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Lévi-Strauss, l'identité nationale et ses désastres

«J'ai connu une époque où l'identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats. On sait quels désastres en résultèrent.» Claude Lévi-Strauss a prononcé cette phrase à Paris, en 2005, quand commençait déjà à prendre forme la détestable régression nationale que signifie et personnifie le sarkozysme. Sa mort nous la lègue en héritage.

Ce sont les obstinés veilleurs de Mediapart qui, préparant notre hommage à Claude Lévi-Strauss (1908-2009), disparu à quelques semaines de ses 101 ans, m'ont signalé une chronique que j'avais écrite à son propos en 2005 et dont je n'avais plus le souvenir. Parue dans le défunt magazine Le Monde 2, à une époque où je n'avais plus de responsabilité dans ce journal que j'allais quitter quelques mois plus tard, il s'agissait d'une libre réflexion autour d'une des toutes dernières apparitions publiques du célèbre ethnologue.

 

Or la relisant aujourd'hui, et y trouvant cette mise en garde sur les désastres auxquels conduit l'exacerbation de l'identité nationale, j'ai eu le sentiment étrange que cette chronique était d'extrême actualité. A l'époque, Eric Besson était toujours secrétaire national au Parti socialiste (et donc pas encore ministre de l'immigration et de l'identité nationale), tandis que l'échec du scrutin sur l'Europe n'avait pas encore ouvert la voie à Nicolas Sarkozy (par une méchante ruse de l'histoire que n'avaient évidemment pas anticipé les tenants sincères d'un "non" européen). Mais un climat était déjà là qu'au fil de ce texte, l'on perçoit par le détour d'un chemin de traverse. La preuve sans doute qu'il faut aussi être attentif aux marges de l'actualité pour entrevoir ses tendances lourdes.

 

Voici donc, sans aucun changement, cette chronique parue le 21 mai 2005, sous le titre "La leçon de Claude Lévi-Strauss". L'autre heureuse suprise, c'est d'y entendre l'ethnologue lier indissolublement souci du monde (donc de sa pluralité, y compris celle des nations) et souci de la nature (lequel souci est aussi celui de la pluralité, du divers et du différent).

 

*
 

Un grand homme, c'est un siècle. Une marque qui reste à échelle de vie humaine, une empreinte sans appel, une légende sans retour. Ce n'est pas forcément affaire de durée, d'années accumulées; et certainement pas d'un temps géré avec une mentalité d'épargnant, prudente et calculée. Un siècle, cela peut se jouer en un an comme en cent, et le nôtre, celui qui vient, se joue peut-être chaque jour depuis les ébranlements de 1989 et 2001, la chute du Mur et la chute des Tours. Pourtant le grand homme qui nous occupe ici a pour lui le bénéfice de l'âge: il a eu beau avoir sans cesse risqué son temps, des chances successives l'ont mystérieusement épargné. Et, à déjà 96 ans, Claude Lévi-Strauss continue de vivre au risque de la pensée, contre les habitudes et les facilités.

 

Ceux qui l'ont entendu, il y a une semaine, le 13 mai, sous la coupole de l'Académie française, ont pu le vérifier. Un savant parlait, mais sa parole allait au-delà de son savoir, rejoignant l'itinéraire du citoyen du monde qu'il n'a cessé d'être, depuis sa longue jeunesse militante à la gauche du Parti socialiste jusqu'aux révolutions intellectuelles de l'âge adulte, celles des Structures élémentaires de la parenté (1949) et de Tristes tropiques (1955). "Il n'est aucun, peut-être, des grands drames contemporains, disait-il, qui ne trouve son origine directe ou indirecte dans la difficulté croissante de vivre ensemble." L'humanité, poursuivait-il, est devenue "sa propre victime", n'ayant pas compris que ses droits "cessent au moment où leur exercice met en péril l'existence d'autres espèces".

 

L'homme détruit, et du coup se détruit, nous avertit l'ethnologue, fort d'un savoir acquis auprès des sociétés sans écriture. Leurs "sages coutumes", de protection et de respect de la vie et des espèces à l'entour, nous indiquent la voix du salut: renoncer au vertige de la puissance et de la solitude, accepter de "faire de l'homme une partie prenante, et non un maître de la création". Le lecteur se demande sans doute ce que ce prophétisme écologiste vient faire dans notre actualité. Il se le demande d'autant plus que ce discours d'un homme rare et l'événement qui l'a suscité sont passés inaperçus, ne provoquant guère plus qu'une dépêche et une photo d'agence.

 

Paris, 13 mai 2005, remise du prix Catalunya à Claude Lévi-Strauss par Pasqual MaragallParis, 13 mai 2005, remise du prix Catalunya à Claude Lévi-Strauss par Pasqual Maragall

 

Or l'événement comme le discours étaient européens, à deux semaines du référendum français dont l'Europe est l'enjeu. Le thème même du propos de Lévi-Strauss n'était pas indifférent: "L'ethnologue devant les identités nationales". Quant à ce qui le provoquait, c'était de recevoir, à Paris et non à Barcelone, eu égard à son âge, le prestigieux prix international Catalunya, créé en 1989 par le gouvernement autonome catalan. Ce prix, par lequel la Catalogne distingue les pensées du monde, a déjà été décerné à des Français, Jacques Delors et Edgar Morin notamment. Marquant l'importance qu'il y accorde, le président du gouvernement catalan, Pasqual Maragall, s'était déplacé pour l'occasion. Il s'est exprimé en français, excellemment, tout comme le président délégué du jury, un philosophe.

 

Quant à Lévi-Strauss, avant de nous inviter à vivre ensemble par le respect des ailleurs et du divers qui nous entourent, il a commencé par saluer la récente fondation par la Generalitat de Catalunya d'une eurorégion Pyrénées-Méditerranée. Faisant l'éloge de cette "vaste contrée transfrontalière", il a ajouté ceci: "J'ai connu une époque où l'identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats. On sait quels désastres en résultèrent." C'est alors qu'au nom du jury le philosophe catalan fit écho à l'ethnologue français et à nos débats hexagonaux, en paraphrasant un célèbre libelle du Marquis de Sade révolutionnaire: "Français, encore un effort pour être européens!".

 

Ce n'est certes rien, juste une remise de prix, un simple instant protocolaire, et pourtant ce nous semble un fait significatif. Une grande région d'Europe, dont le martyre républicain porta nos idéaux universels, se déplace à Paris pour distinguer solennellement l'un de nos grands intellectuels, dont toute la pensée exprime le souci du monde, et ce lieu de vieille grandeur nationale qu'est l'Académie française accueille la cérémonie; mais c'est chez nous, en ce pays-ci, un grand silence qui salue l'événement! Si l'on veut bien regarder son pays comme si on n'en était pas, alors l'anecdote n'en est plus une. Comment, de l'autre côté des Pyrénées, ne pas y voir l'illustration d'une France qui a le nez collé sur elle-même, n'ayant plus d'yeux pour ce qui la dépasse et la prolonge?

 

La Catalogne le prouve: l'Espagne ne doute pas de son identité européenne quand elle accepte de vivre sa pluralité nationale. Sa démocratie est vivante, jeune, féminisée, dynamique, surprenante comme l'a montré le vote qui a suivi les attentats du 11 mars 2004, refus du mensonge et de la peur. C'est une sorte d'anti-portrait d'une France qui n'entend pas la leçon de Claude Lévi-Strauss.

Tous les commentaires

«J'ai connu une époque où l'identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats. On sait quels désastres en résultèrent.»

Un bel héritage !  Merci CLS...

 Plus que la lueur d'une bougie:  un phare pour nous , en ces temps de désastre national et de retour colonial

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" quand commençait déjà à prendre forme la détestable régression nationale que signifie et personnifie le sarkozysme. " 

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Ceci n'était pas indispensable et me semble même mal placé.

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jean-paul yves le goff 

Génial ! Si j'en crois ce qui a été dit sur le JT de France 2, il aurait été inhumé aujourd'hui même, avant que la'nnonce de sa mort ne soit officialisée... Et que tu le veuilles ou non, cher JPYLG, ça me fait quand même plaisir de savoir que Sarko et Besson ne défileront pas derrière son cercueil avec les mines atterrées de circonstance...

Est-ce lui qui en avait décidé ainsi ? En ce cas, un coup de chapeau de plus à ce géant....

Avis immédiatement partagé dès l'annonce de cette information au delà de son départ....

Bravo à Edwy pour cette formule ..... assassine mais tellement juste !

Si vous préférez, Monsieur Le Goff, vous pouvez remplacer "sarkosysme" par "machiavélisme" :

  « Diviser pour mieux régner »

Pour Nicolas Machiavel comme pour Nicolas Sarkozy, (jusque dans le prénom, hein ?) la politique se caractérise par le mouvement, la rupture et le conflit.

« Gouverner, c’est faire croire ! »

Daniel Alberti du var

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"Gouverner, c'est faire croire !"

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C'est une formule qui me touche de près; car toute ma réflexion politique qui est, soit dit en passant, fort distante (trop sans doute) par rapport aux questions d'actualité, consiste à me demander si l'on peut gouverner autrement qu'en mentant.

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J'ai l'impression que non. Sauf lorsque, s'étant trop vu mentir, ayant trop longtemps été trompé, tout à coup les gouvernés ressentent un besoin de vérité, ou peut-être se rendent compte - je ne sais pas trop - que, en définitive, la vérité leur sera moins coûteuse que le mensonge.

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Une vérité temporaire pour changer un peu du mensonge permanent.

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Mais je ne vois pas bien en quoi, pour cette réflexion, il faut associer Sarko 1er et Machiavel (lequel, soit dit en passant, était un vrai moraliste) et surtout saisir l'occasion d'un hommage funèbre à Claude Lévi-Strauss comme le fait le directeur de Médiapart,  qui a cru bon fourguer  une fois encore son  unique obsession ("Le mal, c'est Sarko") , à ses 16000 groupies.

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jpylg 

Parler de "ruse de l'histoire" qui ferait l'élection de Sarkozy une conséquence du non au Traité européen est un peu court politiquement, en effet. La mise en minorité  de toutes les autorités politiques, étatiques et éditoriales de ce pays par le suffrage universel a certes eu des conséquences. Qu'il est présomptueux d'évaluer dès à présent.

Le rusé Sarkozy a su se débarasser  de Villepin à une époque où nul à gauche ne trouvait à ce même Villepin quelque moralité. Il a su se faire passer comme champion de la rupture alors qu'il était un Ministre du gouvernement sortant de Chirac. Victoire de la ruse et de la communication rusée.

La décomposition idéologique, politique, intellectuelle du PS furent utilisées par le rusé Sarkozy. Sans plus. La gauche des énarques carriéristes est exténuée. L'autre gauche peine à s'imposer.  

Hommage à Lévy Strauss. Qui aide à penser le monde.

 

Entièrement d'accord avec vous, le raccourci d'Edwy Plenel du non au TCE à Sarkozy est ...une impasse qui ne rend compte que d'un tout petit bout d'explication...

Le papier de l'époque était beau, comment ne pas s'émerveiller de la clairvoyance ...

Mais il ne tient qu'à nous de mettre  la lumière ...

 

Oui, vous avez raison. Essayons.

Moi aussi, je trouve le sarkozysme loin d'être indispensable et carrément mal placé... et le présent du propos de Claude Lévi-Strauss éminemment politique.

Tout à fait d'accord.

Le coup de pied de l'âne systématique ne s'imposait pas.

 

Quelle tristesse, et quel danger, ce manque de lucidité. OUI, c'est une dérive générale: économique, sociale, politique, par incompétence affichée, désinvolture, volonté de détruire ce qui fonctionne, au titre de la REFORME, monstrueuse tromperie camouflant l'enrichissement injustifié, éhonté, de quelques uns pour mieux écraser tous les autres, dont vous, dont nous: pauvres, smicards, classes moyennes: "l'homme qui détruit se détruit"

(s 'adresse notamment à M. le GOFF)

Pourquoi cet homme a-t-il été autant loué et si peu écouté ? Le Rousseau du XXème siècle.

http://www.mediapart.fr/club/blog/hestia/031109/claude-levi-strauss-ou-la-mort-de-mon-voisin 

parce que les louanges sont la façon habituelle de ne pas écouter et de poursuivre son chemin si détestable soit-il

hum, hum..., il y a sans doute de cela. Très drôle Jack Lang dans ses louanges.

La "politisation" d'une pensée aussi monumentale dans ses nuances que celle de Claude Levi Strauss m'étonne et je me demande à quel malentendu cela expose? Pensez-vous vraiment qu'il s'agit, dans le débat qui s'ouvre, de rétablir "l'identité nationale comme  principe des relations entre les états"? Par exemple,  serait-il totalement vain de s'interroger sur ceci: "La civilisation mondiale ne saurait-être autre chose que la la coalition , à l'échelle mondiale, de cultures préservant chacune son originalité" (Race et Histoire) ? En tout cas, cette intrumentalisation à des fins toutes polémiques avec le gouvernement, est-elle le meilleur hommage qu'y puisse se rendre à Claude Levi Strauss au soir de sa mort?

J'espérais trouver un article comme celui-là quand j'ai vu dans

Le Monde internet: premier titre: "C. Levi Strauss est mort", second titre:

"Le débat sur l'identité nationale est lançé". J'ai pensé "C. Lévi-Strauss a

eu raison de mourir". On n'est plus à l'époque de l'anthropologie et des

sciences fondamentales. On est à celle des buralistes et de la TVA à 5%.

 

j'approuve. Hélas !

Mais heureux télescopage peut-être de deux tristes actualités, si tout à coup l'une, la mort de Lévi-Strauss, par les hommages nombreux incitant à la relecture voire à la découverte de son oeuvre lumineuse permettait de souligner brutalement en creux l'aspect honteux de l'autre, cet appel à circonvenir une identité nationale, résonnant alors bien plus nettement comme cette volonté d'assombrissement insupportable des consciences qui s'y cache.

"tandis que l'échec du scrutin sur l'Europe n'avait pas encore ouvert la voie à Nicolas Sarkozy (par une méchante ruse de l'histoire que n'avaient évidemment pas anticipé les tenants sincères d'un "non" européen)."

 

Cet ahurissant coup de griffes n'est pas à la hauteur du célébré ni de l'auteur de l'article.

"tandis que l'échec du scrutin sur l'Europe n'avait pas encore ouvert la voie à Nicolas Sarkozy (par une méchante ruse de l'histoire que n'avaient évidemment pas anticipé les tenants sincères d'un "non" européen).
Non, je ne pense pas que ce soit un simple " un coup de griffe " politique; c'est une idée qui chemine en souterrain et qui réapparait parfois au détour d'un texte pour nous faire croire que finalement si Sarkozy est au pouvoir , une des raisons majeure c'est parceque nous avons voté non à la constitution. Décidemment, nous étions des crétins, mais bon , nous serons pardonnés car nous étions"sinceres".
Une explication approfondie de votre part serait la bien venue, Mr Plenel.

Edwy Plenel serait-il un July ?

Non, cher Velveth, je ne suis l'alias de personne. Et je ne crois pas avoir lu sous la plume de Serge July, récemment, d'écrits à propos de Rosa Luxemburg ou de François Maspero… Sincèrement, quel est l'intérêt de ce type d'amalgames? Pourriez-vous accepter que l'on ne pense pas tout à fait comme vous sans pour autant être d'emblée assimilé à vos adversaires politiques? Il me semble qu'un des principes défendus, face au stalinisme, par la gauche radicalement démocratique dont vous vous réclamez a toujours été d'accepter le débat sans chercher illico à disqualifier ses adversaires. Pourrions-nous, du moins sur Mediapart, revenir à cette éthique de la discussion?

Supportez, cher Edwy, une vile plaisanterie - certes, hasardeuse mais qui ne mérite aucunement une leçon d'éthique tant il est vrai que les spéficités de la gauche que vous désignez font place, aussi, aux traits d'humour.

 

Si c'est de l'humour, cher Velveth, et s'il m'a échappé, je ne peux rien dire, sauf sourire  ;-)

Que l'on me permette de rendre hommage, celui d'un simple lecteur, à un maître qui m'a donner à penser.

"Ceci n'était pas indispensable et me semble même mal placé."

Permettez-moi de vous contredire ! 

Non seulement ce point de vue ne me paraît pas mal placé mais il prolonge et illustre parfaitement la mise en garde de CLS dont l'actualité ne fait aucun doute, vous en conviendrez certainement.

L'ouverture poussive d'un débat sur l'identité nationale, les décisions éhontées de reconduite au mépris de toute humanité, la chasse aux sans-papiers, la karchérisation...

Faudra-t-il qu'il y ait une rafle du vel d'hiv pour oser parler de régression nationale organisée selon le mode sarkoziste ?

Alors, oui, j'apprécie que EP ait fait ce lien dans un carnet libre car le temps de l'urgence me semble venu de s'autoriser à parler encore plus fort, encore plus distinctement et encore plus directement sinon ... 

.

Permettez-moi de vous contredire !  "

.

je vous en prie

.

jpylg 

Permettez-moi de vous contredire !  "

.

je vous en prie

Désolée, mais vous ne semblez pas apprécier ce genre de formule volontairement pacifique afin d'éviter de recevoir vos foudres !

C'était bien essayé, non ?

.

C'était bien essayé, non ? "

.

Non, je ne trouve pas.

.

jpylg 

Tout à fait d'accord, hélas !

Je me permets de signaler une vidéo en ligne dans l'édition usages et mésusages de l'histoire

http://www.mediapart.fr/club/edition/usages-et-mesusages-de-l-histoire/video/031109/claude-levi-strauss-l-archeologue-de-l-e

Feuilletant ce matin, sur internet, les divers articles et commentaires sur la question de l'identité nationale, je n'arrivai pas à exprimer clairement mon avis ,mon ressenti, tenant surtout à l'imbécibilité de la question.

 Je sais que mon pére tué dans la résistance  en 1944 ne s'est pas battu contre une nation,contre une identité allemande, mais contre un régime et pour des valeurs "humanistes" et pour les droits de l'homme.

CLS l'a formulé comme je le pense et merci à EP de nous l'avoir rappellé.

 

 

Il n'est pas le moment de lancer le débat, mais on s'interrogera probablement dans quelques années sur la spécificité de la lecture nationale qu'à suscité l'oeuvre de Lévi-Strauss en France. L'unanimisme auquel nous allons assisté pendant quelques jours relève davantage d'une fierté nationale que d'une connaissance réelle et partagée de sa vision du monde.

pourquoi la lecture nationale ?

L'on ne peut quand même pas reprocher à Edwy Plenel d'être un "journaliste" du moment présent ! Et si la vaste pensée éclairée et visionnaire de Claude Lévi-Strauss ne saurait être réduite à quoi que ce soit, cet homme, à la fois immense et très humble, comme tous les très grands hommes, avait bien aussi cette conscience de l'instant présent, et c'est ce présent à travers son écriture éminemment "politique" dont Edwy Plenel nous parle donc ici et maintenant, où il ne semble pas être question de "politiser" une pensée, mais, à partir d'une phrase, de révéler ou de mettre en lumière une juste vision et sa coïncidence.

 

 

 

Merci pour ce carnet libre, Edwy Plenel, pour sa superbe plume que j'admire, et ses idées humanistes et généreuses qui incitent à la réflexion, à la lecture, à la lutte avec ses concitoyens, à se revendiquer citoyen de France... et d'Europe!

 

J'ai passé du temps, depuis une semaine, devant mon cahier (ou mon clavier), pour écrire une riposte à l'odieuse manœuvre pétainiste de Besson, "son débat sur l'identité Française" (et sa Marseillaise!), partageant et soutenant l'indignation de mes concitoyens. Mais sans cesse, je froissais ma feuille, et la jetais à la corbeille... jugeant mon texte pas à la hauteur, ou me disant qu'il valait peut-être mieux refuser de répondre à cette ignominie, la mépriser par le silence.

Besson joue un double jeux populiste fallacieux: faire de la démagogie pour l'électorat Front National, afin qu'il vote UPM aux régionales, et surtout ruiner tout espoir à gauche, ruiner toute confiance dans ses hommes politiques de l'opposition, surtout ceux du PS. Son exemple dit : Ne votez plus pour eux! Tous pourris! Ils vous trahiront... jusqu'au pétainisme.

 

Cher Edwy Plenel! En citant Claude Levi-Strauss, vous avez exprimé l'idée profonde qui m'animait : «J'ai connu une époque où l'identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats. On sait quels désastres en résultèrent.»

Borges dirait que j'imagine votre article sur mesure pour mon désir. Il faut des remises en cause pour assimiler totalement cette idée. Permettez moi de vous donner un exemple.

 

Je suis d'origine Nord-Africaine. Je suis venu en France en Mai 1968. J'ai demandé ma réintégration dans la Nationalité Française, après plus de 20 ans de séjour permanent en France, bien que je fus partisan de l'indépendance de l'Algérie.

J'aime la France, surtout parce qu'elle m'a  m'a appris que je suis un Terrien, que j'ai des responsabilité vis à vis de notre Planète. Elle m'a enseigné à me revendiquer de l'humanisme des grands philosophes. Elle a fait de moi un admirateur sans bornes de Charlie Chaplin, pour son humanité sans bornes.

 

J'ai découvert au printemps de cette année, Pompéi. Ce fut un choc, parce que cette découverte a matérialisé une idée qui s'était installée dans mon coeur depuis 40 ans en France, et dont j'avais une vague conscience : le bonheur était d'appartenir, de se réclamer de l'Histoire Universelle des Terriens, tout en ayant son histoire personnelle. 

 

A Pompéi, j'ai découvert que j'étais aussi Romain!!! à 64 ans!!! Une des raisons profondes de mon attachement à la civilisation arabe, était d'avoir vécu enfant dans une maison traditionnelle, dont l'architecture était collective... et d'aller une fois par semaine au hamam, et d'en garder une nostalgie éternelle. J'ai découvert à Pompéi que cette architecture, ce hamam, étaient romains, que Rome ayant colonisé l'Afrique du Nord y avait laissé sa marque extraordinaire pendant 20 siècles!

 

Je suis Français: c'est à dire que je suis un Terrien français, Arabe et Romain (vraiment!) et je suis en train d'apprendre le Chinois (et surtout sa fabuleuse écriture), et je suis photographe depuis 40 ans (et travaille à la valorisation de mon oeuvre)...

Et j'aime Obama! Et j'agis avec mes concitoyens pour nous débarrasser de ces hommes politiques véreux de la ligue du Croc de Boucher, qui veulent ruiner notre pays dans la régression, tels que Besson.


"A Pompéi, j'ai découvert que j'étais aussi Romain!!! à 64 ans!!!" cela me fait penser à Rousseau "A 12 ans j'étais un Romain", et comme je reviens de Pompéi aussi, je crois bien que je suis né moi aussi là-bas...

Merci à vous pour ce commentaire, si généreux en humanité !

je planche en ce moment sur le concept d'interculturalité, d'éducation interculturelle et j'aime votre conclusion : un terrien français arabe et romain qui apprend le chinois ...quand on apprend une langue c'est à la rencontre de l'autre que l'on va ...chemin d'humanité.

 

Merci Cher Edwy Plenel  de ce billet qui a su engendrer des commentaires aussi beaux car tellement empreints d'humanité. Je crois qu'en provoquant de tels effets, votre entreprise de rendre hommage a CLS est pleinement réussie.

Ramener la mort de Levi-Strauss à la dernière polémique médiatico-politique me gêne quand même un petit peu. Car la dimension de son oeuvre est quand même tout autre, non? Pour ceux qui l'ont lu? Il y en a bien qui l'ont lu?

Il semble qu'Edwy Plenel, parfois, abandonne le général pour le particulier...

Ses obsessions ternissent le message.

on peut aussi reconnaitre la pertinence d'une parole de cette homme de culture qui avait semble-t-il compris ce que notre actualité ne cesse de confirmer avec la présidence de Sarkozy en France ...

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 un retour aux idées de nationalisme, synonyme de recul et de régression d'une certaine émancipation démocratique, ce fut apparemment une intuition et relative prédiction de la part de Claude Lévi-Strauss, dont la justesse du propos est ce à quoi nous avons à nous confronter actuellement contre ce qu'il semblait à raison plutot craindre.

 -

 je ne vois pas ici de récupération d'une cause politique, mais la continutation de craintes, ou de regrets de la part d'un homme qui a toujours combattu ces idées de conservatisme, de repli sur soi et à l'aube de sa vie semblait assez désespéré de ne pas voir le monde prendre un chemin différent, ce " combat " face à ces différentes formes de sectarismes ou de schléroses de la pensée est toujours malheureusement d'une triste actualité.  

 -

 http://www.youtube.com/watch?v=ky0QTKRDDk0

exactement

Merci beaucoup chère brigitte celerier, je pense qu'un signe d'intelligence est également de reconnaitre les limites de son intelligence, une formule qui n'aurait sans doute pas déplue à quelqu'un comme Claude Lévy-Strauss, qui peut le plus peut le moins, ou comme le dit Woody Allen, " il est plus avantageux d'être intelligent, pour pouvoir faire l'imbécile, alors que faire le contraire est plus compliqué ". en bref, cela me semble utile d'être capable de reconnaitre individuellement, ou collectivement ce qui peut faire sens, il me semble que ce que j'écris démontre une limite de mon intelligence que je souhaite plutot orientée vers le bon sens, ou ce qui semble relever tout simplement d'une logique qui me parait " juste ", mais cela demande malgré tout certains efforts d'objectivité et de simplification pour ne simplement permettre d'éviter certaines confusions, enfin, merci pour ce simple mot, cela prouve qu'il peut être facile de se comprendre, avec une certaine bonne foi, sans faire trop de détour.  

 Cher Edwy Plenel,

 

 Je vous lis régulièrement avec intérêt, même si je commente peu vos articles. Mais j'éprouve ici un malaise même si vous citez ici, avec pertinence, CLV que j'ai découvert grâce à Jacques Lacan. Je précise que j'écris d'une place qui n'est pas celle d'une française.

 

 Vous écrivez donc ceci en ce mois de novembre 2009 :

- «J'ai connu une époque où l'identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats. On sait quels désastres en résultèrent.» Claude Lévi-Strauss a prononcé cette phrase à Paris, en 2005, quand commençait déjà à prendre forme la détestable régression nationale que signifie et personnifie le sarkozysme. -

  Honnêtement, ne pensez-vous pas que cette  "détestable régression nationale" a commencé, en France et en Europe, bien avant 2005 ?

 

 Puis vous écrivez aussi ceci en ce mois de novembre 2009 :

"tandis que l'échec du scrutin sur l'Europe n'avait pas encore ouvert la
voie à Nicolas Sarkozy (par une méchante ruse de l'histoire que
n'avaient évidemment pas anticipé les tenants sincères d'un "non"
européen)."

 Là, je cale carrément sur votre lecture de ce moment de notre histoire européenne, y compris en ce que j'aperçois de la France depuis de nombreuses années - aucune anticipation dans ma lecture mais la prise en conséquence des discours qui se tenaient en France bien avant 2005, oui.    Rien n'est jamais joué d'avance - je campe sur cette position - mais les discours ont des conséquences logiques, et certains discours ne datent pas d'hier qui méritent notre considération pour que nous tentions d'y inscrire autre chose qu'un destin donné d'avance. Que ce destin soit celui de "la" France ou celui de "la" Europe, peu me chaut quand c'est d'autre chose dont il s'agit.

 

 Pour le dire platement depuis mon plat pays belge dont vous savez qu'en termes d'identité nationale, il ne vaut pas pas grand-chose, je me fous complètement de Sarkozy. La France est mal en point mais cela ne date pas de 2005.

 

Merci, cher Edwy Plenel, pour cet hommage,  qui donne un caractère actuel à la pensée profondément humaniste de Claude Lévy-Strauss.La fin d'une vie  intellectuelle  brillante, au service de la compréhension et de la survie  de  l'humanité , dans sa  diversité.

Il n'est jamais déplacé et toujours indispensable de se servir de pensées profondes, de connaissances universelles, tels sont les écrits de Monsieur Levi strauss, pour informer et s'exprimer sur la société actuelle;

Car, enfin, on ne peut se contenter des discours démagogiques, primaires, et facistes de M.Besson et ses amis ; parler d'identité nationale à l'époque de la mondialisation (qui arrange bien quand il s'agit de finances et de spéculation !)  doit vouloir dire parler de respect des cultres, de respect de l'autre dans sa différence, de soutenir les peuples dans leurs choix, et non chercher à faire peur pour comptabiliser des voix.

Alors oui on doit se référer à la pensée de grands hommes s'en imprégner

Car oui les discours pétainistes sont non seulement mal placés mais destructeurs

Bel hommage de Plenel et intéressante information rétrospective qui avait échappée à beaucoup d'entre nous à l'époque, j'imagine.

Je peux aussi espérer que ce "débat" sur l'identité nationale fera réfléchir ceux qui ont oublié de le faire et notamment ceux qui pensent par habitude héritée ou apprise "à la hache".

Maintenant on ne peut pas dire que les Catalans (espagnols) soient des maîtres à penser au sujet de la notion d'identité, eux qui se sont enfermés dans une identité encore plus réduite que celle Nationale, privant les hispanophiles et les hispanophones d'un contact bien compris avec eux.

Mon avis est que plus on diversifie les motifs de séparation des humains (langues régionales, éclatement des pays...), plus le risque est grand de déflagrations ultérieures. Surtout si aucune passerelle n'est prévue. La passerelle la plus commode étant celle du langage, je me demande si l'ONU, dès son démarrage en 1945, n'a pas raté sa mission en ne proposant pas l'Esperanto comme langue internationale à développer. Je sais que l'UNESCO a tenté de le faire à plusieurs reprises. ici.

Par contingence (et par nécessité, pour ma mère d’accoucher) je naquis prés de Lascaux en 1948, d’un père hispano-crêtois avec un nom italien et d’une mère franco française.

Franco française ? Dans cette Aquitaine où, des invasions  vikings à la guerre de Cent ans, du Montesquieu des Lettres Persanes en passant par le Montaigne du psychodrame Des  cannibales, bien malin celui qui y trouvera un identité franchouillarde.

Je me sens donc universellement multi identitaire et, d’identité française, comme le stipule ma carte d’identité.

  Je dois à un fabuleux professeur d’Histoire (et d’histoires, la région se prête à la matière, Monsieur Breuilh, qui ponctuait ses cours d’un tic verbal « C’est le fait fondamental !» 44 comptés en une heure de cours) d’avoir visiter en 1962, un an avant sa fermeture, la fameuse Grotte de Lascaux.

  Ce qui me frappa lors de ma visite, ce fut la quasi-absence de représentation de l’humain, si ce n’est sous des formes caricaturales naïves, qui contrastaient avec la beauté picturale et artistique des fresques animalières. Un peu, comme si l’homme éprouvait de la difficulté à s’insérer et à se représenter dans la nature.

Ecologiquement, il faisait tâche, déjà, il y a 15 000 ans.

   […]L'humanité, poursuivait-il (CLS), est devenue "sa propre victime", n'ayant pas compris que ses droits "cessent au moment où leur exercice met en péril l'existence d'autres espèces"[…]

  Je ne vois là aucun historicisme, aucune téléologie, mais pourtant, curieuse coïncidence, fabuleux hasard ? Peut-être…

Il semblerait, que l’hypothèse probable, de la fin de l’humanité fut inscrite et pressentie, avec l’avènement de la culture, dès leurs commencements. Qu’en pensant sa mort ontologique, l’homo sapiens englobait déjà comme un Tout, celle de l’humanité. Que notre ancêtre préhistorique voulait nous dire, avec Claude Lévis Strauss : « Je m’apprête à quitter un monde [celui des hommes] que je n’aime pas »

  Ce « que je n’aime pas », est un bruit de fond nihiliste qui parcourt l’humanité depuis ses origines. Il sonne comme un avertissement, qui doit nous faire craindre d’être des acteurs sourds, de notre propre fin : Les pessimistes diront c’est pour demain. Les optimistes « Allez ! Encore 15 000 ans »

   « C’est le fait fondamental ! » aurait ponctué Monsieur Breuilh.

  Daniel Alberti du var

Chers tous,

 

Comme toute opinion, celle qu'exprime cette ancienne chronique est discutable et faite pour être discutée. Ce qui veut dire échange d'arguments, d'objections, de raisonnements – et non pas simple jugement péremptoire du style "j'aime" ou "j'aime pas", ce qui, entre nous, n'apprend rien à personne.

 

Ce point d'éthique participative étant posé, quelques précisions sur les trois objections qui me sont légitimement faites:

- est-ce que ce texte sollicite outrancièrement le propos de Lévi-Strauss? Je ne le crois pas. Lisez le discours intégral (je l'ai mis en lien), et vous verrez bien qu'il prend clairement position contre une essentialisation de l'identité nationale au singulier et, s'adressant à des Catalans qui, ce jour là, l'honorent, défend la pluralité au cœur des nations (ne peut-on être catalan et espagnol?) et la dissociation des identités d'un territoire que ne définiraient que les frontières nationales (identités transnationales, transfrontalières, européennes, etc.).

- est-ce que cette chronique de 2005 évoque un air du temps dont la traduction politique fut, deux ans plus tard, la large victoire d'un Nicolas Sarkozy ayant brandi l'identité nationale (annonce du ministère) et dit sommairement que la France il faut l'aimer ou la quitter? Oui, je le crois, sincèrement. Nous devons tous nous interroger sur les glissements successifs qui, dans notre paysage intellectuel et culturel, ont permis cette victoire, sur ce registre là. Sinon, on ne comprend rien au basculement de diverses personnalités issues de la gauche gouvernante vers ce pouvoir là. Cela ne se résume pas aux appétits de pouvoir ou de carrière. Il y a aussi, et Eric Besson qui proclame avec fierté "faire du Chevènement" en est le plus bel exemple, une évolution collective que nous n'avons pas su enrayer, pour ceux qui en étaient conscients, et qui entraîne les individus.

- est-ce que cette chronique est une condamnation aveugle et sans nuances du "non" qui l'a emporté au référendum européen de 2005? En aucun cas, et j'ai pris soin de le préciser en introduction en évoquant ce "non européen" que je n'assimile donc pas à l'autre "non", nationaliste et xénophobe. Mais la question que je pose, aujourd'hui comme hier, et à laquelle il serait bon de répondre plutôt que de rejeter par principe cette interpellation est la suivante: qui a su traduire politiquement la victoire du "non" au référendum de 2005? 

 

Ma propre réponse à cette question, et qui n'est pas qu'affaire d'opinion mais aussi de vérité factuelle, c'est que la gauche du "non" a été incapable dee produire la réponse politique qu'elle promettait à ceux qui l'ont alors suivie dans les urnes. Dans l'ivresse de la victoire du "non", elle s'est crue propriétaire d'un vote qui, au final, lui a échappé (c'est la méchante ruse de l'histoire que j'évoque). Le "non" fut peut-être fortement et sincèrement progressiste. Mais ceux qui en ont tiré profit politique (qui ont su, qui ont pu le faire) sont les tenants du "non" souverainiste et nationaliste. Nicolas Sarkozy, à l'époque, a doublement parié sur le "non", en soutenant le "oui" comme la corde soutiendrait le pendu: pour que la victoire du "non" soit une défaite de Chirac et donc de ses rivaux chiraquiens; pour que ce succès du "non" accentue les divisions de la gauche. Et, dans la foulée, il s'est lancé dans sa conquête des voix du Front national, en se positionnant sur le créneau idéologique que l'on sait, créneau qu'il ne cessera d'occuper face aux difficultés qu'aujourd'hui, il rencontre.

 

Ce que je veux souligner, pour résumer et en écho aux divisions actuelles des gauches dans leur diversité, c'est que la dynamique unitaire de la campagne du "non" de gauche de 2005 n'aura finalement débouché, pour les électeurs (qui ne sont pas les militants) sur aucune perspective politique nouvelle et rassembleuse. C'est un fait, ce n'est pas une opinion: José Bové est aujourd'hui à Europe-Ecologie, le PCF ne veut pas d'alliance avec l'extrême gauche, Mélenchon a quitté un PS qu'il a renoncé à transformer, le NPA se retrouve sans alliés au-delà de la gauche radicale, etc. Que cette réalité appelle ensuite débats et échanges sur son analyse et son interprétation, c'est l'évidence. Mais se cacher la réalité pour ne pas vouloir l'interroger ou l'interpréter n'a jamais fait avancer la cause de l'émancipation.

Cher Edwy Plenel,

votre réponse éloigne encore davantage ce billet de ce qu'il voulait être, il me semble, c'est-à-dire un hommage à la pensée de Claude Lévi-Strauss. Il n'est pas question de nier que Claude Lévi-Strauss n'était pas opposé à une pensée nationaliste mais de dire que sa pensée ne se réduisait pas à cela, loin de là.

Il y aurait aussi beaucoup à dire sur le lien de causalité que vous inventez entre le non de gauche au TCE et l'élection de Sarkosy mais ce fil ne me parait pas le lieu d'en débattre.

lol de lol, mais vous savez à qui vous parlez comme ça ?

 -

 Foutreciel, il reste vaguement quelques journalistes de grande qualité et un peu intêgres dans ce pays, capables  de prendre de front les errances de la droite, et d'y mettre de toute leur personne et leur investissement au risque de se prendre des procès, comprenez que lorsque vous vous adressez à une personne comme Edwy Plenel, il n'y a tout simplement rien à redire, approuvez ... débattre oui, mais pourquoi chercher ainsi des poux dans la tête de ceux qui sont du même côté que vous ... je ne comprend pas ... face aux semi-dégénérés mentaux qui gouvernent ce pays, vous devriez tout simplement acquiesser et applaudir des deux mains, ce qui est semble-t-il l'ultime bastion de résistance à la bêtise et à la promotion de l'intelligence dans ce pays, soyez-plus fluides, aidez à ce que la pensée, le travail et l'ensemble des réfléxions de M Plenel ne permettent de croitre, de trouver davantage d'échos, aprés tout si il y a vraiment des personnes qui font un peu la pluie et le beau temps pour la situation politique de ce pays, Edwy Plenel en représente incontestablement un des plus influents pour soutenir une vision du monde un peu différente ... pourquoi ainsi faire preuve de cette sorte de méfiance ?

 -

  

à Edwy Plenel,

Votre tentative d'explication éclaire davantage votre opinion sur les "effets" du "non de gauche".

"Nous devons tous nous interroger sur les glissements successifs qui, dans notre paysage intellectuel et culturel, ont permis cette victoire(...) " dîtes-vous. En aucun cas, il ne vous vient donc à l'esprit que le glissement principal est celui du PS et de ses alliés vers la droite, tous ralliés au néo-libéralisme béat qui fait que 2 sondés sur trois ne voient plus la différence entre la droite et ceux qui se réclament de la gauche.

Quant aux difficultés de prolonger politiquement ce puissant "non de gauche" , c'est évidemment exact mais il n'y a pas d'immobilisme en la matière. Pour suivre attentivement les discussions de l'ensemble de la gauche radicale - réunie à l'initiative du NPA - ce qui est "sur la table" était impensable voici qqs courtes années.

Dire que cela débouchera sur un bloc de la gauche de gauche d'ici les prochaines régionales serait présomptueux tant l'idée fixe du PCF de conserver coûte que coûte son appareil l'empêche de réagir sainement.

Mais on est loin des scissions d'antan !

Tout bouge, Monsieur Plenel.

Je me permets d'ajouter un mot ici puisque je suis en accord avec ce message de Velveth.

Y a-t-il "ruse de l'Histoire"? Loin de l'époque où des jeunes gens considéraient que "l'Histoire leur mordait la nuque", je suis en accord ave les textes plus récents de Daniel Bensaïd disant que l'histoire est affaire de décisions politiques, de choix, de bifurcations dont ces choix peuvent avoir été la cause. Loin de de toute téléologie. Avec walter Benjamin et d'autres.

Nul ne peut faire parler l'Histoire. Ni lui atribuer quelque pensée anthropomorphique.

Reste l'obscur combat quotidien ,les choix hasardeux, les paris difficiles. Reste la politique telle qu'elle est vécue par les militants (qui espèrent convaincre des électeurs que changer le monde est possible). Et là, on peut constater que la droite autoritaire et néolibérale a gagné plusieurs combats. En effet. Et que les pétitions d'intellectuels émerveillés par SR furent de peu d'effet. En effet.

Ce constat fait,  avec une lucidité quelque peu douloureuse, reste à savoir si on peut comprendre le monde pour le changer. Ou simplement tenter de comprendre le monde pour échanger au sujet de ce monde.

Cher pascal b,

 

Aucun désaccord avec votre mise au point bensaïdienne. Ma "ruse de l'histoire" est une formule quelque peu cliché, j'en conviens. Reste le constat et sa "lucidité quelque peu douloureuse": je n'ai rien voulu souligner d'autre que cela. La cohérence politique revendiquée par ceux qui ont défendu le "non de gauche" en 2005 n'empêche pas qu'une vague plus profonde était à l'œuvre dont ce non-là, pas plus que le oui, n'a pu empêcher la récupération par le sarkozysme qui, loin d'être un simple prolongement de la droite traditionnelle, en marque l'extrémisation et la radicalisation.

 

Cher Velveth,

 

Mentionnant Eric Besson dans cette chronique et évoquant au passage Jean-Pierre Chevènement, je ne fais aucunement l'impasse, et Mediapart encore moins (notamment dans sa chronique des débats économiques), sur les divers et profonds glissements socialistes qui sont au cœur de la crise d'identité de la gauche. D'autant moins, ajouterais-je, qu'au lendemain des élections européennes et durant l'été, je suis intervenu à deux reprises pour interpeller les socialistes sur leur bilan et, me semble-t-il, sans les ménager: une lettre ouverte ici et une réflexion sur la question sociale là.

Cher Edwy Plenel,

Merci de votre réponse. Voici un malentendu qui s'évanouit. C'est toujours une bonne nouvelle.

Bien à vous,

Pascal Boissel

Cher Edwy,

Merci de votre réponse. J'ai évidemment le souvenir de ces interpellations au contenu profond mais qui, parfois, tombait dans la supplique.Nous avons vraisemblablement un point de désaccord sur ces questions. Eminemment respectable.

 A Velveth

A la bonne heure Sourire ...oui tout bouge et il est grand temps !

Merci Edwy Plenel !   

Je suis en admiration devant votre courage. Le nationalisme traverse la société française et il serait temps d'aller au delà de nos frontières. Et vous devez admettre que nous avons les gourvernants que nous méritons. Vous êtes français malgré votre penchant pour la Catalogne. Cela dit Perpignan est en Catalogne. L'Europe pour preuve a une raison d'être.

 Il faut donc agir. Vous, vous rédigez, vous écrivez, c'est votre métier que de commenter. Pour l'exercer en partie, j'aime votre métier. Et je crois qu'il est possible d'atteindre les esprits par des mots. Mais ceux ne sont que des mots. Notre attitude est lache.

Concrètement  les français veulent vivre mieux et faire partager leur bonheur à d'autres. Le problème est qu'ils sont pauvres. Et ils mesurent leur pauvreté avec d'autres pauvretés.

Ce qui est scandaleux n'est pas qu'il y est des riches comme notre Président mais tout simplement la misère. Notre peuple est triste. Il souffre. Il a du mal à comprendre. Nicolas sarkozy demande de croire en nous. Personne ne viendra nous aider. Ce débat donc sur l'identité française a pour but de nous faire ressaisir notre particularisme, notre génie. Ce dernier n'est-il pas remis en cause par les discriminations ici et là ? Peut on reprocher à NS de vouloir nous convaincre qu'il y a de l'espoir, de l'espoir dans chacun d'entre nous ? Je ne le crois pas. Peut-on  lui reprocher de faire de la communication à quelques mois de l'élection ? C'est de bonne guerre !  Croyez-vous qu'il souhaite uniquement défendre sa politique d'immigration ? Peut être !

 Il y a de plus en plus d'injustices dans notre pays. Si un jour l'on souhaite vous et moi qu'il soit plus rayonnant ici et ailleurs il faudra d'abord que nos compatriotes acceptent de perdre, perdre une guerre par exemple. Nous n'en sommes pas là. Mais qui sait, peut être vous et moi croiserons le fer !

 

 

Cher Ewdy Plenel,

je sais bien que vous faites une fixation contre tout discours qui évoque "la Nation". On pourrait en discuter. Mais le sujet nous étant imposé par un président qui cherche à ouvrir un front, avant les régionales de mars 2010, sur un terrain où il espère embourber  ses adversaires... je ne m'y aventurerai pas ! Deux remarques cependant (en tant que républicain) : 

1- "citoyen du monde", c'est un oxymore;

2-  Sade  n'était pas républicain parce qu'il avait probablement déjà bien compris que la République n'est pas soluble dans le libéralisme, alors que le régionalisme peut l'être ! 

Cordialement

Bravo. (pour tout)

*** Entièrement d'accord avec la teneur de votre billet Jonathan...

merci beaucoup chère capucine armor, c'était une parole du coeur me concernant parceque je pense il y a beaucoup à gagner à parvenir à se comprendre parmis les personnes qui font un peu l'effort de réfléchir à gauche, c'est plus compliqué que de dire c'est comme ça ou même de diriger et de donner des ordres tel que cela fonctionne à droite, cela s'appelle la diplomatie, la possibilité de penser, de créer une certaine richesse des échanges, c'est la base d'un certain humanisme.

 Cher Edwy Plenel, vous posez la question de savoir 'qui'...

 

 Qui a su traduire politiquement la victoire du "non" au référendum de 2005 ? dites-vous.

 Je vous transmets donc ce courriel où cette question se pose aussi : qui ?

 Comment répondre à cette question du 'qui'  quand la façon de formuler les trois petits points qui suivent n'est pas indifférente pour ce qui concerne la forme et la recherche de l'éventuelle réponse. A chacun la formulation de ses questions et sa recherche du 'qui' : ainsi nous creusons nos habitats.

 

Sad News, Sad Tropics

Nous apprenons avec une grande émotion
le décès de Claude Lévi-Strauss,
dont l’inspiration a été déterminante
dans la genèse et les premiers développements
de l’enseignement de Lacan.
Nous nous inclinons avec respect
devant la mémoire de ce grand homme.
Ce n’est pas un vain mot que de dire
que son œuvre restera vivante -
pour les ethnologues, on ne sait pas,
c’est une peuplade qui mange ses totems,
mais pour les psychanalystes, c’est sûr,
au moins pour nous.
Je rappelle ici le nom de Roman Jakobson,
dont Lévi-Strauss et Lacan furent les amis et les élèves,
et à qui nous sommes tous redevables.
Il doit y avoir un quatrième :
Saussure ? Dumézil ? Bourbaki ? le Foucault des Mots et les choses,
qui fut leur philosophe, leur chouette de Minerve ?
ou Mallarmé, qui sait ?
Tel qu’en lui-même, Lévi-Strauss s’en est allé,
altier et mélancolique génie du structuralisme.
Il dut batailler dur avant d’être reconnu,
et de forer l’espace, de construire la maison,
où nous vivons encore.
On ne reverra pas son pareil.

 



Jacques-Alain Miller, le 3 novembre 2009, 18h 15

 

 

Exemple de manipulation ordinaire : à côté de l'article du Monde sur les propos de CLS, une "réaction d'abonné" mis en scène et en valeur :

"Enfin... Je croyais qu’on ne finirait jamais par exhumer ce que Levi-Strauss pensait de l’identité nationale.
A lui seul, il résume le problème et rappelle que le débat voulu par le gouvernement présente le risque d’être exploité et que cette exploitation est dangereuse. "

 Ces vrai-faux "réactions d'abonnés" font désormais partie de notre "environnement médiatique", si pollué et polluant. Triste Monde...

 

 

On pourrait se demander si les Français ne vivent sur l'illusion prétentieuse d'une grande nation ? Au contraire, la grande majorité d'entre nous se complaisent dans la médiocrité ou la vulgarité, mais produisent temps à autre de très grands intellectuels, qui n'intéressent d'ailleurs aucun Français, ni même leurs gouvernants, qui ressemblent tant aux autres ?

Je salue votre billet d'Edwy Plenel, 

merci d'être aussi clair, d'employer les mots justes, et d'avoir aussi justement replacé ces propos de Claude Lewis Strauss dans notre contexte actuel, sorte d'éclairage implacable.

Roland H 

On peut quand même marqué une certaine distance à l'égard des formes "nationales" de projection dont CLS est l'objet et qui dépasse largement son oeuvre. Cette capacité qu'ont les intellectuels français à le désigner comme le "plus grand anthropologue du XXème" est une preuve que l'idéologie (l'enfermement) nationaliste fait son oeuvre, y compris dans les milieux considérés comme les plus "critiques". Les projections dont il est l'objet touchent davantage à un symbole passé qu'à la réalité de son travail et de ses options politiques. CLS ne s'est pas montré humaniste avec tout le monde, il a défendu une conception discutable de l'anthropologie discutable et une perception conservatrice des sociétés humaines. On peut reconnaître la prodigieuse puissance intellectuelle de cet anthropologue, sans le fantasmer, me semble t-il ?

La lecture de l'article de Philippe Cohen, "Levi-Strauss sans formol", sur le site Marianne.fr, met en évidence "la part d'ombre" d'un penseur qui ressort désormais, si je comprends bien, en quelque sorte de notre... identité nationale! Claude Levi-Strauss récusait l'humanisme des Lumières, auquel il reprochait de séparer l'homme de la nature et d'engendrer par là même une essentialisation  qui aboutissait aux horreurs racistes et idéologiques du XXeme siècle... D'ailleurs, dans un entretien avec Jacques Chancel, son pessimisme, teinté d'une certaine misantropie, se tenait au bord du "Plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien"...

"Plus je connais ce que les hommes font et plus j'aime ce que mon chien ne peut pas faire". Lévi-Strauss se positionne dans les anti-lumières, à la suite de Rousseau, pour lever un voile d'obscurité sur la simple possibilité d'examiner une "nature" humaine. Le débat des Lumières est de mettre la toute puissance de la Raison contre toute forme de sensibilité, d'éthique et de religion. La leçon de Lévi-Strauss est de ramener à la question de l'origine et de la place de l'histoire et de la culture dans les sociétés. Plus le monde occidental est devenu rationnel, plus la destruction de l'origine, les peuples primitifs mais aussi les croyances et l'idée que nous appartenons à un monde naturel, s'est trouvée chassée, expulsée de notre horizon. Le pessimisme de Lévi-Strauss est anecdotique dans le sens où il n'est que la conséquence de ce réel et non un mode de vie auquel il nous invite. On peut toujours trouver à être joyeux après les exterminations du XXème siècle et la disparition d'une centaine d'espèces animales et végétales par jour, cela relève de la philosophie ou de la méditation. Encore nous faudra-t-il trouver quelque chose à contempler...

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