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Messieurs les jurés, pardon mesdames aussi
Un matin, vous ouvrez la boîte aux lettres et c’est là. Vous avez été tiré au sort. Juré. Pour la session du tant. En général, commence à ce moment là, pour une partie des « sélectionnés du métro », comme les appelait avec mépris un ancien président de cour d’assises, la course à la dispense.
Oh, en principe, vous n’y coupez pas, c’est un devoir citoyen, et 3750 euros d’amende si vous vous défilez. Mais ont peut décrocher une dispense : certificat médical, contraintes professionnelles. Alors, on s’arrange.
Car juré, ça ne rapporte pas lourd, indemnité professionnelle à taux horaire du SMIC.
Autant dire qu’en région, il y a surreprésentation de retraités, de chômeurs, de femmes au foyer, et sous-représentation des cadres sup’, des professions libérales, sans parler des chefs d’entreprise.
A Paris, c’est un peu différent, car Paris égale davantage de personnes aisées, diplômées. De l’esprit citoyen en prime. A Paris, on dit souvent qu’on a « un bon jury ». Cela signifie que les neuf personnes là-bas, ne sont pas forcement adeptes de la répression à tout-và, que ce sont des gens qui écoutent, s’informent, ne sommeillent pas paisiblement pendant les expertises déterminantes.
Car c’est très, très fatigant, juré.
Pour le procès Ilan Halimi, ils n’ont pas eu de chance, les tirés au sort : deux mois et demi d’un coup. Le tunnel. Deux mois et demi de leur vie, treize heures… vingt heures, vingt-deux parfois. Sortir de là, retrouver le monde du dehors qui du coup semble, lui, irréel. Se regarder dans la glace : livide. S’endormir en pensant à ces heures, qu’on vient de passer, comment, pourquoi, à quel moment, qui, a écrasé une cigarette sur le visage d’un jeune homme captif.
Mais pour les jurés, rien. Pas un mot, pas une phrase, pas un hommage. Jury exemplaire, mentionne Philippe Bilger, selon le terme consacré. Il est vrai qu’en prononçant des peines légèrement en deçà de ses réquisitions, ils ont permis un sacré tollé.
Pourtant, je n’ai pas plus assisté à ce procès que vous, vu qu’on avait opté pour le huis clos, en espérant que ça passerait, et hop, mais je sais, pour avoir moi-même suivi de ces procès au très long cours, c’est terrible. Ce qu’une audience sur un jour, deux, trois ne permet pas, souvent, c’est la plongée, intime, dans le crime. Cet étrange lien qui se noue entre tous, jour après jour. Les regards. L’observation de telle ou tel, au moment où personne ne les regarde. On entrevoit des peurs, des hontes, des haines et des désespoirs, on entrevoit aussi ce qu’aurait pu être une vie, sans le crime.
Car crime il y a eu, peut-être est-il bon de le rappeler ? Antisémitisme il y a eu. Retenu pour peu d’accusés : passez une nuit en taule, on vous expliquera ce que signifie « circonstances aggravantes » , et si vous êtes lent, votre avocat, dont c’est le devoir, vous expliquera que cela veut dire des années de prison en plus. Mieux vaut avoir l’air d’un paumé et d’un idiot aux ordres.
Et d’ailleurs, de quel antisémitisme s’agit-il ? L’anti-feuj ordinaire, pendant de l’anti-beur, de l’anti. Mais là, pas quelques jours d’erreur, un mois, de coups, des humiliations, d’effrayantes photographies, jusqu’à ce que l’enlevé commence à ressembler aux images connues de tous, dans les quartiers comme ailleurs : crâne rasé, amaigri, cicatrices. Mais aussi : celui qui lui propose une évasion, à Ilan Halimi… Qu'il refuse, pour qu’il n’aie pas d’ennuis…
Fofana n’était presque jamais là, trop occupé à téléphoner, à faire ses allers-retours.
Et pourtant, malgré tout, cet antisémitisme là, d’habitude pourrait-on dire, me fait moins peur que l’antisémitisme qui s’appuie sur de savantes – et le plus souvent inexactes – analyses : pourquoi depuis tout ce temps, au fait ?
C’est à cela que les jurés tirés au sort se sont attelés pendant deux mois et demi. Treize heures-vingt heures. Il y a un moment terrible, à la cour d’assises de Paris, c’est quand on allume les lumières (pas très bien éclairée) , on a l’impression que ça ne finira plus jamais.
Donc, ils ont appris – car ils n’étaient pas forcément aficionados du fait divers – que Fofana avait emmené la mineure pour-peu-de-temps Emma à la République (« quartier juif »), lui avait dit qu’il avait repéré les commerces ad hoc qui fermaient le samedi, et expédiée dans une boutique de téléphonie. Parce que les juifs sont riches ( il ne lui est pas apparu que les riches ne tuent pas le temps en vendant des portables) et qu’ils se tiennent les coudes, c’est connu.
Emma l’appât, qui concentre sur elle une bonne partie des critiques envers le verdict - 9 ans de prison, ce n’est pas assez – est fille de réfugiée politique iranienne. Ce n’est pas anodin, lisez bien, vous qui vous indignez qu’on mêle Shoah et faits-divers « crapuleux » ( comme si on ne pouvait être les deux à la fois) : nous sommes tous héritiers de l’Histoire, tous. Mais l’inconscient, l’histoire, la vie, empruntent d’étranges chemins.
Emma qui depuis a tenté de se suicider.
Les jurés, ils n’étaient peut-être pas spécialistes de l’histoire iranienne.
Deux mois et demi, avec ces moments terribles, quand on vous lit dans le détail ce que ça fait, être arrosé de liquide inflammable, et allumé.
Le soir, vous rentrez chez vous – le métro est remboursé par la justice – et vous essayez de dormir, vous ne pouvez parler à personne, non parce que c’est interdit, mais parce qu’il y a des choses que vous n’arrivez pas à dire, sauf : c’tait rude, aujourd’hui.
Les juges, les avocats, les journalistes ( quand il n’y a pas huis-clos), apprennent à se défendre contre l’envahissement de l’horreur, cynisme, distance, blagues minables, alcool, musique niveau 12, poésie, les jurés, eux, ils se prennent ça de plein fouet.
Et, au bout du compte, ils doivent répondre à des centaines de questions (lorsqu’il y a 26 accusés) : Machin a-t’il, sur le territoire de la République ?
Et si jamais ils révèlent quoique ce soit du délibéré, condamnation ( la justice ne badine pas avec ça, je peux vous le dire). Ils condamnent et sont condamnés au silence.
Mais pas les lecteurs de Mediapart et d’ailleurs. Eux, ils n’ont rien vu, rien suivi, mais ils savent.
Il est scandaleux que les représentants ( et un de ces quatre, il faudra tout de même préciser, les représentants d’une partie de ) la communauté juive demandent à être reçus par la Chancellerie, face à des arrêts qui ne leur conviennent pas. N’avez-vous pas remarqué, ô scandalisés, que depuis quelques années Elysée et Chancellerie reçoivent à tour de bras médiatique les victimes, assoc, représentants de ? Qu’on promet des « verdicts exemplaires » avant tout procès, parfois avant même l’instruction ? Que le vrai problème n’est pas le CRIF, si critiquable soit-il, ni Me Szpiner, si coupable soit-il, mais le fait de placer la victime au centre du procès et donc d’adhérer par avance à la vengeance plutôt qu’à la sanction ? Que le problème est le nôtre, qu’il s’agisse de pédophilie, folie, crime en tout genre ?
« Ca ne sert pas la communauté juive », écrit quelqu’un. Non, ça ne sert pas. C’est censé servir ? A quoi ?
Remugles, retour de refoulé, confusions, préjugés, ignorance crasse des procédures : mais tout cela c’est nous, futurs jurés d’un second procès. Ce n’est pas rassurant. Cette France là, je ne m’y reconnais pas ; ni sur mediapart, ni ailleurs.
Chers jurés interdits de parole, que cet hommage vous soit rendu.
PS : Peut-être ici dernier billet, dernière intervention sur Mediapart. Les désaccords c’est l’ordinaire, voire source de réflexion, l’incapacité à entendre l’autre, la paresse qui vous dispense de lire, voire d’entrer sur google deux mots-clés qui vous éviteraient des bêtises : non.
« Il nous reste à parler à voix basse, entretenir le feu », m’écrit un ami cher .Hélas.
Et si c’est dernière occasion, toutes mes excuses à Fabrice Lhomme. Navrée. J’ai tiré à boulets rouges sur votre entretien, et j’avais tort. Ma colère ne s’adressait pas à vous, en fait, mais bien plutôt à la justice, car je pressentais ce qui allait se passer le lendemain. Les conclusions qui en seraient tirées.
Voyez-vous, on a fait le choix d’un procès silencieux, sans témoin extérieur. Parce que Fofana allait faire du cirque. Il l’a fait. Parce que les « quartiers » pourraient venir le soutenir : mépris, inintelligence. Parce que la LDJ ou d’autres pouvaient venir squatter la salle : allons, Philippe Bilger bien mieux que moi, sait que des procès à haute tension, il y en a eu à Paris, qu’il y en aura d’autres. Fouilles à corps, filtrage, éviction des fauteurs de troubles, c’est l’ordinaire dans ces cas-là.
On a fait le choix du silence : le risque de l’explosion mal informée.
Deux rouages ont grippé : Philippe Bilger, les jurés.
Les positions, de l’un et des autres, sont respectables. L’absence d’explication est coupable.

Tous les commentaires
Chère Dominique Conil, J'ai bien vu dès votre billet initial sur le huis-clos que vous vous sentiez très concernée par ce dossier. Personnellement j'avais été durablement choqué au moment du crime, où à l'époque les medias étaient focalisés sur le stéréotype "juifs=argent" et ce que ça avait donné chez Fofana et ses complices. Je pense que ce stéréotype est particulièrement gênant puisqu'il est passé à l'arrière-plan au moment du procès. En ce qui me concerne le choc initial n'a pas duré plus de quelques mois. Peut-être moins franco-centré je sais que des juifs sont en danger dans plusieurs pays d'Europe à tous moments, et je sais également que des crimes aussi horribles que celui dont a été victime Ilan Halimi touchent des non-juifs, là encore assez souvent. Allez-vous quitter "Mediapart" sur le traitement d'un dossier que vous auriez à mon avis de toute façon trouvé décevant car comme vous le dites en réalité c'est la justice qui vous a déçue ? Ce n'est pas moi qui vais vous encourager à rester, "Mediapart" est une perte de temps que les rares articles et billets intéressants ne suffisent pas à justifier. Mais je regretterais profondément votre départ (sauf si vous faites un blog ailleurs, évidemment). Cordialement
Béber, s'il fallait critiquer mediapart, ce ne serait pas sur le traitement de l'affaire, plutôt sur le non traitement: rien avant le désir d'expression de Philippe Bilger. Ce qui me décourage, m'enlève toute envie de poursuivre: ce qui s'y écrit, ce qui s'y dit, ce qui ne s'y pense pas, ce qu'on n'entend pas. On fait avec les déceptions, ou bien on se retire sur sa montagne, archi-noble. On ne fait pas avec certains commentaires, certaines surdités, certaines unanimités suspectes, certains prudents silences: c'est déjà de la complaisance. "Très concernée": à la question sous-tendue, je vous réponds, je suis devenue juive la première fois que j'ai entendu "a mort les juifs" lors d'une manifestation d'extrême gauche, en prenant la main de mon compagnon, juif. Court, mais vrai. Et non, pas si franco-centrée que cela. Allez voir là, par exemple, car dans ma tristesse il y a cela aussi, comme la vieille blague des terriens qui s'escriment à traduire le message venu d'outre-planète, y parviennent: "c'est pas à vous qu'on cause". Donc le lien:http://www.mediapart.fr/club/blog/emmanuel-porte/020709/proces-khodorkovsky-lebedev-l-etat-de-droit-en-jeu
"Très concernée" n'était pas vraiment une question. Effectivement comme souvent "Mediapart" est resté dans le superficiel, et d'autre part ils n'ont pas de chroniqueur judiciaire, ni un journaliste un peu juriste (ce qui explique les sporadiques énormités émises par Laurent Mauduit, manifestement pas relu par un juriste). Je regrette par exemple que l'affaire de Filippis n'ait pas été suivie, affaire qui s'est conclue victorieusement devant la chambre de l'instruction mais sur laquelle la presse n'a donné aucune précision. On se moque des lecteurs, sur ce genre de sujets "corpos". Un ou deux journalistes ont réussi à avoir une relation particulière avec Philippe Bilger, qui a même fait de la pub pour "Mediapart" sur son blog. D'où l'interview. Je me souviens aussi d'une interview de Jean-Claude Marin. Et ils parviennent à obtenir des pièces d'instruction d'avocats ou de magistrats, avec les risques d'instrumentalisation qui vont avec. Manifestement ils n'ont pas toujours la capacité d'analyser ces pièces, et à la place on a droit à des titres racoleurs souvent sans rapport avec le contenu des articles. C'est pour ça que je préfère nettement la publication des pièces dans leur intégralité, au moins on sait à quoi s'en tenir par rapport aux bavardages des journalistes. De toute façon à cause du huis-clos la seule lecture intéressante était le blog d'Elsa Vigoureux. Il y a eu aussi l'article de Françoise Cotta dans "Le Monde" d'hier ou avant-hier. Sur les commentaires il faut être indulgent : chacun écrit pour des raisons différentes, et le seul critère de sélection est d'avoir payé son abonnement.
En fait ce qui est possible c'est que certains sujets ne sortent que parce que Mediapart Rue89 ou Bakchich en ont parlé...ensuite c'est repris par les gros medias qui ont les moyens de mieux traiter ces sujets, mais sans les petits sites ces sujets seraient complètement ignorés. Pour l'interview de Bilger du côté de "Mediapart" ça fait chic, du côté de Bilger ça lui permet de s'exprimer mais sans que ça soit vu de manière trop agressive par sa hierarchie puisque c'est sur un media confidentiel.
Non, beber, ne réduisez pas, vous valez mieux que ça, et je devine, pour vous avoir lu, ici et là, que vous savez botter en touche quand trop concerné. Donc, il ne s'agit pas de qui sort quoi, de qui s'arrange avec tel magistrat, moyennant quoi: je le sais, pour l'avoir expérimenté, sortir l'affaire et ne pas être inféodé à un intérêt, pas facile.Il ne s'agit pas de medias confidentiels ou non. Il n'y a pas de "mystère", ici, pas docs confidentiels. Il ne s'agit pas de ça, vous le savez, je pense. Là, il s'agit des commentaires, à ciel ouvert, ce qui transparaît, allez lire certains billets si ce n'est fait. Celui-là, d'autres: http://www.mediapart.fr/club/blog/p-ohl-juchs/130709/ils-sont-alles-cracher-sur-leurs-tombes , les commentaires à l'article de Fabrice Lhomme: simplement, je ne me sens plus à ma place, impuissante, écoeurée, dommage. Lorsque vous mentionnez votre lien blog, Me Cotta, n'oubliez pas de mentionner le co-auteur, Gilles Antonowicz. Personne n'a commenté, moi aussi j'ai remarqué. Tout comme lors d'un billet précédent, j'avais reçu des mails me disant, quoi, des avocats juifs défendent les accusés du procès Halimi? Je n'avais su que répondre, à part un nul "ils sont partout".
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Magnifique billet, Dominique, et combien nécessaire, avec ce rappel du rôle et de la responsabilité des jurés. Jamais reçu la lettre. Quelqu'un de très proche, si. Mais ensuite jamais convoqué. En revanche, j'ai eu l'occasion de suivre, par hasard, quelques heures d'un procès d'assises, au moment le plus “spectaculaire”, la description du crime. Je n'oublierai jamais l'accusé. Ni ce qui, dans cette cérémonie très cadrée, très ordonnée, parole donnée, questions, réponses, regards, silences, relances, ne cessait de dire l'appartenance à l'humanité. De celui qui était jugé. Je n'ai pas la naïveté de croire que c'est toujours le cas, ni d'idéaliser la justice. Mais c'était, en ce lieu, à cet instant, une leçon d'humanité. Tu as eu raison dès le début, quand tu as dénoncé la décision du huis-clos. Je veux croire au “peut-être” par lequel tu commences ton P.-S. Si ce que j'ai lu ces derniers jours – jusqu'à aujourd'hui sur l'article d'Antoine Perraud – me donne envie de restreindre ma participation, je ressens plus de tristesse que de colère. Tant de violence parmi ces dénonciateurs et ces pseudo-questionneurs !
Chère Dominique, Je retrouve, dans ton peut-être dernier billet ici, la fièvre et le besoin de partager qui caractérise ton blog depuis le début. Une fois encore, mis à part quelques individus que tu déranges, nous allons dire que tu as raison, que tu as bien fait de rappeler avec vigueur quelques idées de base, quelques vérités bonnes à dire, quoi qu'ils en aient, tes détracteurs...
Je regretterai ton silence à venir, en souhaitant simplement que ton départ, si tu le confirmes, serve à déclencher la réflexion.
Bon vent, Dominique, du côté des îles.
Excellent billet, Dominique Conil. Pour un sujet impossible, que vous rendez pourtant accessible. C'est le caractère de la vraie conviction que de pouvoir s'offrir, et ainsi se partager.
Chaque media a sa place sur le Net ou ailleurs, chaque site a ses qualités et ses défauts, Mediapart aussi, on a besoin de tout le monde et ce n'est pas parce que tel ou tel sujet n'a pas été traité (ça arrive), ce n'est pas parce que tel ou tel manque s'avère au fil du temps chronique ou même structurel, que Mediapart ne reste pas, tout de même et "cahin-caha", l'une des rares places françaises recommandables.
Vous auriez tort de partir chère Dominique. Pensez à ceux qui n'ont pas assez de force pour parler seuls, mais qui se servent de vos interventions pour conserver une sorte de ligne de qualité que sans vous ils perdraient peut-être. Faites comme le très patient et très modeste Christophe Journet par exemple: prenez peut-être un peu de vacances de temps en temps, mais ne faites pas comme si la presse française ailleurs, avait l'embarras du choix.
Restez au moins en bleu, même si vous n'écrivez plus rien: faites-le au moins pour les autres sinon pour vous-même.
Tant de choses à dire... J'allais dire: sur le sujet. Mais il n'y a là ni sujet, ni objet. Il n'y a, et c'est justement tout, "que" l'essentiel de nos vies, l'essentiel de notre être-au-monde comme individu et comme être social. Et cette chose "affreuse" à considérer sans cesse, à "envisager" et "dévisager": l'origine cruelle de notre justice, qui est le "werfeld", la vengeance, le prix du sang. Votre grande sensibilité, Dominique, qui aiguise votre intelligence ... Il y a là, dans votre évocation, et la part rendue à cet "héroïsme anonyme", obscur et sans grade, de ceux qui DOIVENT juger à notre place (nous, bien au chaud après la soupe, un bon livre à la main), ceux et celles qui poussent l'honnêteté jusqu'à le faire "en leur âme et conscience", pas la nôtre, ( nous... bis repetitans), la leur, d'êtres vivants, avec leur vie en bagage (le drame, le rire, la cruauté de leur vie), il y a là "matière" ("pâte humaine") dont nous n'épuiserions pas le sujet avant que d'être épuisés nous-mêmes. Et pourtant, y revenir sans cesse: cette obscurité, cette ombre, cette "lumiére glauque" qui s'allume le soir, quand tombe la nuit et ses ombres obscures, dans le "palais" de justice (comme il y avait jadis des "bois de justice")... Relire Jean Genêt, oui, et évoquer ce "lapin-chien" de Gilles Aillaud que Vancouver a fait apparaître la nuit dernière, de façon fugace, comme doit être un lapin-chien... Tant et tant dans le mal, que vous comprendrez pourquoi la Chartreuse du "grand silence" infiniment tente...
Excellent billet, Dominique...Toutes les nuances sont là...Merci
“Là, il s'agit des commentaires, ce qui transparaît, allez lire certains billets si ce n'est fait. Celui-là, d'autres: http://www.mediapart.fr/club/blog/p-ohl-juchs/130709/ils-sont-alles-cracher-sur-leurs-tombes , les commentaires à l'article de Fabrice Lhomme: simplement, je ne suis pas à ma place.”
Mais si, vous l'êtes!! Vous n'allez quand même pas nous laisser seuls avec eux, sans "avocat-contradicteur"? (Je n'ai pas encore lu le fil de Lhomme, et pas bien compris l'autre, et même s'il s'avère en fin de compte que j'y suis d'accord avec les autres, contre votre avis, merde par contre ce que je sais c'est que je ne saurai pas ou j'en serai si votre avis n'était plus représenté ici...) Vous voyez ce que je veux dire et ce n'est bien entendu pas une quelconque déclaration personnelle de soutien ou quoi que ce soit...
Autre chose: le problème de la vitesse. Répondre vite (le tchat); l 'accident. Evoquer Virilio.
Piètre excuse que celle de la vitesse, Pierre. Celle des réponses-blogs procède du réflexe qui fait si souvent couper la parole à l'autre. Tu sais, quand on est persuadé que l'on a compris ce que Z est en train de dire avant qu'il ait terminé. Écouter, laisser une pensée se dérouler, même si elle semble hésitante, approximative, ce serait du temps perdu ? Entendre les "dialogues" parlés est souvent aussi désespérant que lire des commentaires écrits : "Moi, je…", "Tu dis ça parce que…", "Je pense que…", "C'est comme moi, quand…". Et combien répondent en disant d'abord "Non"…
Merci d'être là, Anne ( et Pierre). Il y a la rapidité du dialogue, mais pire, la non écoute, ce mur blanc sur lequel glissent sons, arguments et idées. Il y a la complaisance: qu'ils se débrouillent. Il y a l'émergence du non-dit qui enfin ose se dire, conforté par les commentaires-voisins. Et là, à un moment, il ne reste que ce "non".
Oui, Dominique, j'ai vu cette émergence du non-dit triomphant. Dans ce cas, en effet, ne reste que le "Non" du refus. Celui que j'évoquais n'est un faux "non", un "non" "maismoïque", qui n'est là que pour annuler ce qui vient d'être dit.
Le TGV , souvent , roule vite le long d'un mur blanc. L' "affaire de tarnac" restera longtemps emblématique de NOTRE temps. (je n'ai pas d'italique, mais quelques "italiens" m'accompagnent)
Je t'avoue que je n'ai pas tout suivi, Dominique, ni encore moins tout compris, notamment en suivant le fil après le papier de Fabrice L.... Mais je ne crois vraiment pas qu'il faut que tu partes. En vacances peut-être, comme Marielle B. à cause de la non-couverture de RFI, mais pas pour de vrai, et même pour cela. Je sais comme toi que beaucoup de choses très sales émergent ces derniers temps, sur le site comme ailleurs, nous les avons combattues ensemble, avec d'autres, il n'empêche qu'elles demeurent, pas loin et toujours prêtes à rejaillir. Ton départ ne les résoudrait pas. Ni ne les empêcherait. La colère. L'écœurement. La complaisance. La suffisance. La nausée. Je sais tout ça. Et les moments où quand on fait le bilan, la liste du négatif est plus lourde que celle du positif. Le reste par messages privés. Je t'embrasse.
"Et là, à un moment, il ne reste que ce "non". " (Dominique Conil) Tu as le droit de dire "non", Dominique. Tu le fais superbement dans ce texte. Continue à dire non. En retenant le verbe "dire". Parce que c'est ta vie, de dire. Par le roman, par les articles que tu écrivais (sur la justice, sur la littérature, que ces deux mots sont proches) dans les fameux "grands medias" évoqués plus haut, que tu offres ici (verbe à prendre au sens premier). Parce que le silence est le pire. Il faut des personnes qui osent écrire ce que tu viens d'écrire. Que tu aies besoin de silence en ce moment, je le comprends, je crois que plusieurs sujets t'ont touchée de plein fouet, intimement. Mais continue à dire, pour nous.
Et j'accompagne (companeras) ce que dit Christine. Ta manière de dire, Dominique est essentielle, est nécessaire. Mais c'est la tienne, tu (en fais ce que tu (peux) (veux) (est) (tu le sais bien) peux le faire ailleurs, et autrement. Et tu es isolée, oui, mais pas seule. Ecrire et crier, affaire de lettres. Essentiel, pour ce qui est de l'être, face au néant. (Et aux fainéants de le spriritus, me dictent les fantasmes de Pierre-Simone Dac -Weil, encore et en corps) Ti amo, amiga, y contiga. Companera.
Chère Dominique, j'ai lu et relu ton billet, il m'a interpellé, touché, parce qu'il apporte un autre éclairage, loin de la furie médiatique et des points de vue uniques que nous donnent en pâture les médias, quels qu'ils soient. Il m'a interpellé parce qu'il m'a fait m'interroger. Il m'a donné à penser. A penser au-delà des choses convenues que l'on a pu lire de droite et de gauche, bien au-delà des opinions toutes faites. Continue de nous interroger Dominique. Ici ou ailleurs. Même si je souhaite que ce soit ici aussi encore un moment.
La "furie" médiatique... C'est le mot... La "furie", c'est le mot ancien pour le "flow", comme "Down by the fow" . (Peter Gabriel Premier disque solo après "The lamb (lowns) down on Broadway") ("Genesis") Mais, solidaire, j'ai besoin du je, "approfondir", par fois, aussi. La nuit fatigue. "De droite et de gauche", oui. Les discussions avec les enfants du facteur, (Louise au violon, Karl à la guitare et djiderridu) se font plus précises: qu'est ce que la "vox populi" (la Kalashnikof, c'est nul") veut dire? Qu'est ce qui se passe, là? (Ils (elle) connaissent (nait) l'Autriche aussi: comment peut-on être français? (Il pleut sur la forêt vosgienne, au-dessus du Lac Bleu. Le Titisee n'est pas loin. L'enfance est éternelle. C'est le matin, qui se lève.) Le Stuthof est en Alsace. Sobibor, Ailleurs. Charlotte Delbo, ici.
Merci Dominique pour cette salutaire mise en perspective.
"Nous serons, semble-t-il bientôt à Moscou" Tsvetaeva Mon amitié, Dominique. Bérangère ( En pensant aux trois soeurs)
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Dominique, tes billets nous apprennent qu'il est possible d'aborder n'importe quelle question d'actualité sans subir le moule d'une idéologie qui a réponse (ou même question) à tout, sans prendre en marche le ton ou la couleur de l'opinion générale, en interrogeant d'abord sa propre compréhension, son propre ressenti toujours confrontés au regard critique des autres. Certains après avoir consciencieusement rassemblé informations et témoignages en font des articles, toi tu donnes un point de vue. En te lisant j'apprends que le métier de journaliste peut être autre chose que ce qui me fait fuir les journaux. Tu n'écris pas des articles mais des textes. Je t'écoute comme quelqu'un qui ne lis pas son texte mais laisse sa voix ajouter sa présence à l'information qu'elle déroule. Précieuse présence.
kairos Vous êtes plus écoutée que vous l'imaginez... Et comme vous écrivez "peut-être", je garde espoir...
Pour avoir lu En espérant la guerre, je sais que Dominique a un emploi très maîtrisé des modalisateurs. Et que ce "peut-être" n'a pas une valeur de doute. Que sa décision est prise.
Du fait du pataquès autour de votre réaction sur la couverture foireuse du procès Fofana par "Mediapart", j'ai regardé votre bio et ai donc constaté que vous aviez été chroniqueuse judiciaire. Exactement ce qu'il manque à la rédaction de "Mediapart", surtout si vous avez des connaissances juridiques étendues et mises à jour. Ce serait bien qu'ils vous embauchent, quitte à virer un des plus mauvais, ou à supprimer le poste de rédacteur en chef dont on a du mal à entrevoir le rôle exact sur le site. Donc je propose que vous vous désabonniez et que vous deveniez journaliste à "Mediapart" (il y a plus honteux comme media). Vous pourriez en profiter pour créer une section syndicale (SNJ-CGT ou Sud, soyons fous) et réclamer l'élaboration de la charte garantissant l'indépendance de la rédaction vis-à-vis de la direction promise par Edwy Plenel l'année dernière. Et en plus ce serait génial pour vous : ce serait vos articles qui généreraient parfois des commentaires du genre "c'est indigent" ou "c'est trop nul". Beaucoup plus valorisant qu'écrire soi-même lesdits commentaires. Blague à part, "Mediapart" devrait se soucier de recruter des talents et de ne pas garder éternellement les branches mortes.
C'est avec ce genre d'idée en tête, que je citais au hasard un Christophe Journet plus haut (mais il y en a bien d'autres) encore en bleu après un an et demi, et quand on tombe aussi de temps en temps, sur un ancien "marron" repassé en bleu (voire en gris comme Nicolas Chapelle), par exemple Ouafia Kheniche, Jordan Pouille, on se dit que les finances ou peut-être la demande ne suivent pas tout-à-fait comme on aimerait?
Peut-être aussi y a-t-il une manière plus, euh, "parisienne" de passer en marron, que les provinciaux ne connaîtront jamais (et nous lecteurs non plus, donc...)?
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D'une façon ou d'une autre, j'espère pouvoir continuer à vous lire, Dominique. Bon été .
Chère Dominique Conil Je ne découvre que maintenant ce billet que j'avais " mis de côté" non parce que les jurés (trop souvent méprisés) m'indiffèrent mais au contraire parce que leur rôle me préoccupe. Je voulais, et je ne le regrette pas, prendre le temps de le lire avec soin. Je vous saurai sincèrement gré de continuer à vous exprimer sur Mediapart qui a BESOIN de contributions de cette qualité. On peut bien sûr comprendre que l'abondance des je-sais-tout-sans-me-renseigner et des mon-opinion-est-d'autant-plus-ancrée-qu'elle-n'est-pas-informée* puisse parfois vous lasser ou même vous exaspérer mais le club ne s'améliorera certes pas en perdant votre réflexion, votre talent et quand il le faut de votre colère. * je me dis parfois qu'il ne serait pas vain - y compris pour moi - qu'avant de publier un commentaire on puisse lire non seulement l'aperçu prévu mais aussi, systématiquement, une mention filtre du type "Etes vous certain que votre commentaire est fondé?" ou " [...] mérite publication"?
Qu’on promet des « verdicts exemplaires » avant tout procès, parfois avant même l’instruction ? Que le vrai problème n’est pas le CRIF, si critiquable soit-il, ni Me Szpiner, si coupable soit-il, mais le fait de placer la victime au centre du procès et donc d’adhérer par avance à la vengeance plutôt qu’à la sanction ? Exactement, il s'agit d'une dérive très inquiétante. D'ailleurs, cela s'explique en partie pourquoi les sanctions apparaissent comme n'étant pas suffisamment sévères. Les procès sont faits avant même d'avoir commencé !
kairos C'est bien la place de la victime qui est l'enjeu, il me semble... En principe, elle est "comprise" dans le réquisitoire du Procureur. Sauf que ce celui-ci représente la Société et non la personne en tant que telle dansses intérêts propres... Aujourd'hui, la victime n'accepterait plus cette "représentation". Elle veut intervenir directement. Au motif principal que la juste réparation doit intégrer le fameux "travail du deuil" impossible sans la prise de parole? Le risque n'est-il pas alors d'accentuer la "justice" d'opinion? De juger d'abord et d'examiner ensuite? Ce qui est peut-être, d'ailleurs, le retour de la conception "naturelle" de la justice: venger! Avec laquelle certains politiques auront joué avec succès ces derniers temps...
"Il y a l'émergence du non-dit qui enfin ose se dire, conforté par les commentaires-voisins." . Chère Dominique, . Ce serait dommage de vous arrêter là. Car il y a aussi l'émergence des non dits qui osent enfin se dire, encouragés par un billet qui les touche, et ouvre enfin la parole sur une blessure depuis trop longtemps silencieuse. . Vos billets sont de l'espèce qui fait réfléchir, avancer, ils ouvrent des horizons, apprennent de nouveaux points de vue, démontrent que l'esprit d'aventure est nécessaire pour examiner le monde de façon vaste. Et ils soutiennent la vie. Ce qui n'est pas leur moindre qualité. . Comment pourrais-je vous lire ensuite ? Je ne suis qu'une parmi ceux, dont beaucoup sans doute que vous ne connaissez pas, qui profitent de cet accès à un éclairage différent, à des analyses humanisantes. Apaisantes par leur profondeur. Nous avons ici, dans ce club, un accès simple, et peu onéreux, (excusez cet aspect, trivial, mais souvent crucial), à votre subtilité. Pour une personne de base comme moi, (maman deux boulots des activités variées pas le sou commment lire en plus un journal papier dans lequel je ne crois pas et qui coûte trop ?), c'est important. ...une solution divine pour s'abreuver à une "info" qui a des qualités de fraîcheur et de bonté d'âme. . J'ai fait déja partager certains de vos billets, par envoi, photocopie, en discutant, .. à pas mal de monde autour de moi. C'est cela qui compte. "Face aux difficultés, le sage se réjouit, et l'insensé s'enfuit". Ce qui ne veut pas dire qu'il vous faudrait accepter de marcher sur un lit de braises pour continuer à éclairer nos lanternes obscures ! Ni que vous manqueriez de la moindre sagesse en vous éclipsant. . C'est juste pour vous rappeler, affectueusement, que l'essence est toujours plus difficile à maintenir au centre de la vie, que l'apparence, qui s'y installe grassement pile au milieu, incessament. On ne peut pas laisser gagner la petitesse, le fétu de paille, l'ignorance. Toujours, se battre. Pfff. J'avoue, c'est fatigant. Si vous partez, nous serons moins... Bon, faites ce qui sera le mieux pour votre sève. J'ai bien confiance, je vous lirais encore, et si c'est ailleurs: ne vous cachez pas trop, hein ? . Je reviendrais plus tard sur le fond de votre article, exemplaire et impeccable. A bientôt, Dominique.