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May

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Marina, marinas

On peut désormais l’expédier en Italie, avec perpétuité à la clé, n’importe quel jour, n’importe quelle heure. François Fillon a signé le décret d’extradition il y a une semaine. Bien sûr, l’usage est d’attendre la décision du conseil d’Etat. Marina Petrella a toutes les raisons de craindre un oubli des usages. Les trous de mémoire se multiplient, en France.ansa_11030049_07540.jpg Jeudi, on a ramené Marina Petrella, ancienne brigadiste, à l’hôpital psychiatrique de Villejuif. Elle y a déjà passé cinquante jours entre avril et mai. A la maison d’arrêt de Fresnes, les psychiatres ne sont plus certains de surveiller convenablement son désespoir.Je regarde son visage, sur la mauvaise photo. Est-ce que je la connais ? Il me semble l’avoir vue. En mouvement, vivant, marqué, ramassé dans le regard, oui, peut-être entrevue lorsqu’une arrestation de réfugié italien précipite cent ou deux cents personnes dans une salle de réunion, peut-être confondue avec d’autres visages, vivants, marqués.« La patrie, ce n’est pas une convention, c’est une implacable mémoire du sang », écrivait l’autre Marina. 

 

 

Il y a eu en Italie « une guerre civile non officiellement reconnue »,dit le président de la commission d’enquête parlementaire italienne sur les années de plomb. Des dizaines de milliers de jeunes italiens s’engagèrent dans les mouvements d’extrême gauche, des milliers dans la lutte armée, quelques centaines - 300 maximum – s’enfuirent vers la France. La lutte était perdue, le plus souvent ils ne croyaient plus aux vertus de la violence ; les repentis qui racontaient le vrai, le faux et l’inventé, les lois d’exception bricolées ou héritées de Mussolini, les condamnations écrasantes firent le reste.On le sait, on l’a lu, François Mitterrand accorda l’asile à ces réfugiés. « La vraie question politique que pose le terrorisme est certes, de savoir comment on y entre, mais surtout comment on en sort », déclara-t’il alors. Ce droit d’asile ne fut pas le fruit d’un caprice, mais d’une longue concertation entre le tout nouveau gouvernement socialiste, dont Louis Joinet, magistrat et conseiller à Matignon, des policiers, les réfugiés eux-mêmes et leurs avocats d’alors. Asile, contre vie au grand jour et renoncement : les réfugiés italiens devenaient des muets politiques. 

 

Marina Petrella, ex-membre des Brigades rouges,n’était alors pas du nombre. Et pour cause, elle était en prison, en Italie. Elle y restée huit ans, sa fille aînée y est née. Ensuite, son affaire poursuivant un cours assez lent – meurtre d’un commissaire de police, un chauffeur grièvement blessé – elle fut placée sous contrôle judiciaire , pendant cinq ans. Elle s’est présentée à chacun de ses procès. En 1992, elle fut condamnée à perpétuité pour des faits remontant, pour les plus tardifs, à 1981. Elle était là, mais on ne s’est pas donné la peine de l’arrêter à l’audience. On ne peut même pas dire qu’elle s’est enfuie : elle a passé la frontière en toute légalité, puisqu’il fallut encore un an pour que les autorités italienneslancent un mandat d’arrêt. 

Et là, en France, elle est devenue assistante sociale, travaillant dans diverses banlieues, ce que, dans un interview de 2004, elle présente comme la seule continuité possible de son engagement.  

 

« Je n’ai pas suivi la loi, je n’ai pas communiéEt jusqu’à l’heure dernière je pècheraiComme j’ai péché et comme je pèche encore

Avec passion ! », écrivait l’autre Marina, qui était bien givrée, et venait de s’enticher de son beau frère, révolutionnaire rentré au pays pour y mourir de phtisie. 

De temps en temps, on arrêtait un réfugié, à la demande des autorités italiennes. On le collait en prison, le temps de se pencher sur les étranges dossiers transmis au magistrats français, qu’unanimement on trouvaitmal fichus, les arguments juridiques pour contrer les demandes ne manquaient pas. Me De Felice et Irène Terrel montaient au créneau, Oreste Scalzone galvanisait alentour, les réfugiés se réunissaient. De toute façon, à la fin, on relâchait. Pas un seul Italien, au long de ces vingtannées, n’a trahi l’engagement pris envers la France. Pas un seul des neuf gouvernements, de gauche comme de droite, n’a extradé. 

 

« Naître à nouveau ?Dans un autre pays ?Va donc, essaie de remonterA dos du cheval qui t’a jeté bas ! », écrivait l’autre Marina, une fois exilée. 

 

Marina Petrella elle, naît à nouveau. En 1998, lorsqu’on lui délivre un permis de séjour de dix ans, elle a une seconde fille avec Ahmed, son compagnon.Certains réfugiés obtiennent la nationalité française. 

 

Arrive 2001, le World Trade Center. Eradiquer le terrorisme islamique ! France et Italie se concertent, se promettent unebelle entraide. En 2002, Perben garde des Sceaux, Chirac président, on inaugure avec… Paolo Persichetti, arrêté et extradé à la vitesse de l’éclair. Le prof de Paris VIII était l’un des très rares italiens dont le décret d’extradition avait été signé,dix ans avant, mais bien sûr, non exécuté. Il est aujourd’hui détenu ; l’asile qu’il a reçu en France est une circonstance aggravante. 

 

Puis c’est au tour de Cesare Battisti. Ecrivain, son cas mobilise tant de célébrités qu’une certaine confusion règne. On en oublierait presque que la France à déjà refusé son extradition. On revient à la fois sur la parole donnée et la décision judiciaire. Battisti, lui, s’en va, jusqu’au Brésil, où, interpellé il y a un an, il attend aujourd’hui une possible extradition.« A présent je n’ai plus de peine,c’est déjà – le destin », écrivait l’autre Marina.En août dernier, Marina Petrella va au commissariat pour déposer une plainte, une bricole à propos de son permis. Elle est arrêtée sur le champ, écrouée. Un quart de siècle plus tard.En prison, on l’informe que les huit années qu’elle a déjà passées en prison ne seront pas déduites de sa perpétuité. Elle ne parvient plus à manger, elle atterrit à l’hôpital psychiatrique. 

 

« Les changements d’endroit me font perdre le sens de la réalité. J’ai l’impression que je diminue, il y a de moins en moins de moi, comme ce troupeau qui laissait une touffe de laine à chaque haie. Il ne reste que mon fondamental refus. », écrivait l’autre Marina. 

 

 

Moins de beau linge, pour Marina ( même si l’on peut préférer écouter Erri de Luca à BHL) mais une mobilisation qui ne se dément pas. De politiques ( PC, Verts, un peu le PS, la LCR), d’associations, d’amis. Une grève de la faim tournante, à laquelle son avocate Irène Terrel participe. Des concerts. Des blogs en ébullition. Dominique Voynet vient d’écrire à Rachida Dati. Cécile Duflot, elle, à Carla Bruni.Via le site http://www.paroledonnee.info/ , nous sommes tous invités à expédier nos protestations au premier ministre, à Sarkozy. Les soutiens à Marina Petrella seront présents mardi 17, dans le cortège de la fonction publique, mercredi 18, dans celui de l’audiovisuel, ils se rassembleront à 18h30 dans les Jardins du Palais Royal, jeudi 19.Il existe une vraie possibilité juridique d'éviter l'extradition à Marina Petrella, la clause humanitaire, qui s'applique lorsque la vie ou la santé de l'extradé potentiel sont en danger, ce qui est bien le cas ici.

 

Je lis des commentaires d’internautes : tant mieux si l’on vire ces assassins ! Parfois je ne sais plus très bien où je vis. J’aimerais savoir ce que l’on en pense, sur mediapart. 

L’une des réfugiées italiennes interviewées en 2004 par l’Humanité disait : « nous sommes toujours un peu sous la lune noire ». 

 

« Sur un filin, semble-t’il prêt à rompreje suis un tout petit danseur.Je suis l’ombre d’une ombre. Le somnanbule

De deux lunes sombres », écrivait l’autre Marina,Tsvetaeva, poétesse.

Tous les commentaires

Merci, Dominique, pour ce tressage des destins des deux Marina. Connaissez-vous ce site amoureux consacré à l'aînée ? En souhaitant que nous parvenions à arracher la liberté de la cadette…

Oui, ce site là, et cet autre ( hélas disponible en version russe, ou anglaise uniquement) moins beau, mais très riche:http://english.tsvetayeva.com/ merci, Anne

Message envoyé à l'Elysée. Je n'ai jamais soutenu les actions violentes parce que je sais que que dans la violence ce sont toujours les plus violents qui gagnent. Par contre le fait de revenir sur la parole donnée, le fait de faire remonter les marches de la prison à quelqu'un dont l'affaire a déjà été jugée me rappelle la peine infligée à Dostoievski et à ses amis par Nicolas I : les attacher au poteau d'exécution, faire alligner le peleton d'exécution et annoncer alors aux condamnés qu'ils étaient graciés (c'est à dire envoyés au bagne au lieu d'être exécutés.) Les régimes changent mais le terrorisme d'Etat ne perd rien de sa fureur d'exemplarité. Serge Koulberg

Chère Dominique, Je sors de ma réserve (fonctionnelle) pour saluer un papier qui nous fait grand honneur. Sur le fond : la précision factuelle, la compréhension intellectuelle, le sens de la complexité. Sur la forme : la résonance poétique d'une Marina à l'autre, la sensibilité, l'écoute et le regard. Et évidemment sur l'essentiel : ce que dit de peur, de crispation et de repli, cet acharnement sur un passé révolu (et, dans ce cas précis, déjà payé d'années de prison) vicieusement réveillé dans les imaginaires étatiques par le 11 septembre 2001. Bien à vous, Edwy Plenel

Cher Edwy Plenel, merci, et regardez ci-dessous: il y a demande pour une grande enquête de Mediapart! Pas la plus facile.. Bon courage!

Chers amis, je m'excuse de briser un si belle entente, mais j'attends depuis longtemps désormais que les nombreux Français, pour la plupart de gauche, hélas, qui commentent les vicissitudes des terroristes italiens vivant en France, le fassent en s'étant, préalablement, penchés sérieusement sur l'histoire de l'Italie dans les années 60-7-80. Vous etes tous trop bons journalistes pour ne pas savoir vous documenter sur ces questions avant d'écrire un article et de poster un commentaire. Ceci n'est pas le lieu pour rappeler combien les terroristes soi-disant de gauche ont couté à l'Italie, et aux Italiens progressistes et authéntiquement démocrates, en terme de sang , de déchirures, de ralentissement d'un processus *démocratique* qui était, enfin, en train de porter au pouvoir, bien qu'avec effort, le plus grand parti de la gauche européenne. J'avais, aux temps des "années de plomb", entre 10 et 20 ans ; je me souviens très bien des bombes fascistes (ah, l'égrènement des morts à la radio, le 2 juin 1980, lors de la bombe à la gare de Bologne !) , mais également du bulletin de guerre qui chaque matin, sur les journaux , faisait état des morts et des "gambizzati " ( = "jambisés" : les gentils camarades miraient aux jambes de journalistes, avocats, *magistrats*, surveillants de prisons; nix industriels, gros criminels, *mafieux* : jamais). Non, ceci n'est pas le lieu pour en parler à nouveau. Mais, s'il vous plait : arretez, chers amis, de faire de chaque cas particulier de condamné en Italie pour faits de terrorisme et qui réside en France depuis tant d'années sans prononcer un mot de repentance, cessez d'en faire toujours et systématiquement un cas d'injustice, d'inhumanité, et Dieu sait quoi d'autre. Chaque cas personnel est un cas douloureux : faut-il le rappeler ? Ceux des victimes aussi, soit dit en passant. Chaque histoire de ces personnes est douloureuse , comme celle de bien d'accusés et de condamnés dans d'autre circonstances. Mais c'est à chacun d'assumer ses responsabilités, et de se soumettre à un jugement, quand il s'agit d'événements qui relèvent du pénal dans un pays démocratique et dans lequel la justice n'est pas administrée d'une façon tellement plus arbitraire qu'en Allemagne, en France ou en Angleterre. Les magistrats italiens sont encore, pour la plupart et malgré tout, parmi les plus indépendants et courageux du monde occidental; il travaillent sans argent, sans moyens, en sous-effectif chronique. On les traite, dernièrement, de blochéviques (!) assoiffés de sang, et on produit des lois qui permettent aux malheureux citoyens d'échapper à leur horrible emprise. C'est, du moins, ce que dit et fait une autre personne qui réfuse systématiquement de comparaitre devant les tribunaux de la République Italienne pour se défendre, aux termes de la loi, des accusations qui lui sont portées, qui accuse les juges de le faire souffrir tel un nouveau Jean Valjean, de le persécuter pour des raisons sordides. Vous l'avez réconnu, c'est Silvio Berlusconi. La justice et la magistrature italienne ne sont pas Guantanamo; il n'y a eu aucune guerre civile en Italie, mais un attaque, desordonné, extremement féroce et aux motivations et complicités encore bien obscures, portés par la droite et la gauche extremes aux institutions républicaines nées de la tragédie du fascisme et de la Résistance. L'humaine compassion pour le vécu personnel des accusés et condamnés ne peut pas voiler une prise en compte de circonstances réelles des faits, de la réalité de ces années, des réelles culpabilités. J'aimerais beaoucoup lire un jour sur Mediapart une véritable, large enquete sur ces années et sur ses protagonistes : les victimes en premier lieu, si possible. Merci de votre attention, en vous priant d'excuser mes inévitables fautes de français. Chiara Piccinini

Au-dela du cas personnel qui est tragique, douloureux - on ne peut qu'espérer une mesure personnalisée- je rejoint l'appel de Chiara Piccinini pour que, à un autre moment peut-être, une enquête de Mediapart nous permette de comprendre de l'intérieur le point de vue des Italiens sur ces années-là. Personnellement, comme dans tous les cas de terrorisme, j'aimerais aussi entendre des mots de condamnation des actes, que je n'ai pas envie d'excuser. (d'où je aprle : j'avais leur âge et j'étais militante à l'époque). Mais je ne crois absolument pas aux systèmes de punition actuels (prisons) comme sanction permettant de réparer quoi que soit, même dans un social déchiré.
Et ce retour sur la parole donnée par un Etat est choquant. Même si on peut entendre la pression des Italiens pour faire cesser ce qui pour eux apparait peut-être comme une exception, un déni de justice. Comprendre ce qui se passe dans une interaction (ici entre Italiens et Français) n'est pas forcément céder; comprendre c'est se donner des instruments pour juger si on va, ou non, répondre à la demande de l'autre.
Donc oui, je pense que nous avons besoin de bien comprendre les arguments des Italiens qui se disent "progressistes" ou "humanistes", avant de formuler nos réponses.
Mais, quoi qu'il en soit de ce côté là, si j'avais à répondre, je répondrai non aux extraditions. Parce que, ce qui est choquant et tragique pour moi, c'est que la justice italienne semble aujourd'hui fonctionner à l'aveugle, sur les rails d'un fonctionnement implacable qui interdit de rejuger les faits, donc de prendre en considéreration l'état des accusés aujourd'hui. C'est refuser aux accusés la moindre prise en compte de leur personne, au contraire de tous les procès qui justement, depuis les époques d'absolutismes, ont été humanisés. C'est comme si on prononçait des peines mécaniques, basées sur les seuls faits. Cela ressemble à une pure et simple vengeance.

Chère Chiara, Merci pour ce commentaire. Y répondre n’est pas la chose la plus facile du monde, vous vous en doutez : tant de points abordés, tant de complexité, tant de passions, aussi. Je vais quand même essayer, un peu, car votre point de vue, qui est celui d’une italienne grandie pendant les années de plomb, est entres autre révélateur de l’incompréhension que suscite le soutien d’une partie de la gauche française aux anciens militants menacés d’extradition. Et tout d’abord, vous avez raison : trente ans plus tard, une enquête approfondie serait bienvenue. Mais elle ne se limiterait pas aux années 60, 70,80. Pour éclairer l’évolution de l’Italie, il sera nécessaire, aussi, d’en revenir aux non-dits de la période fasciste. Puis à ce que représenta le « compromis historique ». Aux causes qui précipitèrent des dizaine de milliers de jeunes italiens dans l’activisme d’extrême gauche, cas unique en Europe. Sans oublier les liens de Silvio Berlusconi avec la loge P2. Ni le fait que la réactivation des « dossiers » vieux d’un quart de siècle a été gérée par Roberto Castelli, ministre de la justice, membre de la Ligue du nord. C’est un lourd travail, indispensable, mais qui se heurte à des silences multiples. Vous dites qu’il n’y a pas eu de « guerre civile », mais un désordre. Tel n’est pas l’avis du sénateur Giovanni Pellegrino, gauche très modérée, président de la commission d’enquête italienne sur le terrorisme. En août 2004, Enrico Porsia et Alfredo Ragusi, tous deux anciens brigadistes, l’un devenu journaliste, l’autre restaurateur, ont publié dans Le Monde une tribune intitulée « Honneur de la France, spécificité italienne », où ils déclarent « nous ne sommes pas innocents, d’un côté comme de l’autre ». Ils y disent bien d’autres choses, si vous ne l’avez pas lue, vous pouvez en trouver l’intégralité dans les archives du Monde, mais aussi en rubrique presse du site indiqué plus haut, parole donnée. L’Italie, ce n’est pas Guantanamo, bien sur que oui. Voyez vous, on parle avec l’Italie, pays proche entre tous, on ne parle pas avec Guantanamo.On ne peut pas. La justice italienne, par exemple, a su passer de l’instruction inquisitoriale à l’instruction accusatoire, ce que la France renâcle à faire. La magistrature italienne reflète le pire et le meilleur de la société où elle exerce. Des juges anti-mafia l’ont payé de leur vie – autre spécificité italienne – des juges ont tenté d’affronter la corruption, le pouvoir, d’autres ont condamné sur la base de dossiers mensongers, joué des lois d’exception. Très intéressant à lire, sur le procès d’Adriano Sofri, l’entretien avec Carlo Ginzburg dans la revue Vacarme : http://www.vacarme.eu.org/article235.htm Et oui, pour finir, à chaque demande d’extradition, il y a explication en France sur un cas particulier. C’est le minimum, en état de droit, on ne fait pas de lots. La voie d’une amnistie a paru un moment ouverte en Italie, elle s’est refermée après 2001. Du Chili à l’Irlande, chacun gère comme il peut son passé sanglant. En France, il ne faut pas voir, dans le soutien aux exilés, quelque louche fascination pour les jambérisations, mais plutot la réaffirmation de quelques principes essentiels : - le respect de l’engagement pris par l’état français - la prise en considération du temps écoulé, de l’évolution des gens. Ceci, croyez-le bien, n’est en aucun cas un déni de la souffrance des victimes, ou de leurs proches. Mais, pour en revenir à Marina Petrella, l’exercice de ce qu’il faut bien appeler une vengeance d’Etat, qui détruit une condamnée, sa famille, une vie reconstruite, une enfant, qui cela va-t’il apaiser ? N’est-ce pas aggraver la spirale du malheur ?

Horaire irréel pour un texte qui ne l'est pas moins. Je ne connaissais pas Marina et je découvre son histoire - cauchemard. On touche le fil psychique de la personne, ce qui pourrait être son désarroi à l'heure qu'il est. Elle doit se sentir rattraper par le temps, en tout cas par celui des autres. Et son regard sur la france a du s'assombrir, redevenir étranger. Pire qu'une trahison, c'est un abandon, comme de laisser quelqu'un tomber dans le vide. Bonsoir de Chine.

Chère Dominique, vous lisant sur les "Marinas", je pense aussi à Pasolini, à sa mort dans la nuit du 2 novembre 1975, en plein milieu des sinistres années de plomb à l'italienne, dans des circonstances qui, à ma connaissance, restent encore à établir (et le seront-elles jamais, de ce côté-ci de la balance de la "justice"...).

Pasolini, oui. Longue enquête, interminable, insatisfaisante, occultée. Je ne sais. S'est-on contenté de l'éxécutant ? Ou bien voulons-nous donner à sa mort plus de sens, car il nous manque ?

Les deux sans doute. Car "l'exécutant" en question, après avoir purgé sa peine, a déclaré publiquement à sa sortie de prison en 2005 ne pas avoir commis ce meurtre, en imputant même la responsabilité à trois "mystérieux" hommes. Une amie italienne, Isabella Checcaglini, a écrit un très bel article paru dans la revue 'Lignes', campant remarquablement et le contexte politique de ces années-là, en Italie, et les raisons qu'il y aurait eu à faire taire Pasolini (au "conditionnel", tout comme moi ici : titre de son article, "J'aurais voulu hurler, et j'étais muet", revue Lignes, n° d'octobre 2005, référencé sur Internet mais pas disponible "en ligne").

Toutes choses égales par ailleurs, à actes égaux, si ces "terroristes" étaient catalogués à l'extrême droite, cet article n'existerait pas, Mitterand les aurait renvoyés sans perdre de temps en Italie, ils n'y en aurait plus du tout en France, et on en parlerait même plus. Bref cette dissymétrie qui fait que les causes excusent les actes me fait vomir. Battisti et cette femme ne méritent que la perpetuité au fond des geôles italiennes (pays démocratique, on le rappelle). Cela me rappelle aussi l'aveuglement des socialistes au sujet de l'ETA au début des années 80 avec le règne de Mitterand qui s'est aperçu un peu tard qu'il avait affaire à des terroristes et non à des Che Guevara angéliques. Mais il a mis plusieurs années avant de changer radicalement de position. Bref pour avoir fait des conneries au nom d'un "marxisme-gauchiste" mal digéré, que de morts il a sur la conscience dans sa tombe, sans parler d'action Directe dont les membres ont été relâchés pour mieux commettre des meurtres ensuite. Alors je crois que l'on peut oublier aussi "les promesses faites".

Bonjour, Terroriste d'extrême droite? il aurait peut être une carrière comme Papon, ou alors il serait logé, nourri dans un réseau catholique en attendant une propriété en Argentine? Il y enseignerait la lutte anti communiste à des GI Joe?

Bonjour, Bon, l’ETA, Action Directe, et vous oubliez le FNLC ( avec lequel gauche comme droite ont négocié) : autant d’histoires et de problématiques distinctes. Je ne suis pas sure que traiter de tout frontalement nous fasse avancer, plus sûrement aboutir à de sinistres comptabilités. Je vais vous répondre sur deux points seulement. "Si ces « terroristes » étaient catalogués à l’extrême droite, Mitterrand les aurait renvoyés en Italie." Sans doute. Enfin, je crois. Mais surtout, il n’a jamais eu à envisager la chose, car les terroristes d’extrême droite, et là, je ne mets pas de guillemets, n’ont vraiment pas eu besoin de la protection de l’Etat français. Gare de Bologne, 1980, attentat aveugle qui coûte la vie à 89 personnes, en blesse plus de 150 autres. Le plus meurtrier de toute l’histoire italienne. Une enquête et une instruction qui s’égarent, qui n’en finissent plus, et un dossier qui serait enterré sans l’obstination des familles de victimes. Et celle de quelques juges. Quinze ans plus tard, enfin, un procès. Deux lampistes exécutants sont condamnés à la perpétuité. Mais dans l’intervalle, sont devenues publiques la « stratégie de la tension », qui visait à instaurer un pouvoir autoritaire via des attentats, l’action de la loge P2, ect. Unique trace en termes de condamnation : « obstruction à enquête » de la part de Licio Gelli, à la tête de la loge P2 et trois autres personnes. C’est écrit noir sur blanc dans l’extrait de jugement de la cour de cassation publié par amnistia.net. que vous pouvez consulter : http://www.amnistia.net/news/gelli/gelbolog.htm Les terroristes d’extreme droite n’ont jamais eu à chercher refuge. Ils étaient protégés. Deuxième point , « on n’en parlerait même plus ». La semaine dernière, Le Monde a publié un article, montrant que l’action violente n’avait jamais complètement cessé en Italie. Une seconde génération , queue de comète, groupuscule plus que mouvement. Et que récemment, précarité aidant, des manifestations ont eu lieu, en soutien aux militants emprisonnés. « Ne plus en parler » ? La démocratie n’est pas un monde du silence, mais de la parole. Enfin, et surtout, c’est là une conviction, pas une démonstration, je reste persuadée que la force et la grandeur d’une démocratie se mesurent aussi à sa capacité de pardon.

Si le fil de l'Histoire n'est qu'un prétexte de gesticulations , et transforme celui qui cherche à comprendre, en un pantin pendulant désespérement entre le bien et le mal, alors nous ne sortirons pas du bourbier ambiant. Je remercie Dominique pour son éclairage et sa capacité à ouvrir le débat tout en restant ferme sur des positions claires. Je soutiens que la Parole donnée, à fortiori par un Etat, est inaliénable . Le fait que notre gouvernement ne respecte pas cela ( et nous avons eu un autre exemple il y a peu , face à des syndicats...)est un fait , à mon sens, extrêmement grave( à suivre...). Quant aux personnes coupables certes de violences( forme de résistance ????), il m'apparait qu'elles ont fait la preuve de leur évolution, et que la notion de pardon pourrait s'appliquer avec bonheur.

Chers amis, Merci de vos réactions. Le discours pourrait continuer longtemps, et sur un forum c'est très compliqué - ce serait assez compliqué de toute façon. Puis-je conseiller aux italophones (le livre n'étant pas, à ma connaissance, traduit en français) le livre récent de Mario CALABRESI, _Spingendo la notte più in là_, éd. Einaudi ? Livre avec quelques défauts, mais le premier, à ma connaissance, qui ait été écrit du point de vue des victimes, et ce par un fils de victime qui est tout sauf "de droite". J'admire l'intelligence et la finesse intellectuelle d'Adriano Sofri telle qu'elle se manifeste, en particulier, après 2001, je ne puis que m'incliner au brillant intellectuel qu'est Carlo Ginzburg ; mais il y a d'autres voix sur ces années pétries dans le sang et la souffrance, et il faudrait commencer à les écouter : c'est urgent, et non seulement pour l'Italie. Toute histoire tragique concernant un pays d'Europe devrait concerner l'Europe entière. V. aussi (hélas, toujours en Italien : mais cette fois c'est peut-etre inévitable..) : http://www.quirinale.it/Discorsi/Discorso.asp?id=33050 C'est un très bref discours (quelques lignes : mais bien de choses y sont dites) qui fut prononcé par l'actuel Président de la République italienne lors d'une commémoration, justement, du père de Mario Calabresi. Oserais-je préciser que le Président, G. Napolitano, n'est pas issu d'une droite farouche et que l'on peut difficilment le soupçonner d'une proximité excessive avec l'assez répugnante droite italienne qui gouverne en ce moment ? Merci, bien cordialement.

Merci Chiara pour ces pistes de lecture, et en avant pour le dictionnaire!

je me suis trompé

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