre Rabhi - et je le dis - mais je l'ai écouté ( et je n'ai vu le billet de Thierry ternisien qu'après avoir mis en ligne): désolée si je ne trouve rien de bien nouveau aux idées qu'il exprime. Ce qui est nouveau, c'est qu'il s'agit d'un homme qui a mis en pratique lesdites idées depuis des décennies, c'est l'impact de son discours auprès de gens très divers, symptomatique d'une demande qui ne semble plus satisfaite par les appareils politiques. Enfin, merci de lire jusqu'au bout: je donne les références des livres, j'explique ce qu'est Mouans Sartoux, un festival du livre, le nombre de visiteurs, qui en est à l'origine, et où ça se trouve. Après, il y a un site: http://www.lefestivaldulivre.fr/accueil.htm En outre M. Philips: attention blog, ce n'est pas un article
Oui, j'ai un peu comme des regrets pour mes propos. Tant pis. Merci de n'avoir pas pris la mouche!
Merci Dominique, de ce texte et des infos. J'ai lu, comme un refrain, beau et lancinant, les gens, les gens. Entre le langage parlé et le langage écrit.
Dominique, moi je comprends toujours mieux ce qui est dispersé, ces pensées un peu brouillonnantes où il reste la place de penser par soi-même, ces images qui témoignent d'un regard poétique même lorsque la langue explore ce qui reste pour d'autres une impasse. Mais peut-être parce que je connais bien les lieux. Pierre Rabhi (je n'ai pas encore lu le billet de Ternisien) est pour moi quelqu'un qui a dit dans un langage humain et une pratique, ce qu'Ivan Ilitch a exprimer dans une langue à coucher dehors. Des technocrates tentent à leur tour d'en traduire ces derniers jours à propos de La Crise quelques paragraphes pour avoir l'air d'inventer le monde, selon leur habitude : pitoyable. Quand aux grosses piles sur les stands avec des noms qui font la une de tous les journaux, j'espérais moi aussi que Médiapart ait l'ambition de s'en tenir distant. Mais à ne pas jouer avec les paillettes le risque est grand d'être relégué à l'ombre...Cornelien! Serge Koulberg
Rien de bien nouveau.. les altermondialistes, les coordinations ouvrières ont ouvert la voie à des rassemblements/mouvements hors des partis, des institutions, des syndicats.. au final il reste la désillusion et encore plus de désespérance, parcqu'au bout il n'y a pas de "débouché politique".. c'est une leçon vieille comme le monde et terrible pour qui la vit.
Rien de bien nouveau.. les altermondialistes, les coordinations ouvrières ont ouvert la voie à des rassemblements/mouvements hors des partis, des institutions, des syndicats.. au final il reste la désillusion et encore plus de désespérance, parcqu'au bout il n'y a pas de "débouché politique".. c'est une leçon vieille comme le monde et terrible pour qui la vit.
On profite de ce qu'on est loin pour critiquer ? Hors la politique au sens traditionnel du terme, point de salut ? Les échecs ne font-ils pas avancer aussi ? Et en matière de désespérance et désillusion, il me semble que parfois la gauche nous comble. Pas étonnant, donc , que des gens de toutes sortes , en période de crise aigue, aient des curiosités pour l'ailleurs. Même pas si nouveau.
L'ailleurs, c'est ou? C'est quoi le "dehors du politique" ? Je doute fort que ces sentiments éthérés, loin de la lourdeur du réel, soient partagés par Naomi Klein. C'est l'occasion de recommander encore et encore son dernier bouquin: "La stratégie de choc"
Vous avez raison, soyons claire, d'autant que personnellement, je penche davantage pour Naomi Klein. Ceci dit: à la question, comment faire, elle répond, manifestons, soyons présents, là aussi, c'est flou, non ? Par "dehors du politique", j'entendais en dehors des appareils et partis. Un désir de croire et de s'investir qui se cherche, rien de plus, ne suis pas gourou politique. Les sentiments éthérés, attention, quand même, ce n'est par exemple pas du tout le cas de Pierre Rabhi, écolo de la première heure, altermondialiste pratiquant, etc... Enfin, c'est la stratégie du choc, pas de choc. Un seul mot, que de malentendus...
D'où le titre de ton billet de blog, si bien choisi...Merci pour toutes tes réponses, Dominique.
Le lieu de cet évènement est étonnant, en ce moment, quand on parle de la Côte d'Azur, c'est pour entendre parler des nouveaux milliardaires russes qui font exploser les prix des villas... Je suis donc heureuse de savoir que l'on peut aussi y entendre parler des sujets vraiment essentiels concernant nos sociétés ; merci donc Dominique de nous avoir fait respirer l'atmosphère de cet évènement, Pierre Carles venait-il présenter un travail récent ? J'ai été également intéressée par ce passage là : "...Depuis le prof de maths enchaîne les mandats – sans étiquette mais vert et gauche en pratique – y compris le dernier, avec un score poutinien de plus de 81%. Que les locaux me pardonnent, z’ont entendu ça cent fois, mais dans le contexte Côte d’Azur, c’est tout vu : les irréductibles, et Aschierix..." exemple assez rare en effet pour être mis en valeur... Merci encore !
Pierre Carles a présenté Attention, danger travail, que vous connaissez déjà, peut-être. Il a aussi participé à des débats ( Le salarié est-il capital ?). Et oui, l'exemple est rare, entre Nice et Cannes. Unique même, je crois bien. J'ai même rencontré une dame qui voulait emménager sur la commune pour "mieux respirer"!
bonjour, à propos de Pierre RABHI et de son parcours hors du commun (entre autre avec sa campagne pour la candidature Présidentielle de 2002 qui recueillit près de 200 signatures de maire !) ; pour ceux qui souhaitent découvrir l'homme je conseille son premier livre assez largement autobiographique: "Du Sahara aux Cévennes ou la reconquête du songe" paru en 1984 aux éditions de Candide. bien à vous Pierre Sélim LEBRUN
Ce qui pose le plus de problème dans notre civilisation c'est notre capacité d'être entendu pour partager. Voila l'exemple même de ce qu'il ne faut pas faire. seul l'auteur est capable de décoder (comprendre) la signification du texte et allusions contenus dans cet article. Moralité, article inutile, contribution indirecte à l'effet de serre pour rien.
Je suis assez d'accord avec vous, Jacques, l'avais commenté (en 3) dans le même sens. Même avec les explications de l'auteur, même avec les commentaires élogieux de certains, même en le relisant, ce billet me semble toujours aussi "vide". Ça fait du bien de voir qu'on est pas seul dans son coin!
Bonjour Mr Philips, Je me souviens d'un texte de Anne Guérin-Castell, que vous n'aviez pas compris. Anne, vous avait répondu courtoisement , qu'il s'agissait de votre part d'une erreur d'interprétation, et que dans son PPJ, elle racontait simplement ,ce qu'elle avait "vu", une jeune femme dans une piscine. Vous aviez compris, vous, que Anne, voulait parler du cancer. Ce que je veux dire, c'est que vous comparez le billet de Thierry Ternisien, à celui de Dominique Conil, et que ça n'a pas lieu d'être. Puisque T.Ternisien, n'est pas le seul à apprécier Hannah Arendt, en voici une citation: " Il est de la nature même de tout nouveau commencement qu'il fasse irruption dans le monde comme une "improbabilité infinie", mais c'est précisément cet infiniment improbable qui constitue en fait la texture même de tout ce que nous disons réel." (H.A-La crise de la culture) Merci de rendre votre copie à François Bonnet et Vincent Truffy, avant que vous ne soyez mis, vous aussi, tout comme moi, près du radiateur au fond de la classe, Bien à vous,
Thierry Ternisien nous parle de Pierre Rabhi, ici : http://www.mediapart.fr/club/blog/thierry-ternisien/081008/vivre-et-prendre-soin-de-la-vie
J'avais envie de relire ce billet, tu manques Dominique.
Merci de ces remontées, Vancouver, précieuses pour moi qui m'étais absentée d'août à octobre. J'avoue ne pas avoir compris les incompréhensions, le billet de Dominique me paraissant limpide ! "C’est troublant, assurément. Quelque chose de perceptible, impossible à quantifier, qui relève à la fois d’une dépolitisation grandissante, et d’une aspiration au changement, à l’avenant." Troublant. Et je veux le croire, porteur d'avenir quand même.
Ce sont plus que des incompréhensions ...bon. Troublant et porteur d'avenir j'aurai voulu, je voudrais, je veux, le croire; je le crois,
Je rentre du travail. Une lueur d'espoir. Merci.
Je squatte ton billet d'octobre...Dominique, pour signaler ce DIMANCHE 26 Avril, au théâtre de l'Odéon: " Six heures pour l'Europe des Cultures" A partir de 14H, avec entre autres, Cohn-Bendit . Il suffit de faire le site de l'Odéon, pour avoir le reste du programme et des invités, en cliquant sur "saison", puis, sur " présent composé". . Edité, en Août 2009..