Ven.
25
Avr

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Marche des Indignés - 05/10 - (In-)hospitalité belge

PS du 7 octobre: je modifie le titre (ajoutant "in-") en raison de ce que j'ai appris hier (voir mon 1er commentaire)

"Quand nous sommes apparus sur la place centrale de Kortrijk hier, les autorités étaient totalement prises au dépourvu. Au bout d'un moment un car de police est arrivé, et un grand agent débonnaire en est descendu, est venu vers nous et a commencé à nous demander, dans son meilleur français, qui nous étions, d'où nous venions, ce que nous faisions là, etc. Il fut visiblement soulagé quand je lui répondis en flamand."

Waregem, 5 Octobre, 72 jour de la Marche vers Bruxelles, 17 km depuis Kortrijk
Chers Tous
Quand nous sommes apparus sur la place centrale de Kortrijk hier, les autorités étaient totalement prises au dépourvu. Au bout d'un moment un car de police est arrivé, et un grand agent débonnaire en est descendu, est venu vers nous et a commencé à nous demander, dans son meilleur français, qui nous étions, d'où nous venions, ce que nous faisions là, etc. Il fut visiblement soulagé quand je lui répondis en flamand.
Faute d'équivalent convenable, je lui ai dit que nous étions "les Indignés".
"Comment vous écrivez ça?"
Je le lui épelai, sans oublier l'accent. Il n'avait jamais entendu parler de nous. Je lui fis donc un petit historique du mouvement et ajoutai que nous projetions de camper et de parler aux gens des problèmes locaux et des problèmes de toute la société. "Demain on part. On va à Bruxelles."
Il se gratta la tête sous sa casquette et dit: "Bien sûr, je peux comprendre ça, mais il n'est tout de même pas possible de camper ici. Je vais contacter la municipalité pour vous trouver une solution."
"Très bien, mais je ne peux pas vous garantir que nous accepterons. Nous sommes un mouvement horizontal et nous décidons en assemblée ce que nous faisons."
Quelques minutes plus tard, le maire en personne arriva. Quand il entendit notre discours sur la démocratie participative, il passa en "mode électoral" et affirma que son administration invitait toujours les gens des environs à participer aux décisions politiques. Je ne pense pas qu'il ait vraiment compris notre vision de la participation, qui est légèrement différente de la sienne.
Tout de même, en un clin d'oeil on nous avait attribué un espace, avec des douches et un abri en cas de pluie, en dehors du centre-ville. Le camping sur une place restait strictement interdit. On aurait même risqué une peine de prison.
Étonnamment, il ne fallut pas longtemps à l'assemblée pour prendre une décision. Les gens n'avaient pas envie de prendre un risque. Ils acceptèrent. Nous partîmes donc. Notre première nuit en Belgique. On n'a même pas tenu d'assemblée populaire, ne serait-ce que parce qu'à la nuit tombée les rues étaient désertes.
Ce matin, beaucoup de gens sont restés dans le coin pour bosser ou pour faire un peu d'agit-prop sur la place. C'est une partie opulente de la Belgique, mais d'après ce que j'ai entendu dire, les gens semblent y être intéressés et ouverts d'esprit. Malheureusement, nous n'avions pas de tracts en flamand. C'est ma faute, je l'admets. Nous n'en avions qu'en français. Quand on les a proposés, les gens ont perdu leur intérêt pout notre message. Bienvenue en Flandre.
Contrairement à beaucoup de marcheurs, j'ai décollé de bonne heure, en compagnie du camarade Infiltrado. Il n'est pas vraiment un mouchard, mais il a eu la réputation d'en être un, et ça le suit. La marche a été courte, seulement quelques heures sous les vastes cieux du Nord, en partie le long d'une rivière. Je n'étais jamais venu auparavant, mais c'est comme si j'avais vécu là toute ma vie.
Dans la petite ville de Waregem, les nouvelles sur l'arrivée de notre marche étaient déjà connues des autorités. Je dois dire que j'étais sidéré, presque embarrassé. En général les gens du Sud torride et des pays de l'Est ont la réputation d'être très hospitaliers avec les étranger, mais pas les pays du Nord. Ça n'est pas vrai pour Waregem. Le conseil municipal nous a proposé de la place au centre-ville, près du terrain de foot, avec tous les équipements possibles, ils nous ont invités à tenir une assemblée, un concert ou n'importe quoi d'autre sur la place de notre choix. Ils ont envoyé la police à notre campement, mais pas en tenue anti-émeute, pas pour nous menacer, nous évacuer ou nous gazer. Non, ils nous les ont envoyés pour nous apporter de quoi manger. Un cadeau de la ville de Waregem.
A ce moment je n'ai pas vraiment accordé d'importance au fait que notre assemblée sur la place centrale déserte ne soit visitée que par très peu d'autochtones. Un, pour être précis. Mais il est à remarquer que cette unique personne, un ancien travailleur du bâtiment qui était en train de rebâtir une ancienne salle de conférences, a offert à quiconque souffrirait du froid de camper à l'intérieur. "J'ai assez de place pour le groupe entier. Vous êtes tous invités."

---------------------------------------------------

Comme les autres billets sur la Marche, celui-ci n'est pas de moi, mais juste une traduction que j'en fais aussi souvent que je peux.

Retrouvez l'original en anglais avec les photos sur le blog "Spanish Revolution"

 

Tous les commentaires

07/10/2011, 00:01 | Par Dominique C

Enfin... L'hospitalité belge a ses limites... je viens de découvrir ceci (lien):

 

Refus d’autorisation pour le campement des Indignés à Bruxelles. L’eurodéputée allemande, Gabrielle Zimmer lance un appel aux autorités belges pour soutenir le campement des « Marches des Indignés »

"A moins de trois jours de l’arrivée des marches internationales d’Indignés vers Bruxelles, le bourgmestre de la commune de Koekelberg, Philippe Pivin, a refusé par l’envoi d’un courrier électronique le permis d’établir un campement au parc Élisabeth (Simonis) sans motifs fondamentales.

Suite à cette décision, l’eurodéputée du groupe parlamentaire GUE/NGL Gabrielle Zimmer a envoyé une lettre à la Ville de Bruxelles pour que soit revue cette décision et que l’Agora Bruxelles puisse se tenir dans les meilleurs conditions. En seulement deux heures de temps, 37 eurodéputés avaient déjà rejoint cet appel. (...)

 

Lire la suite sur le site de "marches to Brussels"

07/10/2011, 12:39 | Par Dominique C

Supren...

07/10/2011, 16:25 | Par Yannis

Merci pour ce suivi du mouvement des Indignados en Europe ! Les feux de l'actualité sont braqués sur NY en ce moment, espérons que l'arrivée des manifestants à Bruxelles fasse le buzz. Au passage, je suis surpris que ce sujet n'apparaisse qu'épisodiquement sur Mediapart, qui a pourtant largement célébré Stephane Hessel à la sortie de son livre. "Indignez-vous" a pourtant clairement inspiré ce mouvement de protestation démocratique. De la même manière, j'aurais aimé lire sur ce site un suivi de la pétition pour une justice indépendante et transparente, lancée ici au plus fort de l'affaire Woerth/Bettancourt, il y a un an... Continuez !!

07/10/2011, 17:04 | Par Dominique C en réponse au commentaire de Yannis le 07/10/2011 à 16:25

Ah!!!... les priorités que se donne la rédaction de Médiapart, c'est tout une histoire... et tout un poème! (si j'ose dire...). Mais il y a pas mal de blogs qui relaient l'actualité des mouvements populaires actuels.

Notamment l'édition participative "De la parole aux actes" (<- c'est un lien clicable), et deux ou trois autres "lieux". Il faudrait en effet en dresser une liste...

Newsletter