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De la joie dans la crise

Je suis parisienne, intermittente du spectacle (production), j'ai élevé seule mes enfants, j'ai maintenant cinquante trois ans, et depuis trois ans j'ai de plus en plus de mal à trouver du boulot. Dans ma branche je n'ai pas travaillé depuis trois ans. J'ai trouvé des métiers connexes (écriture de scénarios, organisation d'un mariage au Qatar, d'un festival de films, etc...) mais il faut à chaque fois inventer de nouvelles formes et de nouvelles manières de travailler, persuader des gens nouveaux qu'on est apte à tenir un poste. Mais finalement, cette obligation d'adaptabilité est assez bénéfique : plus on doit inventer, plus on éveille l'imagination, et plus on se sent créatif. Je partage mon appartement familial avec deux copains au Rmi, j'accueille des hôtes de passage ponctuellement, je donne des cours dans des boîtes de formation, j'achète des choses sur Ebay. J'ai tout de même toujours une carte d'abonnement illimitée au cinéma, et je marche à pied, je fais des kilomètres. La piscine est gratuite, et surtout, surtout, j'ai le temps d'entretenir mon réseau d'amis, ceux qui vont bien et ceux qui vont mal, ceux qui ont encore du boulot et qui flippent, et ceux qui n'en ont plus et qui s'organisent. Dans mon secteur, la crise et les coups répétés à notre statut ont fait beaucoup de dégâts. L'annonce de la suppression de la pub sur les chaînes publiques a eu pour première conséquence un gel des commandes. Beaucoup des maisons de production avec lesquelles j'avais l'habitude de travailler ont licencié une bonne partie de leur personnel permanent, il reste peu de travail pour les intermittents. Mais sans doute le fait que j'ai fait tellement de choses depuis que je travaille ne me donne plus vraiment envie de chercher à prouver que je suis une bonne professionnelle, et je vis de plus en plus de moments forts avec mon entourage. Moins de pression, moins de volonté de ressembler à un modèle de professionnelle parfaite (habillée chez Zadig et Voltaire, overstressée, jamais disponible, un téléphone à la main en permanence, un carnet d'adresses gonflé d'importance), je me sens mieux, cela m'a permis de comprendre que l'essentiel est ailleurs. J'ai retrouvé quelques choses essentielles : le temps, la solidarité, l'énergie partagée.

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Je me surprends a lire vos mots clefs... après avoir lu votre billet (53 ans au chômage ! Femme seule intermittente).... et me dis que cela est bien réducteur par rapport à la richesse de ce que vous ecrivez, donc, je rajoute dans les mots clefs de ce billet : solidarité, générosité, amitié, culture et joie de vivre -malgré tout ! Enchantée de vous connaître Internétiquement !!

Oui, Edmée, votre parcours vaut le détour, et comme le dit Christel, il vous fallait bien d'autres clés qu'une étiquette sociale pour le faire vivre et prendre ce tournant. Je vous rejoins dans votre "l'essentiel est ailleurs". Les illusions de la réalisation de soi au travail ont peut-être vécu, pour la plupart d'entre nous. Avec la crise qui démontre - encore plus qu'avant -que ceux qui recrutent et "évaluent" cherchent peut-être des professionnels parfaits, mais rarement des êtres humains.

C'est surtout votre témoignage de solidarité, générosité, amitié comme le dit Christel, que je retiens et la dénonciation du démantèlement par le pouvoir de tout ce qui fait lien social. Et bienvenue à MediaPart avec votre premier billet!

"La Crise" cache bien des crises, la défaite de tout ce qui fait lien. Merci de votre témoignage, il en faut des mots qui décrivent ce que la CAC40, le Financial Times, responsables politiques, les medias, les journaux ne disent pas.

Merci de nous rappeler la futilité de certaines de nos ambitions, merci de nous rappeler que le bonheur n'est pas dans la satisfaction de besoins de consommateurs mais dans l'échange et le partage. Ce billet m'aide à relativiser ; il m' interpelle aussi sur cette société qui veut nous mettre dans des boites avec des modes d'emploi ; il est parfois difficile de sortir de ces logiques. Bravo pour l'avoir fait et pour nous en donner l'exemple Xavier

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