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La lutte contre le racisme passe avant la defense des femmes...?
La récente demande de naturalisation de l’ex-députée Ayaan Hirsi Ali, cette néerlandaise d’origine somalienne désormais réfugiée aux Etats-Unis, ainsi que son obtention du prix Simone de Beauvoir, ont récemment conduits les intellectuels français à un difficile cas de conscience : quelle position adopter au sujet d’une femme qui combine affirmation des droits de la femme dans la société musulmane, et propos souvent tendancieux et provocateurs sur cette religion. Elle participe d’un cas de figure déjà observé auparavant, par exemple il y’a deux ans lorsque le professeur toulousain R. Redecker avait été menacé de mort pour ses propos sur le Prophète. C’étaient alors les principes de la liberté d’expression et de la recherche qui s’étaient télescopés avec le nécessaire respect des cultes.
Les dirigeants du parti socialiste ont fait les frais ces derniers jours de cette délicate question en ne parvenant pas à adopter une position commune sans complexe sur le sujet: attendus sur la défense d’une femme qui est devenue en Europe un symbole de l’oppression des femmes dans les pays dominés par le fondamentalisme islamique, ils n’en ont pas moins saisi le danger de s’exprimer en faveur d’une personne qui a traité l’islam de « religion archaïque », a tourné dans le film d’un réalisateur à la réputation plus que sulfureuse (Théo van Gogh a, de fait, souvent été critiqué pour ses propos racistes) et été condamné par de nombreux pays musulmans de premier plan. Les socialistes n’ont cependant pas été les seuls à être chatouillés par cet épineux problème puisque la demande de naturalisation de Ayaan Hirsi Ali est pour l’instant restée lettre morte, face au silence prudent de l’administration française, qui a déclaré vouloir examiner cette demande en toute conscience.
Pourtant ce nœud gordien ne pourrait il être assez facilement dénoué à l’aide d’un peu de bonne foi et surtout en mettant de côté, avec résolution, le politiquement correct ? en effet, traiter le Prophète de "chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame », comme le fit Robert Redecker en son temps, ou dénoncer l’archaisme engendré par le strict respect du Coran dans certaines sociétés, ne peuvent –ils être pris pour ce qu’ils sont ? : des propos certes violents, assurément provocateurs, mais reposant sur des vérités que personne finalement n’espère pouvoir sérieusement contredire. Dès lors il ne s’agit pas ici tant de racisme mais bien de respect des sensibilités. Choisir ce respect est un choix individuel éminemment préférable, mais que ne semble pas avoir fait Mme Ali, pour des raisons qui la regarde. Il est par contre profondément triste d’observer l’infime hésitation et la frilosité que l’on a pu percevoir dans la réaction de certaines élites politiques. La mise en balance du possible mécontentement que provoquerait surement chez une frange de la population à la sensibilité malmenée une telle naturalisation, et la cause de cette demande, à savoir une demande de protection après la condamnation de cette femme par des états, des intsitutions ou des personnalités parfaitement barbares, à la peine capitale , ne devrait faire aucun doute quant à la décision à prendre dans le pays de France. Il ne s’agirait ici ni de blanc seing, ni de soutien seulement en premier lieu la protection d’une vie humaine (et quelque soit le niveau de la menace, c’est ici le symbole qui importe), avec pour ligne de conduite une ferme neutralité face à ses convictions, et dans un second temps, la satisfaction d’avoir défendu réellement, c’est à dire même au prix d’un difficile cas de conscience, la liberté de parole. Optionnellement, l’on pourra même ensuite aller jusqu’à se réjouir de recevoir sur notre sol des opinions diverses, propres à alimenter le débat. Il ne faut en effet pas avoir peur d’avoir pris la décision d’héberger une personne raciste : nous avons des lois pour ça aussi, et Ayaan Hirsi ali n’y dérogera pas. Mais cette question de sensibilités (tout à fait nécessaire) ne doit venir que postérieurement dans le processus d’une telle décision, car où cette femme prendrait elle la liberté de choquer si on ne la protégeait pas avant ?

