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Rue Petit, incidence, on y pense, on y pense

pali_in_buttes_chaumont.jpgLa rue Petit, j’habite tout près. La rue Petit n’est pas très jolie. La rue Petit, contrairement à nombre de ses habitants, manque cruellement de signes distinctifs. Autrefois elle s’appelait chemin du Dépotoir, il y a quand même du progrès.

« La rue Petit, son ennui et ses bandes », titre un article du Monde. N’exagérons pas, on est en plein Paris, à cent mètres des abords huppés du Parc des Buttes Chaumont. Mais dans cette histoire, les mots sont traîtres et les silences redoutables, les clichés têtus.

 

En dépit de son architecture parfois déprimante, j’aime le 19ème.Dans un Paris de plus en plus Botox , qui a du mal à sourire, nous voilà depuis dix ans dans l’un des tous derniers carrés mélangés de la capitale. Pas pour longtemps, sans doute, après, on va tous passer au delà le périph’. Pour l’heure, j’aime. Là, à deux pas de ces Buttes Chaumont où certains matins vous possédez Paris du regard, seule au sommet d’une pelouse en pente raide, odeur de terre, rumeur urbaine sourde et nuage pollué flottant, réflecté par les blanches tours, là bas. Là, vous croisez, le temps de faire les courses, le boulanger qui vend une chorba impeccable pendant ramadan, une équipe de Loubavitch dont tous les mâles baissent les yeux ,un Russe pas nouveau du tout, deux Sri lankaises en route pour le Monoprix..

 

 

 

 

 

Ici, on à tout à portée de main, épices, mafé, tandoori ou pita fraîches de Cash-cash-casher. J’aime. On a MK2et deux bonnes librairies, une piscine sublime, dotée entre autres d’un jacuzzi tellement multi ethnique et multi confessionnel que pour y entrer, il faut surtout aimer le bain de foule.

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On a aussi : une cité sinistrée qui surplombe les ravissantes maisonnettes-jardins où le prix du mètre carré donne le vertige. On a des écoles publiques qu’Education sans frontières fréquente beaucoup, un lycée qui figure en pied de liste sur toutes les demandes d’affectation, des écoles juives confessionnelles avec barrières métalliques et vitres blindées ( alertes à la bombe régulières), et le foyer d’urgence qui ne désemplit jamais.

Et maintenant on a ceci : samedi 21 juin, Rudy H., 17 ans,est roué de coups, poings et pieds, manque être tué. Rudy H. est juif, les premières informations le présentent comme un jeune loubavitch de retour de la synagogue, agressé par un groupe de « jeunes d’origine africaine et maghrébins ». Rassemblement, titres : « battu à mort parce qu’il portait une kippa ».

Puis, de maghrébins, dans cette affaire, point.

Puis cinq mineurs en garde à vue, tous noirs. Ils ont entre 14 et 17 ans.

Gilles Bernheim,grand rabbin de Francetrès frais émoulu, dit que l’agression de ce jeune hommeest antisémite, que « c’est probable, pas certain ». On loue sa prudence ( http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/elisaaa/230608/de-l-esprit-des-lois-0) Las, le lendemain, l’ex- grand rabbin et concurrent Sitruk déboule rue Petit, bondit hors de sa Megane, clame que pas un juif en kippa ne peut se promener alentour, repart, et Gilles Bernheim revoie sa copie. Désormais, l’agression sera « notoirement antisémite ».

Entretemps, la police a distillé une info qui va changer la donne : ce Rudy H., on le connaît. Il a été interpellé quelques mois plus tôt lors d’une bagarre à la sortie d’un rassemblement de soutien aux soldats israéliens détenus par le Hezbollah. Usant de son casque de scooter comme d’une matraque, il a été mis en examen, placé sous contrôle judiciaire. Quoique n’appartenant ni au Betar, ni à la Ligue de défense juive, c’est bien à leurs côtés qu’il était en train d’en découdre.

On apprend aussi que Rudy H. ne rentrait pas de la synagogue loubavitch, qu’il ne fréquente pas.

Le 21, escarmouches à répétition dans et autour les Buttes Chaumont entre de jeunes noirs et de jeunes juifs. Surchauffe d’adolescents, mais tout de même : un coup de machette est donné, on fonce en commando pour récupérer une étoile de David perdue dans la bataille, vague histoire de scooter, on se cherche et on se trouve. Rudy H. se retrouve isolé d’ungroupe venu poursuivre la bataille avec les jeunes noirs du square de la rue Petit, ceint de hauts grillages, qui évoque assez bien les terrains de sports urbains américains.

Heureusement, une femme africaine a hurlé. Heureusement un gardien d’immeuble a éparpillé le groupe, si bien éparpillé, d’ailleurs, qu’on ne les a pas retrouvés.

Et soudain, le ton change, dans la presse. On abandonne le champ lexical de la déploration pour en retrouver un autre, bien balisé, celui de la cité. Soudain, Rudy H. n’est plus une victime satisfaisante.

Le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, annonce l’ouverture d’une information judiciaire pour tentative de meurtre . « Antisémitisme par incidence », précise-t’il. Incidence ? Accessoire ?Une sorte d’antisémitisme par la bande ?

La bande, justement, il ne va plus être question que de cela.

L’un des plus sûrs symptômes du dérapage qui guette, c’est la phrase ampoulée, la périphrase entortillée. Ainsi les cinqjeunes – désormais témoins assistés -sont « d’origine africaine », sauf un « d’origine antillaise », ai-je lu. Qu’est-ce qu’un jeune d’origine antillaise ? Un jeune qui a pris l’avion ?

Rudy encore : « Il a le profil des jeunes qui appartiennent aux bandes » ( France Info). « Rue Petit, son imposante école juive » (c’est une école de filles loubavitch), on relève que les « élèves juifs du 19 ème ont déserté l’école publique » ( commentaire de France 2). C’est totalement faux.Comment aider France 2 à repérer les juifs sans kippa ni papillotes qui vont à l’école, au collège, au lycée publics ? Un insigne au revers, peut-être ?

Tout redevient décryptable. Il s’agit de « bandes, lutte pour les territoires » ( SOS racisme, et d’autres) . Le Point publie une photo : femme voilée et floutée, longeant une voiture carbonisée, qui donne à penser que rue Petit, on slalome entre islamistes et racailles.

« Sur fond de trafic de drogue ». Entendez par là que le shit s’écoule, comme partout dans Paris. Et le shit, c’est comme le jacuzzi, très réunificateur.

Mais il y a bien eu lutte de territoires, rue Petit, et au long cours. Les deux squats, l’un relevant de la ville de Paris, avec saturnisme à tous les étages, l’autre à l’angle de la rue Hautpoul, avec pas mal d’irréguliers d’ « origine africaine ». Un jour, il faudra faire un effort : il y a quand même des pays, en Afrique.

familysPizza2.jpgLa mairie de Paris versus Delanoea assuré le relogement de tous, mais les bagarres, les descentes de police ont laissé des souvenirs. Pendant ce temps, les Loubavitch louaient les appartements disponibles pour se rapprocher de l’école. Des magasins casher ont ouvert et le bout de la rue Petit a été surnommé « Jérusalem est » par les esprits critiques, aussi nombreux que multi ethniques et multi confessionnels.

D’ordinaire, on se côtoie, on s’ignore pas mal, on râle. Les bibliothécaires parce que les mères africaines confondent la salle de lecture avec une halte garderie, d’autres parce qu’on n’a pas idée de construire des cabanes sur un balcon ( pendant la fête juive du même nom) , d’autres encore parce que des filles voilées, « il n’y a plus que ça ». On râle, de temps en temps on s’invective, plus souvent on marmonne.

Pourtant, l’agression de Rudy H. ne m’a pas surprise. Depuis 2000 , il y a eu, dans la rue, au collège, au lycée, tout un tas de petites répétitions générales.

Les écoles privées affichent complet, toutes construisent des annexes.

La demande de dérogation, en primaire, au collège, atteint des taux record.

Néanmoins, dans l’arrondissement le plus peuplé de paris, les classes sont bien pleines.

Elève maghrébin qui crie Heil Hitler chaque fois qu’il entre dans la classe d’une enseignante juive, élèves musulmans qui quittent massivement le cours d’histoire parce qu’on va y aborder la Shoah, collégiennes juives qu’on fait agenouiller en répétant « je m’excuse d’être juive », agression ici, coups là, embarras des autorités partout, de temps en temps une escarmouche derrière les bosquets du parc.

Discrètes mises à pied, ou renvois, peu de plaintes déposées, une FCPE qui demande à une mère venue parler de son fils juif agressé : « a-t’il des signes distinctifs ? », avant de conclure promptement, « il ne faut pas réactiver l’intifada ». On dit que l’école devrait, les parents devraient, la mairie devrait, la police devrait.

En vérité, personne ne sait par quel bout prendre ce communautarisme qui mêle religion, ethnie, couleur de la peau, clichés racistes et identités en souffrance.

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Les juifs ne seront plus jamais des victimes consentantes – erreur historique, au demeurant – ils se préfèrent offensifs à l’israélienne, même si les israéliens, eux, ne sont pas unanimes sur le sujet. La communauté – c'est-à-dire les institutions, prompte à stigmatiser tous ces juifs qui ne pratiquent pas, et ne pensent pas droit – se crispe dans l’attente d’un retour de manivelle, qui arrive, pas de doute.

Les noirs « d’origine africaine », se débattent avec la colonisation, l’absence d’image autre que celle liée à la couleur de leur peau.

Les maghrébins héritent eux aussi de la colonisation, du bled dont on les menace s’ils deviennent intenables, déchirés.

L’histoire de chacun et de tous, parcellisée, internetisée, réduite à des fragments mis au service d’une peur de la différence.

Est-il meilleur ennemi que le voisin immédiat ?

Les dialogues qui s’échangent, sur les trottoirs, sont riches de surprises.

Sortant de chez Picard, congelés en bout de bras, je tombe sur une vive conversation entre quatre jeunes noirs.

« Les juifs, on les expulse jamais », dit l’un.

« Tu parles, le président il est juif », corrige l’autre.

Si j’interviens, adieu congelés. Avec tout le mal que Sarkozy s’est donné pour rafler le vote lepeniste en n’évoquant que la Hongrie paternelle. Dans le 19 ème, on entend ce qu’on entend. Et faire entendre ce qu’est une politique de droite prend du temps, si on inclut la diaspora.

Mardi dernier, lors de la dernière réunion de quartier, le directeur de l’école Loubavitch de la rue Petit est venu. Il vient toujours. « Il est le seul », souffle un membre de l’association .

Le rabbin Samama, Loubavitch, synagogue de la rue Petit, dit que ces histoires de territoires, il n’y croit pas. Qu’il serait temps que les gens se parlent. Il a raison, et du boulot en perspective : les Loubavitch ne sont pas les gens les plus liants de la terre, vu à hauteur de quartier.

Arrivant à Paris, je file donc rue Petit pour tomber sur le vide-grenier qui bat son plein. La rue est pleine, sympathique, groupe de musique, familles africaines, vieilles cassettes , fringues et artisanats d’origine incertaine pour le coup, recouvrent les trottoirs, le square, l’emplacement où Rudy H a été battu presque à mort, une semaine plus tôt. Au Bon coin, le patron raconte encore ce qu’il a vu, comme aux télés, il n’a jamais eu tant de monde.

Deux ou trois juifs religieux déambulent sans hâte, c’est une traversée quasi diplomatique.

« Vous voyez, ils ne viennent pas », me dit un responsable de l’association J2P qui s’est constituée en 1997 autour des squats africains. C’est vrai. Il est vrai aussi qu’une fête un samedi, pour ces juifs très pratiquants qui vivent à cent mètres, c’est ballot. Ils n’ont ni le droit de porter d’argent, ni d’acheter.

Et ce n’est pas la seule raison, bien sûr.

Et ainsi, le 19 ème que j’aime quand même poursuit, dans le côtoiement, l’ignorance de l’autre, le regard dévié et le vocabulaire châtié, pour exploser parfois. Pour exploser sûrement, car ne pas arriver à nommer est le plus sûr chemin pour parvenir à haïr.

 

 

La video du Parisien sur le vide grenier :

http://videos.leparisien.fr/video/iLyROoafYjuS.html

 

PS: et devinez quoi ? Qui ai-je rencontré hier, en train de boucler son enquête , ses rencontres, ses interviews, pile rue Petit ? Jordan Pouille! Les joies du participatif!

 

Tous les commentaires

"Est-il meilleur ennemi que le voisin immédiat ?" Oui, Dominique, comme tu le fais si bien remarquer, les amalgames, les a priori, les phrases toutes faites et les clichés... Un grand bravo pour cet intelligent reportage au pays de chez nous !

Oui, bravo, Dominique. Je suis impressionné par la force d'évocation de ce texte, par la vérité que l'on y touche du doigt. Chez nous aussi à Mulhouse, de tels mésaventures deviennent monnaie courante, mais les origines des protagonistes étant quand même moins diverses, c'est souvent plus facile à élucider. Est-ce que ça laisse alors moins de traces? Je n'en suis pas sûr.

Moi non plus, Tonymaj..

Sur médiapart, la discussion s'ouvre ou plutôt la réflexion commence. Votre article contribue avec puissance à ce début qui ouvre une longue longue médi...tation.

Ce texte est très fort et en dit plus long que tant et tant de remue-parlotes des grands medias. "Grands" media que j'ai refusé d'écouter sur cette affaire. Chat échaudé craignant l'eau froide, je ne peux plus supporter ces commentateurs, politiques, journalistes, qui tirent des conclusions avant d'enquêter, et n'ont aucune vergogne à se déjuger ensuite s'il le faut.
Je n'aurai donc au final été informée de ce regrettable épisode que par votre texte, Dominique Conil. Du coup, j'ai eu en prime, le contexte - et non trafiqué pour faire plus vendable.
C'est bizarre comme l'effort de contextualisation rend les choses à la fois plus compréhensibles et plus complexes. Parce que la prise en compte d'un contexte exclut les solutions simplistes ?

Dominique je viens de relire ton reportage sur la rue Petit et j'ai à nouveau besoin de te dire à quel point je le trouve formidable... Et j'ai aussi envie de dire à Fantie, ci-dessus, qu'elle a finalement eu de la chance de ne découvrir cette affaire qu'à travers lui, avec tout le recul, le regard, la mise en perspective, et la contextualisation nécessaires. C'est incroyablement salutaire !

Beau texte. Belle réflexion, mais si la tolérance mutuelle se limite à une cohabitation surveillée, il y a beaucoup de soucis à se faire.

Oui, on devrait commencer se faire du souci pour les choses telles qu'elles sont, comme Dominique Conil les montre, dans ce cas. Et non pas du souci pour les choses telles qu'on voudrait qu'elles soient.

Moi je me dis que justement ya de l'espoir, de l'envie de se battre pour faire vivre ce beau quartier du XIXè, coeur du Paris populaire et métissé, c'est là que se vit la France, au milieu de toutes ces rencontres, ces cohabitations, ces exclusions, ces rapports de force beaucoup plus profonds que les mots des journalistes pressés. Merci aussi Dominique pour ce long texte dont on demanderait la suite! (à bon entendeuse...)

Je reviens sur le site vraiment sur le tard, après tant de commentaires. Je partage à la fois les sentiments de Fantie B et Gwenael Glâtre. En croisant les couples "Romeo et juliette" venus de lieux et cultures divers, je me dis que le temps, et la vie, font beaucoup. Mais en ce moment, c'st quand même le souci qui l'emporte.

kairos Pour le moment, les faits échappent... A la place d'un réel insaisissable, sinon sous l'aspect de l'abîme qu'ouvre le corps supplicié, les projections imaginaires s'exposent? les mêmes qui portent la haine?

Texte magnifique. Votre description est saisissante - elle vous saisit, vous déplace, vous renverse, on ne sait plus de quel côté être en colère, on dirait un Fritz Lang. La manière dont vous superposez les hésitations médiatiques et les enchevêtrements de la réalité donne le vertige. Et aussi : "Un jour, il faudra faire un effort : il y a quand même des pays, en Afrique." Je me joins à ce souhait...

C'est comme "d'origine antillaise"... Dirait-on "d'origine auvergnate" ou "d'origine angevine" ? C'est à pleurer d'inculture, d'approximation et de xénophobie primaires

" Un jour, il faudra faire un effort : il y a quand même des pays, en Afrique." Cette phrase, je la retiendrai ! ça devrait être le mot d'ordre de tout ceux qui cherchent une réplique au mot "africain". De par nos gênes, nous avons des milliers, des milliards de différences dans nos organismes biologiques. De par nos cultures respectives, enchevêtrées avec nos éducations familiales, sociales etc., nous avons des milliers de "traits" de personnalité différents. Plongé dans cette complexité qui fait que chaque être humain est différent d'un autre, le racisme ne se fatigue pas : il prend UN seul trait ! La couleur de la peau par exemple. Une coiffure. Mais enfin ??
On dirait que nous vivons dans une société de petits enfants, qui, - n'ayant pas eu de réponses à leurs questions naturelles : Pourquoi la dame elle est toute noire ? Pourquoi le monsieur il a un truc rond sur la tête? (etc.) -n'ont pas eu l'occasion ensuite de de réfléchir sur le sujet.

Je dirais même plus: "Un jour, il faudra faire un effort : il ont quand même un pays les croyants", voire un quartier, mais sûrement pas qu'une religion. A tous ces pseudo apatrides (juifs, musulmans, banlieusards, gars des cités, africains, etc...), oubliés de l'inconscient collectif hexagonal, je tire mon chapeau. Au fait, qui se souvient du 3 octobre 1980, suite à l'attentat de la rue Copernic, de l'antisémite Premier ministre Raymond Barre, quand il a déclaré "Cet attentat odieux qui voulait frapper les Juifs se trouvant dans cette synagogue et qui a frappé des Français innocents". (remplacer "juifs" par "africains", "musulmans", etc...)

Merci pour cet article sensible qui parle de chez moi, du Paris que je connais et dans lequel je me reconnais, qui me paraît si souvent plein d'étrangeté et d'exotisme quand il fait la une des journaux.

Mon premier commentaire sur ce site sera donc pour cet article que je trouve d'une incroyable justesse tant sur la forme que sur le fond. Enfin un éclairage objectif et pertinent sur une affaire bien malmenée dans les médias. Si seulement les journalistes "de la grande presse" comme ils aiment à s'en vanter, avaient encore cette notion de "terrain"... Si au lieu de répéter tels des perroquets enrhumés les "ont dit" de ceux que le scandale électrisent, et qui, plutôt que de chercher à comprendre veulent avant tout que les choses se plient à leur propre entendemment, nous aurions alors des articles de qualité, comme le vôtre. Merci !

Bienvenue, en tout cas! Mais ce n'est pas un article, juste un blog. Ca laisse des libertés au "je".

J'avais l'impression que cette "ville de près de 200.000 habitants" un peu atypique qu'est le XIXème était jusqu'à présent un peu trop ignorée par les media, en tout cas pour ce qu'elle a de particulier et dont il est question dans cet article fort intéressant et joliment écrit. Habitant au bord du canal et face à une école juive (loubavitch ? je ne sais pas), elle-même entourée de pas mal de résidents juifs, mais pas seulement, je voudrais juste faire part de mon observation de la situation actuelle. Depuis quelques jours, mais comme l'an dernier en pire, le trottoir de ladite école (qui dessert également une institution culturelle/cultuelle juive et une garderie) est occupée bruyamment et en pleine nuit par une dizaine de noirs qui doivent habiter le quartier. Ce que je dis n'est pas précis, mais je pense que la raison de cette présence provocatrice est confusément une forme d'occupation doucement agressive : je suis réveillé chaque nuit, bien que ça ne se déroule pas sous ma fenêtre, ce doit être bien pire sur le quai d'en face, mais il n'y pas d'altercation ni d'agression vis à vis des passants, rien qu'une présence très bruyante. Le jour le trottoir est "juif", la nuit il est à nous et personne ne vient nous en déloger, voilà ce que semblent dire ces jeunes noirs. Effectivement personne ne moufte en face. Soit ils ont vraiment le sommeil plombé, soit ils n'osent rien faire. Pour ma part, dès que j'ai le temps j'irai porter plainte, mais comme déjà aucune voiture de police n'y passe le jour en dehors des fêtes juives, je ne vois pas qui va faire ce minimum de "médiation". Moi je n'ai pas envie d'y aller la nuit au risque de passer pour "juif" et ma fille blondinette ira en école privée catho plutôt que de risquer là aussi l'amalgame. Si ce malheureux événement peut servir de coup de projecteur... Hélas je crains que la politique de droite qui porte entre autre sur les budgets de l'éducation et du social va faire du monde à tout le monde ici. . Chris . PS : cecie est mon premier post, j'aurais aimé l'aérer un peu plus, mais cela semble difficile à faire !

Je vous souhaite la bienvenue Chris et merci d'avoir produit ce témoignage ici. Pourtant, permettez-moi l'étonnement quand je vous lis. Vous avez suivi le déroulement du texte de Dominique Conil, avez apprécié, senti qu'elle nous parlait d'une réalité que vous connaissiez de près, et pourtant... J'ai peur que vous ne retombiez dans les ornières que nous voudrions ici combler. Je vous invite à sortir la nuit, mon cher, et côtoyer du noir, comme du jaune, comme du vert, du bleu, du rouge et même du blanc, s'il y en a.
Vous verrez que Paris est une belle ville de nuit, Ville-Lumière parce que d'abord elle vit la nuit, même, au pied de la chandelle. Ce qu'a essayé de faire Dominique Conil, à mon humble avis, c'est de dépeindre un quartier, dans son entier et dans son unité. Il n'y a pas les autres d'en face, ceux-là, ceux qu'on ne voit pas ou dont on n'est pas, mais un quartier qui vit ensemble, bien qu'il puisse s'ignorer. Ce pourquoi nous pouvons lutter et nous émouvoir ici, c'est l'ignorance de chacun envers l'autre.
Casser les barrières, les distinctions, les a priori, les peurs, les préjugés. Allez les rencontrer ces mauvais jeunes, une bonne fois pour toutes, prendre le verre avec eux, en terrasse, le luxe! Et parlez de la vie, vous verrez qu'ils parleront du même monde que vous, depuis une autre position, c'est tout. Mais le quartier est le même, vous ne pouvez pas vous ignorer, ces "noirs bruyants" sont comme des pots de fleur publics, ils sont installés, au même endroit, font partie du décor: la seule différence, c'est qu'ils parlent, communiquent et construisent un discours qui inclut leur position de "pots de fleur" dans un environnement social, une société.
Ecoutez peut-être mieux ce qu'ils disent, ce qu'ils chantent quand ils chantent trop fort, vous retrouverez peut-être des airs, des parfums, des sensations qui sont vôtres. Ne parlons pas de "communautés" mais de distinctions sociales. Ou parlons de "la" communauté du XIXè et comment des groupes se forment "en" communautés et se différencient dans l'opposition ou la ressemblance à l'autre. Merci en tout cas pour ce commentaire, Chris, que j'ai pu critiquer mais que je respecte énormément en tant que tous nos malaises, toutes nos interrogations, nos individualités quotidiennes y sont révélés. A bientôt! Gwénael

D'accord, Gwenaël, mais il faut aussi pouvoir dormir ! Parfois c'est aussi simple que ça. (;) Clin d'oeil pour les habitants de Rennes, place ste Anne etc ... Boules Quiès indispensables !) Si je n'arrive pas à dormir, je m'en fiche de la couleur de ceux qui braillent la nuit (où tous les chats sont gris). Et même, de la beauté de leur possible culture !

Je suis d'accord Fantie, et pour le clin d'oeil et pour votre conclusion somatique, mais je critiquais la réaction apportée ou la posture de Chris. Pas radicalement, c'est énervant de ne pas pouvoir dormir, mais il sent bien dans son discours qu'il y a un jeu qui s'installe entre "ceux qui se lèvent tôt" et "ceux qui se lèvent tard", entre ces deux communautés qu'on finirait par réduire entre "juifs" et "noirs". Entre les deux, le gris, justement cette relation que nous devons redécouvrir, cette possibilité de parler et de dire "tais-toi" quand il le faut. Il n'y a pas de relation miracle et la peur est souvent légitime, il faut pourtant la remettre en contexte et la "neutraliser". Pour l'antisémitisme dont parle Alexy, si nous remettions tout sur la table, nos milliers d'années de cohabitations religionnaires et comment ça fonctionne aujourd'hui, nous pourrions plus facilement détruire l'antisémitisme et voir que derrière ce mot qu'on utilise à foison (parce que toute notre société s'est bâtie sur ce tabou) nous pourrions désenclencher les réflexes "antisémites" qui réapparaissent un peu partout et revenir à l'essentiel. Et que le retour d'une mairie de droite, comme on appelle au retour de la matraque salvatrice, n'est jamais la bonne solution...

Bonjour et merci pour l'accueil. Petite précision : les "provocations nocturnes" que j'avais évoqué dans mon commentaire se sont en fait arrêtées. Je ne sais pas si ces jeunes partent en vacances ou s'ils ont changé de coin, mais ils ne me dérangent plus. Effectivement, en général ça ne dure pas longtemps, entre la fin des cours et le début des vacances. Je ne ferai pas plus de commentaires, ce serait de la simple supposition et de la pure opinion qui n'est pas intéressante. Je reviens sur le commentaire de Gwénaël : j'apprécie beaucoup le cosmopolitisme parisien, mais je n'apprécie pas l'incivilité. D'ailleurs un peu difficile de l'apprécier quand on la subit. Il n'était pas question de chants, jamais dans le cas de ma petite bande, juste une manière bruyante de débiter des insanités (pour moi) en mode de dialogue normal. Bref du"parler banilieue" - sic - un peu mégaphoné. Ceci dit ce ne sont pas les seul à être bruyants et comme en général je ne me lève pas je ne parlerai pas des autres (qui chantent parfois, sous l'effet d'euphorisants qui vont du football à l'alcool, pour ne parler que des drogues légales).

La sensibilité de votre texte, Dominique, ces petites touches qui font mouche, ont déjà touché les auteurs des commentaires précédents comme il me touche. J'admire que vous ayez pris le temps d'observer tout cela, de retranscrire très subtilement toutes ces observations. J'habite aussi le 19ème, un peu plus haut que la rue Petit. Au bout de ma rue, il y a quelques semaines, une femme a été assassinée pour quelques euros qu'elle venait de tirer d'un distributeur. Il était 16h. Des passants ont eu le courage de courser celui qui venait de donner le coup de couteau fatal, il a juste eu le temps de sauter dans un autobus. J'ai lu cette nouvelle dans le journal avant d'apprendre que c'était ma voisine, on parlait d'une personne âgée, elle n'avait en rien l'apparence d'une femme âgée même si elle approchait de la soixantaine. J'ai appris son prénom que je ne connaissais pas. En voyant les couronnes de fleurs envoyées par ses amis le jour de l'enterrement, j'ai appris quel sport elle pratiquait, le golf. Des actes violents surgissent et surgiront, ici ou là. Celui-ci était le fait d'un individu isolé. Celui de la rue Petit, d'une poignée de jeunes, stimulés par un petit groupe et des antagonismes exacerbés pour se donner l'impression d'exister ? En comédie musicale, c'est tragique, mais superbe (West Side Story - ça n'a pas vieilli) ; à côté de chez soi, c'est l'irruption de la violence sans crier gare, la peur et la défiance, et la vie qui reprend son cours.

Il me semble qu'on ne peut pas laisser le communautarisme et le débat qu'il suscite légitimement, masquer l'antisémitisme. Les juifs contre les noirs, c'est une lecture possible mais pas exclusive. * ChrisM635 dit ne pas vouloir passer pour "juif", ni que sa fille soit amalgamée. C'est une lecture différente et tout à fait pertinente du problème .

Gwenaël a raison de souhaiter la bienvenue au nouveau venu. J'aurais dû le faire pour ChrisM635. Bienvenue donc Cher ChrisM635 * Le dix neuvième arrondissement. Le dix neuvième siècle. Aucun quartier de Paris n'est plus signifiant. C'est dommage que D. Conil est mis une photo du parc avec un chien. Que fait un chien dans ce débat puisque tout est débat, tout fait sens. Que fait ce chien quand il est question des noirs et des juifs? Le billet est l'ouverture au sens de l'ouverture d'un opéra. De quel opéra s'agit-il? De quel vieille musique parlons nous? Qui va mourir? * Je crois qu'on voudrais bien que la question de l'antisémitisme ne soit pas posée. Pourtant elle l'est. Je crois que l'on voudrait bien qu'un conflit plus vaste l'emporte. Mais il est là depuis toujours jusqu'à toujours. Le nier, c'est s'en faire le complice. Je ne dis pas que les agresseurs de Rudy soient anti-juifs. Je n'en sais rien. D'ailleurs je ne parle pas des juifs du dix neuvième. Chacun à notre manière, nous en parlons comme nous parlons de nos voisins qui sont différents, surprenants. Non, nous ne parlons pas de cette communauté, ni d'une autre, nous parlons de nous-mêmes. Dès lors qu'on éprouve le besoin de dire que tel événement n'est pas un acte antisémite ou n'est probablement pas un acte antisémite, la messe est dite si je puis dire. Quelque soit la décision de justice, quelque soit notre couleur de peau, quelque soit notre peau, notre mémoire collective ne nous trompe pas, c'est bien d'antisémitisme qu'il s'agit. L'actualité réveille la question (pas la question juive, termes odieux, la question de l'antisémitisme). Vouloir la baigner dans l'exotisme communautaire, dans la richesse de la diversité comme il est communément admis de dire aujourd'hui, ne change rien à l'Affaire. Il faut aussi accepter de ne point détourner les yeux. C'est toujours le ressort de l'Affaire qui est à l'œuvre. Bien entendu, il n' y a pas qu'elle. Heureusement et loin de là. Mais il y a Elle aussi qui est là. * Peut-être que moi non plus je ne voudrais pas passer pour un juif sur le trottoir de la rue Petit, la nuit. Peut-être que je n'aurais pas eu le courage de dire ici, comme l'a fait ChrisM635, la peur d'être juif, qui sait ? Lutter contre cette absence de courage, voilà l'Affaire. Il ne s'agit pas de philosémitisme, il s'agit d'antisémitisme. Cette peur d'être juif quand on ne l'est pas, c'est la possibilité de se poser la question de celui ou celle qui l'est, fièrement ou pas, peu importe, mais c'est là qu'est le dessillement, le regard de l'Affaire. * "Heureusement, une femme africaine a hurlé. Heureusement un gardien d’immeuble a éparpillé le groupe, si bien éparpillé, d’ailleurs, qu’on ne les a pas retrouvés.Et soudain, le ton change, dans la presse. On abandonne le champ lexical de la déploration pour en retrouver un autre, bien balisé, celui de la cité. Soudain, Rudy H. n’est plus une victime satisfaisante." écrit D. Conil dans son billet. * Voilà, c'est dit et bien dit. Rudy H n'est plus une victime satisfaisante. On sort du récit médiatique pour entrer dans le récit de la vie. Et comme le dit à sa manière ChrisM635, être juif, c'est ne plus être une victime satisfaisante. Dans notre société de victime, même là où l'on pourrait attendre une certaine égalité, une certaine neutralité, et bien non, l'antisémitisme est encore à l'œuvre sous la forme de la victime qui n'est plus satisfaisante. * Il y a d'autres lectures possibles. Mais ne détournons pas le regard. Bienvenue au monde.

A nouveau en retard, deux trois jours plutot chargés, et je croyais que ce sujet n'intéresserait pas grand monde... Déjà, au moins, je suis contente de m'être trompée à ce point. Alexy, pour le chien, vous avez entièrement raison. Je vais dans ce parc avec un chien, j'ai raté l'importation d'une autre photo, collé celle-là, aussi nul que ça. Envoyez-moi un de vos fameux flous, Alexy! Bien sûr qu'il s'agit d'antisémitisme même s'il ne s'agit pas que d'antisémitisme. Larvé, gêné aux entournures pour les uns, revendiqué pour d'autres. Le christianisme et l'islam sont des religions prosélytes ( soyons les plus nombreux) le judaïsme, pas du tout: malentendu qui a traversé les siècles, "ils" sont entre eux. Malentendu qui s'étend à tous, juifs laïques compris. Et alimente l'un des arguments favoris des antisémites: ce sont les juifs eux-mêmes qui fabriquent de l'antisémitisme. Et ainsi, dans cette histoire, apparaissent en pleine lumière les Loubavitch, qui en réalité n'ont rien à y faire. Depuis une lecture précoce de Bashevis Singer, je suis toujours contente de voir les hassidim dans le coin, mais je mesure à quel point mon ravissement est culturel.. Du coup, la communauté juive apparait comme formidablement structurée, à côté d'autres communautés aux identités méconnues, voire fracassées. Surtout, je voudrais vous remercier, Chris, parce que vous dites ce que chacun voit, et vit, fait et ne fait pas, à commencer par parler ( et je me compte dans le lot). Les gamins bruyants qui occupent depuis quelques jours le trottoir ont peut-être et même surement regardé la télé, ils font du "territoire" nocturne. En toute logique - hormis la suggestion conviviale mais difficilement praticable tous les jours de Gwenaël Glâtre - ils devraient se faire hurler dessus une bonne fois et être invités à aller faire la fête un peu plus loin, les berges du canal sont vastes - mais non, silence ( ce qui m'étonne, c'est qu'il n'y ait pas eu l'habituel coup de fil au commissariat). Dans un monde normal, on ne s'aime pas tous, mais au moins on se parle, on s'engueule, on se pose des questions. Là, encore une fois, silence , ce n'est pas grave, et ça ne l'est pas en effet, et ainsi de minuscules rancoeurs s'accumulent - ils font du bruit, ils ont encore bloqué le code vendredi soir - qui toutes ne s'adressent plus à des personnes, ni même à un petit groupe de personnes, mais à une "communauté" aux contours vagues.

quelle qualité d'écriture et de regard dans l'article de Dominique. bravo c'est une tranche de vie que l'on ressent. réflexions: crier au loup ne risque t'il pas de renforcer les meutes (ce que l'on ressent dans certains commentaires) l'antisémitisme est une horreur comme tous les rejets communautaristes, mais attention de ne pas le nourrir en y mettant à toutes les sauces les actes qui doivent vus dans un contexte spécifique et isolé. les luttes de territoires par les "bandes" de jeunes existent depuis des décennies (j'ai connu et vécu cela dans les années 60) la seule différence est qu'aujourd'hui on a les médias à l'affut de tout ce qui divise!!!! conséquence des discours ambigus des politiques qui nous gouvernent depuis des années. j'habite vers Crimée depuis 6 ans, circulant à toute heure du jour et de la nuit, et jamais il ne m'a semblé être dans un climat d'insécurité -- savez vous qu'il y a plus de femmes violées dans le 16ème arrondissement que dans le 19ème.--(arrêtons de stigmatiser cet arrondissement qui est une richesse de métissage) cherchons à mettre en exergue ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous divise, la société est celle que nous faisons, il faut le vouloir.

Tout allait bien... On louait les dons d'observations, la sensibilité, l'humour, l'intelligence, la force, le style et la beauté de ce texte sur la rue Petit. Et voilà un nouveau qui arrive! Chris arrive ! Il a mal compris le texte ! Il a des insomnies pas possibles ! Et l'autre Erin qui habite le XIX et qui relate l'assassinat d'une femme... Comment faire ?

Dominique Cornil vient plus haut de me remercier. Le XIXème n'est pas le royaume des bisounours que vous rêviez, mais je pense que tous ceux qui en parlent et y habitent (l'habitent) l'aiment et aimeraient simplement un peu plus de... un peu moins de... . Ce que nous décrivons est relativement banal pour la banlieue, un peu moins pour Paris mais à le fait divers à l'origine du texte de Dominique Cornil l'est moins par certains côtés. . point . Bien sûr que les rues sont très sûres, jamais de soucis et pas de véritables bastons sur les quais, des crimes de sang il y en a partout, mais ça ne doit pas empêcher d'en parler, de comprendre et aussi un peu d'aider à mieux vivre ici. . En tout cas un grand merci aux politiciens parisiens pour avoir bien tassé dans le nord-est parisien tous ceux qu'on ne voulait pas voir dans des quartiers ayant frisé la ghettoisation. . La racaille c'est ceux qui ont créé ces problèmes, pas ceux qui les subissent. . Peuple de Paris, reconnais tes ennemis (ne serait-ce pas un slogan de la commune ?) !

Une des choses qui m'inquiètent dans le texte de Dominique Conil, et qui se retrouve dans le commentaire de Chris, ce sont des faits qui semblent devenus banals dans ce quartier ou coin de quartier , ceux qui concernent les jeunes : des jeunes se rassemblent le soir en face d'une école juive, de façon peut-être hostile ; d'autres jeunes, maghrébins ou musulmans, boycottent des cours et enseignants par anti-juivisme (excisez-moi du néologisme...) ; des élèves isolés sont humiliés parce que juifs ; des jeunes juifs se groupent en s'armant... ça m'inquiète, car il s'agit là de la jeunesse, c'est-à-dire de la société de demain. Et que les adultes autour semble désarmés ou complaisants.
De véritables enquêtes seraient nécessaires pour comprendre. Pourquoi le font-ils ? Quelles sont leurs motivations affichées ? Certains sont-ils accessibles à une discussion plus approfondie sur leur motivations?
Alors on pourrait voir s'il s'agit : 1.d'un "banal" phénomène de bandes, 2.d'une exacerbation identitaire réciproque - pour s'affirmer je m'affirme contre un autre différent, 3.ou d'antisémistisme, racisme...
Le problème que je vois c'est que 1. se complique de 2. quand les différences sont culturelles et revendiquées à l'extérieur des "bandes". (On le voit aussi aux réactions de certains adultes qui alimentent eux mêmes leurs revendications identitaires à ces faits). L'autre grave problème c'est que 2. risque de se transformer en 3. car il peut rencontrer au fur et à mesure des supports conscients et inconscients dans notre société (antisémistisme, et aussi racisme anti noir ou anti "africain", et anti maghrébin). < br> Quant aux richesses du métissage : OK, discours sympa, mais qui s'adresse à qui ? A ces jeunes ? Je préférerais qu'on s'adresse à nous, adultes, citoyens : comment on fait avec ces jeunes là, ceux que décrivent (de manière différente ?) Dominique Conil et Chris ? Quand on est parent, enseignant, ou citoyen, comment on "fait avec" eux, actuellement, et comment on pourrait faire, pour changer ?

Heureusement, Fantie B., les jeunes en question ne nous attendent pas pour explorer les joies du métissage. Et malheureusement, aussi, les avantages du repli communautaire. C'est justement le pourquoi initial de ce billet. Comme le résume impeccablement Mathieu Potte Bonneville: on ne sait plus de quel côté être en colère", des fois. Au départ, sans doute, comme une faillite de cette république dans laquelle ils ne se retrouvent pas ( et la politique sarkozyenne ne va rien arranger). Un ras-le-bol du discours sur l'égalité des chances , si peu vérifié dans les faits ( hypocrisie vite percée par les gamins. Courte histoire, à l'entrée en sixième. Deux classes dites "d'excellence", où les élèves étaient admis sur demande des parents et en fonction de leurs résultats. Question à Mohammed, le meilleur copain alors de mon fils, très bon élève: t'es dans quelle sixième ? "Sixième poubelle" Ses parents, algériens, ignoraient l'existence et le pourquoi des classes "excellence", et ses résultats scolaires n'avaient pas pesé lourd) Un manque, chacun a besoin de connaitre son histoire, que celle-ci soit transmise, ne serait-ce que pour la dépasser. Sinon, on la cherche où on peut. Il y a aussi confusion entre tolérance .. et remarquable indifférence. Politique d'un côté, savoir de l'autre, pistes possibles, pas les seules..

"on ne sait plus de quel côté être en colère", des fois." Ma question est celle-ci : pourquoi nous occupons nous surtout de savoir contre qui être en colère ? de "dénoncer" ? de chercher la faute ou les fautes ? En quoi ça change les situations quand les fautes sont attribuées ? le social se résout-il dans la justice, fût-elle sociale elle aussi ?
Nous pourrions, à la place de chercher des explications, chercher à comprendre : Remplacer le "à qui la faute" par "comprenons comment ça se passe ici et maintenant". Pour agir ensuite de façon pertinente, ici et maintenant. Comprendre, mais pour agir. Quitte à infléchir ou changer nos façons d'agir.
Votre description donnait à comprendre ce qui se passe. Un excellent début ! Qui a permis de discuter autrement. Mais je pense qu'il nous manque une vue de l'intérieur, de ce qui se passe dans la tête de ces différents jeunes, de leurs raisonnements, de leurs ressentis, etc. Et puis aussi, il nous faudrait des descriptions des manières qu'ont les adultes d'agir sur ce qui se passe.
Par exemple, Dominique, comment font les enseignants de votre lycée face aux faits que vous décrivez ? Que mettent-ils en place comme "stratégies", individuelles ou collectives ? (idées pour un prochain billet, ou pour un autre blog ?)

Oui, il faudrait comprendre ce qui se passe dans la tête des jeunes et des moins jeunes. Comprendre, le mot est là ! Pourtant, on semble s'en foutre de comprendre. On ne comprend pas, on sait ! Et comment sait-on ?

On en est tous là. On croit savoir, ça c'est humain, peut-être parce qu'il nous il faut des certitudes pour ne pas tout le temps être en déséquilibre et pouvoir avancer.
Mais peut-être, c'est mon avis, parce que l'école ne joue pas son rôle, qui serait non pas de forcer à savoir mais d'apprendre à savoir. Et d'apprendre à douter. Attention, je n'accuse pas l'école, je ne critique pas les enseignants; je dis juste qu'il serait temps que nous nous interrogions sur ce que produisent nos éducations (formelles, informelles, parentales, groupales), dont l'éducation scolaire, en matière de capacité à penser la société.
Car nous agissons peut-être par facilité. Tout simplement parce qu'il est bien plus facile de "noter" une conformité des savoirs des élèves - ou de nos interlocuteurs - que la valeur d'une réflexion personnelle... et plus encore, d'un doute ! (Et crac, je m'embarque encore dans une discussion qui écarte du sujet de cet article ? ou non ? je ferme l'ordinateur pour la journée !)

Merci Dominique de ne pas hésiter à écrire, je dis bien écrire et pas seulement parler, de problèmes qui n'ont pas de solutions et d'ouvrir par la force de ton écriture un débat. Je dirais "un vrai débat" si le mot vrai pouvait produire encore quelques gouttes de sens. A un moment où le mot "information" évoque principalement un déversoir propagandiste incontinent, je trouve réconfortant que quelques utopistes, comme toi cent fois sur le métier d'éclairer se remettent à l'ouvrage d'écrire, de forcer, par le travail des mots au service d'un regard, l'opacité des affirmations de grande diffusion (que Jean Louis Legalery décrit si bien dans son billet sur le Grand Journal, qu'affronte de façon si nécessaire l'article de Mathieux Maugnaudeix sur les mines de Mital au Kazakstan...) J'ai l'enthousiasme un peu embrouillé aujourd'hui, je ferai mieux la prochaine fois. Elles sont tellement rares les Informations qui ne tendent pas la main aux réflexes de lynchage! Serge Koulberg

Je réponds rapide, je ne peux pas plus, mais j'ai pris le temps de lire tout votre cheminement et c'est magnifique comment nos impressions, nos interrogations, nos impuissances se mettent à jour. Je voudrais juste répondre à un certain pessimisme que je retrouve dans vos propos et je permettrai un peu de critiques ou de "chatouilles" avec vous. Vous voyez dans ma position un certain "angélisme" pour reprendre le mot des médias. Je vous dirais que je vous trouve un peu dans la position des "adultes", je n'oserai pas le mot de "vieux" comme les enfants disent à leurs parents, mais ya de cela. Je suis en effet plutôt (encore) dans la position du "jeune", celui qui dérange tout le monde et perturbe le sommeil des bonnes gens.
Je vous raconterai une anecdote, je me sens du côté des "jeunes" et l'autre jour, j'étais comme prof-stagiaire dans un lycée plutôt chic de Saint-Brieuc, Côtes d'Armor. Et l'exercice du jour était pour les élèves de parler d'un sujet de société, les deux intervenants posaient le débat suivant: "LA JEUNESSE, CONSTAT D'INDISCIPLINE?" Titre qui laisse songeur a priori et les "petits jeunes" qui avaient 10 ans de moins que moi m'ont expliqué que "le jeune" fumait du haschich, roulait trop vite, lançait des cocktails molotov, etc. Je me suis alors mis dans la position de l'indiscipliné en réfléchissant à la légitimité possible de la révolte, de l'indiscipline certaines fois. J'ai même fini par avouer que j'étais de ceux qui ont lancé le CPE, de ces jeunes désobéissants, donc. J'ai aussi appris que la jeunesse s'arrêtait à 20 ans, tant pis pour moi.
Mais ce qui m'a effrayé dans cet échange avec des lycéens, c'est de voir tous les présupposés qu'ils avaient dans la tête ou le double-langage dans lequel ils sont. Et leur prof m'a expliqué après coup que ces lycéens plutôt classe moyenne avaient peur des "racailles", des plutôt basanés sinon très sombres, dans la rue ou le bus, etc. Alors que Saint-Brieuc n'est pas la Seine Saint-Denis...
Tout ça pour dire qu'il faut apprendre, je crois, à varier nos positions d'observation et ne pas prendre le risque d'être toujours dans l'analyse, depuis le haut ou l'hors champ. Je ne dis pas que vous êtes dans cette posture-là, mais le discours que je défends, de prendre en compte la "communauté urbaine" dans son ensemble avant d'étudier telle portion de celle-ci mise en communauté. Je sais que l'antisémitisme parcourt notre société et notre inconscient catholique, je le rappelais plus haut, je garde alors une posture athée et anti-cléricale pour ne pas rentrer dans ces affrontements religieux et voir plutôt quelle relation s'établit entre les groupes de manière conjoncturelle dans l'histoire. Et "le juif" dont nous parle Chris, n'est-il pas une nouvelle définition du "bourgeois" de Brel, agrémenté maintenant de distinctions ethniques? En fait, les rapports de force et les luttes sociales obéissent à l'histoire collective de la "communauté nationale". En 68, la distinction se faisait entre la jeunesse et "les vieux"; avec les révoltes des banlieues, nous découvrons sur cet affrontement structurel un affrontement que nous pourrions une nouvelle fois dire "de classe" et en plus "post-colonial". Le juif étant pour ces "jeunes" tout ce qu'il y a à abattre, le bourgeois, le sioniste colonisateur, le sarkozyste, le blanc, etc...
Comme disait Deleuze de l'Homme occidental, l'image du juif revient non pas sous les traits antisémites du XIXè, du parasite social, mais du dominant, de "l'étalon" social, le pouvoir. Il faut donc, oui, réapprendre à nous parler, savoir hausser le ton quand des "jeunes" nous agressent ou nous dérangent et vice versa, savoir répondre aux vieux, emmitouflés dans leur confort. Vive la jeunesse pour titiller l'ordre, le contester. Ceux qui envoyaient des cocktails molotov en 2005 sur la police étaient dans la rue en 2008 contre les suppressions de poste dans l'enseignement. Que leur révolte soit politisée, socialisée et non indéfini et (auto)destructrice avec une nouvelle haine "du juif", comme ennemi public. Parlons de pouvoir, de domination, de rapports de force objectifs et subjectifs, de politique en somme, plutôt que de rentrer dans des batailles "inter-communautaires" stériles. C'est le mode de fonctionnement actuel qui produit les communautés, les entre-soi, chacun se renferme sur ses privilèges et ses peurs de l'autre et cela satisfait la réaction sarkozyste. Réaffirmons la place du juif universel, derridien, cosmopolite et diasporique, qui intègre toutes les identités du monde, contre le juif que voudrait nous vendre le CRIF et les néo-conservateurs américains... Disons à ces "jeunes" par provocation, que les "racailles" sont les "juifs du XXIè siècle", par exemple... J'ai déjà trop écrit encore... Bien à vous!

Là, vraiment merci Gwenaêl Glâtre, j'arrivais avec mon commentaire, on retourne au travail. Néanmoins, je suis contente que vous rapportiez à votre tour l'opacité des peurs, des hantises, il est toujours plus facile de les déplacer sur ce que l'on peut désigner, même sur le mode imaginaire, que de se coltiner avec une réalité perçue comme écrasante et confuse. C'est une peu l'histoire de certains votes Front national, sur le thème de halte à l'étranger, dans des bourgades où il y a faillite, mais pas d'étranger... Bon, copier-coller tardif, en réponse à Serge Koulberg, Fantie.B, alain gillis... On a tous l'enthousiasme embrouillé, et pas qu'aujourd'hui, je crois bien, le miracle c'est qu'il perdure. Pour compléter vos renvois à d’autres textes publiés sur mediapart, Serge Koulberg, je pense à l'extrait d'Hannah Arendt que cite Thierry Ternisien dans l’édition qu’il lui consacre: " « la pensée n’étant plus liée à l’évènement, comme le cercle demeure lié à son centre, est astreinte, soit à perdre complètement sa signification, soit à réchauffer de vieilles vérités qui ont perdu toute pertinence concrète ». La phrase me reste, au travers des événements, justement, et des commentaires. Néanmoins, concrètement, Fantie.B, j’aurais préféré répondre plus tôt, et au fur et à mesure. Les moments qui se trouvent réunis dans un paragraphe de blog s'étalent sur en réalité sur deux, trois ans . Sur le lycée, c'est aussi compliqué que sur le reste. Il y a eu à la fois des enseignants extraordinaires, qui ont monté un projet avec le musée du Louvre, exigeant, rigoureux, ( ils y ont sacrifié une bonne partie de leurs vacances d'été) , projet qui a, par la grâce de l'art et du savoir, transcendé les clivages, les ruptures, voire les différences de "niveau". Et amené pas mal de monde au dit « niveau ». Projet étouffé, cassé, à la fois par le rectorat, une direction alors soucieuse de ne pas voir lui échapper un pan d’activité, puis repris par d'autres enseignants. Un pas en avant, deux en arrière, un en avant. Pendant ce temps, dans d’autres classes, au collège, au lycée, se passaient les choses auxquelles vous faites référence. Même temps, même lieu. Un proviseur adjoint, quelques professeurs ont réagi. Ailleurs, rien. Le sinistre : pas de vague. Je ne sais pas exactement ce qui se passe dans ce lycée aujourd’hui, mais avec un peu de recul, je comprends qu’on ne peut pas non plus demander aux enseignants d’écoper toutes les défaillances, ailleurs. C’est un peu comme les juges pour enfants, pas de solution miracle quand on est en bout de chaîne, avec peu de moyens ( au passage je signale que justement Jean-Pierre Roscenzweig, du tribunal de Bobigny, et blogueur du Monde, intervenait régulièrement dans ce lycée, qu’il était très écouté, peut-être continue-t’il) Et à cette question : mais qu’est-ce qu’ils ont dans la tête ? Je me garderais bien de répondre. Il y a le « ils » collectif, les adolescents en frime, il y a le « je » de chacun, souvent différent. Mais je crois que justement Jordan Pouille de mediapart travaille là-dessus.

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