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Biologie synthétique: et voilà les super OGM!

Mardi 3 mars se tenait la conférence de lancement du cycle sur la biologie synthétique organisé par l’association Vivagora et la Cité des Sciences. Je ne ferai pas un compte-rendu scientifique là-dessus, je n’en suis pas une, mais juste apporter un débat, qui paraît-il, devrait être soumis aux citoyens.

Qu’est-ce que c’est la biologie synthétique ? Rien de moins que la fabrication de dispositifs biologiques et de systèmes vivants qui n’existent pas dans la nature. Jusqu’à présent, on lisait le code génétique supporté par la molécule d’ADN. On a ensuite commencé, dans les OGM, à transférer des gènes existant dans certains organismes comme des bactéries, dans d’autres, comme des plantes. Aujourd’hui on cherche à écrire de nouveaux codes, assembler de nouvelles séquences, et même ajouter de nouvelles bases d’écriture aux quatre existantes (GATC).

Les OGM se contentaient d’insérer un gène de ceci dans une séquence appartenant au génome de cela, ce qui faisait s’exprimer tel caractère pour une fonctionnalité recherchée. Le projet de la biologie synthétique est de créer directement l’organisme pour la fonction voulue. Enfin, l’organisme, c’est un peu vite dit, parce que du génome à l’organisme, c’est très loin.

Alors pour l’instant des équipes de chercheurs ont réussi à synthétiser des petits génomes, très prometteurs, destinés à des microorganismes pouvant par exemple produire de l’hydrogène, pour les piles à combustibles –notre énergie de demain-, ou bien des médicaments, du tissu vivant, ou encore des biocarburants et des recycleurs de déchets, ainsi que des dépolluants. Bref, on a déjà les applications en point de mire.

A en croire les intervenants de la session, on n’y est pas encore. Mais ça va venir, ça vient, et en terme de moyens, les Etats et les industriels mettent le paquet. Et évidemment les Américains sont en avance ! L’Europe craint d’être en retard dans la compétition …. Pas le temps de se poser de questions, le top départ a déjà été sifflé.

Malgré cela certaines équipes de chercheurs- en France notamment- sont intéressées par le potentiel de la bio synthétique pour la production de connaissance fondamentale qu’elle peut apporter. Parce que créer la vie c’est mieux la comprendre. En effet ils se demandent par exemple quel est le génome minimum nécessaire à la vie. Qu’est-ce qui est indispensable dans un génome ? Comment un génome prend le contrôle de la cellule ? Est-ce qu’on pourrait produire un organisme programmé pour une seule fonction ? Il reste de grosses questions pour comprendre les mécanismes de la vie.

Un des intervenants a aussi fait remarquer que la biologie ne sait pas prédire. On comprend de mieux en mieux les mécanismes de l’évolution, on peut reconstituer le passé mais on ne sait pas faire de prédictions.

Et c’est là que ça nous interroge, nous le public.

Comment ne pas se demander si l’on ne ferait pas mieux de continuer à chercher des réponses à ces questions de fond avant de commencer à produire industriellement des organismes synthétiques ? S’il s’agit vraiment d’organismes vivants, on peut s’interroger sur leur comportement. Les molécules chimiques, d’accord, elles n’ont que des propriétés, c’est stable une propriété, mais le vivant, c’est différent, ça se « comporte » ! Par exemple tout système vivant se reproduit, ou plutôt produit de la descendance. Donc ça évolue. Qui peut dire comment ? Est-ce si inimaginable que certains d’entre eux prennent les devants et « innovent » fortuitement ? Et d’une façon désagréable, peut-être.

Ou bien alors il ne s’agit pas d’organismes, mais seulement de séquences de gènes, et l’on aimerait bien que les promoteurs de la biologie synthétique soient très clairs là-dessus : si « organisme » est une manière de parler, du bluff quoi, pour allécher les investisseurs, qu’ils nous mettent dans la confidence, on leur dira rien.

 

D’habitude aux objections sur les thèmes de la dissémination, fuites accidentelles, on nous répond « confinement ». Mais on nous a déjà fait le coup, et on sait que le confinement parfait n’existe pas, et surtout si on fait de ces organismes synthétiques un usage industriel. Et l’on a des exemples pour montrer à quel point les bactéries ou les virus savent nous mettre en échec.

La biologie synthétique fait travailler conjointement les compétences des chimistes, des informaticiens, physiciens, en plus des biologistes. C’est le côté sympathique de l’affaire, la coopération, ces chercheurs échangent librement leurs trouvailles, des séquences circulent d’ores et déjà en accès libre sur le web (il y en a aussi plein qui sont brevetées mais bon). Mais qui nous dit que ces connaissances seront exploitées pour le bien commun ? C’est certes un vieux problème mais on aimerait savoir quelle législation encadre la production de ces organismes nouveaux. Si c’est la même que celle des OGM végétaux on peut se faire du souci …L’aspect économique risque encore d’entacher le tableau scientifique.

On pourrait aussi parler d’usages volontairement nuisibles, sans chercher à se faire peur, ce ne sont pas les intentions belliqueuses qui manquent dans ce monde, semble-t-il.

La question de l’éthique de la recherche était très présente à cette conférence. Les scientifiques sont très demandeurs d’échange sur ces questions, à nous de nous emparer de ces sujets.

Une question a été posée ce 3 mars après les exposés. Elle venait d’un biologiste inquiet : Qu’est-ce qui nous garantit que ces organismes nouveaux n’échapperont pas à leurs créateurs ? La réponse a été : il n’y a pas de mécanisme par lequel ils pourraient « échapper ».

Alors je demande : s’ils sont vivants, alors ils se reproduisent, ils transmettent leur information génétique, il peut alors advenir des mutations, certaines seront gardées si elles procurent un avantage pour tel ou tel milieu. La sélection naturelle, quoi, le voila le mécanisme qui pourrait … Il est quand même bien connu ! Alors pourquoi, comment la sélection naturelle ne pourrait faire là ce qu’elle fait depuis l’origine ? On ne devrait pas avoir une confiance excessive dans le bien fondé des résultats de la sélection naturelle, le résultat elle s’en fout, et l’histoire de l’évolution est jalonnée d’expansions et de disparitions d’espèces plus ou moins ratées ou réussies, peut-être il faudrait faire attention avec ça….

Et si parmi nous il y avait un biologiste qui pourrait me dire si oui ou non, c’est bien d’organismes vivants qu’il s’agit, ce serait bien….

Tous les commentaires

06/03/2009, 00:37 | Par christian paultre

La biologie contemporaine nous semble très menaçante car elle touche à l'essentiel de notre intimité moléculaire. curieusement c'est la complexité du vivant qui nous protège le mieux de ces dangers. 3 à 4 milliards d'années de hasard et de nécessité ne se maîtrisent pas comme cela par quelques effets d'annonce comme dans les story telling aux quels nous ont habitué les hommes politiques et leurs media.On est loin très loin de comprendre cette organisation de bordel efficace. L'évolution dans son histoire a surement produit des systèmes diaboliques et si nous sommes ici pour en parler c'est que cela n'a pas du vraiment marcher pour faire disparaître la vie. Le caractère suicidaire de notre évolution culturelle neuronale se heurtera profondément au processus de l'évolution qui globalement n'est pas suicidaire.

06/03/2009, 08:45 | Par dopsis en réponse au commentaire de christian paultre le 06/03/2009 à 00:37

vous avez raison, il faut sans doute garder confiance , les processus de l'évolution ne sont pas suicidaires, mais rien ne dit que dans ce jeu de la compétition entre espèces la nôtre doive être nécessairement gagnante. J'espère pour ma part que cette entreprise , au delà du bluff, servira surtout à comprendre la vie plutôt qu'à la modifier.

06/03/2009, 13:31 | Par Pierre-Henri Gouyon en réponse au commentaire de christian paultre le 06/03/2009 à 00:37

Que l'évolution ne soit pas suicidaire, on peut le dire mais qu'il y ait eu de nombreuses extinctions au cours du processus est certain. Alors, ce qu'on souhaite faire dans ce cadre reste sous notre entière responsabilité. Et se rassurer en confondant l'efficacité des processus naturels pour maintenir la vie sur cette planète avec une sorte d'optimisation faisant qu'elle reste vivable pour les humains et beaucoup d'autres me semble dangereux.

07/03/2009, 21:39 | Par christian paultre en réponse au commentaire de Pierre-Henri Gouyon le 06/03/2009 à 13:31

Il faut lire la fin de la phrase qui n'est pas spécialement rassurante:

06/03/2009, 20:53 | Par alain Gillis

Puisqu'ils le disent, "qu'il n'y a pas de mécanisme par lequel les petits organismes vivants pourraient s'échapper"... on est rassuré à mort !

07/03/2009, 14:20 | Par Pierre-Henri Gouyon en réponse au commentaire de alain Gillis le 06/03/2009 à 20:53

Il faut dire qu'ils ont déjà fait le coup avec les ogm. Pendant des années, ils ont affirmé qu'ils savaient les confiner jusqu'à ce que des études montrent que les distances de dispersion étaient kilométriques. Devant ces preuves irréfutables, croyez-vous qu'ils ont admis qu'il pouvait y avoir des contaminations? Pas du tout. Ils ont exigé que les textes officiels parlent de "présence fortuite". Fortuite, ça veut dire que c'est imprévu, involontaire, alors que tout le monde l'avait prévu et qu'on a bien vu qu'ils faisaient exprès de tartiner leurs cochonneries partout pour rendre la situation irréversible!!! Ah, beauté de la sémantique du mensonge institutionnel, quand tu nous tiens... Du coup, ils ont réussi à faire passer des textes leur retirant toute responsabilité pénale et même civile en cas de dommages. Alors, pour les nouvelles folies synthétiques, ce sera la même chose. Puisque quelques irresponsables disent qu'ils ne peuvent pas s'échapper, quand ça arrivera, ce sera "fortuit", la faute à pas de chance. Et bien sûr, quand il faudra réparer, on demandera à l'État. N'oublions pas la bonne devise de l'industriel contemporain: "Internaliser les bénéfices, externaliser les risques". Et hop, le tour est joué.

23/05/2009, 12:10 | Par Epaminondât

Le principe de précaution doit jouer, d'abord. Ensuite c'est aux citoyens ou à leurs représentants dûment mandatés de décider quels risques peuvent être courus au regard de quels avantages attendus. Donc: démocratie et écologie... Rien n'interdit d'y penser le 7 juin.

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