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Hommage à Max Théret, aventurier de l'espérance

Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience. J'ai retrouvé cette réflexion de René Char, le poète insurgé des Feuillets d'Hypnos, en exergue d'un manuscrit inédit. Il s'agit des Mémoires de Max Théret, l'inventeur précurseur de la FNAC, indéfectible militant de gauche depuis sa jeunesse trotskyste. Leur titre? Agitateur. Décédé la semaine passée, le 24 février, à 96 ans, Théret sera inhumé à Paris, au cimetière du Père-Lachaise, mardi 3 mars. Hommage personnel à un aventurier de l'espérance.

 

Ce qu'il y a de bien avec les poètes, c'est qu'ils ne seront jamais morts. Parce qu'ils vivent de mots toujours présents, de mots qui ne cessent de nous donner l'intuition du présent. D'être tombé sur cette fulgurance de Char, juste après l'appel téléphonique de Michèle Théret m'apprenant la mort de son époux, ce fut comme un signe posthume de cet éternel vivant que fut Max Théret (1913-2009). Un salut amical, souriant au possible, malin en diable, bras d'honneur à la camarde, image même de ce que fut le disparu, bloc de fidélité et d'optimisme, de roublardise et de combativité, indéfectible aventurier de l'espérance sous l'apparence d'un activiste de la gauche, qu'elle fut militante et radicale ou installée et réformiste.

 

Max Théret, quand on résume son itinéraire, c'est à la fois le fondateur de la FNAC avec André Essel (1918-2005), le financier dévoué des aventures socialistes les plus recommandables ou les moins inavouables, l'ancien militant trotskyste de quand il était minuit dans le siècle (selon la formule de Victor Serge), le combattant de toutes les causes perdues depuis son engagement auprès des Républicains dans la guerre d'Espagne. Mais ce fut en même temps bien plus que cela: un itinéraire à part, inclassable et improbable, mélange d'audace et de candeur, associant une profonde absence de préjugés à une intime droiture, ce qui donnait, au soir de sa vie, cette énigme d'un homme d'affaires dont les idéaux de jeunesse n'avaient pas été corrompus par des fréquentations parfois risquées ni érodés par certains épisodes à l'évidence discutables.

 

Parmi ceux-ci, l'affaire Pechiney, évidemment. C'est à l'occasion de cette histoire de délits d'initiés, pour laquelle il sera logiquement condamné en 1993, que j'ai fait sa connaissance, début 1989. Pas n'importe quelle histoire puisque ce sera la première affaire financière de la longue présidence (1981-1995) de François Mitterrand, symbolisant l'irruption de l'argent-roi au cœur d'un pouvoir se réclamant des principes de justice sociale - j'en ai rendu compte en 1992 dans La part d'ombre. Notre rencontre aurait dû mal se passer, tant de communes jeunesses trotskystes, dans des contextes bien différents, ne suffisaient pas à arrondir les angles.

 

En l'occurrence, j'étais en effet un peu chasseur et lui plutôt gibier. Mais, à la vérité, ces rôles respectifs qu'attribuent les préjugés au journaliste d'investigation, quand il enquête sur un scandale, ainsi qu'au témoin dudit scandale qu'il veut confesser sont rarement aussi caricaturaux. Car il faut compter avec l'aléa de la rencontre, la curiosité de l'autre, l'intelligence des relations. Impliqué dans l'affaire Pechiney et l'assumant avec panache sans jouer les innocents outragés, Théret sut à la fois respecter le travail du journaliste que j'étais et sa propre fidélité à ceux qu'il protégeait - concrètement François Mitterrand lui-même, à travers son ami de captivité Roger-Patrice Pelat, qui sera emporté par ce scandale.

 

Il ne se dérobait pas devant mes questions, tout en honorant le pacte de secret qui le liait au pouvoir socialiste. Il comprenait mes curiosités et leur légitimité, mais, dans ses réponses, ne trahissait jamais les siens, fussent-ils moins flamboyants et moins fidèles que lui-même. Il me permettait de comprendre l'affaire Pechiney, d'en reconstituer le puzzle, d'en saisir le contexte, mais il ne manquait jamais à la parole de fidélité qu'il s'était donnée d'abord à lui-même, ne "donnant" personne, ne "balançant" aucun indice.

 

Ce fut donc un drôle de jeu de chat et de souris, paradoxalement complice et respectueux - sans animosité ni aigreur. Le journaliste n'étant rien sans ses sources, ses interlocuteurs ou ses informateurs, je tenais donc à rendre hommage à Max Théret tant il fut beau joueur, radicalement démocrate au fond, dans ce moment où une affaire d'argent venait éclabousser les idéaux et les intérêts qu'il avait défendus ou servis. Et comment lui rendre hommage sinon en lui donnant la parole? En faisant parler ce grand vivant par-delà son absence?

 

Car, avant de s'en aller, Max Théret a écrit. Beaucoup écrit, en vrac, au fil du clavier, de ses réminiscences et de ses résonances. J'ai été, l'an passé, l'un des destinataires de ce manuscrit foisonnant, tempétueux et impétueux d'un jeune gaillard de 95 ans qui, hélas, n'a pas (encore) trouvé preneur dans le monde de l'édition parisienne. Il est vrai que Max, retrouvant la verdeur de ses jeunes années révolutionnaires, n'y allait pas toujours avec précaution. Et sans doute cette confession torrentielle appelait-elle un travail de mise en forme. Reste que, la relisant en pensant avec émotion à cet homme que je vouvoyais, l'estimant vraiment sans être pour autant son ami, j'ai été étonné par le formidable message d'espoir qui s'en dégage, de quoi requinquer des bataillons entiers de jeunes consciences par nos temps de crises, de doutes et d'inquiétudes.

 

Voici donc un extrait de ce manuscrit de plus d'un million de signes que Max Théret avait superbement intitulé Agitateur:

 

A mon age avancé, je conviens que ma vie a été formidable. Pour 90 %, je ne regrette rien! J'ai reçu le don merveilleux d'enrichir mon esprit à toutes les heures de ma vie. Ayant toujours privilégié l'action, souvent plutôt rude, il m'arrive aussi parfois, dieu merci, d'être contemplatif, poète même appréciant les choses simples qui se présentent. Traversant les grands événements de ce siècle (depuis la fin de la guerre 14-18), j'en ai gardé le souvenir. J'ai connu, fréquenté et admiré Trotsky, Léon Blum, Largo Caballero, Mitterrand, Indalecio Prieto, Felipe Gonzalez, Mendès France… J'ai rencontré Clémenceau, Aristide Briand, Malraux, Tito, Togliati, Pietro Nenni…

 

Outre ces grands personnages, au cours de ces longues années, j'ai bénéficié d'une chance inouïe, il m'est arrivé de lutter auprès de camarades de toutes conditions, magnifiques de conviction, de courage et de désintéressement qui sont devenus des amis très chers, je peux compter sur eux comme ils peuvent compter sur moi en toute circonstance. N'oubliant jamais nos grandes options de jeunesse, notre fidélité ne connaît ni distances ni frontières. De toute mon existence, j'ai eu la grande chance de n'avoir jamais été ni prisonnier, ni déporté, je n'ai pas connu l'humiliation même si j'ai parfois été moralement écrasé par le poids de la défaite, mais je me reprenais vite. Il m'est arrivé, hélas, d'éprouver de la honte pour mon pays.

 

De grands aventuriers ont croisé mon chemin et même quelque voyou. A condition qu'ils ne transgressent pas les règles de notre propre morale, je les écoutais; ils étaient souvent passionnants et toujours distrayants, les risques qu'ils acceptaient d'encourir me les rendaient sympathiques, préférant de beaucoup leur compagnie à celle des "honnêtes" paroissiens des beaux quartiers. Je suis d'accord avec Disraeli: "La différence entre l'aventurier et le gentleman, c'est que le gentleman obéit aux règles de son club et l'aventurier aux caprices de son cœur." Les personnages atypiques m'ont toujours attiré.

 

Depuis l'âge de 16 ans, je milite et lutte pour nos valeurs, je suis très fier et un peu triste d'avoir si souvent prévu les événements. (Parfois hélas pour un bien piètre résultat !). Mais je dois reconnaître que la certitude d'avoir eu raison contre les sots, les malfaisants et les bien-pensants de tous bords ("los cavernicolas" comme disent les Espagnols), m'a toujours procuré et me procure encore de superbes jubilations. Débordant d'enthousiasme et d'espoir; nous allions changer le monde. Prêts à toutes les peines et tous les sacrifices. Par tempérament, j'ai toujours préféré ne voir que le bon côté des choses et des gens, tout en gardant une lucidité aiguë. Enfin j'ai heureusement conservé intactes toutes mes facultés d'indignation.

 

Ma génération s'est violemment battue contre la dureté , l'égoïsme et la bêtise des possédants. Les tout premiers à dénoncer sans cesse le stalinisme et ses crimes, nous avons été aussi les adversaires les plus déterminés du fascisme. De nombreux amis ont laissé leur vie ou leur liberté sur ces deux fronts. Notre devise a toujours été : ne jamais se résigner. Qui n'a pas milité ne peut imaginer la chaleur fraternelle, la solidarité attentive, la joie d'être ensemble qui régnaient dans nos groupes. Nous y passions tout notre temps libre. Souvent même y trouvions nos compagnes.... Nous aidions les défavorisés et l'éducation comme la formation, la culture, le sport tenaient une grande place dans nos activités. Nous étions curieux de tout, toujours disponibles et déterminés. (Nos groupes d'action étaient les TPPS : "Toujours prêts pour servir" !)

 

Inutile de souligner que notre engagement était totalement désintéressé, de ce côté de la barricade, il n'y avait que de mauvais coups à récolter, sans aucune compensation ni espoir de profit. L'espèce des pseudos militants énarques, soucieux avant tout de leur plan de carrière n'existait pas encore, ni les frétillants attachès de cabinet, l'écuelle en bandouillière... Totalement solidaires, l'amitié était pour nous chose sérieuse, la fidélité se justifiait d'autant plus que nos amis se trouvaient en difficultés, même si parfois certaines de leurs positions pouvaient nous heurter. Pour ceux-là, l'important était qu'ils n'aient pas failli à notre éthique.

 

Il y a mille histoires et cent détours dans ce manuscrit: du trotskysme ardent des années 1930 et 1940 au financement des campagnes électorales socialistes de 1974, 1981 et 1988, de la guerre d'Espagne à la presse des années 1980, de l'amour précoce pour la photographie à l'invention anticipatrice de la FNAC en 1954 (dont le sigle signifiait à l'origine Fédération nationale d'achat des cadres...), de l'enfance modeste et joyeuse d'un gamin de Montmartre aux engagements dans la franc-maçonnerie, des combats de la Résistance sous l'Occupation aux rencontres futures avec le grand capital, etc. Max Théret y aborde franchement les aventures financières qu'il a croisées - un passage évoque d'ailleurs avec précision la mystérieuse Banque Rivaud dont, sur Mediapart, Martine Orange nous a révélé récemment combien elle était au cœur des secrets de l'empire de Vincent Bolloré. Sur l'argent en général et le capitalisme en particulier, voici ce qu'il écrit:

 

Pour moi, l’argent n’a jamais été un sujet tabou. Autant je méprise l’argent tout puissant, le pognon des combines et de la spéculation, des corrupteurs et des corrompus, les aigrefins bien placés escroquant mutuelles, associations, experts en détournement de deniers publics; autant j’apprécie le «métier» de ceux dont l’imagination et l’action novatrice permet d’agréables et correctes réussites.

 

Dans ma longue carrière, j’ai gagné beaucoup d’argent dont je n’ai pas à rougir, j’en ai dépensé beaucoup, surtout pour de justes causes. J’avoue que je regrette ces périodes fastes bien agréables, même si j’ai toujours su adapter sans problème mes dépenses à mes recettes. Certaines époques me permettaient d’aider des amis et camarades à réaliser leurs rêves, beaucoup ont réussi dans leurs entreprises, d’autres non. Beaucoup s’en souviennent, d’autres non… que importa.

 

Certains "grands patrons"  me font sourire qui figurent au palmarès des premières fortunes de France. Ils n'ont jamais rien créé mais furent experts en razzia à la barre des Tribunaux de Commerce de France. La plupart de ces enrichis express, aidés par des banques à tout faire et certains politiciens douteux, donc sans ouvrir leur escarcelle, ont pu s'imposer sans vergogne dans des entreprises convoitées et prospères. S'installant dans le nid des autres, ce sont des "patrons coucous".  Nous espérons bien retrouver ces mirobolants personnages dans quelques années… à la place qu'ils méritent!

 

On ne devient jamais impunément milliardaire, j’ai bien connnu de ces aigrefins sans scrupules ni autre talent que faire aboutir dans leurs poches profondes notre argent transitant par les caisses de financiers véreux. Souvent leurs financements étaient curieusement à la charge de l’Etat ou de Fonds secrets  répartis par les gens qui nous gouvernent. C’était la récompense bien méritée de quelque truanderie!

 

Cet homme, dont tous les responsables socialistes, et notamment les trésoriers du PS, savent bien qu'il a fait fortune sous la droite mais s'est appauvri sous la gauche, avait coutume de dire qu'il était entré en politique, comme tous ses amis insistait-il, "pour servir et non pour se servir". Et, dans les dernières pages d'Agitateur, rêvant d'assister à de nouveaux matins d'espérance, il écrit ceci sur le système dont il a su se servir et par lequel il s'est enrichi, tout en enrichissant ou finançant les autres, tout autour de lui: "Le système capitaliste, responsable de la misère extrême de millions d'hommes compte un peu trop sur la faiblesse actuelle des syndicalistes et socialistes de tous bords. Le réveil des exploités est inéluctable et nul n'en sortira indemne."

 

Un éditeur peut-être, des historiens sûrement, en feront un jour leur miel, tant ce manuscrit à première lecture impubliable est en même temps frais et mordant, ironique et vivant. Ils goûteront notamment les sorties d'un Max très en colère contre le paysage de la gauche après la victoire de Nicolas Sarkozy et, plus généralement, contre les quelques impostures que sa vie militante l'a amené à croiser, parmi lesquelles sa tête de Turc favorite, Max Gallo, passé du stalinisme au sarkozysme, via le mitterrandisme et le chevènementisme… Extrait, et ce sera le dernier:

 

Nous en sommes, hélas, à la consécration des traîtres, n'oublions rien et préparons une bonne revanche! Donc, les sires Attali, Besson, Jouyet, Gallo et quelques autres sont appelés au coté de notre Grand Président! Avec de tels conseillers, nul besoin d'adversaires. Ce racolage, qui m'indigne, n'est peut être pas inutile; il nous débarrasse de personnages attirés par le pognon et le clinquant, incapables ou nuisibles. Après ce bouquin, j'ai l'intention de publier mes impressions de campagne et surtout les avatars bien présentés des premiers mois de gouvernement de « SARKO ET LES TOURNE-CASAQUES ». Nous aurons de quoi nous esbaudir : chaque jour, bruits de chute dans la soupière signifiant l'annonce de quelque nouvelle trahison provenant de nos rangs.

 

Et d'ajouter: "Mais qui donc disait que la réaction française ramassait ses grands hommes dans les poubelles de la gauche? Belle confirmation."

 

Adieu donc Max, adieu Max Théret qui se souvenait encore, comme si c'était hier, de cette apostrophe de Léon Trotsky à quelques militants français un peu trop pinailleurs au goût du vieux révolutionnaire russe: "Vous brossez l'ombre d'un carrosse avec l'ombre d'une brosse". On dirait du René Char, non?

 

 

* Les obsèques de Max Théret ont lieu mardi 3 mars, à 14 heures, au funérarium du Père-Lachaise, à Paris 75020.

Tous les commentaires

Salut Max Théret Bravo pour ce rappel et sa formidable et réaliste formule la réaction va chercher ses grands hommes dans les poubelles de la gauche. Nous sommes dans le vrai, les Kouchner, Besson, Attali, Jouyet, Gallo ne seront même pas de grands hommes, mais des petits, prêts à tout pour rester au pouvoir. Max Théret manque à la FNAC depuis qu'il l'a vendu au groupe Pinault. La FNAC n'est plus ce qu'elle était, une coopérative au service de ses adhérents. les adhérents sont devenus des clients qu'il faut plumer. Cela souligne aussi l'incapacité de la gauche de pouvoir en France à défendre les coopératives, les mutuelles, tous les systèmes alternatifs au capitalisme. Max théret nous laisse ses mémoires à nous d'en faire bon usage et de les faire vivre. le Flambeau est à reprendre. Jean Bachèlerie

Découverte d'un nom. J'espère, à 96 ans, si jamais la mienne vie et l'espérance de bonne vie sont encore là, continuer à rêver "d'assister à de nouveaux matins d'espérance".

Merci Mr Plenel pour cette intimité partagée et toutes les résonances en écho qu'elle nous procure. (In memorium Victor Serge, par ex.). Ps: On aimerait vous lire plus souvent dans les colonnes de Médiapart.

Message reçu, cher Tofick, je vais faire des efforts ;-)

Oui, c'est vrai, on aimerait vous lire plus souvent !

Beau texte, et on aimerait le lire, cet Agitateur, en vrac ou un peu ordonné mais surtout pas trop peigné... Rappelons aussi, parmi les "rêves qu'il a aidé à exister" ( même brièvement.. dans ce cas là) , qu'il permit à l'Autre Journal de voir le jour.

Oui, absolument, chère Dominique. La vérité, c'est que dès qu'on lui demandait d'arranger, fût-ce aux marges de la légalité, un coup pour la cause (cause qu'il n'identifiait pas à l'Etat, au Pouvoir ou au Président), il répondait présent, se débrouillait, s'arrangeait. Mais il ne supportait pas, lui qui restait plutôt dans l'ombre, qu'ensuite, on crache dans la soupe ou qu'on se montre ingrat. Ne lui devant rien (il était seulement abonné à Mediapart) et ayant plutôt malmené, à l'époque, celui qu'il soutenait, François Mitterrand, je me sens d'autant plus libre pour lui rendre cet hommage. D'autres, qu'il avait aidés et qui l'ont oublié, se taisent, hélas.

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Merci à vous Plenel pour cet hommage vibrant à Max Théret. Vous n'occultez pas les petites contradictions de cet homme courageux et visionnaire. Mais, quel homme... Une vrai leçon de vie effectivement. Salut à toi Max, nous serons nombreux à avoir les yeux embués. gilles sournies

Je ne connaissais rien à l'homme. Si on devait s'arrêter à l'affaire Pechiney, on n'aurait rien à en dire. Sauf que cela ne peut être le cas, compte tenu de la vie, des engagements et indignations de cet homme. Quand on lit votre hommage, on ressent de l'admiration et de l'incompréhension. Que vient faire l'affaire Pechiney la dedans ? c'est incompréhensible, inconvenant, une insulte. Il s'agit du même homme pourtant... Il n'a pas trouvé d'éditeur ? Pourtant, les extraits que vous publiez montrent qu'il s'agit d'une belle plume qui ne mâche pas ses mots. j'espère que le livre sera publié...

Oui, comme beaucoup d'hommes d'affaires Max Théret a trempé dans des trucs louches, mais je crois que ce qu'on retiendra de lui, outre la co-création de la Fédération Nationale d'Achat des Cadres, c'est le financement de journaux de gauche (dont le "Matin de Paris", carpette des socialistes mais aux pages "culture" intéressantes). Néanmoins, outre qu'évoquer l'affaire Péchiney permet à Edwy Plenel de parler de Plenel Edwy, ce rappel d'une réalité de la mitterrandie est utile.

Curieux, on peut passer du côté des capitalistes tout en étant anti-capitaliste sincère (aucun doute pour moi la dessus). Est-ce cela le "trotskysme culturel" dont parle Velveth au sujet de Max Théret ? Chacun a ses contradictions. Max Théret est peut être exceptionnel de part l'ampleur des contradictions qui le traversaient (outre le fait qu'il a mené une vie lui ayant permis de côtoyer de grands hommes tels que Trotsky). Au nom de son attachement à une cause progressiste, beaucoup sont prêts à lui pardonner ses écarts. Pourtant, ne doit-on pas attendre de ceux qui se trarguent d'être progressistes une atttitude exemplaire vis à vis de l'argent ? je ne veux bien évidemment pas dire par là que l'argent est sale en soi et qu'il conviendrait de faire voeu de pauvreté...

Personne n'a la même flamme ni n'entretient pareillement ses contradictions. Elles peuvent vite devenir réfutations de ses engagements. C'est même le plus courant. Un certain Denis Olivennes, à mon sens, bien que passé par le trotskysme et la FNAC (PPR), est l'illustration que tout le monde ne peut être Max Théret ! Pauvre Nouvel Obs.

Merci Edwy Plenel pour ce bel article aussi éloigné d'une rubrique nécrologique que Théret et Essel l'étaient de la "ligne droite", en tous les sens du terme. Au-delà des contradictions du personnage, on se plait à penser que le parfum, exotique mais tenace, du "trotskysme culturel" ne quitta jamais vraiment Max Théret.

C'est comme s'il s'agissait des vies de plusieurs personnes. Personne riche et surprenante de belle façon.

Superbe article pour un non moins superbe personage. J'ai beaucoup aimé aussi les extraits des mémoires de Max Théret et notament une citation parmi tant de merveilleuse lucidité et d'extraordinaire esprit de combat (à 95 ans...!):"Le système capitaliste, responsable de la misère extrême de millions d'hommes compte un peu trop sur la faiblesse actuelle des syndicalistes et socialistes de tous bords. Le réveil des exploités est inéluctable et nul n'en sortira indemne." J'y crois (le terme de croire n'est pas le bon , c'est une certitude et la Gouadeloupe montre la voie) ferme. Mais pourquoi dire que ces mémoires sont impubliables ? Parce que le système d'édition Français est trop frileux ? Pouquoi Médiapart ne lance pas une grande souscription pour réussir cette publication? Rien qu'à lire ton article ça donne envie et je suis sûr que je ne serai pas le seul à y participer. Chiche ?

La gauche caviar est plaisante à lire, en effet. Plus jeune Max Théret aurait fait un personnage idéal pour "les inconnus".

Vous n'avez, comme toujours rien compris, Max Theret n'appartenait pas à la gauche Caviar, qu'il ne manque pas de stigmatiser dans ses mémoires. Mais à côté de la droite BLING-BLING des copains et des coquins du Fouquet's y pas photos.

Bel hommage d'E.P à cet homme effectivement étrange et incroyable qui a su naviguer avec une grande intelligence parmi les gentlemen et les aventuriers. Jusqu'à la fin il avait donc gardé sa lucidité et sa parfaite analyse des "tourne-casaques" (au fond la pire espèce dont nous sommes affublés hélas!). Cette intelligence et ce discernement rare manque dramatiquement à notre triste époque. Pour ma part je garde de cet homme le souvenir d'une petite silhouette rapide traversant quotidiennement une certaine FNAC à une époque révolue... Discret mais présent, retenu mais profondément engagé, Max (nous l'appelions par son prénom!) disparaît subrepticement... Merci de rappeler son souvenir...

Il a quand même une sacrée plume, notre directeur. Il fait revivre un personnage, évoque une sorte de liaison et nous enchante! J'ai envie de lui dire "encore" mais d'autres l'ont dit avant moi!

« Je suis d'accord avec Disraeli : "La différence entre l'aventurier et le gentleman, c'est que le gentleman obéit aux règles de son club et l'aventurier aux caprices de son cœur." Les personnages atypiques m'ont toujours attiré. »
J'ai aimé cette phrase qui m'a donné le sourire car, me semble-t-il, elle s'applique fort bien à Max Théret lui-même, pas seulement agitateur mais entreprenant, entrepreneur novateur et engagé. C'est ainsi qu'il m'apparaît si sympathique.
Quant aux tourne-casaques, ils ne serait pas surprenant que d'aucuns s'empressent de lui rendre un hommage hypocrite pour mieux s'en gausser. Grâce à ce billet, nous ne serons pas dupes de ces pitreries.

Salut Max, mardi prochain par la pensée je serais au Père la Chaise, en conservant le souvenir du cinéaste qui filmait le camp international des "faucons rouges" de Mont Louis en 1946 (sauf erreur) et de Charade l'année suivante, au côtés de tes 2 garçons du groupe du 18 ème (arrondissement) dirigée par Simone..., et la coopérative des PTT, de la rue d'Anjou, que tu dirigeais et où nos groupes s'approvisionnaient aux temps du rationnement ... De l'accueil que tu m'a réservé dans les bureaux du Matin de Paris pour publier une information sur l'invitation des copropriétaires par les syndics de copropriété à une réunion d'information à la mairie du15 ème arrondissement de Paris sur la SÉCURITÉ, dans le cadre de la pré-campagne du RPR des législatives de 1986 avec le Commissaire de Police du 15ème, qui finalement n'est pas venu. Le Gouvernement de Jacques Chirac devait, aussitôt après sa victoire, s'empresser de libéraliser la rémunération des syndics, à l'origine de multiples abus, y compris le détournement des produits financiers générés par les fonds des copropriétaires par dizaines de millions de francs. Plus grave encore, la création dès le 4 août 1987, d'une commission relative à la copropriété où le lobby des syndics côtoye les hauts fonctionnaires et magistrats de la Justice, du Logement, à l'origine d'une dérive jurisprudentielle préjudiciable aux copropriétaires. D'accord avec toi pour dénoncer "ces pseudo-militants énarques (pas tous) soucieux avant tout de leur plan de carrière" et de rappeler " qui n'a pas milité ne peut imaginer la chaleur fraternelle, la solidarité attentive, la joie d'être ensemble qui régnait dans nos groupes". Amitiés - Solidarité, notre devise qui a toujours guidé notre action.... L.. du groupe Jean Jaurès, Paris V°

J'éprouve comme un malaise à la lecture de ce texte, de cet hommage à M Theret. En effet, une fois de plus, un homme de "gauche", venant même de l'ultra gauche, avec génie capitaliste s'est "sali" les mains en créant la FNAC, qui comme son nom l'indique s'adressait avant tout, explicitement, aux "cadres" de la société Française. Avec ce sigle la lutte des classes était dans l'esprit, mais pas du tout dans le sens attendu de cet homme au passé "gauchiste". Sachant depuis toujours la signification du sigle FNAC, c'était avec des sentiments mélangés que je pénétrais dans cet antre de la consommation, adhérent bien sur depuis longtemps, et comme tous "cadres", csp ou csp+, étant la cibles de ce concept. De classe ouvrière, point. (Je rappelle qu'à l'époque, la classe ouvrière recoupait un concept sociologique qui avait encore du sens) Pas solvable, pas éduquée suffisamment niveau produits offerts. Ensuite dans son discours rapport à l'argent, Theret d'une manière "classique" s'excuse hypocritement en citant des lieux communs genre: Pour moi, l’argent n’a jamais été un sujet tabou. Autant je méprise l’argent tout puissant, le pognon des combines et de la spéculation, des corrupteurs et des corrompus, les aigrefins bien placés escroquant mutuelles, associations, experts en détournement de deniers publics; autant j’apprécie le «métier» de ceux dont l’imagination et l’action novatrice permet d’agréables et correctes réussites. Ah !! Omo lave plus blanc, et cela étant dit, je suis blanc comme neige !! Qui ne souscrirait pas à de tels principes de type libéral ?? C'est vraiment enfoncer des portes ouvertes, même à l'époque des Madoff et autres ... Et donc, l'affaire Péchiney, qui s'est d'ailleurs terminée tragiquement pour certains, montre à elle seule le non respect de ce type de message "moral" qu'il ne s'est pas du tout appliqué à l'époque. Bon on peut toujours considérer cet épisode comme un gros "bug" dans sa vie si "riche", mais ce fut vraiment une énorme affaire Mitterrandienne. Et donc Jekill et Mr Hyde ?? Je ne suis pas loin de le penser, et ce type de schizophrénie n'était pas rare à l'époque. Bref que sa vie soit passionnante et instructive historiquement parlant, OK, mais je n'irai pas plus loin dans les éloges.

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C'est quand même pénible ces cloclo qui ne savent même pas faire la distinction entre l'ultra gauche et l'extrême gauche et se permettent d'enterrer lesz brisures et méandres d'un homme comme si nous n'étions pas, toutes et tous, pétris ce contradictions. Quant à la FNAC...lutte des classes, c'est du même tonneau que "sans Rolex à 50 ans..." !

Je ne suis bien sur pas d'accord sur le fait d'enterrer trop vite ma sortie sur la "lutte des classes". Je vous rappelle qu' au 20eme siècle, en plein milieu, pour ces "gens là", pour Theret et les autres de gauche, d'extrême gauche ou d'ultra gauche, question de sémantique seulement, la "lutte des classes" était probablement le terme le plus utilisé, le plus médiatisé, et le plus significatif. Et donc je le réécris, créer un tel concept "marketing" aussi révolutionnaire que la "FNAC" ciblant seulement une certaine classe explicitement non ouvrière, excusez du peu, mais on se marre après coup. Coté PC, il y a eu aussi des entrepreneurs qui ont été autrement plus cohérents avec leurs idées, et la cible à atteindre.

Vous parlez certainement de Doumergue, le milliardaire rouge, stalinien jusqu'au bout des ongles ? Je vous le laisse. Nous ne parlons pas de la même chose...

Aujourd'hui, c'est Luc Boltanski, auteur des "cadres", qui a rejoint le NPA :-)

Cloclo pour les éloges, vous les réservez aux amis de Sarkozy, réunis au Fouquet's le soir de son élections aux présidentielles de mai 2007. Max Theret était un passionné de photos. Avec André Essel (Dunoyer dans la Résistance) il a fondé la FNAC, dans un petit appartement du Boulevard Sébastopol pour y vendre des appareils photos de grandes marques à des prix (discount, avant la lettre) en ciblant une catégorie de clients les cadres. Le succès de la FNAC, tient aussi à la remise de carnets d'achats auprès de commerçants et d'artisans de qualité offrant des remises importantes pour l'époque. Max Theret a manifestement bénéficié de l'expérience qu'il avait acquise en dirigeant la coopérative des PTT de la rue d'Anjou. Avec André Essel, ancien dirigeant des jeunesses socialistes (tendance trotskiste), il constituaient une équipe d'agitateurs politiques qui se sont investi dans le commerce en partant de rien, après la dissolution des Jeunesses socialistes décidé par Guy Mollet pour avoir demandé la démission de Ramadier, Président du Conseil qui avait accepté de s'engager dans la guerre d'Indochine provoqué par l'Amiral d'Agenlieu en bombardant le port d'Haïphong, qui allait mettre un terme aux négociations menés en Indochine par le maréchal Leclerc avec Ho Chi Min et à Fontainebleau avec le Gouvernement qui se termina par la défaite de Dien Bien Phu en 1954. Max Théret et André Essel ont réussi avec la FNAC une aventure commercial extraordinaire, en conservant une éthique anticapitaliste dans un monde capitaliste. Par la voie Judiciaire, ils ont obtenu la condamnation de grandes entreprises pour "refus de vente" de ses prétendus défenseurs de la libre concurrence non faussée. Les vendeurs de la FNAC n'étaient pas rémunérés à la gueld (au % des ventes) mais avaient une véritable mission pédagogique de conseils. Le succès de la FNAC et sa rapide expansion ne pouvant plus être financé par auto-financement, ils ont préféré céder leur entreprise au secteur coopératif, Avec la tournure prise par le capitalisme qui étend sa domination par les privatisations et la concurrence déloyale contre le secteur de l'économie sociale, c'est finalement Pineau qui a pris le contrôle de cette magnifique réussite de deux militants révolutionnaires. Ah enfin, cette affaire Péchiney qui vous fait saliver Cloclo. Max Theret après la cession de la FNAC s'est retrouvé en possession d'un pactole qu'il a fait fructifier dans des opérations financières et en apportant un soutien financier important au Parti Socialiste. Il a même acheté avec ses fonds propres à Claude Perdriel, le patron de presse du Nouvel Obs, le Matin de Paris en quasi-faillite, par conviction de gauche sans chercher à en faire une affaire prospère comme Perdriel avec son minitel rose. Il a effectivement, bénéficié d'informations pour investir dans l'affaire dite Péchyney, À l'initiative de la SEC, le gendarme de la Bourse américaine a engagé des poursuites pour délit d'initiés. Le procès a été instrumentalisé en France, pour mettre en cause Pierre Bérégovoy et ses amis d'une manière sélective en abandonnant les poursuites notamment contre les Libanais. La Bourse est un marché de dupes où les principaux bénéficiaires sont les INITIÉS au détriment des petits boursicoteurs qui se sont ruinés en 1929 et en 2008. Mais les affaires les plus juteuses dedélits d'initiés ne font pas l'objet de poursuites pénales spectaculaires. Et l'afffaire EADS-AIRBUS dirigé par Lagardère aux oubliettes merci Sarkozy... Et ce gendarme de la Bourse Américaine qui n'a pas vu venir la faillite du système bancaire et financier à l'origine du plus énorme krack financier depuis 1929,.Alors Cloclo, pas de jugement à l'emporte pièce contre Max Théret, la FNAC a bien été une aventure politico-commerciale anticapitaliste dans un monde capitaliste. L'aff. Péchyney, une broutille par rapport à la FNAC, une suces story, Chapeau Max Theret.

Cher Laurent Desvignes, Merci de cette contribution qui est bien plus qu'un commentaire et qui, au-delà du légitime hommage, complète fort utilement mon article. Votre mise au point est utile face à quelques réactions où percent des préjugés, voire des détestations. Factuellement, tout ce que vous écrivez relève des vérités de fait, notamment sur l'histoire de la FNAC. Le manuscrit non publié (pour l'instant?) de Max la raconte en détail, y compris la revente finale à Pinault, lequel ne sort pas indemne des commentaires aussi acerbes que libres de Théret. Juste une précision, à propos de l'épisode Péchiney dont je fus l'un des narrateurs/enquêteurs dans les colonnes du "Monde": jusqu'au procès en appel, Max Théret a protégé François Mitterrand, à travers la personne de Roger-Patrice Pelat, en prétendant contre toute vraisemblance être l'informateur de Pelat. Après sa condamnation en première instance, il a finalement reconnu qu'en fait, l'information dont il avait bénéficié venait de Pelat. En d'autre termes, il n'était aucunement un acteur central de cette histoire, mais l'un de ses bénéficiaires périphériques. Toutefois il ne l'a pas crié sur les toits, conformément à son personnage. Le temps avait fait son œuvre et son rôle de paravent n'était plus nécessaire… De fait, cela n'a rien changé à sa condamnation qui n'a guère varié. A demain, je suppose, au Père-Lachaise !

Que de langue de bois. Manifestement le gros pognon quand il est à gauche sent tout de suite moins mauvais... une erreur de fait en tout cas : les vendeurs émargeant pour des marques de produits en vente à la FNAC et présents pour refourguer leurs produits, ça date du camarade Essel. Ca avait été abondamment documenté dans la presse à l'époque.

Non, beber999, votre passion vous égare et vos affirmation sont fausses.Vous vous trompez, et la biographie d'Essel en témoigne précisément. L'idée de la FNAC est née dans la tête de Théret, puis Fred Zeller, lui aussi ancien trotskyste, recommanda Essel à Théret, comme bras-droit et gestionnaire. C'est ainsi qu'est né le tandem, associant les intuitions de l'un et le management de l'autre.

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"ce manuscrit à première lecture impubliable", est-il vraiment impubliable ? Ce que vous en donnez montre son intérêt : complexité d'une vie, complexité des rapports entre un individu et les premiers choix de sa jeunesse. Est en jeu ici la manière d'accéder par soi-même à la vie d'adulte avec les réévaluations que dicte l'expérience même de la vie pour le meilleur ou le moins pire. Ce que velveth appelle le trotskysme culturel, forme particulière du communisme culturel qui marqua profondément les années 30 à 60. Comment rester fidèle à ses choix initiaux et ne pas sombrer dans le reniement - ce que l'on dissimule parfois sous le voile de la conversion, des yeux qui enfin s'ouvriraient...?

"Trotskysme culturel" n'est qu'une reprise d'un grand standard mis à jour voici quelques années. Ne me l'attribuez donc pas même si sa musique, bien au-delà des années 30 à 60, court toujours.

Je me demande si ce n'est pas Edwy Plenel à qui on doit la paternité du concept de "trostkysme culturel". Quoi qu'il en soit, je crois que c'était Marc Lazar dans la revue "Le Débat" qui disait que les anciens trotskystes pouvaient plus facilement que les anciens communistes entretenir une relations de sympathie avec "le vieux" et les toujours trotskystes : les trotskystes n'ont pas de passif, ils se sont opposés à Staline, ils n'ont pas été confronté au principe de réalité. La rupture que doivent accomplir les anciens communistes est plus importante sur le plan intellectuel et psychologique.

Cher Sylvain, Bien vu. J'ai explicité (et illustré) ce que signifiait pour moi cette expression, qui ne plaît ni aux apostats ni aux dévots, dans "Secrets de jeunesse", paru en 2001, et aujourd'hui disponible en Folio. J'y rendais compte de mes propres engagements de jeunesse, de ce que je leur devais et de ce qui m'amenait, toujours, à les revendiquer à ma manière dans un itinéraire où le journalisme est devenu ma seule forme d'engagement face au réel, de parti pris sur le monde et de confrontation à ses injustices. Façon de souligner aussi que l'engagement, dans une vie, ne se réduit pas forcément à la fidélité à une organisation, un parti, un groupe, mais peut se construire également dans un itinéraire propre qui rend compte de sa confrontation à d'autres mondes, d'autres milieux, d'autres univers. En politique aussi, il faut se garder de l'éloge de la seule pureté, confondue à tort avec l'authentique fidélité, et ne pas exclure les hautes vertus du métissage, de ses enrichissements et de ses déplacements. Pour en revenir à Max Théret (et pour les historiens ou les connaisseurs de cette histoire particulière), il revendique dans ses Mémoires ses liens avec Raymond Molinier qui, lui, est resté trotskyste, mais y pratiquait ce goût des aventures, à la fois activistes, financières et entrepreneuriales (un jour, Molinier alla jusqu'à monter un cirque, un vrai…). J'ose l'hypothèse que Théret, en politique, a réinvesti ce talent-là au service du socialisme français d'après Epinay, celui de François Mitterrand. Ma sévérité envers la présidence de ce dernier est connue – et ne fut pas tardive, quand cette posture était devenue sans risques. Mais cela ne m'empêche pas, en journaliste qui doit expliquer avant de juger, de comprendre les itinéraires, les choix et les contradictions de celles et ceux qui, à l'époque, ont épousé sans réserve cette aventure et qui, pour autant, ne se sont pas corrompus, ne se sont pas servis, ne se sont pas reniés. C'était le cas de Max Théret, je le maintiens.

C'est effectivement à Edwy Plenel que nous devons cette plaisante et profonde expression de "trotskysme culturel" dans un de ses ouvrages, "Secrets de jeunesse".

Cher René Lorient, Votre dernière phrase dit l'essentiel qu'à sa manière résumait, au cœur de la crise des "compagnons de route" dans les années 1950, Maurice Merleau-Ponty: comment rester fidèle à ce que l'on fut tout en reprenant tout depuis le début? Ce qui m'a frappé, en relisant ce manuscrit que j'avais délaissé, c'est la colère de Théret contre les convertis justement, et leur zèle empressé depuis 2007. Ce sont des conversions perditions où ils n'auront de cesse de piétiner leur passé et leurs jeunesses. Non, ce manuscrit n'est pas impubliable, évidemment. Mais il n'est sans doute pas publiable en l'état. Il faudrait un travail d'éditeur pour rendre l'ensemble moins désordonné, sans perdre ce bouillonnement où transparaît la force vitale qui animait Max Théret.

Je veux juste dire un mot sur l'expression "trotskysme culturel". Un article récent sur "l'anarchisme cuturel"qui définirait la Fédération anarchiste, Camus, Onfray est disponible sur le site de l'Organisation communiste libertaire. Qui en distingue "l'anarchisme révolutionnaire"qu'elle promeut. De même, il existe de nos jours un trotskysme politique-révolutionnaire-, qui persiste, dans le NPA,sous d'autres noms, indépendamment et du trotskysme culturel et du choix de la direction du NPA de ne plus se référer au trotskysme. Dans la lutte des classes de notre époque.

Ce qui est triste, c'est l'incapacité de l'Homme à refuser le "tribunal" morale, qui l'empêche d'avancer et de comprendre. Milan Kundera (voir les "Testaments trahis") a parfaitement décrit ce phénomène qui jette l'œuvre des Heidegger, des Céline, des Sartre sous prétexte de moralisme. "L'homme est celui qui avance dans le brouillard. Mais quand il regarde en arrière pour juger les gens du passé il ne voit aucun brouillard sur leur chemin.(...). Et pourtant, tous, Heidegger, Maïakovski, Aragon, Ezra Pound, Gorki, Gottfried Benn, Saint-John Perse, Giono, tous ils marchaient dans le brouillard, et on peut se demander : qui est le plus aveugle ? Maïakovski qui en écrivant son poème sur Lénine ne savait pas où mènerait le léninisme ? Ou nous qui le jugeons avec le recul des décennies et ne voyons pas le brouillard qui l'enveloppait ? L'aveuglement de Maïakovski fait partie de l'éternelle condition humaine. Ne pas voir le brouillard sur le chemin de Maïakovski, c'est oublier ce qu'est l'homme, oublier ce que nous sommes nous-mêmes". C'est certain, il est plus difficile de "penser" que de s'envelopper dans le moralisme de son époque pour juger un homme du passé.

Le personnage ainsi présenté parait vraiment intéressant, et assez subtil dans son rapport à l'argent, certains devraient en prendre de la graine. Toutefois, le paragraphe sur le délit d'initié me parait assez peu clair, Edwy Plenel commençant par parler de ce délit, puis continuant en disant que lui a critiqué dans la part d'ombre le côté fric des années Mitterrand, et puis ?... Qu'a dit M. Theret sur ce délit d'initiés ? Quelles conclusions en a tiré M. Plenel ? A lire vite l'article, qui est assez long et sans titres de paragraphes (oui, j'ai besoin de repères), on dirait que M. Plenel est passé sur ce délit en l'écartant de la main. M. Plenel considère-t-il qu'un délit d'inités est une chose anodine pourvu que l'homme qui le pratique est subtil, cultivé et jovial ? L'extrait : "Parmi ceux-ci, l'affaire Pechiney, évidemment. C'est à l'occasion de cette histoire de délits d'initiés, pour laquelle il sera logiquement condamné en 1993, que j'ai fait sa connaissance, début 1989. Pas n'importe quelle histoire puisque ce sera la première affaire financière de la longue présidence (1981-1995) de François Mitterrand, symbolisant l'irruption de l'argent-roi au cœur d'un pouvoir se réclamant des principes de justice sociale - j'en ai rendu compte en 1992 dans La part d'ombre. Notre rencontre aurait dû mal se passer, tant de communes jeunesses trotskystes, dans des contextes bien différents, ne suffisaient pas à arrondir les angles."

Cher Remarque, Aucunement. Je ne considère pas du tout qu'un délit d'initiés soit une affaire banale. Pardon d'avoir paru allusif, dans cet article qui avait pour but de faire connaître le Max Théret que l'opinion ne connaissait pas, n'ayant vraiment entendu parler de lui qu'à l'occasion de l'affaire Pechiney. Pour être prècis sur cet épisode, je crois avoir établi à l'époque que Théret portait avec stoïcisme un chapeau plus grand que le sien et qui n'était donc pas que le sien. En l'occurrence, il a couvert l'ami proche de François Mitterrand, Roger-Patrice Pelat. Bien à vous, et merci d'avoir rejoint Mediapart !

Monsieur Plenel, Merci pour votre réponse et ces informations, ainsi que cet intéressant portrait. Nouvelle abonnée, il est vrai que je fais mon travail de commentariste. Cordialement.

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Je me permettrais ce tout petit nota bene : je pense qu'un coupable qui l'est moins que d'autres, l'est toutefois plus que les innocents. Je connais peu M. Plenel, j'aime la presse libre, j'essaye de comprendre qui joue quoi; je lis des infos intéressantes; d'autres me posent question ; bien sûr un délit d'initié n'est pas une affaire innocente.

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