Roselyne craint le froid, Nicolas aime le commerce
Le mercure a chuté cette nuit. Sévèrement.
La neige aussi.
Roselyne Bachelot-Narquin, ci-devant ministre de la santé et des sports, a pris en pitié les gens qui dorment dehors.
C’est qu’il fait vachement froid !
Elle a promis, la ministre, …
Elle a promis aux clochards…
Elle a promis, ce matin sur France Inter de…
Je te le donne en mille :
De vacciner en priorité les clochards contre la grippe A.
Eh ! clochard ! Tu peux crever dehors,
Mais pas de la grippe A.
Il est vrai qu’elle est contagieuse, cette saloperie.
Faudrait pas qu’en te ramassant…
On sent un peu que t’es entouré d’amateurs,
Mon Empireur,
Toi, tu aurais au moins promis de les désensibiliser au froid.
Surtout en pleine campagne électorale.
Enfin, bon,
- quand je dis « bon »… -
c’est pas de ça que je voulais t’écrire,
mon débatteur de l’identité qui doit te ressembler,
c’est pas du froid, ni des clochards,
ça fait longtemps que tu t’en tamponnes.
Je voulais te parler d’un truc qui fait même plus l’actualité.
C’est les courses de Noël.
Noël, oui, c’est d’actu.
Les courses aussi.
Mais plus personne ne conteste que,
En cette période de fête,
Il faille que le commerçant garde ses portes ouvertes le dimanche.
Donc, voilà,
C’est du « travail » du dimanche que je veux te parler, mon Empireur.
Ce que tu appelles « le travail » du dimanche.
Parce qu’en fait, travailler le dimanche, ça fait très longtemps que des tas de gens y sont habitués.
A ce que je sache, les coulées continues, les centrales électriques, les hôpitaux ne s’arrêtent pas le dimanche…
Pas plus que les taxis, les boulangers, les comédiens, les conducteurs de métros et de transports en commun en général.
Pas plus que les restaurateurs, les guides touristiques, les infirmières de ville…
Enfin donc, ne s’arrêtent le dimanche que les commerçants.
En fait,
Il ne s’agit pas d’autoriser le travail le dimanche.
Il s’agit de ne plus jamais arrêter le commerce.
C’est drôle.
Enfin, pas tant que ça.
Autrefois on se méfiait du commerce.
La société encadrait sévèrement cette activité.
Aujourd’hui, le libre-échange est roi,
Et avec lui, la dérégulation,
Tout tourne autour de commerce.
C’est la première valeur de notre société.
Celle qui permet de calculer la croissance.
Une croissance qui n’est que commerce.
Plus rien ne croît qui n’est pas commerce.
Le service public, lui aussi, doit être commerce.
L'Art aussi doit être commerce.
Il n'est d'Art qui n'ait de valeur s'il n'a de reconnaissance publique...
La quantité toujours.
Même le CO2, on en organise le commerce pour "sauver" la planète.
Tu parles !
Au milieu des années quatre-vingts, on a eu droit aux comptes-rendus quotidiens de la bourse.
A force, on ne se rend même plus compte que c’est avec eux que l’on se lève et que l’on se couche.
On a oublié que ce ne fut pas de tout temps comme cela.
Aujourd’hui, finalité des finalités : ouverture des commerces en permanence.
Et pour faire avaler la couleuvre, on appelle ça « travail du dimanche ».
Toute la société dont tu rêves, mon Empireur,
Est la société du commerce.
« Vendre plus pour gagner plus ».
Voilà ta France d’après.
La France du commerce permanent.
La France qui est numérisée.
La France que l’on peut compter.
Celle qui rapporte.
Aux vœux de 2008, tu nous as fait le coup du « changement de civilisation ».
Trop fort.
Le français crédule a entendu « bascule à gauche ». Edgar Morin.
Alors que la changement de civilisation en question
C’est simplement
La fin d’une société qui refusait encore un tout petit espace au commerce.
La fin de notre civilisation qui, de tout temps, a été circonspecte sur ce qui concerne le commerce. Fin de la circonspection. Vendez !
J’en suis venu à me dire que pour sauver les baleines et tous les bestiaux qui vont crever du réchauffement de la planète… la solution était enfantine : il suffit de les privatiser. Et d’en organiser le commerce. Offre et demande. La baleine est sauvée.
Je comprends même pas comment personne encore n’y a pensé.
Penses-y en achetant tes cadeaux de Noël, mon Empireur !

Tous les commentaires
Dominique tu es bien le seul à pouvoir me faire avaler un peu d'actualité encore que celle dont tu parles, elle a et elle est vécue ce qui modifie la balance.
Mais le commerce ne voyage plus, il déplace, il déplace les noms, il déplace l'attention, il déplace l'aiguille des prix et tout ça au grand jour. Défendu par les armes atomiques proliférées.
"...me faire avaler un peu d'actualité"
Eh oui, Serge, il s'agit bien de déglutition. En ces temps de "fête" (hein ?), c'est vraiment difficile. L'indigestion, ça fait longtemps qu'elle est là.
Pourvu que l'Empireur de décide pas de nous poser un clystère...
Pour moi, l'attitude de Roselyne vis-à-vis des SDF et du vaccin est 100/100 caractéristique de l'état d'esprit de tous ceux qui font cercle autour de Nicolas. Il n'y a aucun domaine tabou, aucun domaine où la pudeur a sa place, où la dignité des gens a sa place. Non, tout est bon pour parler, s'exprimer, dire n'importe quoi. Voilà ce qu'est un gouvernement bling-bling, d'une superficialité écœurante, "a-cuturel".
Pudeur, respect, compassion, fraternité ... rayés du dictionnaire de l'Empireur. Un seul mot, argent, un seul objectif, faire parler de moi ...
Superficiel jusqu'à l'écoeurement et l'indigestion
"Empireur", mais c'est exactement ça, on ne peut pas mieux dire: empereur un peu raté qui rend la vie de moins en moins vivable hors son cercle obscène du du Fouquet's. "Empireur", ça serait bien si ça devenait le nom de Sarkozy dans la conversation courante.
Pour s'entrainer à le dire, tout le blog de Dominique Wittorsky !
Et : s'ils meurent ce ne sera pas de la grippe A illustré par Louisse Fessard
Merci Fantie,
Je précise tout de même que, si, dans le commentaire de Fantie, mon nom est en gras et ouvre vers un lien, il ne s'agit pas de mon blog, mais d'une intéressante émission de radio (Rumeur / France Culture) où Casanova et Colombani reçoivent Paul Jorion.
Oups ! Erreur de mise en mémoire, Dominique !
ici c'est le vrai lien (j'espère) pour le blog que Dominique Wittorsky dédie notre l'Empireur dont il s'est fait le chantre.
(descendre sur la page pour trouver la première déclaration, puis remonter).
Roselyne craint le froid, Nicolas aime le commerce et Besson aime regarder décoller des avions. Quant à Nadine....
elle n'aime ni le verlan, ni les musulmans?
Monsieur Wittorski
Je n'ai pas l'honneur redoutable de vous connaître mais je vous imagine assez bien.
Un marteau dans une main, un clou dans l'autre, le sourire aux lèvres, à la fois tendre, féroce et un peu triste quand même, le sourire. Triste mais pas résigné.
Et ping. Ping. Re ping.
Tranquillement, on ne s'énerve pas et on ne se lasse pas, ping, ce putain de clou qu'on a décidé d'enfoncer, on l'enfonce, ping, un petit peu à chaque fois. On prend un détail, un de ces mille fragments que les médias choisissent de nous montrer plutôt que d'autres, soit un truc sur lequel tout le monde glose soit un qui passerait plutôt inaperçu, et ce fragment on le retourne d'un petit coup de patte joueur, et puis mine de rien on te le dissèque, on te vous montre gentiment d'où ça vient et où ça risque d'aller, on te le façonne, en deux temps trois mouvements, en forme de clou et…ping.
Ça me fait penser à certaines musiques répétitives, Terry Riley par exemple. On a l'impression que c'est toujours pareil mais on se trompe. Note après notes les infimes variations vous emmènent ailleurs. Ping après ping, on va bien finir par y arriver, ailleurs ?
Le pire n'est pas toujours sûr.