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Loi raisonnable contre la France-qui-branle-rien
Président, mon Amour,
Ô mon Empireur de situation,
"Réhabiliter la valeur travail",
voilà une grande idée.
Simple, beau comme un cantique.
Sobre. Sobre surtout.
La France de ceux qui suent et en chient
applaudit la formule qui condamne la France de ceux qui branlent rien.
C'est pratique.
Fini le conflit entre ceux qui ont et ceux qui n'ont rien.
Voilà le conflit entre
ceux qui n'ont pas grand chose mais bossent comme des ânes pour l'obtenir
et ceux qui ont encore moins mais dont on raconte qu'ils s'en contentent tellement bien.
Ils se vautrent dedans.
Les seconds vivant aux dépens des premiers.
Evidemment.
Les premiers devant bien prendre conscience que,
s'ils arrêtaient de couvrir les comportements oiseux des oisifs,
ils en auraient tellement plus pour eux-mêmes...
- il s'agit quand même qu'ils comprennent que ceux qui en ont vraiment, eux,
ne peuvent plus rien donner - c'est pas tenable pour eux - enfin, c'est vrai !
D'abord il y a les faux frais (comme dans l'affaire Kerviel)
et puis les impôts insupportables,
et aussi les charges à dégoûter la moindre volonté d'entreprendre...
(c'est élémentaire à comprendre quand même !!!)
D'ailleurs à ce sujet,
je m'amuse assez d'entendre ceux qui en ont plein les poches
brailler que le Président est élu avec 54 %,
qu'il est légitime à moderniser la France,
que nous avons tous voté pour ça,
et hurler ensuite au déni de démocratie quand les péquenots
promettent qu'ils ne se laisseront pas faire,
qu'il y aura des grèves, que c'est le troisième tour social...
Ils ne hurlaient pas, nos sévèrement thunés, au déni de démocratie en 1981
quand ils se sont barrés avec l'argenterie en poussant des cris d'orfraie
pour tout planquer en Suisse,
afin que les socialos ne les flanquent pas sur la paille...
Pourtant y avait bien eu des élections légitimes, non ?
L'élection, c'est légitime seulement quand c'est la droite qui gagne ?
Faire une grève, c'est une atteinte à la démocratie
(malgré le droit constitutionnel)
et planquer ses économies, c'est de la saine gestion
(malgré le droit fiscal) ?
Bon.
Or donc !
Réhabiliter la valeur travail.
j'aime beaucoup.
Et tu t'y mets sérieusement.
Je viens d'en parler
avec les 4000 heures de travail que les marseillais devraient faire,
selon toi,
pour être concurrentiels...
A propos, je t'avais épargné d'épingler la phrase par laquelle tu concluais cette lamentable erreur, mais puisque tu t'es défilé en remplaçant sur ton site élyséen le mot « grutier » par le mot « grue » ( voir les copies d'écran ici : http://www.politique.net/2008060701-elysee-fr-le-site-qui-efface-les-erreurs-du-president.htm ), en niant que l'erreur était volontaire avec vue manipulatrice, je ne résiste pas à la citer quand même : « eh bien, résultat des courses, sur trois containers qui rentrent en France, il y en a deux qui rentrent par l'étranger ». Non ? C'est pas vrai ? Tu le sais depuis quand, mon Empireur, que ce que nous importons arrive de l'étranger ? Parce que, là, vraiment, il est temps de réagir.
Ah ! Pouvoir employer à tout bout de phrase la petite haine sournoise de l'étranger, qu'est-ce que c'est bien... Hein ! Ça rapporte de l'adhésion élective...
Bon, mais je m'égare.
Fin de digression.
La valeur travail.
On en débat de nouveau avec la loi que tu prépares sur « l'offre raisonnable d'emploi ».
Remarque, on aurait pu légiférer sur le « refus raisonnable d'emploi ».
Tu avais commencé un peu de propagande là-dessus
en évoquant le cas de ce chômeur plaquiste de Melun
qui se serait vu proposer «63 offres d’emploi» en un an,
dont pas une n'aurait trouvé grâce à ses yeux...
Son refus était déraisonnable...
Mais les offres l'étaient-elles ?
Probable que non, donc on légifère sur « l'offre ».
Et au passage, on agite le chiffon rouge sous les yeux de ceux qui en chient :
voyez, voyez, y en a qui branlent rien...
Amusant, parce que dans un marché dérégulé,
où la concurrence doit être libre et non faussée
(voir ton mini-traité européen)
comment peut-on défendre l'idée qu'il faille une loi
pour réguler le rapport offre et demande du marché du travail ?
« Je suis demandeur d'emploi,
tu es offreur d'emploi.
Si tu offres raisonnablement, je dois accepter... ».
Nouvelle curiosité du marché dérégulé...
ce n'est plus l'employé qu'on protège,
mais l'employeur qu'on favorise.
Pourquoi ne pas réguler les prix afin qu'ils restent raisonnables,
pourquoi ne pas réguler les productions ?
C'est "communiste" ! Ah oui.
Pourquoi ne pas réguler les accès aux professions, comme au moyen-âge ?
Ça se fait déjà ?
Bon, je note.
Et l'on va glosant sur ce que recouvre ce raisonnable quand les salaires des pgd explosent, quand les allocations parlementaires sont revalorisées, celle du Président également, quand la Halde constate que certaines entreprises discriminent suivant l'âge ou la couleur de peau... L'offre était raisonnable, mais le demandeur inadéquat !
Je passe, tout le monde en cause.
Moi, ce qui m'amuse le plus,
dans cette histoire de salaire raisonnable
- au bout d'un an de chômage,
une proposition à hauteur de ton allocation,
tu ne pourras la refuser,
donc quasi 40% de perte de salaire –
c'est : que tu aies cotisé des années durant,
que le chômage soit une assurance et non une grâce de la bonté divine, n'importe pas.
Là où l'on se trompe,
c'est que l'on est en train d'imaginer comme ce sera dur pour le type qui a une allocation de 800 euros...
Mais, mon Empireur, tu le sais, toi,
c'est pas celui-là que tu es en train d'enfler grave,
c'est la classe moyenne, une nouvelle fois.
Ceux qui avaient des moyens, pas beaucoup,
ceux qui ont transpiré pour avoir ce qu'ils ont
et qui ont voté pour toi grâce à cette formule
« Réhabiliter la valeur travail »
pensant que tu remettrais les feignasses au boulot, les rmistes, les assistés...
Ceux qui pareillement ont cru que tu leur supprimais les droits de successions,
alors qu'ils en payaient déjà plus depuis longtemps avec les abattements anciens,
ils étaient pas assez riches pour être au-dessus.
Ils ont voté pour que les très riches s'en sortent mieux.
Qu'est-ce qu'on se goure !
Regarde :
le SMIC n'est pas fait pour les chiens.
Une offre raisonnable ne pourra donc pas proposer un salaire inférieur au SMIC.
Pour rappel : smic mensuel = 1309 euros bruts
Soit 1047 euros net environ.
Donc pas d'offre raisonnable sous ce seuil. Non ?
Donc celui qui s'apprête à perdre 40% de son salaire c'est celui qui touche cette allocation-là.
Un privilégié ? Non, un type qui a cotisé à une caisse de solidarité avec son salaire, par des prélèvements importants !
Et ce gars-là, si on lui propose un boulot à 1050 euros net par mois, il peut plus refuser ?
Son salaire précédent c'était 40 % plus élevé : 1745 euros net, soit 2100 euros brut. Environ.
Qui a ce salaire-là ?
C'est à qui que tu t'attaques, là ?
Une fois de plus, à la France de ceux qui suent et en chient
mais qui continue d'applaudir la formule qui condamne la France de ceux qui branlent rien, parce que ça sonne agréablement à leurs oreilles.
Une fois de plus, ça va rien changer pour ceux qu'ont rien, mais ceux qui avaient un peu, on va les obliger à s'aligner en bas. Et on va vider un peu plus les caisses de solidarité, par des prélèvements amoindris... ce qui justifiera de nouvelles lois raisonnables.
L'Egalité républicaine selon toi, probablement.

Tous les commentaires
Mon cher Dominique, vous êtes un vrai poète. J'adore!
Merci. On va tenter de continuer... en espérant croiser quelques lecteurs. En tout cas, vos encouragements me vont droit là (ici, là, vous voyez, à gauche du sternum). Merci encore.
Petite réflexion complémentaire :
La responsabilité du Politique n'est-elle pas, lors de la rédaction d'une loi d'étudier ses effets pervers potentiels afin de ne pas provoquer de catastrophes ? Or, mettons-nous dans la peau d'un DRH qui a devant lui deux bonshommes pour un poste. L'un arrive au chômage, l'autre y est depuis 11 mois... Lequel prendra-t-il et dans combien de temps ? Ne peut-il forcer le second à accepter un salaire très en dessous de ses prétentions sachant que celui-ci risque de perdre le chômage en cas de refus ? Comment dès lors ne pas imaginer que le bonhomme qui arrive au chômage risque bien de ne rien trouver avant de longs mois. Voilà une loi qui risque bien de fabriquer du chômage moyenne durée, non ? Et une pression sur les salaires à la baisse... Comment les syndicats peuvent-ils admettre une telle attaque contre les minima syndicaux ?
Merci pour vos textes. En parlant de l' évaluation de ces nouvelles politiques "d 'activation des dépenses passives" (c 'est le jargon qui a court chez les réformateurs de l' Etat providence), on est à peu près certain qu' elles permettent de faire baisser le nombre de chômeurs sur le court terme ... et d' augmenter le nombre d' inactifs à moyen terme. C ' est notamment ce qui s' est produit en Grande-Bretagne lorsqu' en 1996, Tony Blair met en oeuvre une politique similaire. Le taux d' invalide dans la population active (déjà élevé depuis le passage de Thatcher) s' est hissé à 7,8 % de la population active. Le passage du welfare state au workfare state a donc conduit a baisser le taux d' activité... C' est marrant, non ? On nous dira sans doute qu' il s' agit d' importer le modèle danois où les chômeurs sont très surveillés. Ils bénéficient d' une indemnisation égale à 90% de leur dernier salaire et d' une forte incitation à reprendre un emploi ou ... se former après un an de chômage. En fait, on emprunte les aspects libéraux du modèle danois et on leur laisse les aspects sociaux, sans doute incompatibles avec notre égoisme anthropologique... Enfin, un petit livre de Laurent Cordonnier : pas de pitié pour les gueux, sur les théories économiques du chômage, raisons d' agir 2000, recense les conceptions anthropologiques qui fondent les explications du chômage chez les libéraux. C' est édifiant...
Eh oui, en 96, j'ai le souvenir de Tony Blair qui décide d'offrir des réveils matin aux chômeurs pour qu'ils se lèvent pour chercher du boulot... C'est ça la troisième voie... Et ses conséquences : vous les décrivez.
sur http://info.france2.fr/france/43942367-fr.php extraits : Le projet de loi "relatif au droits et devoirs des demandeurs d'emploi" adopté mercredi au conseil des ministres Son examen commencera au Sénat le 23 juin. Le texte, approuvé par le MEDEF, est très critiqué par les syndicats. (...) "Une offre d 'emploi raisonnable, c'est une offre qui est dans un périmètre de 30 km autour de chez vous, qui correspond grosso-modo à la qualification que vous aviez", a-t-il souligné. "Ce qu'on demande, c'est juste d'accepter, par exemple au bout d'un an, un emploi qui permette une meilleure rémunération que l'indemnisation chômage que vous avez", a précisé le secrétaire d'Etat. (...) Selon le nouveau dispositif, au bout d'un an les chômeurs pourraient être obligés d'accepter tout emploi rémunéré "à hauteur du revenu de remplacement "versé par les Assedic ou par l'Etat s'ils sont en fin de droits. Mais ces dispositions "ne peuvent obliger à accepter un niveau de salaire inférieur au salaire normalement pratiqué dans la région et dans la profession" ni contrevenir aux lois et règles conventionnelles en vigueur, notamment sur le Smic, précise le texte. L'Elysée ajoute que le refus de deux offres raisonnables d'emploi entraîne une radiation de deux mois, prononcés par le nouvel opérateur issu de la fusion ANPE-Assédic, qui donne lieu elle-même à la suspension provisoire de l'allocation perçue par le demandeur d'emploi". (...) Mme Thomas avait aussi alerté sur de possibles "effets d'aubaines pour les employeurs", qui ont accueilli favorablement le texte, car le demandeur d'emploi serait obligé au bout d'un an d'accepter un salaire équivalent au montant de son allocation chômage.
Salauds de pauvres ! Ils ont cotisé toute leur vie et puis se sont retrouvés mis au tapis et voudraient encore demander l'impossible ! Soyez déraisonnables, demandez juste le décent ! (c'est déjà trop !)
Merci pour ce texte qui, comme toujours, touche juste. Sur le même thème une variation moins poétique mais qui met en perspective l'escroquerie du "travailler plus pour gagner plus". http://www.mediapart.fr/club/blog/thierry-ternisien/120608/duree-du-travail-realite-et-ideologie
Sarkozy y comprend rien à votre galimatia. Pour lui, comme pour tous nos libéraux, le monde se divise en deux. Il y a les gagnants et les perdants. Les gagnants sont gagnants parcequ'ils sont bons et ont des dons naturels. Les perdants sont perdants parcequ'ils sont mauvais et ne veulent pas faire l'effort nécéssaire pour devenir gagnant. Vous croyez encore aux oppresseurs et aux opprimés, aux exploiteurs et aux exploités,aux héritiers et aux déshérités ? Vous êtes ringards ou quoi? Un nouveau monde s'annonce et l'Empireur nous y conduit.
Eh tu sais quoi, je confirme que tu es un branleur et que tu devrais encore en profiter car bientôt, plus rien te sera donner pour pouvoir survivre. Très simple, nous avons besoin de main d'oeuvre en Chine. Eh bien il te faudra illico apprendre le chinois en trois mois, faire un stage dans une mine de charbon pour 300 euros par mois pendant 1 an. Ensuite direction l'Afrique, il y a du boulot la-bas : Eplucher des pommes de terre, faire pousser du riz, rétablir la confiance entre les différentes ethnies !... Et puis dans 5 ans, retour en France, direction les chantiers de la prison en construction juste à coté de ton ancien appartement, elle n'est pas belle la vie !? Hein !? Si tu avais une grande école de commerce, tu comprendrais mieux, alors pense à ton fils ou ton futur désormais, compris !?
Les idées ont besoin de poésie c'est bien vrai. Parfois je l'oublie et je me mets à les alligner comme des ronds d'oignons mais elles retournent alors naturellement à leur pagaille de jouets bien nourris. Serege Koulberg
Terence
Avec ce genre de contribution, le blog de Mediapart devient un modèle du genre... L'idée de fondation du site était bonne, les contributions de départ, particulièrement pertinentes et argumentées, et la formule innovante et dérangeante. Mais là, vous vous égarez dans le ridicule...vous vous approchez du fond de la fosse, et comme de nombreux amis inscrits, je ne renouvellerai pas mon abonnement ! Dommage...
Cher Térence, Vous me faites porter une bien lourde responsabilité dans votre désabonnement... Je veux croire qu'autre chose vous meut dans vos choix. Mais difficile à savoir puisque c'est ici votre unique commentaire en 6 mois. C'est, pardonnez-moi, léger : Je vous déplais, vous quittez ! Quittez-vous toujours avec cette même ostentation tous ceux qui ne correspondent pas à votre goût et tout leur entourage de hasard ? Je me permettrai quand même de vous répondre que votre ton me fait plus penser à Luscius de Lanuvium qu'à votre homonyme dont les comédies faisant grincer les dents à Rome. Ce sont les vôtres qui grincent... parce que ma satyre ne vous fait pas rire. Je ne demande pas que tout le monde me trouve drôle, ou pertinent, ou impertinent comme il convient... Et Mediapart n'est en aucun cas responsable de ce que j'écris. Voulez-vous qu'on leur demande de censurer ? Ils ne le feront probablement pas. Dommage... c'est vous qui le dites.
Tiens, au hasard de pérégrinations clubesque, je repasse par ici...
et je constate que Terence est toujours abonné.
Le ciel soit loué !
Mon oeuvre ne fut pas si rebutante, peut-être.
Ou, peut-être, Terence a-t-il changé d'opinion à propos de l'Empireur ?
S'il est quelque part, peut-être me dira-t-il !
Cher Térence, libre à vous de ne pas apprécier l'humour (noir?) de Dominique. Mais savez-vous que les blogs sont accessibles en lecture sans abonnement? L'abonnement c'est surtout pour les articles du journal et pour soutenir l'idée d'un journalisme indépendant. Alors mon conseil: si le blog (notez la différence entre billet de blog et article) de Dominique ne vous plaît, ne le lisez pas.