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La crise économique à Montpellier: des chiffres au ressenti humain

«La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir qu'en dire, ni comment en prendre la mesure.» Ainsi s'exprime Florence Aubenas au début de son livre Le Quai de Ouistreham. La crise peut s'apparenter à un phénomène abstrait composé d'indicateurs économiques déprimants dont politiques et médias nous assaillent depuis début 2008. Mais c'est aussi une réalité vécue au quotidien par tout un chacun. Essayons de mieux percevoir ce phénomène au niveau de la ville de Montpellier.

Des chiffres alarmants

La capitale du Languedoc Roussillon, comme toutes les grandes agglomérations françaises, a été touchée de plein fouet par la dernière crise économique. Les chiffres du tribunal de commerce de la ville concernant l'année 2010 sont assez éloquents en la matière. On recense 532 liquidations judiciaires officielles et selon le journal Midi Libre « 2 947 injonctions de payer ont été données alors que 26 faillites sans interdiction de gérer, 19 mises à l'achat des dirigeants (obligés de payer tout ou partie du passif) et 5 interdictions de gérer ont été prononcées ».

Plus généralement, d'après les statistiques de l'INSEE, de juillet 2011, la région comprendrait environ 13% de chômeurs.

Une déshumanisation du travail

Outre ces chiffres, la crise est vécue au quotidien par de nombreux montpelliérains comme en témoigne Yvon, psychiatre travaillant en libéral au centre-ville de Montpellier : « les consultations pour des dépressions liées au travail sont de plus en plus fréquentes ». Et d'ajouter : « harcèlements, pressions et mises à l'écart sont légions ». Plus généralement, il qualifie le climat ambiant actuel : « l'individualisme est de plus en plus fort entrainant souvent la solitude et une perte de sens ». Cette modification du rapport au travail ne date cependant pas d'hier : « la crise ne fait que renforcer un phénomène depuis longtemps en marche » précise le Docteur.

Philippe, chimiste montpelliérain de 35 ans travaillant dans une entreprise de panneaux photovoltaïques en périphérie de la ville, ne s'est encore jamais rendu chez un psychiatre. Mais depuis environ un an il ressent un profond mal-être dans son travail : « il n'y a pas d'humain dans le management des hommes et à la moindre requête notre supérieur invoque la chance d'avoir un CDI par ses temps de crise ». Certains employeurs profitent donc de la situation et engendrent un malaise supplémentaire au sein de ceux qui travaillent. Malgré ces difficultés de nombreux jeunes rêvent d'obtenir un CDI élevé au statut de véritable graal.

Une angoisse omniprésente

Montpellier est une ville étudiante, cette catégorie représente les futures potentielles victimes de la crise actuelle. A l'image d'Anthony, étudiant en troisième année d'histoire à la faculté Paul Valéry, la plupart d'entre eux sont anxieux sur leur avenir : « je ne sais pas du tout de quoi sera fait demain mais je sais que si je ne réussis pas un concours, je suis idéalement parti pour me retrouver sur le carreau » affirme le jeune homme de 21 ans.

A l'opposé une autre population fortement présente dans la ville héraultaise : les retraités. Leurs maigres pensions sont régulièrement dénoncées par l'univers politico-médiatique. Mais un autre aspect est moins mis en lumière : celui de l'atteinte psychique. Ainsi Isota et Dante, couple d'immigrés italiens ouvriers de 78 et 82 ans, habitant le quartier de la Pompignane à Montpellier, témoignent. Ils s'inquiètent pour l'avenir des derniers nés de la famille : « presque tous les jours en regardant les informations télévisées on se pose des questions sur la situation future de nos trois petits-enfants ».

Au-delà des chiffres inquiétants, Montpellier est donc témoin d'un nouveau climat anxiogène qui s'installe au sein de notre société. Entre angoisse et mal-être, l'assimilation psychologique de cette crise pourrait s'avérer encore plus grave que son simple effet mécanique déjà dévastateur...

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