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May

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Ilan Halimi, retour à la case silence

 

 

Sauf improbable coup de théâtre, vous ne saurez rien, ou presque, du procès de l’auto-proclamé Gang des barbares, à savoir Youssef Fofana et 26 autres accusés qui répondent de l’enlèvement, la séquestration, la torture et la mort d’Ilan Halimi, début 2006. Huis clos. Ni public, ni presse. Il y a pourtant beaucoup à apprendre. Mais la justice elle-même a organisé l’omerta.

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Ce que vous avez peut-être entendu, ou lu, ou vu, depuis un mois, c’est ce que demandent la mère d’Ilan Halimi[1], et la compagne du jeune homme , S. : un procès public, « qui permettrait de mieux comprendre l’engrenage criminel, de faire réfléchir parents et adolescents », à visée pédagogique, comme dit Ruth Halimi.

De faire réfléchir, en effet, à ce que cela veut dire d’expédier des « appâts » consentants pour séduire un juif forcément riche – vendeur de portables près de République – de le séquestrer, de l’affamer, de le torturer de façons variées, de le tondre, puis pour finir le brûler vif. Pas un accusé, ni deux, ni trois, mais vingt huit, sans compter quelques complices plus lointains qui comparaîtront en correctionnelle, et quelques autres, qui courent encore... Un « gang » bricolé, un consensus, pour sûr.38546_ruth-halimi-image.jpg

Ce que vous avez peut-être entendu, ou lu, c’est l’avocat de la partie civile, Me Francis Spizner[2] : « C’est la loi du silence qui a tué son fils, il serait intolérable qu’elle s’impose encore aux assises, en cas de huis clos », s’indigne-t’il. Et d’ exhorter les deuxex-mineurs de l’affaire à autoriser la levée du huis clos, ce qu’ils sont désormais seuls à pouvoir faire. Un bon geste, que diable !

Que n’a-t’on entendu Me Spizner il y a quelques mois, lorsque Parquet et juges d’instruction ont décidé que les 25 majeurs de l’affaire et les deux mineurs seraient déférés devant la cour d’assises des mineurs.Ce qui implique le huis clos…

La presse, avec un bel ensemble, zappe la bonne question. Sur le sujet, la loi est claire : lorsque majeurs et mineurs commettent ensemble un crime, on disjoint. Les uns seront jugés par la cour d’assises ordinaire, les autres par celle des mineurs ( exactement la même, avec jurés, mais les deux assesseurs sont des juges pour enfants). La loi est claire, mais souple ; il est possible d’expédier tout le monde devant la cour d’assises des mineurs, option retenue ici. Et tant pis si YoussefFofana va sur ses trente ans. C’est un peu technique, tout ça, mais ce sont les aléas du judiciaire : derrière le technique se profilent les vrais choix.

Et impossible de compter sur le blogueur Philippe Bilger pour nous éclairer: il est avocat général au procès..

Car pourquoi la justice a-t’elle choisi le silence dans une affaire qui a saisi la France, fait la Une de tous les journaux, provoqué manifestations, déclarations de toute la classe politique, la parution de cinq livres, des videos, des chansons, des hommages.. ?

Officiellement, les magistrats instructeurs Corinne Goetzman et Baudoin Thouvenot ont expliqué qu’il s’agissait de préserver la cohérence du procès. Vvoui… Mais sans les deux mineurs, dont les dépositions peuvent être lues à l’audience, qui peuvent être entendus sans prestation de serment, on ne comprendrait plus rien ? Allons… La Pésidente de la cour d'assises, elle-même, vient de disjoindre le cas de la 28ème accusée, pour raison humanitaire.

La réponse paraît un peu courte aux deux avocates qui défendent lesdits mineurs, Me Dominique Attias et Me Martine Scemama.

Me Attias n’a pas la réponse. Sa cliente est E., fille de réfugiée politique iranienne, violée à 16 ans, complice d’enlèvement à 17 : c’est elle qui a entraîné Ilan Halimi, le 21 janvier, vers le Parc de Sceaux où il était attendu. Trois tentatives de suicides depuis. E. ne veut pas être jugée devant tous, sous l’œil des medias, et son avocate préfère, elle aussi, le huis clos. Elle redoute que Fofana, qui en a fourni un avant-goût lors d’un procès où il comparaissait pour injures envers Corinne Goetzman, ne tente d’utiliser l’audience comme tribune.

Me Scemama, elle, a une idée. Dès le début de la procédure, elle a demandé à ce que soient entendus dans le dossier Cendrine Guillon, vice-procureur au TGI de Paris, et les policiers du quai des Orfèvres. En vain. Au procès, le Parquet n’est pas prévu au programme.

L’enquête, on le sait, fut un échec. Or des réussites comme des fiascos, il faut rendre compte.Moins pour conclure à l’incurie – facile à posteriori, que pour en tirer les leçons. A l’évidence, face à Fofana qui appelle des dizaines de fois par jour, exige 450 000 euros pour finir.. à 5000, les enquêteurs n’ont pas su faire. Pourquoi, exemple parmi d’autres, le portrait-robot de l’ « appât »dressé juste après l’enlèvement ne fut-il rendu public qu’après la mort d’Ilan Halimi ?Vingt-quatre heures plus tard, la police était à Bagneux… Dans l’affaire, l’apport d’une police de proximité, si décriée par Sarkozy, a cruellement manqué...« Ilan Halimi est mort victime de la routine fasciste des preneurs d’otages, et de la routine policière », dit Me Scemama.ilan%20halimi%20vamps.jpg

L’institution judiciaire a gravement dysfonctionné. Lors de l’enlèvement du baron Empain – l’exemple date maisla chose étant passée de mode, pas d’affaire récente – quatre jours après, le Syndicat de la magistrature s’indignait publiquement car aucun juge d’instruction n’était encore désigné. Pour Ilan Halimi, le parquet est resté seul aux commandes jusqu’au début février, un juge désigné peu avant sa mort : ni transparence, ni constitution de partie civile, aucun regard extérieur, aucun contrôle. « En roue libre », dit un avocat du dossier. Un autre ajoute : « Il n’avait pas une chance, Ilan Halimi : il était juif, il était pauvre. Les choses se seraient passées autrement pour une famille connue, ou fortunée ».

Enfin, d’entrée, les constitutions de partie-civile des associations – MRAP, LICRA, CRIF – ont été écartées par les juges d’instruction. L’affaire est allée jusqu’en Cassation. La cour a rendu un arrêt en septembre 2007donnant une interprétation si étroite de la loi, qu’on peut augurer de difficultés à venir, pour les associations anti-racistes, dans des procès de ce type.

Le huis clos protègera peut-être l’institution judiciaire et policière de regards trop critiques, mais il révèle, aussi, un immense malaise. Le procureur de paris, Jean Claude Marin, qui ne voyait pas où était l’antisémitisme dans cette affaire- il avait dû négliger de lire écoutes et interrogatoires – penchait pour le crapuleux, comme si l’un excluait l’autre. Youssef Fofana, ( il a épuisé 38 avocats en trois ans), ses centaines de lettres, l’aura probablement éclairé depuis sur ce point. Mais Youssef Fofana, délinquant nul, adepte du quart d’heure de célébrité, qui fait preuve d’un « antisémitisme obsessionnel » peut-être « fondé sur la haine de soi », comme l’a noté un expert psychiatre, qui tente de s’ériger en moudjahidin, menacé de n’être plus, et pour longtemps, qu’un détenu parmi les détenus,Youssef Fofana, n’est qu’une clef de voûte.L’instruction a conclu à sa seule responsabilité dans la mort d’Ilan Halimi. Pendant la séquestration, il n’était que rarement présent, donnant ses ordres par téléphone. Avec toujours quelqu’un pour les exécuter. Qu’il s’agisse d’acheter l’Actimel, ou balafrer le visage du prisonnier.libe.jpg

« Le malaise », me dit un magistrat, « vient de cette hantise permanente, réactiver les tensions, surtout après Gaza. Il vient d’un imaginaire nourri d’une vision caricaturale des jeunes passés le périphérique, qu’on suppose prêts à s’identifier. De la honte : serait-ce ça, la France ? Alors, on met sous le boisseau ». Mais qu’est-ce qu’un pays qui ne peut discuter, regarder, essayer de comprendre ce qu’il produit de pire ?

C’est là pour moi le seul mystère, dans le calvaire et la mort d’Ilan Halimi. Contrairement à ce que l’on a pu lire souvent, les trente personnes incriminées dans cette affaire ne sont pas quemulti-récidivistes avérés ou exclus. Si Fofana et le surnommé Craps se sont rencontrés en prison, si quelques-uns ont des itinéraires fracassés, on trouve aussi parmi eux étudiant en BTS, livreur de pizza, assistante sociale en formation, et même.. une candidate au concours d’entrée dans la police, empêchée pour cause de mise en examen. Ils s’appellent Nabil, Samir, mais aussi Fabrice, Cédric, Audrey ou Tiphaine : les voisins. On trouve justement des voisins, des parents, qui ont su.

Aucune fille parmi les geôliers mais des jeunes gens ordinaires qui pendant trois semaines ont pu, pour tous, se taire, pour les uns assister, pour les autres, faire : brûler, frapper, affamer, tondre,rejouer Abou Ghraib avec un jeune homme de leur âge, né en banlieue, comme eux. Et juif. Ne le nommer que «l’Autre », le réduire à l’état de sous-homme, reproduisant des schémas que nous connaissons tous.

Je ne sais, comme le pense Ruth Halimi, si un procès public aurait une vertu pédagogique. Mais je sais, à coup sûr, qu’une audience en vase clos, frappée de mutisme, est comme un regard qui se détourne d’une vérité dérangeante. Le nôtre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 


[1] Ruth Halimi et l’écrivain Emilie Frèche viennent de publier au Seuil « 24 jours » .A signaler également : Si c’est un juif : reflexions sur la mort d’Ilan halimi, d’Adrien Barrot, aux éditions Michalon.Egalement ( et en m'excusant encore auprès de l'auteur, confusion hier entre deux ouvrages): Gang des barbares, chronique d'un fiasco policier d'Alexandre Lévy, Hachette littératures, 2009.

[2] Ex-avocat de Jacques Chirac, ex-candidat malheureux de l’UMP à la députation.

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Mais qu’est-ce qu’un pays qui ne peut discuter, regarder, essayer de comprendre ce qu’il produit de pire ?

Grand merci pour ce formidable article ; je viens d'entendre la confirmation du huis clos et votre analyse m'aide à démêler les choses.

kairos Par-delà les actes eux-mêmes qui en relèvent effectivement, et de la rhétorique de la formule, l'expression "Gang des barbares", qu'utilisent les médias, n'est-elle pas stupéfiante? Comme si les coupables n'étaient pas des humains, comme s'ils appartenaient à une autre espèce? Et ce qu'on rapporte des premières déclarations de Youssef Fofana n'arrange rien... Lui-même semble vouloir se situer dans un"ailleurs"... seule irréalité possible pour supporter ce qu'il a fait?

Kairos, c'est le terme fabriqué par Y. Fofana lui même, n'est-ce pas ? Mais cet emploi non distancié par les média "coupe" encore plus le public de toute réflexion, le met sur la piste de l'objectivation des coupables et le huis clos vient achever le travail.

Tout à fait d'accord avec Marielle. Ce soir, sur LCI, il était intéressant de suivre les propos d'un journaliste qui a sorti un livre d'enquête sur "le gang". Il disait combien cette bande, sous influence de Fofana, était "représentative, en creux, de la France Black - Blanc - Beur, tant vantée en 1998. J'y ai vu, aussi, les basses oeuvres de la Ligue de Défense Juive frappant membres de la famille ou amis des prévenus et coursant les avocats de la défense. Si cette attitude ne se compare évidemment pas à la "barbarie" du gang, des cinglés, décidément, il y en a partout !

Cher ( et précieux) Kairos, les medias pour le coup ne font que reprendre. Ils suivent. Vous renverrais-je à l’Espèce humaine, de Robert Anthelme ? Par de là le mot, le fond. Youssef Fofana construit un rempart entre lui, acteur, et lui, spectateur du monde peut-être.. Ses derniers avocats en date protestent contre les conditions d’attente, dans la souricière du palais de justice, qui seront les siennes tout au long de ce procès. Ils ont parfaitement raison : car jamais les principes ne s’appliquent aussi bien qu’à ceux qui les ont méprisés. En serrant les dents, en les serrant très fort des fois. Mais Youssef Fofana n’est pour moi qu’épiphénomène récurrent en cours d’assises ; ce qui me bouleverse, ici, c’est le silence, l’obéissance, la conformité à ses ordres alentour. Kairos, le motif de ce billet n’est pas de mettre en accusation – c’est déjà fait - mais justement de déplorer, être en colère, contre un dispositif qui nous interdit d’écouter, regarder des visages lorsque nul ne s’en soucie, entendre, aux infimes modulations d’une voix, ce qui s’est fait, vécu, perçu. Comprendre parfois, ne pas dormir parce qu’on ne comprend pas : c’est très exactement cela, la chronique judiciaire, aussi noble que dérisoire. Interdite ici, par décision… judiciaire. A ceci je voudrais ajouter – n’ayant pas réussi à joindre à temps Me Jean-Yves Halimi, du MRAP – qu’en effet, toutes les associations, y compris la Ligue des Droits de l’homme, ont été jetées, in fine, par la Cour de Cassation. La famille d’Ilan Halimi redoutait-elle la « récupération », le débordement, sur sa droite ou sur sa gauche ? Ils n'ont voulu de personne.Au total, il semble bien qu’elle ait été roulée dans la farine, acceptant un procès à huis clos devant la cour d’assises des mineurs, là où il aurait fallu, boulevard pour les associations, exiger un procès public… Et enfin, hors sujet, mais pas hors sujet, aux deux personnes qui sur mail perso me font observer que Attias, Scemama ( et ils n’avaient pas Jean-Yves Halimi) , Spizner, les juifs sont en défense de l’antisémite, comme en accusation, oui : ils sont partout. Avocats, citoyens, militants, loin du communautarisme, pourrais-je dire. Mais non. Car il ne peut y avoir concession aux finauds du patronyme. Lorsque je lis Ruth Halimi, qui dit que son fils aimait une asiatique, que ses potes les plus proches s’appelaient Karim et Jeremie, je me dis que la défaite est là. Il aurait pu porter kippa, prier trois fois par jour, et même trouver formidable la politique israélienne: c'est passible de chaufferie, pendant 24 jours , de mort ?

Je ne comprends pas votre phrase : "les juifs sont en défense de l'antisémite". D'abord comme vous le sous-entendez il faut se méfier des patronymes (je me souviens d'un magistrat qui s'appelait Levy (pas le célèbre Albert Levy) et dont une des premières phrases consistait à informer son interlocuteur qu'il n'était pas juif). Ensuite non seulement il faudra attendre l'issue du procès pour savoir si Fofana a agi dans le cadre d'une haine antisémite, mais à mon avis la question se pose encore plus pour ses présumés complices. Il ne faut pas se laisser intoxiquer par les medias sur ce point. Et malgré le huis clos j'espère que le procureur Bilger, inaccessible aux pressions des lobbies, pourra donner son point de vue après le procès.

Cher beber, Les juifs en défense de l'antisémite est une citation, certes pas ma remarque.Ma remarque, à moi, viserait davantage à revenir sur le cliché communautariste qui permet de classer, sûrement pas de penser. Et le, oui, ils sont partout, grinçante tristesse plus que commentaire. Je ne sous-entend pas qu'il faut se méfier des patronymes: j'exècre ceux qui s'y réfèrent avant de réfléchir. Il faudrait en effet, en cas de procès public, attendre de savoir ce que Fofana dit, ce que Fofana ne dit pas, ce que Fofana bredouille, où il hésite, se perd, s'énerve, avant de savoir s'il a agi, comme vous dites, "dans le cadre d'une haine antisémite". Et ajouterais-je, s'il y avait cadre. Marielle Billy me l'apprend, je ne suis pas à Paris, c'est huis clos, sans surprise. Il se trouve, d'une part, que Fofana a expédié plus de trois cents lettres pour confirmer ce point. Qu'aujourd'hui, à l'ouverture du procès, il se retranche derrière l'Allah Akbar de service... mais en renonçant à toute exigence de procès public. Dans ce huis clos sombre l'essentiel: et les autres ? L'instruction a retenu, pour une partie des accusés, pas pour tous, la circonstance aggravante d'antisémitisme.Il nous faudra quêter les confirmations à la sortie: l'anti-journalisme par excellence, qui se fie aux sentiments à chaud des uns ou des autres. Le contraire de cet étrange tunnel, fait d'écoute flottante, d'ennui, de méticuleuse confrontation, de trouble, d'interrogation, d'irrationnel, qui parfois, pendant un instant, vous amène au plus près du box. Les medias, je crois, ne nous intoxiquent pas. Ils résonnent seulement: son acceptable parfois, mais simple écho.

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kairos Si je comprends bien, c'est le refus de disjoindre les instances, (les mineurs (au moment des faits) à huis-clos (sauf s'ils autorisent le contraire), les majeurs, dont Fofana, en audience publique) qui fait scandale... La décision judiciaire qui écarte cette possibilité est-elle motivée et si oui comment? Par ailleurs, le huis-clos, avec tout ce qui s'attache au secret, ne va-t-il pas au contraire "sensibiliser" davantage le public et donner plus de retentissement à ce procès? Car la machine médiatique fonctionne aussi, peut-être mieux, en quelque sorte à vide, je veux dire sur un réel qui contraint le moins possible l'imaginaire... Mais je suis d'accord: voir les visages, entendre les paroles, est tout ce qui peut encore y avoir d'humain dans cette monstruosité... Je rejoins aussi votre conclusion: personne ne doit être traité comme l'a été Ilian Halimi, serait-il le pire d'entre les pires... Ou alors... l'homme que nous cherchons est perdu à jamais.

@ beber: Je suis vraiment contente qu'une personne au monde au moins vous inspire une véritable confiance. En plus, je ne vais pas vous la ruiner, cette confiance: certes, Philippe Bilger est un magistrat du centre droit ( c'est centre, que je ne comprends jamais) , mesuré, fin, intelligent. Mondain, en plus. Certes, il s'est prononcé en faveur de Nicolas Sarkozy lors des présidentielles. Et certes, dit-on, il fut fort déçu de voir arriver à la Chancellerie Rachida Dati, d'où un blog affiné. Mais honnête magistrat, et plus précieux pour moi, un vrai curieux. Sauf que curieux, ça vient après magistrat. Ceci posé, je ne lui ferais donc pas davantage confiance qu'à un avocat. Et partie au procès, il se gardera bien de commenter. Le off record -qui n'a de sens que confronté au réel - est un piège, comme vous le soulignez. D'où qu'il vienne. @ Kairos: justement, il n'y a pas de scandale ( enfin, de scandale énoncé comme tel ). La loi, c'est: quand majeurs et mineurs commettent un crime ensemble, on juge les grands, genre Fofana, qui va sur la trentaine, en cour d'assises, on juge les mineurs, soit dans ce cas E. et G., tous seuls devant une cour d'assises des mineurs. Ca, c'est ce qui se décide après arrestation, interrogatoires, mises en examen, instruction, bref: à la fin. A la fin, ici, on a décidé que tout le monde serait jugé par la cour d'assises des mineurs. ( Silence radio, à ce moment-là, il semble qu'on ait expliqué à la famille qu'il suffisait que les deux mineurs renoncent au huis-clos automatique pour que tout s'arrange. Las, les deux mineurs en question, n'ont aucun intérêt à accepter... )D'où le huis clos prononcé aujourd'hui. Et c'est là que je vous rejoins. Qu'est-ce qui se crée dans le vide d'un procès non-public ? Qu'est-ce qui s'imagine ? Ce "réel qui contraint le moins possible l'imaginaire", ou l'inverse, c'est le lieu grisé du non-procès, du non dit. Le fantasme ne s'accommode pas de la surexposition , ni de l'explication en guenilles - l'est trop nul - mais il peut se nourrir de l'opaque. En termes de nécessité: l'homme que nous cherchons est nous. Je comprends le coup de flingue, sans le vivre, je comprends l'insulte, sans la pratiquer, je bute sur l'indifférence ou la haine pendant 24 jours dans une chaufferie du 92. Voilà pourquoi j'aurais aimé entendre et réfléchir. Voilà pourquoi je sais que le reportage à Bagneux, avec jeune homme agressif et fauche du matériel télé, pourquoi les confidences hors étouffoir, pas grand chose.

Superbe papier, Dominique. Impressionnante mise en abyme que les dernières lignes de ton commentaire ci-dessus...

édité..

Rien à ajouter à ce qui a été très bien dit. Donc, juste pour briser un peu de ce silence, une réflexion de Jean-Paul Sartre lui-même sur son Huis Clos à propos de la phrase qui a fait couler beaucoup d'encre, "l'enfer c'est les autres" : "En vérité, comme nous sommes vivants, j'ai voulu montrer, par l'absurde, l'importance, chez nous, de la liberté, c'est-à-dire l'importance de changer les actes par d'autres actes. Quel que soit le cercle d'enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser. Et si les gens ne le brisent pas, c'est encore librement qu'ils y restent. De sorte qu'ils se mettent librement en enfer". http://www.philo5.com/Les%20philosophes%20Textes/Sartre_L'EnferC'EstLesAutres.htm

Et cette autre phrase du même : "Il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu ils dépendent trop du jugement d'autrui", voilà une phrase que devraient méditer Fofana et consorts, eux qui voyaient comme une agression le simple fait que puisse vivre "l'Autre".

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Article remarquable, claire, complet. Il y a-t-il vraiment volonté de priver l'opinion d'un procès? Une chose est certaine, c'est un sacré sac de nœuds qui mêle, mélange, fusionne tellement de chose différentes, à des niveaux si différents qu'il me semble bien qu'il n'y a aucun espoir d'en voir "sortir" un jour quelque chose qui ne contienne pas de la simplification à outrance, de la caricature. Et ce de quel que personne qu'il s'agisse. Je comprend la démarche de la mère: montrer le cheminement pour que cela ne se reproduise plus. Mais il y a-t-il seulement eu "cheminement"? Ce pauvre garçon, de par le lieu où il était séquestré, dénudé, n'a-t-il pas en quelque sorte "concentré" sur lui "tout ce qu'il y a de mauvais en nous" (l'enfer qui nous habite tous, qui que nous soyons)? Une sorte de patate chaude où tout le monde et personne joue un jeu pervers, entrainé, dé-responsabilisé par l'appartenance "au groupe"? Oui, je le redis, cette affaire est d'une complexité extrême et je ne vois pas un tribunal prendre une autre position que celle d'une extrême sévérité de peine, tant l'horreur est grande. N'existe-t-il pas d'autres drames "se prêtant" mieux à une dissection porteuse de leçons?

Merci Dominique pour cet éclairage qui est aussi un commentaire, une analyse et une mine de réflexions à prolonger, contrairement à tout ce que j'avais pu entendre jusqu'ici, privilégiant le sensationnel et le raccourci.

Ce Fofana est un dingue total, il vient tout juste de déclarer au début de la première audience de son procès ce jour, en réponse à la question posée par les juges quant à son identité et à sa date de naissance, qu'il était né le jour de la mort de ce pauvre Ilan Halimi (RIP) et qu'il était musulman salafiste. C'est dire. @ +NEO-

Vous avez une drôle de façon d'aborder la question, beber2 : vous trouvez normal qu'il y ait omerta sur le procès du gang des barbares au motif qu'on aurait passé sous silence selon vous une affaire de blanchiment d'argent ayant mis en cause des sociétés françaises et israéliennes, ce qui n'a strictement rien à voir avec du racisme ou de l'antisémitisme mais avec de la malversation. Or, non seulement, on n'a pas passé sous silence cette dernière affaire, mais on en a largement fait écho dans la presse : http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/societe/20081211.FAP3018/sentier_2_une_centaine_de_condamnations_la_societe_gene.html Il y a malheureusement des affaires de blanchiment d'argent et de pots de vins à peu près tous les jours dans le monde et un peu partout en incriminant des personnes d'à peu près toutes origines y compris des magnats du pétrole recyclant leurs pétrodollars dan les paradis fiscaux : argent de la drogue, argent du trafic d'armes et de la prostitution, etc...Il y a donc quelque chose de particulièrement mal venu à vouloir faire un lien entre détournement de fond et sionisme, ici d'ailleurs judaïsme, pour justifier l'omerta du procès du gang des barbares dont l'objet n'est pas l'organisation d'un trafic mais la séquestration, le chantage, la torture et le meurtre d'un jeune homme parce que juif, selon le vieil adage classique : "voler un juif ce n'est pas voler, c'est voler quelqu'un qui nous vole". Donc l'omerta dans ce procès, si omerta il y a, ne tient pas au silence fait autour d'un procès (puisqu'on en parle largement ces derniers temps, ne serait-ce que sur ce blog) mais au huis clos choisi pour juger le crime. Ce procès aurait pu avoir en étant public une vertu pédagogique sur le racisme et l'antisémitisme ordinaire d'aujourd'hui. Il ne l'aura pas. Voilà ce qu'on peut déplorer dans cette "omerta" qui est la conspiration du silence pour taire l'antisémitisme toujours présent dans nos sociétés et qui ne demande qu'un concours de circonstances pour passer à l'acte.

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Je répondais bien sûr à beber999 (et non beber2), o, l'aura compris.

Le huis-clos est une procédure exceptionnelle qui ne peut être mise en oeuvre que dans 3 cas : - danger pour l'ordre et la sérénité des débats s'il en est fait publicité; - poursuites exercées pour viol, tortures et actes de barbarie si la victime partie civile le demande ; - risque de divulgation d'un secret de défense nationale. Il est clair que la famille de la victime demandait au contraire que le procès soit public et qu'il n'y avait pas de mise en cause d'un secret de défense nationale. Donc, le seul motif invoqué est le danger pour l'ordre public, ce qui n'est pas prouvé et est ressenti comme un affront supplémentaire par la famille.

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Il est également de droit devant la justice des mineurs, ce me semble. Et c'est le fondement du huis clos dont on parle. Rien à voir avec l'ordre public.

kairos Oui, il est de droit du fait que 2 accusés étaient mineurs au moment des faits... La disjonction a été écartée parce que ces 2 mineurs avaient joué un rôle majeur dans le crime. Si les mineurs devenus entre temps majeurs l'acceptent, le huis-clos peut-être levé (modification intervenue pour que Patrick Dils, comme il le réclamait, puisse étre jugé, lors de son 3eme procès, en audience publique)... Sur les 2 mineurs incriminés, l'un ne donnerait toujours pas son accord... C'est du moins ce que je retire de l'émission "C'dans l'air" consacré hier soir au "Gang des barbares", et en particulier des explications du chroniqueur judiciaire Pierre Rancé...

Le huis-clos est une procédure exceptionnelle qui ne peut être mise en oeuvre que dans 3 cas : - danger pour l'ordre et la sérénité des débats s'il en est fait publicité; - poursuites exercées pour viol, tortures et actes de barbarie si la victime partie civile le demande ; - risque de divulgation d'un secret de défense nationale. Il est clair que la famille de la victime demandait au contraire que le procès soit public et qu'il n'y avait pas de mise en cause d'un secret de défense nationale. Donc, le seul motif invoqué est le danger pour l'ordre public, ce qui n'est pas prouvé et est ressenti comme un affront supplémentaire par la famille de la victime.

Entre un crime à connotation antisémite, un accusé dont la seule défense parait être la provocation et la médiatisation de l'affaire, ne pensez-vous pas qu'il y a un "danger pour l'ordre et la sérénité des débats'? Il me semble qu'au minimum on peut le redouter.

J'ai été frappée comme Cendrine par votre question, Dominique Conil : "Mais qu’est-ce qu’un pays qui ne peut discuter, regarder, essayer de comprendre ce qu’il produit de pire ? Voilà aussi ce qu'il m'intéresserait de comprendre.
Je ne connaissais rien des détails de cette affaire, n'ayant pas confiance dans les "grands medias" pour le traitement de ce qu'ils appellent "faits divers". Moi aussi je voudrais comprendre pourquoi ces 28 personnes- se sont associées sur ce projet-là, et comment, pour les moins impliquées, elles ont pu le soutenir , le cautionner.
ça m'intéresse en tant que citoyenne. -Comment ces personnes en sont-elles arrivées à se soumettre à un tel "chef" ? -Y at-il une influence d'un "neo antisémitisme" cautionné (dans leurs représentations) par la cause palestinienne ? Par autre chose ? Oui, j'aimerais des éclairages sur ces questions. Et que laissera filtrer le huis-clos ?
Et, dans la décision qui a conduit au huis-clos pour tous, s'est-il agit-il vraiment de protéger deux mineurs ?

Le huis-clos ne peut être mis en oeuvre que dans 3 cas : 1- le danger pour l'ordre public 2- le mépris de la victime si elle l'estime ainsi en cas de procès pour viol, torture ou barbarie 3 - le risque de divulgation d'un secret de défense nationale Il est clair que ce n'est ni pour 2 ni pour 3 qu'il a été enclanché mais pour 1, ce qui est un peu léger et est très mal ressenti par la famille de la victime qui souhaitait un procès public.

Ramenons ce fait divers à sa véritable dimension : une extorsion de fonds orchestrée par des petites frappes de quartier auteurs d'actes de barbarie. La religion de la malheureuse victime ne doit pas nous conduire à des interprétations extra - ordinaires qui lui refusent son essence même : la barbarie hélas fréquente produite par notre organisation sociétale si inconséquente "Mais qu’est-ce qu’un pays qui ne peut discuter, regarder, essayer de comprendre ce qu’il produit de pire ?

J'ajouterais que malheureusement ou heureusement ce n'est pas "l'organisation sociétale" de la France qui est en cause, car de tels faits divers se produisent partout dans le monde. Même à mon âge avancé je suis encore parfois effaré par certains types d'agressions.

kairos Il me semble que la "qualité" de juif n'est pas anecdotique... Les divers propos de Youssef Fofana, en tout cas depuis son arrestation, relèvent bien de l'antisémitisme le plus obsessionnel, dirai-je ordurier... Il y a aussi un antisémitisme par "entrainement". Les geoliers, même quand ils ne cultivent pas spécialement la haine des juifs, insultent et maltraitent l'otage à ce titre, comme pour donner une forme de raison à l'ignoble.. Et l'antisémitisme peut-être aussi de prétexte. Après des célébrités, puis des docteurs, on s'en prend à un juif, au motif qu'il a forcément de l'argent et la solidarité communautaire jouera... Si on le pensait des auvergnats, on enleverait un auvergnat, certes. Mais, il n'empêche: ce préjugé, s'il ne conduit pas forcément au geste criminel, ni même à la haine raciale, n'en demeure pas moins d'origine antisémite et l'entretient par imprégnation... Est-il possible d'ôter toute dimension "antisémite", ou plutôt "antijudaîque", à cette affaire?

"Est-il possible d'ôter toute dimension "antisémite", ou plutôt "antijudaîque", à cette affaire?" Non, Kairos, je pense que ce n'est pas possible d'enlever par avance, avant le procès, cette dimension à l'affaire. J'ai malheureusement constaté personnellement cette assimilation Juifs-argent peut encore exister, dans la jeune génération, allant jusqu'à excuser certains comportements qui s'en prennent aux personnes en tant que juives. Je maintiens donc mmes interrogations au sujets de motivations des autres personnes de la bande.

Hier, il s'est passé un évènement devant les grilles du palais de justice de Paris. Je laisse le soin à nos bonnes ames de le commenter. Les tensions communautaires gangrènent la république. Je paraphrase Saint Paul sur lequel Alain Badiou a fait un petit livre fort interessant. Aujourd'hui, il n'y a plus de romains, ni de musulmans , ni de juifs , il n'y a que des frères en république. L'état républicain est notre bien commun à tous. Soyons patriotes comme l'entend Romain Gary;" le patriotisme , c'est l'amour des siens". Et que justice soit faite au nom de tous.

Désolé de vous contredire mais ce n'est pas la "justice qui organise l'omerta"; dans ce cas précis c'est la LOI donc nos "chers" députés et sénateurs. Pourquoi s'en prendre toujours à la justice (voir Outreau et le juge) qui ne fait qu'appliquer la loi, du mieux qu'elle peut et, croyez-moi, c'est souvent très difficile vu le piteux état de notre législation: c'est un aveu d'incompétence, d'ignorance et de faiblesse; c'est, en fait, essayer de trouver, dans tous les cas, des responsables autres que nous-mêmes qui avons élu ce législateur: si la loi est si mauvaise il faut la changer; si le législateur en place ne sait pas, ne veut pas ou ne peut pas le faire, il faut CHANGER DE LEGISLATEUR

@ Kairos, Caton l'ancien. Pierre Rancé, comme l’ensemble de la presse , se borne à reprendre l’argumentaire qui est celui du Parquet et des juges d’instruction pour justifier le renvoi des 25 majeurs devant la cour d’assises des mineurs et le huis clos sur tout le procès. C’est précisément ce qui motive ce billet . Le Parquet et les juges d'instruction n'ont pas "appliqué la loi", mais appliqué l'une des possibilités de la loi, ce qui est très différent: c'est un choix. Voici le texte de la loi ( enfin, l’extrait qui concerne ce sujet) : « Ordonnance n°45-174 du 2 février 1945 relative à l'enfance délinquante. Chapitre II : Procédure. Article 9 Modifié par Loi n°2004-204 du 9 mars 2004 - art. 100 JORF 10 mars 2004 en vigueur le 1er octobre 2004 "Si le mineur a des coauteurs ou complices majeurs ces derniers seront, en cas de poursuites correctionnelles, renvoyés devant la juridiction compétente suivant le droit commun ; la cause concernant le mineur sera disjointe pour être jugée conformément aux dispositions de la présente ordonnance. En cas de poursuites pour infraction qualifiée crime, il sera procédé à l'égard de toutes les personnes mises en examen conformément aux dispositions de l'article 181 du code de procédure pénale ; le juge d'instruction pourra, soit renvoyer tous les accusés âgés de seize ans au moins devant la Cour d'assises des mineurs, soit disjoindre les poursuites concernant les majeurs et renvoyer ceux-ci devant la cour d'assises de droit commun ; les mineurs âgés de moins de seize ans seront renvoyés devant le tribunal pour enfants. » Or, ici, il y a tout de même 25 majeurs… et deux mineurs. Il est exact que E. a joué un rôle important : celui de l’appât. G , lui, fut geôlier actif. Le fait qu’ils ne comparaissent pas dans un procès public empêcherait-il une bonne tenue des débats, une compréhension de l’affaire pour les jurés ? L’instruction a établi les responsabilités de chacun, semble-t’il, qui ne sont plus contestées, sauf par Fofana ( il nie toujours le meurtre). Les dépositions – très complètes - des deux ex-mineurs peuvent être lues à l’audience. Ils peuvent même être entendus sous conditions. Alors, pourquoi pas de procès public ? La décision qui a été prise me paraît répondre à une toute autre nécessité qu’une « bonne administration de la justice », comme on dit. @ Velveth La poignée d'extrémistes qui s'en prend à la famille d'un accusé, ou aux avocats de la défense: inadmissible, bien sûr. Mais c'est là, aussi, une conséquence du huis clos. Dans une audience publique, extrémistes ou pas, on s'asseoit, et on se tait ( sinon, on est expulsé en cinq minutes). On écoute. Si les associations antiracistes, ou la ligue des Droits de l'homme, avaient été autorisées à se constituer parties-civiles, comme elles le demandaient, la donne changeait..

@ Kairos, Caton l'ancien. Pierre Rancé, comme l’ensemble de la presse , se borne à reprendre l’argumentaire qui est celui du Parquet et des juges d’instruction pour justifier le renvoi des 25 majeurs devant la cour d’assises des mineurs et le huis clos sur tout le procès. C’est précisément ce qui motive ce billet . Le Parquet et les juges d'instruction n'ont pas "appliqué la loi", mais appliqué l'une des possibilités de la loi, ce qui est très différent: c'est un choix. Voici le texte de la loi ( enfin, l’extrait qui concerne ce sujet) : « Ordonnance n°45-174 du 2 février 1945 relative à l'enfance délinquante. Chapitre II : Procédure. Article 9 Modifié par Loi n°2004-204 du 9 mars 2004 - art. 100 JORF 10 mars 2004 en vigueur le 1er octobre 2004 "Si le mineur a des coauteurs ou complices majeurs ces derniers seront, en cas de poursuites correctionnelles, renvoyés devant la juridiction compétente suivant le droit commun ; la cause concernant le mineur sera disjointe pour être jugée conformément aux dispositions de la présente ordonnance. En cas de poursuites pour infraction qualifiée crime, il sera procédé à l'égard de toutes les personnes mises en examen conformément aux dispositions de l'article 181 du code de procédure pénale ; le juge d'instruction pourra, soit renvoyer tous les accusés âgés de seize ans au moins devant la Cour d'assises des mineurs, soit disjoindre les poursuites concernant les majeurs et renvoyer ceux-ci devant la cour d'assises de droit commun ; les mineurs âgés de moins de seize ans seront renvoyés devant le tribunal pour enfants. » Or, ici, il y a tout de même 25 majeurs… et deux mineurs. Il est exact que E. a joué un rôle important : celui de l’appât. G , lui, fut geôlier actif. Le fait qu’ils ne comparaissent pas dans un procès public empêcherait-il une bonne tenue des débats, une compréhension de l’affaire pour les jurés ? L’instruction a établi les responsabilités de chacun, semble-t’il, qui ne sont plus contestées, sauf par Fofana ( il nie toujours le meurtre). Les dépositions – très complètes - des deux ex-mineurs peuvent être lues à l’audience. Ils peuvent même être entendus sous conditions. Alors, pourquoi pas de procès public ? La décision qui a été prise me paraît répondre à une toute autre nécessité qu’une « bonne administration de la justice », comme on dit. @ Velveth, François Bouchard. La poignée d'extrémistes qui s'en prend à la famille d'un accusé, ou aux avocats de la défense: inadmissible, bien sûr. Mais c'est là, aussi, une conséquence du huis clos. Dans une audience publique, extrémistes ou pas, on s'asseoit, et on se tait ( sinon, on est expulsé en cinq minutes). On écoute. Si les associations antiracistes, ou la ligue des Droits de l'homme, avaient été autorisées à se constituer parties-civiles, comme elles le demandaient, la donne changeait..

@ Kairos, Caton l'ancien. Pierre Rancé, comme l’ensemble de la presse , se borne à reprendre l’argumentaire qui est celui du Parquet et des juges d’instruction pour justifier le renvoi des 25 majeurs devant la cour d’assises des mineurs et le huis clos sur tout le procès. C’est précisément ce qui motive ce billet . Le Parquet et les juges d'instruction n'ont pas "appliqué la loi", mais appliqué l'une des possibilités de la loi, ce qui est très différent: c'est un choix. Voici le texte de la loi ( enfin, l’extrait qui concerne ce sujet) : « Ordonnance n°45-174 du 2 février 1945 relative à l'enfance délinquante. Chapitre II : Procédure. Article 9 Modifié par Loi n°2004-204 du 9 mars 2004 - art. 100 JORF 10 mars 2004 en vigueur le 1er octobre 2004 "Si le mineur a des coauteurs ou complices majeurs ces derniers seront, en cas de poursuites correctionnelles, renvoyés devant la juridiction compétente suivant le droit commun ; la cause concernant le mineur sera disjointe pour être jugée conformément aux dispositions de la présente ordonnance. En cas de poursuites pour infraction qualifiée crime, il sera procédé à l'égard de toutes les personnes mises en examen conformément aux dispositions de l'article 181 du code de procédure pénale ; le juge d'instruction pourra, soit renvoyer tous les accusés âgés de seize ans au moins devant la Cour d'assises des mineurs, soit disjoindre les poursuites concernant les majeurs et renvoyer ceux-ci devant la cour d'assises de droit commun ; les mineurs âgés de moins de seize ans seront renvoyés devant le tribunal pour enfants. » Or, ici, il y a tout de même 25 majeurs… et deux mineurs. Il est exact que E. a joué un rôle important : celui de l’appât. G , lui, fut geôlier actif. Le fait qu’ils ne comparaissent pas dans un procès public empêcherait-il une bonne tenue des débats, une compréhension de l’affaire pour les jurés ? L’instruction a établi les responsabilités de chacun, semble-t’il, qui ne sont plus contestées, sauf par Fofana ( il nie toujours le meurtre). Les dépositions – très complètes - des deux ex-mineurs peuvent être lues à l’audience. Ils peuvent même être entendus sous conditions. Alors, pourquoi pas de procès public ? La décision qui a été prise me paraît répondre à une toute autre nécessité qu’une « bonne administration de la justice », comme on dit. @ Velveth, François Bouchard. La poignée d'extrémistes qui s'en prend à la famille d'un accusé, ou aux avocats de la défense: inadmissible, bien sûr. Mais c'est là, aussi, une conséquence du huis clos. Dans une audience publique, extrémistes ou pas, on s'asseoit, et on se tait ( sinon, on est expulsé en cinq minutes). On écoute. Si les associations antiracistes, ou la ligue des Droits de l'homme, avaient été autorisées à se constituer parties-civiles, comme elles le demandaient, la donne changeait.. C'est aussi une réponse à votre question, Fantie B. En cas d'audience publique il aurat fallu endurer les provocations de Youssef Fofana - un jour ? Deux ? - ensuite, il y avait une chance de comprendre. La réalité d'une audience n'est jamais tout à fait la même que celle d'un dossier. Désolée si tout ceci arrive en triple ou je ne sais, mais c'est très très bugs, ce matin.

Au travers des commentaires qui précèdent, on voit bien que cette tragédie multiplie les "angles d'attaque", ce qui va tout à fait en l'encontre du moindre effet d'exemplarité pour la société. Il y est, en effet, question de: 1.antisémitisme 2.racisme 3.violence, barbarie 4.fonctionnement des individus en groupe 5.particularités des banlieues 6.chantage 7.enlèvement 8.le bouc émissaire 9.Interprétation, voir "manipulation" de la Justice, Droits des mineurs 10.Respect des témoins 11.tout ce que j'ai oublié, dont les dysfonctionnements de l'enquête!

Bugs et re bugs.

à dominique conil; je crois qu'en citant les textes vous avez TOUT dit; il faut savoir qu'en matière pénale l'interprétation de la loi doit toujours être restrictive et favorable à l'inculpé ou l'accusé; c'est ce qui a été fait dans ce cas. La loi et la jurisprudence en la matière ont été totalement respectées; pourquoi aller chercher à tout prix un motif d'appartenance à une religion, que ce soit celle de l'accusé ou celle de la victime, pour critiquer une telle décision vis à vis de l'application de la loi par les juges; de par la Constitution la France est un pays laïc et les juges n'ont pas à tenir compte de ces problèmes religieux; c'est en faisant ce genre de critiques qu'on exacerbe les passions et qu'on renforce le communautarisme!

Je précise mon intervention: même si, en application de la loi, la religion est prise en considération dans les chefs d'inculpation, cette même religion ne peut s'interposer à l'application de cette même loi dans le problème du huis clos; ce sont deux choses totalement différentes. Evidemment on comprend pourquoi certains avocats préféreraient les débats publics, mais cela n'a rien à voir avec le droit et l'application de la loi.

Merci de confirmer ma vision de ce drame: la confusion venant de la multiplicités des approches. Et on n'en a pas fini, tant cette confusion favorise les commentaires en tous sens. Pauvre Justice!

Chère Dominique, permettez-moi de ne pas épouser votre point de vue, au-delà de l'immense talent avec lequel vous le défendez. Sincèrement, je ne crois pas qu'il faille voir dans le huis clos du procès Fofana une manœuvre de l'ombre, une volonté inavouable de réduire cette affaire au silence. En tout cas, pas forcément. Bien sûr, n'importe quelle pensée citoyenne imposerait de réclamer la publicité des débats, la transparence. Mais il se trouve qu'il y a des mineurs dans le dossier et que la loi impose le huis clos. Vous dites qu'il aurait suffit, comme c'est la règle, de disjoindre le cas des mineurs au moment des faits pour éviter cet écueil. Or, ce n'est pas la règle. N'importe quel magistrat vous le dira. Un minuscule témoignage: dans mon ancienne vie de journaliste localier à Lyon, j'ai le souvenir du procès d'une «tournante» dans lequel figuraient des mineurs et des majeurs ; aucun des cas n'a été disjoint des autres. Dans l'affaire qui nous intéresse, n'aurait-il pas paru aberrant de disjoindre le cas des mineurs de celui du principal accusé quand on sait que parmi ces mineurs se trouve «l'appât» ? Comment juger cette affaire sans juger toute la chaîne du piège qui a été tendu à Ilan Halimi ? Aussi, est-ce que le huis clos va empêcher la cour de se pencher sur les dysfonctionnements de l'enquête policière ? Ce n'est pas sûr. En l'état, rien ne nous permet de pencher pour une thèse plutôt que pour une autre. Attendons, au lieu de pré-juger. Enfin, vu l'attitude déplorable de Fofana, j'ai tendance à penser que le huis clos, tout médiatique que soit l'affaire, est une bonne chose. La publicité des débats donnerait un écho à sa bêtise manifeste dont je me passe volontiers. Bien à vous, Fabrice Arfi

Cher Fabrice, ( et désolée d'ainsi multiplier les interventions, les bugs particulièrement coriaces d'aujourd'hui n'aidant pas). Non, aucune manoeuvre de l'ombre, pas de complot! Je n'ai d'ailleurs pas évoqué la Chancellerie, qui pourtant devait suivre une affaire de cette importance: ce n'est pas l'essentiel. Une option de procédure retenue, que je perçois comme une stratégie d'évitement. Loin de moi l'idée de vouloir faire comparaitre publiquement des ex-mineurs qui ont fait savoir qu'ils ne le souhaitaient pas. A propos du choix le plus fréquent ( faire passer les majeurs en cours d'assises des mineurs, à huis clos, ou bien disjoindre et organiser deux procès, j'ai cherché s'il existait des statistiques en la matière, sans en trouver. Vous m'évoquez un procès de tournante, avec tout le monde à huis clos. Dans un procès, à Bobigny, d'une tournante également, j'ai pu suivre l'inverse ( et même dans le cadre d'un reportage, assister à l'audience à huis clos à condition de n'en rien rapporter). Et pourtant, entre certains majeurs et certains mineurs, c'était une question de semaines. Mais les magistrats avaient préféré juger à part les plus jeunes, afin qu'ils ne soient pas tenté de "frimer" devant leurs aînés, et l'audience leur a donné raison je crois. Ici, la situation de l'"appât", me dites-vous, rend sa présence nécessaire à l'audience. Dépositions, audition possible ( à huis clos): on pouvait faire autrement. Tel est d'ailleurs l'avis de Me Dominique Attias, son avocate, qui pourtant, à titre personnel, préférait le huis clos général. Tel est peut-être le sentiment de la présidente de la cour d'assises Nadia Ajjia, qui le 4 avril dernier a disjoint le cas de la 28ème accusée, laquelle sera jugée plus tard. En ce qui concerne l'échec de l'enquête, il en sera forcément question. Mais le fait que la vice procureur du TGI qui a tenu la barre pendant.. un peu longtemps ( juge d'instruction désigné très tardivement) ne soit pas prévue à l'audience, un peu dommage, non ? Mais l'essentiel - même si c'est important pour la faille Halimi, certainement - n'est pas là je crois. Il ne s'agit pas d'une tournante, hélas, banale. Il s'agit d'un crime qui a profondément marqué les esprits, à commencer par le mien. D'un de ces divers qu'on dit "emblématique". Emblématique de la France, je ne le crois pas. Mais révélateur de courants qui traversent notre société, sans doute. Libération ( Patricia Tourancheau) parle d'"escamotage" et souligne que le Parquet aurait pu disjoindre. La justice est rendue au nom du peuple français, et c'est pourquoi ledit peuple peut y assister. Je crois, comme le dit Fantie plus haut, qu'on avait quelque chose à apprendre, comprendre, appréhender. Même si pour cela il faut endurer deux-trois jours l'inintéressante esbrouffe de Youssef Fofana. Dans un procès prévu pour durer jusqu'au 10 juillet, nous aurions eu, je crois, l'occasion d'entendre bien autre chose.

Ne mélangez-vous pas deux aspects ? Le huis clos, ici, à savoir la décision qui a été prise de ne pas juger en public les 25 majeurs de l'affaire et à huis clos les deux mineurs - comme c'est le plus fréquent - n'est aucunement en faveur, ou en défaveur, des accusés. Elle est nettement en défaveur du débat public.. Les circonstances aggravantes retenues pour une partie des accusés n'ont rien à voir là dedans. Pardon de radoter mais il semble que: d'une part la justice ( qui a un petit peu oublié de l'appliquer, le droit, au début de l'affaire, en ne désignant que très tardivement un juge d'instruction) n'a guère envie qu'on décortique l'enquête, qui a échouée; d'autre part redoute un débat public. Or, en droit français, la publicité des débats est la règle: c'est à la fois une garantie, et tout citoyen ( en théorie, vu le nombre de places) peut y assister. "Certains avocats préfèreraient des débats publics mais cela n'a rien à voir avec le droit et l'application de la loi": ben, si, tout à voir. Une demande de disjonction était possible. Il y a d'ailleurs un précédent, différent mais semblable dans l'option retenue. En 2006, la cour d'assises des mineurs de Bastia a jugé à huis clos les auteurs d'une série d'agressions contre des maghrébins. Tous majeurs, sauf un. Tout le monde à huis clos: là encore, on avait le sentiment que le débat public n'était pas souhaité ( pour des raisons différentes, en Corse). Vous voyez, lorsque je lis certains commentaires, des gens qui s'interrogent pour savoir si c'est antisémite, ou pas, lorsque je lis dans un article de Bakchich info que l'un des accusés n'ayant antérieurement qu'"une seule" agression antisémite on ne pouvait être sûr ( combien en faut-il ?). Voilà, sur les forums, dans les articles, on va commenter, extrapoler, errer. C'est à cela qu'aurait pu remédier un procès public: appeler un chat un chat, éclairer, comprendre, et ne pas se contenter, comme c'est aujourd'hui le cas, de lire des stories, toutes puisées dans le dossier judiciaire.

Un procès en assises n'est pas un forum de discussions, c'est un endroit où l'on juge et où on est jugé par un jury populaire, ce n'est pas une place publique. Libre à vous d'organiser un large débat, où bon vous semble, sur les "erreurs" de la justice, sur ses "fautes" ou sur le fait de ne pas prendre en compte le caractère raciste d'un crime pour en fin de compte violer la loi; faites ce que bon vous semble à vous, qui que vous soyez, mais laissez la justice faire son travail en toute sérénité..... tout le temps que la loi sera respectée!

Une Cour d'Assises n'est ni un forum, ni une place publique; libre à vous d'organiser un large débat où bon vous semble avec qui vous voulez mais, SVP, laissez la justice faire sereinement son travail sans mélanger les genres

Classer, utiliser chaque goutte de sang comme chaque goutte de morbide et fermer la porte à toute réflexion. Ton billet résume bien la mécanique par laquelle l'acte barbare accouche d'un barbare, la mécanique par laquelle la volonté de terroriser la population se sert aujourd'hui aussi bien des procès que des manifestations sans dévier de son objectif. Evidemment les associations auraient posé des questions sur la société que nous habitions, sur le monde dans lequel nous vivons, évidemment un procès public est plus complexe que trois images et deux mots de TF1 ou de LCI, pas difficiles à retenir. Contrairement à ce qui se répète partout, nos dirigeants ne sont pas des pragmatiques. A mon avis, ils prennent d'abord les décisions, puis ils inventent les procédures, puis ils voient comment faire entrer les faits dans ces procédures. S'il faut un procès à huis clos, va pour le procès à huis clos.

Je n'avais pas lu ce billet.... je partage assez l'avis exprimé : "Mais qu’est-ce qu’un pays qui ne peut discuter, regarder, essayer de comprendre ce qu’il produit de pire ?"...... Je ne suis pas une spécialiste des questions de droit, mais il me semble qu'effectivement ce n'est pas une bonne chose de confisquer le côté public de cette affaire, qui nous concerne tous.
Je comprends que l'on redoute le debat public, mais faut il toujours jouer des stratégies d'évitement. Cela me rappelle la discussion que jai eu récemment avec une amie professeur d'allemand qui me disait : "traiter un sujet lié à Hitler ou aux juifs, sûrement pas, je ne me sens pas de m'y risquer.., enfin si seulement je pouvais travailler ça avec un prof d'histoire, et encore....".. Je me dis que sûrement en parler, rendre public un procès de ce type pourrait aider des professeurs à parler de ce genre de thème sans craindre de ne pas savoir tout contrôler? Nous avions eu cette conversation suite à notre visionnage du film Die Welle.... enfin, de toute les manière, cet article m'a appris une chose importante et édifiante pour moi... que la demande de la famille des victimes n'est même pas prise en compte dans un tel procès me semble incroyable. C'est, au dela du reste ce qui, peut être, me choque le plus.

Merci de cet article qui suggère toute l'horreur de cette affaire, perpétuée par le silence du huis clos. Empêcher la construction d'une mémoire collective que permettrait un procès public, c'est aussi permettre que les choses se reproduisent.

dianne « Le malaise », me dit un magistrat, « vient de cette hantise permanente, réactiver les tensions, surtout après Gaza. ... Mais qu'est-ce que Gaza vient faire là-dedans ? Il ne faudrait juger personne qui soit abrité derrière ses choix religieux ? ... Contrairement à ce que l’on a pu lire souvent, les trente personnes incriminées dans cette affaire ne sont pas quemulti-récidivistes avérés ou exclus. Si Fofana et le surnommé Craps se sont rencontrés en prison, si quelques-uns ont des itinéraires fracassés, on trouve aussi parmi eux étudiant en BTS, livreur de pizza, assistante sociale en formation, et même.. une candidate au concours d’entrée dans la police, empêchée pour cause de mise en examen. Ils s’appellent Nabil, Samir, mais aussi Fabrice, Cédric, Audrey ou Tiphaine : les voisins. On trouve justement des voisins, des parents, qui ont su. ... …gens ordinaires qui pendant trois semaines ont pu, pour tous, se taire, pour les uns assister, pour les autres, faire : brûler, frapper, affamer, tondre,rejouer Abou Ghraib avec un jeune homme de leur âge, né en banlieue, comme eux. Et juif. Ne le nommer que «l’Autre », le réduire à l’état de sous-homme, reproduisant des schémas que nous connaissons tous. ... 1938 et la suite, quoi. ... Bon sang, mais à quel rang d'abjection est descendu ce pays qui ne peut rien affronter ? Quelle lâcheté collective... Remarquons que ça ne date pas d'hier : les Vikings n'étaient que 500 au plus fort de leurs exactions et déjà les natifs foireux se planquaient sous leur tas de blé pour ne pas leur livrer bataille... Une nation de pleutres qui fait tout pour "ne pas voir". ... Quelques lueurs occasionnelles enflammant les esprits (droits de l'homme, etc... déjà, pas les droits humains, les "bonnes femmes" à la trappe) et lui taillant une réputation usurpée (terre d'asile vs RESF) ne parviendront pas à justifier un océan de renoncements et de couardise. Ne nous trompons pas, cette affaire est aussi symptomatique que bouleversante : la masse des français moyens est une dangereuse machine à produire de la violence facile, faute de produire de la rebellion utile. C'est le propre des lâches.

moi, j'ai un truc qu'à rien à voir mais semblerait que y ait un temps pour la continuite des idées : donc : limonov, je cite : Publié le 21 décembre 2003 par REFLExes Le 29 novembre 2003, le dirigeant poête des nationaux-bolchévique Edouard Limonov dédicacait son dernier livre L’autre Russie non pas dans quelques obscures sous-sols d’une librairie d’extrême-droite mais au cinquième salon Non-fiction, un salon du livre qui draîne des dizaines de milliers de visiteur chaque années. Sur le stand d’un de ses nombreux éditeurs, la maison d’édition provocatrice Ultracultura d’Alexandre Kasyanenko, Edouard Limonov sorti de prison au printemps 2003, entouré de quatre gros bras, accueillait ses lecteurs, de la midinette émamourée à la dame d’âge mur qui l’imaginait plus vieux. Ultracultura n’en est pas à son coups d’essai puisqu’elle avait publié un livre témoignage d’un skinhead russe qui montrait les complicités entre les boneheads et la police de Moscou. Le tirage de 5000 exemplaires avait été épuisé en quelques jours. L’éditeur avait expliqué au quotidien français Le Monde en octobre 2003 qu’il n’avait pas voulu rééditer cet ouvrage après qu’il ait reçu de nombreuses lettres de soutien aux skinheads. Cela ne l’a pas empêché de publier le livre du facho le plus célèbre de Russie. Le plus inquietant dans cet affaire est l’absence de réactions des autres éditeurs ou même des organisateurs du salon qui ont placé Limonov à côté d’une maison d’éditions de livres sur le judaïsme. Les livres nationalistes n’étaient pas majoritaires dans ce salon mais on en trouvait même dans des endroits inattendus comme sur le stand de l’ambassade de France qui exposait la traduction russe du Socialisme fasciste de Pierre Drieu La Rochelle, écrivain fasciste. En effet cet ouvrage nauséabond, publié en 1934 par les éditions Gallimard a bénéficié en 2001 d’une aide à la traduction du gouvernement français dans le cadre du programme Pouchkine...Fâcheux - pour la longueur, et la clarté

Excusez-moi, mais je crois que votre intervention trouverait toute sa place sur le billet précédent ( Limonov), plutôt que sur celui concernant Ilan Halimi, et le procès à huis clos. A part ça, il n'est pas si inintéressant de relire l'essai de Drieu la Rochelle, Socialisme fasciste, où il se réclame de Fourier ou Proudhon: on apprend des idées perverties.

On ne saura rien par "Mediapart", mais une journaliste du "Nouvel Obs" parvient à couvrir le procès sur son blog, malgré le huis-clos. Attention, c'est assez insoutenable : http://elsa-vigoureux.blogs.nouvelobs.com/

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Les organisations juives ( à savoir, en fait CRIF, Bureau de vigilance) ect... s'indignent et entendent manifester place Vendôme pour obtenir un procès en appel. Car si sans surprise Youssouf Fofana a écopé d'une peine très lourde, perpétuité assortie de 22 ans de période de sûreté ( et il est sûr, lui, de tomber sous le coup de la loi de rétention sarkozyenne), si les deux principaux complices ont écopé de 15 et 18 ans de réclusion, l'arrêt de la cour d'assises - donc le vote des jurés - a sanctionné moins lourdement, très légèrement en deçà des réquisitions, les complices du deuxième cercle. Et les voici qui exigent.... un procès public . Les as-t'on entendus, avant, sur ce point ? Jamais. Le huis clos leur paraissait-il la garantie de sanctions exemplaires ? Furent-ils choqués par le fait que, après un faits-divers terrible et révélateur, on opte ( ce n'était pas obligé) pour le jugement sans regard extérieur ? Non. Faux d'ailleurs: un blog du Nel obs rend compte depuis des semaines - seconde main, juste les faits, soit l'antithèse de la chronique judiciaire - du procès au jour le jour, nourri par des notes d'avocat. Sans réaction, d'ailleurs, de la justice... Mais voilà, le résultat est trop indulgent pour les seconds couteaux. La manif place Vendôme, c'est en fait pour bousculer Philippe Bilger, avocat général, qui a salué, lui, un verdict équilibré. Que le Parquet fasse appel. Affaire à suivre... Or, les peines ne sont pas légères. Elles ne sont pas écrasantes: nuance, et nuance que je salue. On n'a pas fait de lot. Par contre, en effet, toute vertu éclairante, pédagogique, de ce procès, a été mise sous le boisseau.D'où, peut-être, l'incompréhension de certains ? Ci-dessous, la dépêche AFP du jour: "Comme l'avocat de la famille Halimi dès l'énoncé de la décision des juges, vendredi soir après deux mois et demi de procès à huis clos, le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) a réclamé dimanche l'intervention de la garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie pour obtenir un appel. Le BNVCA, rejoignant le comité "Justice pour Ilan", a précisé qu'il appelait à manifester lundi vers 19H00 devant le ministère, Place Vendôme. S'exprimant dès la fin du shabbat samedi soir, le Conseil représentatif des Institutions Juives de France (Crif) a implicitement souhaité que l'affaire revienne devant la justice, déclarant "espérer que, s?il y a appel, la législation permettra à ce nouveau procès d?être public". "Le Crif est inquiet, comme l'est la communauté juive de France", a ajouté l'organisation, tandis que l'Union des étudiants juifs de France s'est déclarée "choquée par la nature des condamnations des membres du +gang des barbares+". A l'unisson ces organisations visent, non pas la condamnation de Youssouf Fofana, le chef autoproclamé des "barbares" qui a sans surprise écopé de la peine maximale, la prison à vie assortie de 22 ans de sûreté, mais celles infligées aux principaux complices du rapt et de la séquestration d'Ilan. Outre Fofana, qui a reconnu avoir porté seul les coups fatals, 26 personnes - dont deux n'avaient pas 18 ans à l'époque des faits - ont comparu aux assises des mineurs et les condamnations s'échelonnent de six mois de prison avec sursis jusqu'à 18 ans de réclusion, sans compter deux acquittements. Samir Aït Abdelmalek et Jean-Christophe Soumbou, considérés comme les complices les plus actifs, ont écopé de 15 et 18 ans de réclusion là où l'avocat général avait réclamé 20 ans pour chacun. La jeune fille "appât" qui avait attiré Ilan dans le piège en le séduisant a été condamnée à neuf ans de prison, contre 10 à 12 ans requis, une peine jugée "dérisoire" par le BNVCA. Globalement pour la majorité des complices, les condamnations sont en deçà des peines requises, mais le plus souvent très légèrement. Plusieurs avocats de la défense et même l'avocat général Philippe Bilger, chose rare, ont d'ailleurs salué un verdict "équilibré" voire "exemplaire" car tenant compte à la fois de la gravité des faits et des personnalités de chacun. "Même en ayant accompli le pire dans les conditions que j'ai dites", les complices "devaient être traités comme les êtres humains qu'ils sont", a déclaré M. Bilger samedi sur France Info. "La cour d'assises n'a pas occulté le caractère singulier de chacun (...) c'est une justice exemplaire", a-t-il estimé. Pas toujours d'accord avec Philippe Bilger, mais là, il a vraiment raison.

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On serait en droit de s'étonner que les organisations juives, qui veulent apparemment de la vraie répression, n'aient pas vigoureusement protesté contre le verdict clément dont ont bénéficié les miliciens sionistes présumés qui ont dévasté une librairie la semaine dernière : jugés en comparution immédiate, procédure dont l'étape suivante est d'habitude l'incarcération, sous le coup de réquisitions du parquet demandant des peines de prison ferme, ils n'ont été condamnés qu'à 4 mois de prison avec sursis. Peut-être ne sont-elles pas au courant ?

Beber, vous faites évidemment la différence entre détruire une librairie - ce qui, d'accord, fait un drôle de truc au creux du ventre - et enlever, torturer, séquestrer et assassiner un jeune homme dont le tort unique est d'être juif ? Il n'y a pas à demander aggravation des peines: elles sont là, les peines. Il y a choix, pour les jurés.Ils ont écouté, ils ont appris, ils ont débattu, ils ont prononcé des peines. Celles-ci ne satisfont pas certaines associations qui pensaient, peut-être, que le huis-clos conduirait à la plus extrême sévérité. Que l'avocat général, Phlippe Bilger en l'occurrence, épouserait leurs désirs. Il y a une chose qu'on ne peut reprocher à Bilger: ne pas regarder qui sont les accusés, quel est leur parcours. Mais, et c'est la seule chose que je souligne: si ce procès avait eu lieu publiquement ( aux deux ex-mineurs près), peut-être l'arrêt serait-il mieux compris et accepté par ceux-là même qui le contestent aujourd'hui. Pas sûr, d'accord.

On est face à des gens complètement autistes, je doute énormément qu'un procès public les aurait amenés à accepter que les accusés soient jugés comme n'importe quels autres accusés, pour ce qu'ils ont fait et pas pour expier tous les problèmes actuels des juifs de France...sauf évidemment s'ils avaient tous pris perpet.

Pas d'accord. Autistes, en partie, oui. Hypocrites ajouterais-je pour certains.Mais après avoir assisté à certains renversements, à certaines interrogations, troubles, etc.. lors d'audiences publiques, au moins on laisse une chance au procès. Car il est rare que l'avocat général se retrouve sur la sellette pour ne pas envisager d'appel du Parquet. L'arrêt fait râler, mais ne provoque pas une manifestation de gens qui n'ont assisté à rien.

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Sur la disjonction je comprends votre point de vue, mais dans les deux mineurs il y avait "Emma", la rabatteuse. La partie civile l'a présentée comme étant "la mort qui entre dans le magasin d'Ilan Halimi", alors que sauf erreur de ma part elle ne pensait pas à ce moment là participer à autre chose qu'une séquestration à but crapuleux. Pouvait-on se passer de "la mort" dans ce procès ? Quels auraient été les inconvénients ? Il nous faudrait des praticiens des cours d'assises pour nous le dire (ou à défaut poser la question à tout hasard à Philippe Bilger).

Les praticiens étaient là, tout de même: présidente de la cour d'assises, avocat général, avocats de la défense, de la partie civile. Ont manqué les "observateurs". Vous vous demandez si on pouvait se passer d'"Emma" ? Mineure, rabatteuse, suicidaire depuis, etc: je n'ai pas la réponse. Peut-être que oui; peut-être était-il plus important de comprendre comment - 25,26 , j'ai perdu le compte de Fabrice Lhomme - personnes pouvaient enlever ( deux trois ), torturer ( pas mal de monde), séquestrer ( idem), assassiner (un), un jeune vendeur de portables parce qu'il était juif , point. La question a été posée à Phillipe Bilger, mais mal posée peut être. Bien sûr, en droit, il est possible de fermer les écoutilles il était possible, aussi, de dissocier. Aujourd'hui, l'avocat général se retrouve obligé de s'expliquer publiquement pour défendre un arrêt des jurés ? Avec manif place Vendôme ? Eh bien, au bout du compte, il me semble qu'un procès public n'aurait peut-être pas tout éclairé - quel procès le fait ? -demandez à Bilger, pour le coup, mais évité, peut-être un enkystement, désormais à la merci des uns des autres: pas question de justice, mais de surface médiatique.

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