Statut d'intermittent du spectacle (1re part.) C'est pas bandant...
Nicolas, Mon Amour,
Eh oui, je ne t’appelle pas Mon Empireur des Froncés, cette fois,
Parce que le sujet que je vais aborder, c'est presque incroyable, tu n’y as pas touché.
Rien. Rien de rien. Pas un mot. Enfin, pas un mot en public…
Ce serait très excessif de te faire porter la responsabilité totale de la situation,
Pour une fois, ça empire tout seul…
Non, je t’appelle Mon Amour,
Parce que je sens qu’il monte en moi inexorablement cet Amour,
Il y a quelques mois il mesurait moins de 35,
Aujourd’hui il est au-delà de 40… Ah l’Amour !
Ah ! La chose !
Enfin, je vais quand même parler « chômage », et là, tu viens de réaliser un bon +41.300 !
Si, finalement si, tu restes bel et bien Mon Empireur des choses.
Or donc !
C’est à la demande unanime de toute une lectrice de Médiapart
- une payse, qui plus est -
Que j’aborde ce sujet.
Tu le sais, je l’ai déjà écrit, je suis intermittent du spectacle.
J’étais de ceux qui se sont allongés dans la rue en 2003, les manants.
Je n’étais pas à Avignon cet été-là, mais j’en suivais la cristallisation de très près.
Alors voilà, je vais profiter de la petite vitrine ici, pour débuter un commencement de mise au point. Pourquoi seulement si peu ? C’est que, si je m’étends (ah ! l’Amour), y en aura pour des pages et des pages… qui lira ?
Mais comme je sais que tu t’intéresses à la chose…
Comment je le sais ?
Ben, mon Amour, comment te dire ?
Il se fait que ta femme fréquente des studios d’enregistrement avec des musiciens qui travaillent avec d’autres musiciens qui… Et tu sais comme tu aimais aller suivre les enregistrements de ta chérie (eh oui ! je le sais que mon Amour pour toi est à sens unique), et le nombre d’heures où tu es resté dans l’ombre (pas trop quand même) pour l’observer au travail. Et tu sais aussi combien tu as aimé dire aux intermittents qui étaient là, « je vous ai compris, je vais changer ça » …
Donc, comme je veux être sûr que tu aies compris (ben oui, +41.300 tout de même, tu m'angoisses), voici quelques commentaires.
Quelques vieilles lunes
En France, le droit du travail, qui s’applique à tous, employeurs et employés, pour la protection de tous, règle les usages des contrats. Contrats à durée déterminée (CDD), contrats à durée indéterminée (CDI) (Il y a bien eu un temps le CNE et une tentative de CPE, mais tout cela est caduque aujourd’hui, pratiquement mort-né).
En bref : un contrat à durée déterminée ne peut jamais excéder la durée de deux ans, plus généralement 18 mois. Et un employeur ne peut user de plus de deux contrats à durée déterminée avec un même employé. Au-delà, il est obligé de signer un contrat à durée indéterminée.
C’est la loi.
Elle protège le salarié, marque sa qualité, son mérite (c’est un mot à la mode), et lui permet de justifier de revenus stables devant un banquier (pour obtenir un emprunt), un propriétaire immobilier (pour signer un bail en montrant patte blanche), par exemple.
Elle permet aussi de faire fonctionner en aval les systèmes d’assurances sociales (chômage, retraite, sécurité sociale, tous tablent sur un travailleur à emploi permanent, et organise des palliatifs en cas d’accidents de parcours).
La loi organise cependant des exceptions à cette loi. L’une des multiples exceptions est communément appelée « statut des intermittents ». Mais ce n’est pas un statut ; seulement une variation du statut d’employé salarié.
Un certain nombre de lieux communs circulent qui prétendent que ledit statut des intermittents est un privilège et qu’il est déficitaire, lourdement déficitaire. Loin d’être un privilège, cette exception entraîne des conséquences très contraignantes pour les salariés de ce secteur.
Comment ça marche ?
Pour la création audiovisuelle et le spectacle vivant (théâtre, danse, musiques, cirque…), la loi autorise l’employeur à user d’autant de CDD qu’il le juge nécessaire avec ses employés. La durée minimale d’un CDD pouvant être de quelques heures seulement.
L’employé de ce secteur n’est donc pas un privilégié, mais un salarié particulier qui n’est pas protégé par la loi commune.
Cette exception a été accordée, il y a longtemps, afin de privilégier l’acte créateur et la flexibilité des équipes artistiques. La flexibilité de l’emploi avant que ce n’en soit la grande mode, en quelque sorte.
Pour équilibrer la balance, suite à cette exception qui défavorise profondément une catégorie sociale (difficulté d’obtenir un emprunt faute de garanties salariales, difficultés d’obtenir un logement faute de sécurité d’emploi, chômage récurrent puisque flexibilité maximale,…) l’assurance chômage a organisé des règles particulières d’admission et de distribution d’allocations, en marge du fonctionnement général. Ce sont, pour les milieux du spectacle vivant et de l’audiovisuel, les annexes 8 et 10 à la convention générale de l’UNEDIC.
Ces annexes prévoient un autre fonctionnement de l’assurance chômage, non par privilège, mais parce que l’employé de ce secteur ne peut rentrer dans le moule général, conçu pour des employés en CDI.
Il est donc assez ulcérant d’entendre régulièrement dire que les intermittents défendent leurs privilèges. Le privilège (c’est-à-dire le droit particulier accordé à une catégorie en dehors de la loi commune), le privilège, donc, des intermittents, s’il y a, ne fait que répondre au privilège accordé aux patrons et employeurs de déroger à la loi commune. Celui-ci n’est jamais remis en cause !
Et pour cause !
Les employeurs du spectacle sont, pour partie, soutenus par l’Etat, les Régions, les départements, les Mairies, qui n’ont aucune envie d’allonger des subventions supplémentaires pour que leur politique culturelle, leur exception culturelle tienne debout financièrement sans le recours à l’intermittence. Ils sont à ce titre entre le marteau et l’enclume, priés de respecter des cahiers de charge et sans moyens suffisants pour le faire. Et les autres, les privés, ne se plaignent pas de la rentabilité qu’offre la flexibilité et de ses multiples avantages payés par la collectivité des salariés.
Donc,
Les intermittents dépendent de deux annexes à la convention générale. Cela veut-il dire qu’ils ne sont pas des salariés comme les autres ? Non. Ce sont des employés salariés. Point.
A ce titre, il est intellectuellement malhonnête de les désolidariser de l’ensemble des salariés, de calculer en dehors du reste ce qu’ils cotisent et ce qu’ils coûtent à l’UNEDIC et de prétendre qu’ils creusent un trou particulier. Ce n’est pas eux qui organisent le recours systématique aux CDD. Ce n’est pas eux qui choisissent d’avoir des contrats brefs, voire très brefs, ce qui autorise de petits salaires qui diminuent de facto les cotisations (par ailleurs calculées à un taux beaucoup plus élevé que pour les autres salariés ; oui, le privilège, c’est aussi d’avoir des retenues plus importantes sur ses salaires pour avoir l’heur d’appartenir au prétendu statut ; un enfant de 9 ans qui tourne trois jours dans un téléfilm paie des cotisations pour lesquels il n’aura jamais aucun droit…).
Pour exemple, il existe un certain nombre de théâtre qui employent artistes et techniciens à l’année, en CDI. Aucun artiste ou technicien ne refuse ce type d’emploi. Le prétendu statut des intermittents ne définit donc pas un métier mais un mode de fonctionnement applicable à certains métiers d’un secteur d’activité, mais pas forcément à l’ensemble des professionnels de ces métiers. S’il y avait plus d’emploi culturel en CDI, il y aurait moins d’intermittents ! Bien des acteurs ou techniciens avec charge de famille accepteraient volontiers un CDI… s’il existait.
Désolidariser les intermittents de l’ensemble des salariés est malhonnête intellectuellement à un second titre :
Cela permet de faire un mauvais calcul de ce que coûte la culture.
Les théâtres, télévisions, productions cinémas fonctionnent avec des intermittents à tous les postes jugés nécessaires : là où la créativité et la flexibilité des équipes est jugée indispensable (certains en abusent ? Est-ce aux employés qu’il faut faire porter le chapeau ?).
Cependant ces structures fonctionnent également avec des salariés en CDI, qui cotisent donc au régime général.
A-t-on jamais calculé ce que rapportent à l’UNEDIC les cotisations de ce même secteur d’activité dans sa spécificité CDI ? L’emploi culturel s’arrête-t-il complètement au statut des intermittents ?
Calcule-t-on pour chaque branche ce qu’elle coûte et rapporte à l’UNEDIC ?
Les mineurs de fond sont-ils en boni ? Et les ouvriers de la sidérurgie ? Evidemment, ils ne sont plus au chômage sous ces appellations-là, ils ont été reclassés, ou déclassés… RMIstes peut-être… Retraités dans le meilleur des cas !
Le tort de l’intermittent, c’est d’être un salarié précaire, flexible qui s’entête à rester dans la même activité…
Pourquoi ces distorsions du réel ?
L’objectif visé par ceux qui présentent ces réalités sous un jour très défavorable aux intermittents, c’est que la flexibilité, devenue à la mode, les libéraux (comme ils se nomment) voudraient pouvoir l’étendre à tous. Or la réalité des intermittents démontre que cette flexibilité a un coût social important (que d’aucuns peuvent juger exorbitant même). Au lieu de le reconnaître et d’abandonner leur délire flexible, la voie libérale choisit de réduire ce coût social réel et apparent de manière comptable, afin d’amener ensuite chacun à accepter une flexibilité sans compensation.
Nous ne pouvons l’admettre pour nous !
Nous ne pouvons l’admettre pour tous !
Où en est-on ?
Les dernières négociations (2006), loin de revenir sur l’ensemble des aberrations du protocole de 2003 qui avait causé l’explosion du festival d’Avignon, ont été menées dans le but d’entériner et même d’approfondir le processus.
Alors que les rapports d’expertise montraient que ce protocole, malgré les exclusions qu’il engendre, n’avait pas généré d’économies,
alors que le Politique (de tous bords) s’était clairement exprimé en faveur d’un retour en arrière,
le MEDEF a voulu continuer sa course en avant.
Et il s’est trouvé un syndicat d’employé (un seul était nécessaire, représentatif ou non, en l’occurrence : non) suffisamment complaisant pour signer l’accord. Pourquoi a-t-il signé ? Probablement parce qu’il détient la présidence de l’UNEDIC et que le MEDEF dans toute cette histoire n’a pas arrêté de menacer de quitter cet organisme paritaire si l’on entrait pas dans ses vues. Que, donc, l’UNEDIC sans le MEDEF serait revenue dans le giron de l’Etat, et la CFDT (c’est elle), par voie de conséquence, aurait perdu une source de revenu infiniment plus importante que les cotisations de ses adhérents… Qui défendre dans ce cas de figure ? Sa peau ou une profession ?
Voilà pourquoi nous avions manifesté notre plus vive hostilité à la façon dont les négociations se déroulaient.
Où en sommes-nous ?
Je sais aujourd'hui quelle confiance je peux accorder aux télévisions dans le traitement d'un conflit syndical : zéro.
La suite au prochain épisode.
Mais, mon Empireur, je crains qu’aux prochaines modifications du protocole les choses soient encore pires, parce que ce qui est certain, c’est que les comptes de l’UNEDIC vont de plus en plus mal… et je suis sûr que ceux qu’on présente comme des privilégiés en feront encore une fois les frais.
Ton dévoué

Tous les commentaires
Merci Dominique, Je comprends un peu mieux, comment dire, cette série de 'mesures' - dans le mauvais sens du terme - qui afflige les intermittents du spectacle. Toute notre société destinée à devenir ce 'spectacle' ? Je comprends mieux le lien entre les manifs anti-CPE et les intermittents du spectacle que j'ai rencontrés alors. Quelle honte, effectivement, de déclarer qu'il s'agit là de 'privilégiés'. Au passage, je suis allé lire la définition de l'UNEDIC : Union Nationale interprofessionnelle pour l'Emploi Dans l'Industrie et le Commerce qui gère les assurances chômage qui sont versées aux chômeurs. Cela comprend les syndicats et le patronat ? Je lis donc que tous les arts dits du spectacle - arts vivants y compris - sont considérés comme relevant de l'industrie et du commerce ? C'est dingue ça ! Par ailleurs, quand vous dites : Voilà pourquoi nous avions manifesté notre plus vive hostilité à la façon dont les négociations se déroulaient. Vous aviez pensé à une autre façon de mener ces négociations ? Si j'ai bien compris, c'est la CFDT qui a jeté l'éponge. Est-ce l'équivalent de la FGTB belge ou est-ce plus large ? Pourquoi aurait-elle perdu de l'argent en revenant dans le 'giron' de l'Etat ? Et puis autre question, si un syndicat ne sauve plus une profession, que vaut encore sa peau pour sauver les autres ? N'y a-t-il pas risque qu'il y ait alors une + une + une... profession 'indéfendable' ? Bon, je reviendrai lire demain probablement. Amitiés de 'payse', Joha
L'Unedic est un organisme paritaire, c'est-à-dire qu'il est géré à parité par les organisations patronales et syndicales. A ma connaissance, c'est 3 organisations patronales et 5 syndicales. Le Medef fait figure de poids lourd sans lequel rien n'est possible. Il y a effectivement alternance pour la présidence. Aujourd'hui, la loi a changé (je sais pas exactement comment), mais en 2006, un accord était valable si un syndicat patronal et un syndicat employé tombait d'accord, peu importe la représentativité du syndicat d'employés (la CFDT n'en a aucune chez les intermittents, genre 3%) Si la parité n'est plus respectée (à cause de la défection d'un poids lourd p.ex.), l'organisme paritaire ne l'est plus (paritaire). Il est donc ingouvernable, et c'est l'Etat - qui a cédé la gestion de l'organisme aux partenaires sociaux pour qu'elle soit faite (la gestion) selon leur meilleure volonté, en pleine coopération et intelligence - qui récupère le bébé. A ce jeu, les syndicats français qui n'ont aucune base militante solide leur apportant des finances, se retrouvent immédiatement les dindons de la farce, puisque la gestion d'un organisme paritaire leur rapporte la majorité de leur budget de fonctionnement. Perdre cette gestion est une catastrophe. Ce n'est pas le cas pour le Medef... C'est évident que lâchant une profession... on se condamne à les lâcher ensuite toute. D'où la réputation de "jaunes" de bcp de syndicats français, CFDT en tête. Mais il est clair que leur absence de base militante les condamne à cette position. A ce titre, je ne comprends pas pourquoi aucun des syndicats français ne consent à l'idée d'élargir sa base (l'argument : nous sommes des combattants, on combat à peu, à beaucoup on est mou... Bof). La coordination des intermittents et précaires (il y en a dans toutes les régions) a longuement réfléchi et débattu afin de proposer des solutions à négocier. Ni le gouvernement, ni le Medef, ni la CFDT n'ont accepté de débattre de ces propositions-là. Ces trois-là n'avaient qu'une idée en tête, diminuer le nombre d'intermittents en dehors de toute réalité de fonctionnement du marché (eh oui, il y a marché de l'action culturelle : tous les festivals que vous fréquentez, et il y en a des palanquées au pays du tourisme de masse et de l'exception culturelle, vivent grâce à l'intermittence, et ceux qui vivent de ces festivals en vivent beaucoup mieux que les intermittents qui les rendent possibles). - La CFDT, je pense, c'est plutôt la CSC belge (même s'il ne faut probablement pas lui donner la même colloration confessionnelle, en fait, j'en sais trop rien, mais ils sont plus au centre comme la CSC) ; la FGTB belge correspondant plus à la CGT (même s'il elle n'a pas les racines communistes - le parti communiste belge n'ayant jamais existé - enfin, la Belgique et la France sont deux pays très différents).
Merci de ces précisions, Dominique. Les syndicats belges semblent mieux articulés à leurs bases respectives, FGTB et CSC oeuvrent en effet de temps à autre, l'un comme l'autre, à faire Jiminy Cricket pour leurs Pinocchio de partis. Mais la scission nord-sud les déforce. Pour ma fréquentation de festival, vous faites pas de souci, à part Avignon, où je retourne depuis 2004, mes moyens ne me permettent pas grand-chose et 2008 ne s'annonce pas comme propice à l'humeur voyageuse, d'autant plus que 2007 m'a déjà semblé limite (logements, nourriture, etc deviennent hors de prix - je suppose que c'est ainsi que l'on construit des publics 'select' !).
Cher Joha, J'ai écris "tous les festivals que vous fréquentez...". Le "Vous" englobe l'ensemble des lecteurs, l'ensemble de Français, l'ensemble des touristes. La culture française fonctionne économiquement grâce à l'intermittence. Et loin d'en faire le grief aux "producteurs" (majoritairement l'Etat, parce que tout Etat sait que son pouvoir s'établit là-dessus... A ce titre, on pourrait à bon droit s'interroger sur la nature de la collaboration des artistes avec le Pouvoir), c'est aux intermittents eux-mêmes qu'on fait les reproches ... C'est énhôrme.
Oui, Dominique, vous pointez à juste titre le 'reproche' qui circule entre les lignes à l'égard de ceux qui ont le toupet de témoigner des envers de notre 'beau monde', de ceux qui vivent et travaillent 'dans les coulisses' : les intermittents du spectacle sont probablement emblématiques de ces coulisses, emblématiques aussi du droit à choisir un métier que l'on aime exercer ET de gagner honnêtement son pain avec ce métier, sachant que tout métier comporte de toute façon sa part de déplaisir. Tout le contraire de ce que l'on veut maintenant imposer partout : Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front et aucun emploi ne refuseras, surtout pas ceux qui te déplaisent et qui ne relèvent pas de ta qualification... Mais si tu n'as pas de qualification, ne viens pas te plaindre de ne pas trouver d'emploi. Car j'exerce un métier - si on peut appeler ça de ce nom - que j'ai choisi et qu'on me reproche de continuer à vouloir exercer, un métier promis à la mort - pas moins ! - par certains : heureusement, dans 20 ans, ils n'existeront plus ! (sic).
Joha, Il y a là l'objet de véritable débat, et d'études à tout le moins. En effet, il semble qu'il existe une équation non-dite mais inconsciemment assimilée par tous, équation qui veut que "plus il y a de plaisir, moins le salaire se justifie". Cette équation omet de préciser, en effet, que dans tout métier il y a une part de déplaisir. Mon expérience me porte même à penser que plus le plaisir est grand, plus le déplaisir peut être violent. Non par un effet de miroir ("je perds mon plaisir... aaah déception") mais parce que, dans les métiers à forte connotation "plaisir" il y a également une violence des rapports parfois largement excessive, qu'on n'admettrait nulle part ailleurs. Il faudrait y revenir longuement. (C'est probablement à coupler dans une réflexion avec cette maladie des milieux dits artistiques dans lesquels on constate que les discours politiques sont souvent "de gauche" et les pratiques sociales effectives souvent "de la droite la plus dure"...).
Voir également la vidéo qui circule en Espagne sur le « contrato Basura » (« contrat Poubelle ») et l’animation d’Eneko : http://www.mediapart.fr/club/blog/ivanvilla/270908/contrat-poubelle-contrato-basura
Précision: l'Unedic est un organisme paritaire dont la présidence revient en alternance : syndicats de salariés / représentant des employeurs (Medef). Depuis mai, c'est Geoffroy Roux de Bézieux, président de Virgin Mobile France qui en est à la tête. La fusion ANPE/Assedic envisagée va remettre sûrement les choses sur le métier côté gestion de tous ces organismes. Mais on peut effectivement imaginer, Dominique, que pour tous les chômeurs et peut-être a fortiori encore plus ceux qui relèvent d'un statut d'intermittent.... c'est plutôt mal barré !
Oui. Ce n'est pas seulement la perte de la présidence qui pose un problème. C'est la perte de la gestion paritaire, qui est, en quelque sorte, un acquis social (qui arrange les deux côtés... comme tous les acquis sociaux... le temps qu'un des deux côtés commencent à trouver cela déplaisant... toujours le même côté !)
Bonjour Dominique. J'ai compris que ce qu'il y avait à comprendre au sujet des intermittents du spectacle n'était pas très différent de ce qu'il y a à comprendre sur les autres points de l'Actualité et que tu reviens de l'été avec une bonne énergie. Quand ce sera le bon moment pour se coucher sous les roues du travelling arrière qui s'accélère fais-moi signe. Un de ces jours je rassemble quelques notes sur One et je te l'envoie. Serge Koulberg
Cher Serge, Merci pour les notes que tu me proposes à propos de Ohne. Oui, l'expérience du conflit des intermittents a été, pour moi, l'occasion de découvrir comment le Politique et les Médias marchent ensemble pour manipuler les récits de conflits sociaux afin qu'il soient le plus défavorable aux salariés, aux précaires... C'est vrai dans l'ensemble des conflits sociaux d'aujourd'hui. Et les récits ont la peau dure. Après quelques semaines de désinformations travaillées, il est extrêmement dur de sortir les clichés ancrés dans la tête des spectateurs de télé. Aujourd'hui, pour beaucoup, le mélange des genres et les approximations tiennent lieu de réflexion (voir ci-dessous le commentaire de Frédéric). Ce n'est pas pour rien qu'au coeur du conflit de 2003, le ministre de la culture de l'époque avait pu sortir les chiffres d'un sondage disant que 51 % de la population était contre les intermittents. J'avais été scotché d'un tel chiffre : notre discours passait bien mal. Mais j'avais été encore plus scotché que le Ministre de la Culture soit celui qui sorte ce chiffre. Merci Monsieur le Ministre, aujourd'hui confortablement recasé à la direction d'une belle vitrine de la République (Musée et Domaine de Versailles).
Cher Dominique, Je reviens juste sur ce chiffre de sondage : 51 % des Français "contre" les intermittents en 2003 ...De grâce, cessons d'accorder la moindre importance aux sondages : commandés par qui, réalisés par qui, au service de qui ? Je n'ai pas rencontré la moindre personne, dans toute ma vie (1 demi-siècle), qui soit fâchée de près ou de loin avec les intermittents du spectacle. Ca fait un paquet de monde. Ce gros paquet de monde là n'a jamais été sondé de sa vie, ni moi, ni aucun des membres de ma famille par exemple (7 enfants, 18 petits enfants, etc...). Ni lors des élections, ni sur les intermittents, ni au dernier printemps à propos de l'école par exemple et du fameux "service minimum" pour lequel "tous les parents spécialement les familles défavorisées sont d'acccord qu'il soit créé". Eh bien voila: moi-à-la-fois-parent-et-"pauvre", je ne suis pas du tout pour le service minimum en cas de grêve des instits, je m'incline devant les intermittents qui nous sauvent du désert, je n'ai pas les préoccupations sécuritaires de ce "tous les français pensent que", dont on nous rebat les oreilles à coup de sondages menteurs et humiliants, à force. La moitié des français dont les sondages parlent, en général, se résout à peu près à cela : prenez la moitié d' une moitié de la moitié d'une moitié etc... puissance 100, du peuple français, réduisez là en poudre, prenez en une pincée, séchez-là, tamisez, remouillez un peu, de cette pâte vaguement molle modelez une petite figurine, asseyez là sur une chaise, prenez un micro et interrogez là, vous aurez les réponses de la France. Réponses très moyennes pour instituts de sondage moyennement qualifiables-je préfère ne pas le faire. Voila, j'espère que ce petit mot d'amour vous requinque, et que plus jamais aucun sondage de notre douce république bananière ne vous blessera, ni ne vous fera douter de ses habitants, silencieux mais pas muets ! (PS. les ministres jusqu'à preuve du contraire ne sont jamais ministres que de leurs intérêts personnels. Règle n° 1: n'être jamais surpris des contradictions qu'ils étalent sans vergogne). Bien à vous, bravo pour votre billet. Claire
Cher C. Merci pour ce baume, ce petit mot d'amour requinquant. Je vous rassure, ce 51% m'a (nous a) heurté surtout parce qu'il émanait du Ministère de la Culture... lors d'un conflit qui opposait les salariés intermittents au Medef... Voilà. Nous avons vu : chacun son camp, la Culture au Medef (youpie) ! Mais nous avons bien conscience que les chiffres sont du grand n'importe quoi. Est-il utile de redire quel institut de sondage dirige la présidente du Medef ! Et effectivement, ce sondage donnant un "51" avait bien été commandité par quelqu'un. Qui ? Et dans quel but ? La Coordination des intermittents et précaires n'a hélas pas les moyens de se payer des contre-sondages. Merci encore.
Je vous en prie, c'est un plaisir !!! Et puis d'abord vous savez quoi ? Le seul contre sondage qui tienne, c'est le réel ! C'est nous! Résistants de toutes les heures, tranquilles-inquiets-sempiternels-et-fiers-de-l'être, sûrs de ne jamais plier, même quand ça fait grincer les dents, le dos, et la porte du frigo quasi-vide !!! On pourrait appeler cela "un turbulent silence" ?! A bientôt, bon courage ! Claire
Chère Claire, (ouf, j'accorde correctement cette fois) En effet, le seul sondage qui tienne, c'est l'applaudissement et l'observation du réel où l'on constate que la demande augmente toujours. Contrairement à ce qui est fréquemment asséné. On préfère répéter à l'envi que tout cela coûte trop cher. Et il est impossible de trouver 2 millions d'euros pour abonder un fond de sécurisation professionnel, mais on trouve sans problème 8 millions pour financer un système de surveillance d'internet pour chopper les pirates dont les pratiques tailleraient des croupières aux bénéfices des majors... et l'on trouve 3 milliards d'euros en moins de 24h pour recapitaliser une banque qui s'est comportée en requin pendant des années et dont l'absence totale de morale n'a pourtant pas éviter qu'elle risque de s'écraser... Mais c'est probablement démago de tenir un tel discours. (Que ce soit clair, Claire, je ne tiens absolument pas un discours du type "tous pourris", mais je fais le constat d'un double langage actuel).
Merci , Dominique , pour toute ces précisions Au plaisir
On aime bien la Culture, n'est-ce pas ? qu'elle existe tout simplement sans que l'on s'en soucie, qu'après une semaine au bureau, on peut aller au théâtre, qu'il y a des gens mais qui existent réellement, qui savent jouer des rôles, des instruments, danser, chanter, peindre, décorer, écrire, créer... Mais, on voudrait bien payer l'artiste pour son "intervention" si beau, si touchant, si vif... on ne va pas quand-même se soucier de comment il existe, on ne va pas quand même lui payer pour savoir danser aussi bien, avant de participer à un projet de spectacle ! Que le Roi Lear a un loyer à payer et 2 gosses au Collège, mais on n'a rien à cirer ! Que celui qui gère la lumière ou le son le fait si bien, mais qu'il ne vient pas nous demander pouvoir nourrir ses enfants entre les spectacles !Que savoir jouer au piano ne soit pas comme ce vélo qu'on n'oublie jamais, mais s'entretient...! Il y a quelque chose de sage dans le système médical chinois, on paye le médecin pour qu'on ne soit pas malade, pour entretenir notre santé, au lieu de taxer ceux qui ont la mauvaise idée d'être malade... Dans notre système à l'envers, où un médecin est la pour s'occuper de notre mauvaise santé plutôt que de notre santé... il y a quelque chose de notre rapport avec ces citoyens qui vivent et qui font vivre l'art, le spectacle, la musique, la danse, le chant, la création, parmi nous... Avant que le rideau se lève - ils n'existent pas, et quand le rideau baisse : ils disparaissent... autrement dit : ils sont "au chômage"... pas de savoir jouer, de savoir chanter, de savoir être et de savoir donner, de savoir créer, à entretenir... On devrait les nommer des jack-in-the-box de la vie humaine, et qu'ils entrent dans leur boîte à la fin du spectacle et qu'ils la ferme ! Vive la Culture, vive l'Art...!
James, Jack-in-the-box. Oui, c'est pas mal vu, bravo. J'ai imaginé ceci, dans une de mes rêveries d'aujourd'hui : Les facultés universitaires tentent de couvrir les différents champs du savoir et des métiers. On a différencié les sciences dures (ou exactes, bien qu'elles ne soient ni dures ni exactes) (Physique, Chimie, Math...) des sciences molles (Economie, Sociologie, Psychologie...). Autour des sciences dures, il y a les métiers qu'on apprend dans les facultés de sciences appliquées (Ingénieur, Informatique...). J'imaginais une faculté des sciences molles appliquées : on y serait ingénieur de l'humain, ou ingénieur artistique, comme l'on est ingénieur civil ou ingénieur industriel. C'est un peu la façon dont je vois les métiers que j'exerce. Ingénieur de l'humain ou artistique. Bac+5. Aujourd'hui, les salaires ne sont pas à la hauteur, et le diplôme peu valorisé socialement...
Figurez-vous que cela existe, cher Dominique, dans le domaine de la psychanalyse dite appliquée et qu'il y a même un secteur de recherches (cf. rencontres PIPOL). En juin dernier, au forumpsy en Belgique, un homme de théâtre est venu témoigner de sa pratique de théâtre avec des sujets en précarité symbolique : j'ai trouvé cela passionnant - s'il y a un compte-rendu de son texte qui paraît, je vous l'enverrai. Euh, pour le bac+5, ce ne sera peut-être plus nécessaire... Il y a un projet de loi français pour former à la va-vite des "psychothérapeutes" - enfin, ils appellent ça ainsi ! (cf. la revue LNA n°9 parue cet été).
Je comprend que les Intermittents défendent leurs intérêts. Mais reconnaissons qu'ils bénéficient bel et bien de privilèges, au sens d'avantages particuliers, par rapport aux autres artistes : peintres, sculpteurs, photographes, auteurs, etc. Nombre d'entre eux ne survivent souvent que grâce au RMI. Tous ces artistes ne gagnent d'argent que s'ils vendent leurs œuvres. Pendant le temps de la création, l'état ne subvient pas à leurs besoins. Si leurs œuvres ne se vendent pas, aucune politique culturelle ne les subventionne… Ainsi que le souligne ces échanges, le spectacle vivant est incontestablement l'enfant chéri de la république. Il bénéficie de largesses de la part des politiques, dont les autres arts ne peuvent même pas rêver… J'ai d'ailleurs quelques amis journalistes et photographes qui se sont débrouillés pour obtenir ce statut d'Intermittent qui leur facilite grandement la vie et qu'ils trouvent tous infiniment plus confortable que leur statut précédent… Je trouve donc que les Intermittents, qui ont la chance d'avoir du pouvoir et accès aux Médias, devraient se battre non seulement pour leur seul pré carré, mais aussi pour rétablir un peu d'égalité entre les arts et les artistes.
@ Frédéric Chéhu, La différence que vous notez entre les "Intermittents" et les "autres artistes" tient en ceci : les métiers du spectacle vivant et de l'audivisuel (que vous oubliez) bénéficient du statut d'employé salarié. Je ne souscris donc pas à votre commentaire, qui reflète, ô combien, les clichés véhiculés par les médias. Je vous fais d'abord remarqué que j'ai écrit dans mon billet : "L’objectif visé par ceux qui présentent ces réalités sous un jour très défavorable aux intermittents, c’est que la flexibilité, devenue à la mode, les libéraux (comme ils se nomment) voudraient pouvoir l’étendre à tous. Or la réalité des intermittents démontre que cette flexibilité a un coût social important (que d’aucuns peuvent juger exorbitant même). Au lieu de le reconnaître et d’abandonner leur délire flexible, la voie libérale choisit de réduire ce coût social réel et apparent de manière comptable, afin d’amener ensuite chacun à accepter une flexibilité sans compensation. Nous ne pouvons l’admettre pour nous ! Nous ne pouvons l’admettre pour tous !" Nous nous sommes battus pour beaucoup plus large que notre "pré carré". Pour l'ensemble des salariés. Joha fait mention plus haut de l'intense présence des intermittents lors de la bagarre autour du CPE. Nous y étions très nombreux et actifs. D'autre part, pour la question des "'autres artistes", j'en connais effectivement beaucoup qui tentent d'obtenir le statut de salarié et par suite donc, d'intermittent. L'on sait bien que le salarié est mieux protégé, en France, que l'indépendant... Et qu'être indépendant quand on est boucher ouvre des voies de revenu, pas quand on est sculpteur... Un des combats syndicaux a été d'ouvrir au maximum le statut de salarié aux artistes. Et s'il faut parler d'avantage, c'est à cet endroit. Mais ce n'est pas un privilège, parce que cette solution a été adoptée devant le constat de l'impossibilité de vivre et de faire vivre la culture (exception française et ferment indispensable au tourisme - la France première destination touristique au monde...) sans en passer par une "dé-précarisation" de ces professions. Mais j'en connais un paquet aussi qui, ayant été intermittents quelques années, ont préféré réintégrer le statut d'artiste pour la liberté qu'il offre. Et pour fuir l'écrasement des revenus vers le SMIC dont il est très difficile de décoller in fine. Je ne sais pas si vous imaginez bien comment l'on fait vivre une famille quand on est intermittent du spectacle, c'est-à-dire flexible et corvéable à merci (ceci fera probablement l'objet d'une deuxième partie au billet). Et comment on est encore en possibilité de penser et rêver son art. Je vous renvoie vers l'intervention de Jamesinparis ci-dessus qui en parle très bien. Enfin, le statut de salarié annexe 8 et 10, n'est pas un statut qui s'ouvre exclusivement à des artistes, mais aussi à l'ensemble des techniciens de l'audiovisuel et du spectacle vivant. Le nombre de professions qui peuvent avoir accès à l'annexe 8 et 10 est longue comme le bras. Encore une fois, il s'agit d'abord d'être salarié. Et en effet, beaucoup d'artistes plasticiens développent une activité de scénographe, d'éclairagiste ou de décorateur afin d'assurer un revenu plus pérenne à côté de leur activité de peintre ou de sculpteur... Pour ma part, je suis dramaturge (c'est-à-dire écrivain de théâtre), acteur et metteur en scène. Et ce sont ces deux derniers métiers qui me permettent d'exercer librement le premier. C'est le cas pour énormément de jeunes artistes aujourd'hui. Je précise qu'à 43 ans, je fais toujours partie de ces "jeunes" artistes ! Vous m'excuserez, mais il faut comparez ce qui est comparable. Parler de "privilèges" parce que d'autres sont encore plus mal, c'est intellectuellement boiteux. Est-ce que le RMIste français est un "privilégié", parce que 3/4 de la population mondiale est affamée ? Sa pauvreté à lui n'est-elle à réfléchir que relativement à la pauvreté des autres ? Votre discours fait partie de tout ce qu'on entend pour la culpabilisation des artistes intermittents, qui commence à "vous avez un métier qui vous épanouit... de quoi vous plaignez-vous ?" à "il y a plus malheureux que vous...". Je termine en vous signalant une fois encore que le mouvement des intermittents s'est organisé en coordination nationale qui a choisi pour nom : Coordination des Intermittents et Précaires... Et de précaires, il y en a en France. Beaucoup. Des artistes et des non-artistes. Nous n'étions pas dans un pré. Nous ne nous laisserons pas enfermer comme des ânes.
Parler de "privilèges" parce que d'autres sont encore plus mal, c'est intellectuellement boiteux. Oui, Dominique, vous faites bien de le préciser. Frédéric Chéhu témoigne des conséquences de cet usage honteux du terme 'privilège' qui a circulé dans la presse mainstream. Je le comprends, ce terme, comme un moyen de 'diviser pour régner'. La Coordination des Intermittents et des Précaires ne divise pas, elle rassemble. Cf. la Septième séance du jeudi 26 juin 2008 La précarité dans la stabilité, l’exemple de l’intérim du bâtiment Rencontre avec Nicolas Jounin Université ouverte à 18h La précarité dans la stabilité, l’exemple de l’intérim du bâtiment http://www.cip-idf.org/index.php3
Un petit supplément gratuit, pour ceux qui suivraient encore ce fil : une parodie d'Aznavour par Suzanne Gabriello qui correspond bien à ces intermittents dont ce dernier n'a jamais été...
Je m'voyais déjà (à chanter tout bas en lisant)
A 18 ans, j’étais déjà vedette, sans avoir fait aucun effort pour ça ; A 35 ans, les records de recette continuaient d’être battus par moi. Je n’avais rien à souhaiter en somme, pourtant j’étais rongé par un désir N’être qu’une débutante sans le moindre avenir, j’ai tout tenté pour le redevenir.
Je m’voyais déjà en bas de l’affiche, chantant la première devant un public qui n’écoutait pas Je m’voyais déjà avec un pianiste que mon tour de chant, manifestement, N’intéressait pas.
Je guettais en vain, restant en coulisse, le moindre regard de l’un des artistes qui passaient après moi Je m’voyais déjà C’est là que j’insiste Offrant des photos à des spectateurs qui n’en voulaient pas
J’ai tout essayé vraiment pour rentrer dans l’ombre J’ai pris le métro, j’ai fait des ménages, ach’té à crédit Si les contrats pleuvent toujours et en très grand nombre Ce n’est pas ma faute, mais celle de journaux, des impressarii.
Ça m’aurait tant plu de faire antichambre Laisser mon adresse et sans qu’on m’écrive attendre patiemment Et puis tous les soirs Pour pouvoir attendre Je m’voyais déjà garder des bébés comme les étudiants
J’assortis mes voitures à mes savates, et je les jette dès qu’elles sont rôdées Ça n’est vraiment pas pour faire de l’épat’, mais pour éviter d’être démodée. Auprès de mon château le plus modeste, celui de Versailles ressemble à un taudis Les hommes les plus beaux veulent dev’nir mon mari, en ignorant le rêve que je poursuis.
Je m’voyais déjà Partir en tournée Portant les valises, règlant les lumières, tirant les rideaux, Je m’voyais déjà Après la soirée Balayant la salle avec les serveurs dans les casinos
Par économie Au bord de la route J’faisais du camping, mangeant des sandwiches, roulant en solex Et pour les étapes Paraissant moins courtes Je m’voyais déjà faisant d’l’autostop sans aucun complexe
J’ai même essayé, j’vous l’jure, pour que ma gloire cesse, De dire des âneries dans toute la presse d’un ton véhément Mais par entêtement, sans doute, plus que par tendresse On crie au génie, et quand je dis « merde », c’est du Montherlant
Je n’ai plus maintenant Qu’une seule espérance C’est d’être trop vieille pour envisager un recommencement Ou que le public Un soir de voyance Réalise enfin au bout de 20 ans que j’n’ai pas d’talent…
© Suzanne Gabriello / Charles Aznavour
Chouette ce supplément week-end en chanson...
Qui sait qui est Suzanne Gabriello ? Un indice ? Il y a une piste belge qui y conduit.
Deuxième volet ici : http://www.mediapart.fr/club/blog/dominique-wittorski/101108/statut-d-intermittent-du-spectacle-2eme-part-cas-clinique