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«Grand deuil»: François Mitterrand et le journaliste

«Ce sera comme un grand deuil.» Ainsi s'exprime, à propos du retour de la droite au pouvoir, François Mitterrand le 24 mars 1993 lors de son dernier conseil des ministres avec un gouvernement de gauche. Grand deuil est justement le titre d'un texte que j'ai consacré, lors du dixième anniversaire de sa mort, à ma relation particulière avec ce président de la République que je n'ai jamais rencontré. Je le republie ici de nouveau, pour le quinzième.

C'est peut-être le propos le plus authentique de François Mitterrand, en tout cas le plus manifestement testamentaire. Présenté par son ami fidèle Roland Dumas, il ouvre le recueil initulé Les forces de l'esprit, publié en 1998 chez Fayard, deux ans après son décès le 8 janvier 1996. «On n'est jamais vraiment seul. Jamais, sauf devant la mort», y confie-t-il, avant d'en venir à cette drôle de formule, «grand deuil». Grand deuil, selon le Littré, «costume de deuil dans toute sa rigueur pendant les premiers temps qui suivent la mort de la personne perdue», par opposition au petit deuil, «costume de deuil devenu moins sévère à mesure qu'on s'éloigne davantage de l'époque de la mort».

Voici le passage qui conduit à ce grand deuil, où les lecteurs d'aujourd'hui trouveront des résonances avec notre présent, dans un discours qui défile comme une succession d'images, sans rapport évident les unes aux autres, mais toutes prophétiques, du secret aux banlieues: «Je sais que l'on me reproche d'aimer le secret. Pourtant il faut bien garder une part de secret pour exister. Quoi qu'il en soit, je veux vous le dire aujourd'hui: vous pouvez compter sur moi. Au besoin, je choisirai l'affrontement. Tout plutôt que l'étranglement dans le silence de l'ombre. Et soyez sûrs que, sur un certain nombre de points, je ne transigerai jamais. Et, s'il le faut, je demanderai aux Français de trancher. Je vous souhaite une bonne chance à tous. A nous tous. J'espère que nous ne verrons pas flamber les banlieues. Que nous ne verrons jamais les CRS tirer sur les jeunes des cités en révolte. J'espère que non… Lundi un poids énorme tombera sur vos épaules. Ce sera comme un grand deuil.»

Le grand deuil, c'est donc la gauche sans lui, d'abord dissociée de lui qui reste seul au pouvoir, puis éloignée de lui qui s'approche, toujours seul, du départ final, survivant moins d'une année à la fin de sa longue présidence (1981-1995). Un grand deuil dont, deux mois plus tard, le suicide de Pierre Bérégovoy, le 1er mai 1993, sonnera le glas, Bérégovoy qui était le premier ministre de ce dernier gouvernement de gauche sous la présidence Mitterrand. Mais cette formule, aux allures de tombée de rideau, précède de peu une recommandation volontariste, d'une grande lucidité à destination de cette gauche qui va retourner dans l'opposition: «C'est moins d'espérance dont nous avons besoin que de volonté. Et de volonté politique plus que de simple volonté humaine». Ombre et lumière, jusqu'au bout: le secret et la mort, le combat et la vie.

Ce Mitterrand de combat, de résistance et de détermination, ne m'est pas étranger. J'ai même coutume de dire, lors des débats publics qui ont accompagné la croissance de Mediapart depuis 2008 sous cette hyperprésidence sarkozyste que nous n'avons cessé de démasquer, que je suis resté fidèle au Mitterrand d'opposition, celui qui affirmait que celle-ci ne pouvait être qu'intransigeante et systématique. Plus peut-être que je ne me le suis imaginé moi-même. Je m'explique. Outre cette année anniversaire qui commence – les quinze ans de son décès, puis les trente ans de sa victoire le 10 mai 1981 –, la raison de ce retour en arrière est qu'un curieux hasard m'a fait intituler Grand deuil mon dernier texte sur François Mitterrand, alors que je n'avais pas encore retrouvé ces deux mots sortis de sa bouche, en 1993.

Daté du 2 décembre 2005, ce texte, Grand deuil, introduit le recueil des trois livres que j'ai consacrés à la présidence de François Mitterrand – donc au Mitterrand de pouvoir plutôt qu'au Mitterrand d'opposition. Sous le titre Le journaliste et le Président, ce livre copieux (792 pages) est paru en janvier 2006 (chez Stock), pour le dixième anniversaire de son décès. Et il rassemblait mes «mauvaises actions», comme disait le reporter Albert Londres (1884-1932) en exergue de son livre sur la France coloniale, Terre d'ébène (1929), autrement dit presque toutes les preuves de mon rôle d'apporteur de mauvaises nouvelles sous cette présidence mitterrandienne.

Si je republie ici cette introduction plutôt personnelle, c'est en raison des interpellations récentes de certains abonnés de Mediapart (à lire notamment sur ce blog et dans ses commentaires) qui m'ont fait percevoir combien les préjugés et les malentendus étaient tenaces. J'adresse ce texte à tous ceux qui, légitimement, pensent que la gauche, c'est souvent mieux que la droite – et j'en suis. Mais si sa lecture pouvait les inciter à admettre que la gauche ne devrait jamais craindre la vérité, y compris sur elle-même, qu'au contraire, elle n'est que plus forte si elle accepte cette diversité critique, alors peut-être aurais-je le sentiment d'avoir été utile à notre démocratie républicaine. Surtout, je l'adresse aux plus jeunes qui, aujourd'hui, prennent la relève et pour qui cette histoire qui nous occupe ou nous déchire, entre nostalgie et amertume, est ancienne, lointaine et, du coup, abstraite. A eux d'y dénicher tout ce qui peut les aider à réinventer une espérance pour demain, sans les pièges, hypocrisies et chagrins d'hier, et à trouver cette volonté politique sans laquelle elle n'adviendra jamais.

Grand deuil Je n'ai pas connu François Mitterrand.

C'est une vérité de fait: je n'ai jamais rencontré l'homme qui fut Président de la République française de 1981 à 1995. Et, pour être franc, je ne me suis jamais intéressé à l'homme Mitterrand. Au Président, au personnage public, oui, plutôt mille fois qu'une: ses actes, ses idées, ses paroles, son itinéraire, son passé. Mais l'homme privé, sa psychologie, son caractère, sa famille, ses proches, ses amours, non, jamais. Qu'il y ait, de l'un à l'autre, des liens et des causalités, je le devine. Mais ce ne fut pas ma curiosité. Par choix, volontaire et entêté. Les pages qui suivent en témoignent: dans le travail qui était alors le mien, je n'ai jamais voulu franchir cette frontière qui sépare l'intérêt public du domaine privé.

Evidemment, la question d'une rencontre aurait pu se poser. Après tout, j'aurais eu quelques éclaircissements à lui demander. Mais je n'appartenais pas à la cohorte des journalistes politiques qui suivaient l'Élysée ou Matignon, les partis ou le Parlement. Journaliste de base, sans titre particulier, j'ai suivi de 1982 à 1992 pour Le Monde les affaires de police, et donc le ministère de l'Intérieur. En ce sens, j'étais excentré, malgré la proximité de la Place Beauvau et du Palais de l'Élysée. Contrairement à ce que la suite a pu laisser croire, l'essentiel de mon activité professionnelle ne concernait pas les à-côtés de la présidence mitterrandienne. En matière de police et, plus généralement, de sécurité, ces années-là furent une période passionnante, d'innovations et de tensions, de réformes et de polémiques. Mes articles dans le quotidien en témoignent: c'est à cela que je passais le plus gros de mon temps, à ces débats, à ces enjeux, à ces réflexions.

Cependant, la police, tout rubricard spécialisé le sait d'expérience, est un immense paravent social derrière lequel sont dissimulés les malheurs et les misères, les accidents et les drames, les mensonges et les hypocrisies que, pour son confort, notre modernité préférerait ne pas avoir à connaître. Surtout s'il s'est efforcé de tirer ses sujets proprement policiers vers le haut, refusant de les déprécier ou de les caricaturer pour s'intéresser aux métiers qu'ils recouvrent et à leurs contradictions, un journaliste spécialisé dans ces domaines risque donc fort de se retrouver, un jour ou l'autre, en possession d'informations rares. De confidences exceptionnelles, de petites exclusivités, voire de grands secrets.

C'est ainsi, presque par hasard, sans l'avoir jamais décidé, que je suis devenu l'apporteur de mauvaises nouvelles du mitterrandisme, tout comme l'un de mes prédécesseurs dans cette rubrique, James Sarrazin, l'avait été, avec grand talent, pour les présidences de Georges Pompidou et de Valéry Giscard d'Estaing. Ma seule particularité fut d'avoir été tenace. De n'avoir pas renoncé malgré les pressions, qu'elles fussent aimables ou détestables. Et d'avoir toujours souhaité connaître le fin mot d'une histoire si, d'aventure, j'avais commencé à la chroniquer. Survenue à la fin de l'été 1982, alors que je commençais juste à me familiariser avec les questions de police, l'affaire des Irlandais de Vincennes fut la première étape d'une pérégrination qui, au rythme des événements et de leurs surprises, me conduisit ensuite aux autres mésaventures de la cellule de l'Élysée, à l'affaire du Rainbow Warrior, le navire amiral du mouvement Greenpeace coulé par les services secrets français en 1985, au drame de la grotte d'Ouvéa en Nouvelle-Calédonie en 1988, aux multiples affaires politico-financières enfin, d'Urba à Péchiney – et j'oublie certainement d'autres épisodes.

Quand en 1992, après dix années d'étonnement, j'ai voulu réfléchir à cette part de réalité que j'avais été amené à découvrir ou à côtoyer, je l'ai appelée La part d'ombre. Ce fut un livre, et c'est devenu depuis une expression assez courante pour dire la part maudite d'une politique. C'était le prolongement de mon travail de journaliste et, cependant, ce n'était pas de même nature. Tout en rendant compte de faits, qui ne seront jamais contestés, je livrais mes réflexions de citoyen confronté à ce que nous disaient ces faits – sur notre pays, ses institutions, ses mœurs politiques ou économiques et, bien sûr, son Président. De ce point de vue, c'est évidemment un livre engagé dont je ne retire rien, et certainement pas ses dernières lignes qu'hélas, notre époque s'est acharnée à confirmer.

«Inscrire l'exigence du passé dans l'inquiétude du présent» : ce sont les ultimes mots du livre. Lors de sa parution, il fut peu remarqué qu'ils étaient illustrés, dans le corps de l'ouvrage, par un chapitre consacré aux engagements de jeunesse de François Mitterrand à l'extrême droite et, surtout, à ses liens personnels avec René Bousquet, le patron de la police française sous le régime de Vichy. Sur le plan factuel, c'était sans doute la principale nouveauté de La part d'ombre par rapport à ce que j'avais déjà révélé dans les colonnes du Monde. Mais, curieusement, cet aspect-là passa pratiquement inaperçu. Du moins publiquement. Sans doute était-ce encore trop tôt. Deux ans plus tard, à l'automne 1994, la polémique faisait rage après la publication, par Pierre Péan, des confidences de François Mitterrand lui-même sur sa «jeunesse française», qui confirmaient au-delà du raisonnable ce que j'avais approché.

Entre-temps, le paysage avait grandement changé. Quand, à l'automne 1992, je publie La part d'ombre, j'imagine tourner une page, en aucun cas en feuilleter mille. L'ironie, qui transforma une expérience professionnelle en mésaventure personnelle, fut que ce livre du présent se mit à fabriquer du futur, sans que j 'y puisse mais. Décrivant les activités méconnues de la cellule de l'Élysée, j'avais écrit que, selon mes informations, elle exploitait un contingent d'écoutes téléphoniques administratives. Quelques mois plus tard, en mars 1993, les obscurs règlements de compte entre protagonistes de ce nouveau Secret du Roi conduisaient aux premières révélations de l'affaire des écoutes, suivies par d'autres en 1995, puis en 1997, confirmant à n'en plus finir ce que j'avais écrit et décrit en 1992. Et donnant la matière des Mots volés où j'ai tenté de raconter cette histoire comme si ce n'était pas, aussi, la mienne.

Dès lors, le climat devint délétère. Le règne n'en finissait pas de finir. Fort bien gardé jusque-là – j'en témoigne –, le secret sur le cancer était levé. Des proches prenaient leurs distances. D'autres se barricadaient dans une fidélité aveugle. D'autres encore choisissaient de s'éloigner dans un silence fracassant, en se donnant la mort. Ces suicides, celui de Pierre Bérégovoy en 1993, puis celui de François de Grossouvre en 1994, à l'Élysée même, furent le point de départ d'Un temps de chien, essai sur l'époque qui est en fait une réflexion sur le journalisme, ses nécessités et ses hasards. Puis, je suis passé à autre chose dans mon métier, mais en étant poursuivi par une histoire dont, par la faute de François Mitterrand, j'étais devenu un acteur, et non plus un témoin. C'est un paradoxe, mais il n'est pas contestable: ce ne sont pas mes enquêtes ni mes livres qui m'ont valu l'acharnement d'une partie de la postérité mitterrandienne; c'est d'avoir porté plainte, pour le principe – le droit de la presse, la liberté du journaliste –, dans l'affaire des écoutes qui m'a valu d'inutiles polémiques animées par ceux que ce dossier menaçait.

En 1992, nous n'en étions pas là. Au début de l'été, quelques mois avant la parution de La part d'ombre, je me suis retrouvé au Palais de l'Élysée, sans doute pour la seule réception à laquelle j'aie jamais été invité sous la présidence de François Mitterrand. Il s'agissait de fêter le départ de deux proches collaborateurs du Président, son directeur de cabinet, Gilles Ménage, et sa conseillère pour la culture, Laure Adler. J'avais appris à connaître le premier dans ses fonctions. Je connaissais fort bien la seconde – c'est une amie de longue date. Ce fut la deuxième fois que j'eus l'occasion de croiser de près François Mitterrand. De près et de loin – nous n'avons pas été présentés. La première, c'était avant 1986 dans une école de formation de la police nationale que le ministre d'alors, Pierre Joxe, faisait découvrir au Président. Un confrère m'a offert une photo qui en garde la trace: je suis juste derrière Mitterrand, stylo et calepin en mains, journaliste tout simplement.

Laure Adler et Pierre Joxe sont, avec le syndicaliste policier Bernard Deleplace, les trois proches de François Mitterrand qui ont espéré qu'un jour, je le rencontrerais. Ils lui ont toujours été fidèles et je les tiens pour des amis. Si je les mentionne, c'est pour faire comprendre que les mondes de Mitterrand ne se résument pas à la coterie qui, aujourd'hui, se prétend seule détentrice de l'héritage. C'est aussi pour souligner qu'il y eut, dans son entourage, des femmes et des hommes de principes, mus par la conviction plutôt que par l'intérêt. Loin d'épouser les haines et les détestations nourries par la part d'ombre d'un Président qui, à m'écouter en secret, me connaissait mieux que je ne l'ai jamais connu, ces personnes-là, et elles ne sont pas les seules, ont gardé leur liberté, leur indépendance et leur franc-parler.

C'est donc le comique de cette histoire: je n'ai jamais connu cet homme dont j'ai chroniqué la présidence, mais il m'a longtemps fréquenté en privé, dans ce confessionnal moderne qu'est le téléphone. Or cette transgression de la frontière entre public et privé, qu'il s'est autorisée au gré de ses méfiances et de ses humeurs, a continué de produire une réalité au-delà de sa mort, telle une ombre portée. Je l'ai dit: sa vie privée ne m'intéressait pas. J'ai tu le secret de sa fille, Mazarine Pingeot, estimant que son ascendance n'était pas une raison suffisante pour livrer une adolescente à la curiosité publique. J'ai scellé sa double vie de famille qui, si l'État l'a certes abritée, ne m'a jamais paru un scandale d'État. J'ai respecté ses amitiés, sauf quand elles servirent d'arguments à des privilèges ou des passe-droits, et ce fut le cas avec Roger-Patrice Pelat. Et je n'ai rien dit de sa maladie, tout simplement parce que je n'en savais rien.

Bref, dérangeantes parce que politiques, nos curiosités de l'époque ne pénétraient pas sa sphère d'intimité. Celles d'après sa mort sont à l'inverse, intimes et familières, sentimentales et familiales. Telle est la postérité de cette aventure personnelle qui, finalement, a tourné à la débâcle collective: des histoires privées, un roman familial, des énigmes psychologiques, des anecdotes amoureuses ... Peu d'ouvrages depuis 1996 sur la politique de Mitterrand, son œuvre, son bilan, ses ressorts méconnus, et tant de libelles, confessions ou révélations, qui tournent autour de ces secrets d'un autre ordre. Comme si, dix ans après, il ne restait plus que l'homme, et non pas le Président. Comme si le souvenir du personnage, héros de sa propre vie, recouvrait la mémoire du politique, pour la rehausser en l'humanisant.

«Son personnage vaut mieux que son œuvre» : au début de La part d'ombre, je citais à son propre propos ce jugement de François Mitterrand sur Charles de Gaulle. C'était ma façon de dire que je tenais l'homme, le personnage, en estime, même si j'étais sévère pour ses actes, son œuvre. Mais l'aventure d'un homme ne suffit à fonder l'espoir d'un peuple. Je n'ai pas changé de conviction, et la suite posthume me conforterait plutôt. Dominé par la famille et la maladie – le bal d'éros et thanatos, en somme la mort et le sexe –, le roman posthume de François Mitterrand est la dépolitisation même. À l'image de l'évolution télévisuelle, devenue réceptacle de mises en scène indiscrètes, de confessions et de déballages, il témoigne d'une forme de déréalisation. Car s'il n'y a plus de vie privée, c'est la fin de l'espace public. S'il n'y a plus que du privé, de l'intime et du familial, c'en est fini du public, du politique et du collectif. Si nous ne sommes plus curieux que de nous-mêmes, de nos vies privées, de nos amours et de nos familles, nous délaissons les curiosités qui importent vraiment pour l'avenir, qui nous élèvent et nous emportent, au-delà de nos égoïsmes et de nos particularismes.

En ce sens, le Président Mitterrand ne nous est pas d'un grand secours pour affronter les défis qu'il a laissés derrière lui. Il nous reste l'autre Mitterrand, celui d'opposition, tout comme il faisait lui-même la différence entre le gaullisme de Résistance et le gaullisme d'État. Le Mitterrand acharné à défendre l'entièreté des libertés, l'exigence de la morale, l'évidence de la solidarité, l'urgence des réformes, la fidélité des engagements, etc. On s'en apercevra à la lecture des livres ici rassemblés: c'est ce Mitterrand-là que je n'ai cessé de rappeler au Mitterrand devenu Président. Les rois, on le sait, ont besoin de fous qui puissent leur dire qu'ils sont nus, qu'ils ont oublié ou qu'ils se sont oubliés. S'ils ne cèdent pas aux tentations de la connivence et de la respectabilité, les journalistes sont ces fous de la politique moderne. Ils ont beau déplaire, ils n'en sauvent pas moins un peu de la mémoire de ces rois, en montrant qu'ils n'ont pas toujours été les rois qu'ils sont devenus.

C'est l'ultime paradoxe de cette histoire qui s'est saisie de moi plutôt que je ne me suis saisi d'elle: je suis resté longtemps fidèle à la mémoire du François Mitterrand pour lequel j'avais voté en 1981.

Paris, le 2 décembre 2005.

 

P.S. (janvier 2010): ici, la date du 2 décembre ne doit rien au hasard. Elle est comme un signe discret entre complices d'une même exigence, radicalement démocratique, profondément anti-présidentialiste (ou bonapartiste, ou césariste, au choix). Deux ans plus tard, avec François Bonnet, Gérard Desportes, Laurent Mauduit et Marie-Hélène Smiéjan, nous annoncions, précisément le 2 décembre 2007, la naissance de ce qui n'était encore que "le projet Mediapart" et qui donnera naissance, le 16 mars 2008, au Mediapart que vous connaissez.

Le livre Le journaliste et le Président est disponible soit en version imprimée, par exemple ici (prix 23,76 €), soit en version numérique, à cette adresse (prix 18,99 €).

Tous les commentaires

Bonsoir Edwy Plenel

Plus que le besoin pour un roi d'avoir un fou qui lui rappelle l'homme qu'il a été, c'est la nécessité d'une parole pertinemment iconoclaste qui est la plus incontournable pour une société. Pour votre part, il s'agissait d'une parole à l'endroit des indécrottables adorateurs de grandeur.

Alors qu'on verra bien par la suite que c'était minuscule, tout ça. Des écoutes tous azimuts, dont le choix des cibles n'avait parfois rien à envier au surréalisme !

Jacques.

Vous êtes une institution, avec Mediapart vous avez retrouvé votre position dans le jeu institutionnel, mais les institutions s'écroulent toutes, sans exception. Les continents aussi disparaissent.

Le problème de la Gauche est d'avoir réduit la puissance énergétique de la France, source de croissance dans notre pays, en fermant Superphénix et en ayant un Premier Ministre qui a dit, en substance : "l'économie ce n'est pas moi".

En 2002, le prétendant putatif d'aujourd'hui, DSK, appelait la Gauche, le soir du premier tour des présidentielles, sur le plateau de France 2, à voter Chirac, "en se pinçant le nez" disait-il.

Quand la Gauche renonce à l'énergie, à l'économie, appelle à voter à Droite et est prête à s'allier avec des militants qui vantent la décroissance, s'en est terminé d'un espoir collectif de progrès matériel donc moral et intellectuel pour des gens qui n'ont pas grand-chose, voire rien du tout.

Le reste ce sont des épigones qui se partagent les miettes de la richesse accumulée, du haut des privilèges de leur génération, en tapant dans ce qui reste de la redistribution sociale. Leur Morale n'est pas la mienne.

En fermant Superphénix pour des raisons plus électoralistes que techniques (problème de chaudronnerie sur le circuit de refroidissement, aucun problème de coeur nucléaire), le gouvernement dont faisait partie Dominique Voynet n'a pas que réduit la puissance énergétique de la France, elle en a réduit l'indépendance vis à vis des matières premières, car un surrégénérateur fabrique plus de combustible qu'il n'en consomme.

Si cette funeste décision n'avait pas été prise, peut-être que des salariés d'Areva qui exploite des gisements d'uranium naturel ne seraient pas kidnappés au nord du Niger...

D'accord avec l'analyse de Jacques Eutrope sur l'oligarchie triomphante et amorale.

Mais peut-être que Superphenix nous aurait sauté à la figure quand même. Alors bon...

C'est JOSPIN qui a été incapable de donner de l'espérance à la campagne de 2002 et qui n'y croyait pas lui-même.

Après cette non campagne que j'ai vécu de l'intérieur, il nous fit le coup d'abandonner.

C'est anormal à ce niveau d'abandonner son peuple et la politique car tout est politique.

DSK et ses erreurs , CHIRAC ce jacobin ,ne sont que des épisodes bien tristes car sans espérance pout la France

A mon avis,la meilleure analyse de la problématique politique de François Mitterrand a été faite par Jean-Pierre Chevènement dans deux ouvrages qui lui permettent de faire un bilan lucide de sa gouvernance et de son appréciation européenne erronée...

j'ai aussi vécu de l'intérieur cette campagne, moi aussi..il ne m'en reste strictement rien au sens et au nom de l'espérance portée, normalement , par le candidat Jospin..rien..le vide le plat, le rien..rien. je revois avec émotion et quelque impressionnant "dégout" (sic)..ces dizaines de paquets encore ficelés, jamais jamais déballés, dans un coin reclus du local de la Fédé : le programme 2002 du PS, sur l'agriculture, les territoires, l'environnement...des sommes de travail énormes entre nous, quelques uns à Solférino, 2 fois par mois..débats passionnants..Gérard Bedos..en animateur fin et éclairé..ces programmes là ne furent jamais distribués. J'ai vu ces paquets, comme cachés..mars 2002..j'ai bcp bcp pleuré derrière mon par brise en rentrant ce samedi à la maison, cette image ancrée : et j'ai "appris" à ma femme, mes enfants, ce jour là, que la gauche ne gagnerait pas, que j'abandonnais + de 20 ans de militantisme..bénévolat total..Au PS, il n'aura jamais jamais été abordé, évalué le pourquoi d'un tel lâchage, d'un tel non investissement..pourquoi??? et depuis le 21 avril 2002 à aujourd'hui, le PS n'a toujours pas évalué sa place de 3ème, derrière le FN..jamais..jamais. éternel parti de supporters, d'élus, en retard d'une génération..non, décidément, je ne me remets toujours pas de cet abandon..comme le disait mon ami Gérard Filoche "minoritaire en voix, certes, mais majoritaires dans les idées"..strictement personne n'aura jmais décidément, à minima, porté au moins les idées de la base militante. Cette base là croupie encore dans des paquets ficelés, dans les recoins reclus et poussiéreux des Fédés...

Cher camarade Président,

Etrange billet... Quel besoin de s'expliquer ?

Une mouche pique, le lion la chasse d'un coup de queue sans bouger.

Fidele au premier Mitterrand dis tu ? Celui de Vichy ? Celui de l'Algérie ? Celui de l'écrasement du PCF et des syndicats ?

Je comprends qu'un journal de gauche ne puisse aller totalement à contre-courant "des masses", mais quel besoin de revenir sur le passé par ce billet qui a un petit gout de justification ?

François Mitterrand n'a jamais été ni socialiste, ni de gauche. Tout son parcout le démontre, et explique ce qu'il fut : un ambitieux talentueux politicien.

Quand on a été un enfant de la guerre - ce que sont les "babyboomers" - plutôt qu'un enfant de la Libération, quand on a été à l'école primaire des guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie - doublement "socialiste": par l'idéologie colonialiste et sa défence armée -, qu'on est devenu homme dans un véritable mouvement de masse: mai 68; on ne peut avoir été "mitterandiste".

Fidèle au "premier" Mitterrand ? Lequel ?

Le gouvernement, je dis bien le gouvernement de François Mitterrand, a pris quelques bonnes mesure entre 81 et 83, dont une seule restera dans l'Histoire: l'abolition par Badinter de la peine de mort. Le reste est détail.

Mais, les onze ans qui ont suivies, n'ont été qu'une succession d'étouffements de tous les mouvements populaires, soit sous l'edredon des nominations, soit à coup de manipulation (cf touche pas à mon pote) etc.

La ou je ne comprends pas ce billet, cher camarade Président, c'est qu'il est justement tout a fait urgent que "la gauche", que ceux qui se sont du coté du manche, se débarrasse de cette encombrante icone - ce Staline, ce Mao - dont la statue nous bouche l'horizon.

Il est temps de tourner la page, même si de Mediapart à Paris-Match, il semble que "tonton" fasse toujours vendre.

Cours camarade, le vieux "tonton" est derrière toi, et l'avenir devant !

Cher Michel, cher confrère, non, aucunement une justification, juste une explication.

Sur le fond, aucun désaccord avec ce que tu écris, car c'est exactement le propos des livres que ce texte (écrit fin 2005) introduisait. Si j'ai cru bon d'exhumer cette sorte de mise au point, c'est que, quoi que tu en dises, nous allons retrouver devant nos pas ce souvenir et cette référence, comme ce fut le cas le week-en dernier, de Ségolène Royal à Jean-Luc Mélenchon. Tout simplement parce que la gauche socialiste, dans sa quête du pouvoir en 2012, va se référer à cette seule présidence produite par la gauche.

Or nombre de lecteurs de Mediapart ne partagent pas notre regard commun sur ces années-là. Certains parce que plus jeunes, qui se disent rétrospectivement que cela avait tout de même une autre allure que la basse époque actuelle, avec ses personnages insignifiants ou méprisables. D'autres, moins jeunes, qui gardent, pour les mêmes raisons, une grande nostalgie et nous jugent trop sévères, injustes et partiaux. C'est donc à leur intention que j'ai ressorti ce texte, puisque pour nombre d'entre eux, mon travail de journaliste porte une responsabilité dans le regard critique construit sur la présidence Mitterrand.

Son seul propos est de rappeler que ce ne fut pas une affaire de conflit personnel, mais un enjeu de mémoire collective.

Bonne journée à toi, avec mes amitiés.

"ce ne fut pas une affaire de conflit personnel, mais un enjeu de mémoire collective."

Sauf par quelques commentateurs, votre démarche a été ainsi perçue, je crois, cher Edwy.

Ma seule réserve sur votre premier papier, je vous en ai fait part et je la reformule de façon paut-être un peu abrupte : oui à la mémoire collective, non à la mémoire sélective. Votre retour sur Mitterrand m'a paru et me paraît encore partiel, se concentrant surtout sur les zones d'ombre.

Or si l'on veut que l'Histoire nous permette de tirer les leçons du passé, il faut, je crois, ne pas retenir qu'une partie de l'Histoire.

En tout cas, j'ai toujours autant de plaisir à vous lire tant votre plume est fluide et je dirais même musicale.

Bien à vous.

Cher Joël, pas de désaccord insurmontable puisque toute ombre suppose la lumière, par contraste. Mais toute la question est de savoir si la lumière était celle d'un homme seul ou plutôt d'une dynamique collective qui va rapidement s'épuiser, dès 1983. La lumière, c'est-à-dire toutes les mesures progressistes du début du premier septennat. Quant à l'ombre, en revanche, n'est-ce pas là que se pose la question de l'individu, de sa propre responsabilité politique et, parfois, morale? C'est tout l'enjeu de ce retour en arrière pour demain: s'agira-t-il de choisir un homme (ou une femme) ou bien d'épouser une dynamique collective qui fasse peser, sur cet homme ou cette femme, l'exigence née de la société elle-même, qui lui impose des contre-pouvoirs, qui ne le laisse pas se laisser dominer par ces institutions dangereuses par essence, comme le disait Mitterrand lui-même? Bonne journée.

Oui.

Ombre et lumière...

Mitterrand me fait un peu penser à Janus et votre papier, un peu à "Qui aime bien châtie bien."

Cela dit, la question est aussi de savoir si une équipe de gauche au pouvoir pourra éviter un virage analogue à celui de 1983, et si oui, comment?

Merci de m'avoir répondu, cher Edwy, et bonne journée.

Le virage est de plus en plus serré. Comme le sont ceintures qu'il il va bien falloir serrer un peu plus fort...

1983 marque, sans conteste, le "tournant Delors".

Je ne vois personne, au sein de la galaxie PS - EE en capacité de desserrer les ceintures.

Attention, virage dangereux pour ce qui fut la gauche.

C'est à la "lumière" de ces courtes considérations que j'apprécie de relire ce texte d'Edwy Plenel.

A Velveth.

Avec vous la ceinture risque d'être encore plus serrée puisque vous semblez être pour la décroissance.

Détail non c'est un peu juste .Vous oubliez facilement la 5ème semaine de congé payé et les 39 heures mais aussi la décentralisation à caractère jacobine qui n'est jamais allée à son terme comme Rocard l'aurait fait.

Mitterand que nous avons soutenu à chaque campagne sur le terrain est jacobin et l' histoire de ses méthodes de pouvoir rejoint celle du centralisme Français issu de la royauté;

La confiance qu'il donne à Rocard n'est que limitée et il s'en suit un retour de baton Jacobin avec Madame CRESSON et BEREGOVOY comme fin tragique.

Voir les textes négociés de la loi du 2 juillet 1990 et sa stratégie de déconcentration et de décentralisation encore en vigueur (partiellment ?) aujourd'hui.

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Merci, monsieur Plenel, de nous éclairer.

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jpylg

Monsieur Plenel

Il n’est point nécessaire de chercher loin ce qui sépare les êtres intelligents, brillants, percutants, engagés et humains, de ceux dont le désir est essentiellement tourné vers l’avidité matérielle, que le pouvoir leur garantit, prêts à tout, voire à n’importe quoi parfois, pour s’enfler de renommée, d’ambitions et de richesse. Ce qui les sépare donc, c’est la qualité de l’esprit des premiers face à la pesanteur de celui des seconds.

Ces derniers ne peuvent supporter que de tels esprits si fins puissent exister, dévoilant ainsi les arcanes sombres de leurs propres et pesantes « circonvolutions » et celles stupides de leurs « circonlocutions » ! ;-)

Face à de telles intelligences, les lourdeaux ne font pas le poids ou si peu, alors ils sortent des armes féroces, aiguisées aux mensonges et aux manipulations afin de combattre ceux dont le verbe et/ou la plume sont trempés dans l’encre de la vérité ou du moins dans celle de la fine et brillante analyse. Le combat ne se jouant pas sur le même terrain, il y a peu de chance que les protagonistes se rencontrent réellement, deux mondes inversés s’affrontant, sans jamais se « toucher ».

Rien ne changera entre eux, chacun campé sur ses positions. C’est uniquement le public qui héritera de l’essence s’évaporant de ces différences. `

Ce sera alors à lui de jouer... ainsi s’écrit l’Histoire !

Merci Monsieur Plenel.

Le titre dit tout. Refaire un tour du côté de chez Freud : "Deuil et mélancolie".

De Gaulle, on célèbre l'appel du 18 juin, pas sa mort, anedocte qui scelle un destin. Mais avec Mitterrand, c'est l'agonisant, le cadavre qu'on trimballe pour se réunir, pour faire cortège, depuis 15 piges...

Serait-ce qu'il ne reste que ça, l'ancêtre tutélaire, sa figure dans le halo du cadre, il ne nous quitte pas, il regarde son troupeau manger la soupe froide comme dans la chanson de Jacques Brel ?

La Gauche parviendra-t-elle à libérer son désir de pouvoir de ce mort inenseveli ? A quitter les cimetières, les commémorations (ces adieux interminables à la retraite à 60 ans et aux 35 heures) ?

A oser un chemin dangereux comme la vie ("Tu veux ou tu veux pas/Tu veux c'est bien/ Si tu veux pas tant pis/Oui mais voilà réponds-moi" ) ?

C'est pas gagné... la présidentielle !

Cher xavier bonaventure, sans doute parce que la nuit porte conseil et que j'avais anticipé votre pertinente remarque, j'ai entre-temps changé le titre, abandonnant l'inutilement égocentrique "Mitterrand et moi" pour un "François Mitterrand et le journaliste" plus sobre et plus conforme à l'enjeu. Merci donc.

"l'inutilement égocentrique "Mitterrand et moi" pour un "François Mitterrand et le journaliste" plus sobre et plus conforme à l'enjeu. Merci donc." (EP)

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Merci de votre simplicité.

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jpylg

Beau témoignage empreint de sagesse et d'honnêteté.

Je me réjouis que vous n'ayez pas eu à fréquenter Gilles Ménage pour approcher officiellement François Mitterrand. Après avoir lu La part d'ombre, j'ai poussé le scrupule jusqu'à lire intégralement L'oeil du pouvoir. C'est atterrant, plus qu'un plaidoyer, sur l'exercice quotidien de la gouvernance ordinaire.

Mais ni les Papon , ni les Aussaresses, ni les Gilles Ménage ne témoigneraient de la sorte si vous ne les aviez fait sortir de l'ombre... Encore bravo.

Nous sommes nombreux à être dans un deuil interminable, pas tant celui d'un homme ou d'un parti que celui de l'espoir dont nous les avions revêtus.

Merci M. Plenel. Votre article est bienvenu.

 

Ombre et lumière, jusqu'au bout

 

Absolument. Ce qui exclut tout culte, toute génuflexion au grand homme. Mais il est apparu difficile de rappeler les faits (10 mai et dépendances) sans se voir taxer d'idolâtrie... Dommage. La jubilation d'une nation cela n'arrive pas tous les quatre matins.

 

cette histoire qui nous occupe ou nous déchire, entre nostalgie et amertume, est ancienne, lointaine et, du coup, abstraite.

 

Attendons-nous au contraire à la voir encore et encore décortiquée. Quand on voit que tout ce qui décrit actuellement le PS est encore passé au tamis de la structure du pouvoir d'il y a trente ans... Que l'on attribue à ceux qui n'étaient que des comparses "en bourgeon" la totale responsabilité des dysfonctionnements supposés ou avérés de l'époque... Un peu comme si on avait reproché à un jeune des années 70 le fait que pépé ne soit pas allé à la castagne du bon côté...

 

 

 

Effacé

Cher Edwy,

Merci pour ce billet, même si j'avais déjà lu ce texte en introduction du livre "le Journaliste et le Président".

Je suis en accord avec votre analyse des zones d'ombres de cette présidence et avec la nécessité pour la gauche, en vue de 2012, de bien faire l'inventaire de cette double présidence de François Mitterrand. D'accord également avec cette volonté journalistique commune d'apporter les mauvaises nouvelles.

Pourtant, entre l'ombre et la lumière, deux choses me viennent à l'esprit. D'abord, cette farouche volonté mitterrandienne d'union de la gauche, de critique des institutions de la Ve République, et aussi cette capacité à être une gauche de gouvernement qui tente de transformer les choses, du moins dans le premier septennat.

Ensuite, j'analyse les différences entre l'homme d'opposition et l'homme de gouvernement avec le prisme du dilemme décrit par Sartre dans les "Mains Sales". Ainsi, je vois dans le Mitterrand d'opposition (et sur des actes au pouvoir comme l'abolition de la peine de mort etc...), le Hugo des "Mains Sales". Garçon idéaliste, remplit de bonne volonté et qui n'accepte pas les compromis. (cf son discours à Epinay sur la rupture avec le capitalisme)

Ensuite, le Mitterrand de pouvoir s'est mué de Hugo en Hoederer, l'autre personnage des "Mains Sales". Celui qui déclare : "Moi j' ai les mains sales. Jusqu'aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. Et puis après ? Est-ce que tu t'imagines qu'on peut gouverner innocemment ? "

Complexe et interminable débat. Peut-être notre rôle de journaliste est-il de démasquer les "Hoederer" en étant fidèle aux "Hugo" ?

Enfin, pour finir et entrer en résonnance. J'ai une autre expérience de la présidence Mitterrand que la vôtre. C'est ici :http://www.mediapart.fr/club/blog/david-medioni/070111/generation-mitterrand

Avec amitié

David

Sans oublier " Jessica " ... !

A une passante ...

La rue assourdissante autour de moi hurlait

longue , mince , en grand deuil , douleur mystérieuse

Une femme passa d'une main fastueuse

Soulevant , balançant le feston et l'ourlet.

 

Ailleurs - Bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !

car j'ignore où tu fuis , tu ne sais où je vais .

Ô toi que j'eusse aimé . Ô toi qui le savais !

Les fleurs du mal !

 

Du Grand deuil au cimetière des Grands'Maisons ...

Mitterrand , c'est tout un poème ... qu'il aimait .

Pour le plaisir de la citation exacte et du sonnet en entier.

 

Bien amicalement.

 

Pascal Maillard

 

 

 

A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d'une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l'ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,

Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit! - Fugitive beauté

Dont le regard m'a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l'éternité?

Ailleurs, bien loin d'ici! trop tard! jamais peut-être!

Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

O toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais!

 

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal

@ bellaciao et Pascal Maillard,

 

Humm, merci, merci !

En vous lisant je me nourris comme un vampire altéré de ne voir sous le jour tant de raisons qui ne savent pas qu'un poème renverse leurs résonnement.

Je repense en vous lisant à l'exigence qu'avait formuler le regretté Henri Meschonnic : Pas un jour sans poème! Je pense à lui en lisant.

Permettez moi les amis que je vous offre ce poème de Ludovic Janvier en écho à votre proposition poétique et en réponse à l'article de Monsieur Edwy Plenel :

Doucement avec l'ange

ces fatigues de fumées

me couchant même debout

marcheur allant vers son ombre

c'est moi qui cherche après moi

l'instant cette étoile morte

jeune au pays du soleil...

 

 

Effacé

Cher Monsieur Plenel

D'autres, moins jeunes, qui gardent, pour les mêmes raisons, une grande nostalgie et nous jugent trop sévères, injustes et partiaux. C'est donc à leur intention que j'ai ressorti ce texte, puisque pour nombre d'entre eux, mon travail de journaliste porte une responsabilité dans le regard critique construit sur la présidence Mitterrand.

Nostalgie dites-vous, bigre! Quand se sont plutôt de vieilles blessures qui cicatrisent mal, et que cet article réouvre, ça fait mal. Car plus nombreux sans doute sont d'autres moins jeunes qui n'arrêtent pas de faire le grand deuil des illusions de la gauche perdue.Voilà l'unique objet du grand ressentiment à l'égard de F. Mitterand. Vous cédez vous aussi à nourrir ce catéchisme pour... légitimer les héritiers?Votre regard critique sur cette période, ces renoncements et ces maneuvres serait plus utile à lever le voile épais qui à nouveau se tisse sur nos têtes.

C'est à désespérer,

pas vous Monsieur Plenel!

Cette image de "grand deuil" est riche d'interprétation. Elle peut venir de l'enfance, et si elle remonte précisément à ce moment-là, cela peut en dire long, sur l'homme.

Le politique n'est pas une entité désincarnée ; la "volonté politique" n'existe pas sans la "volonté humaine" ; et "l'étranglement dans le silence de l'ombre" ressemble fort à du remords, refoulé dans la solitude effrayée devant la mort.

Bonjour Edvy Plenel ,

Suite à ce débat je me suis procuré votre livre "le journaliste et le président " stock 2006 sur Am.fr

Et bien je le trouve totalement passionnant et la contextualisation et rappels historiques dépassent largement le personnage de F.M même si celui ci est central dans votre écrit .

Je l'ai ouvert par le milieu quand vous parlez de B.T , de l'argent , de certaines affaires et je suis resté scotché...

C'est un bon livre , un excellent .

De fait je trouve que c'est ce genre d'analyse , de contextualisation , qui manquent un peu à MdP car évidemment si c'est du journalisme cela m'apparaît souvent un peu trop collé à l'événement .

Et votre approche, vos connaissances historiques , sociologiques et autres , m'apparaissent indispensables pour bien comprendre le cadre ,les enjeux ...

Peut être faudrait il poster un éditorial de temps en temps pour avoir un éclairage plus distancié des faits , car à rester uniquement sur l'évenementiel personnellement , je m'y perds un peu , et ça ne me donne pas forcément le moral , une fois que j'ai réalisé le peu d'espoir de voir changer les choses dans le futur immédiat...

Bon , je ne sais pas si vous donnerez réponse à mon observation , mais au minimum sachez que je suis davantage intéressé par MdP depuis cette découverte , remise faute de disponibilité à l'époque ....

Cdt .

Ls.

Je ne sais pas comment joindre Edwy Plenel dans ce qu'il a de plus retors, alambiqué, coincé. Alors je le fais ici au milieu de l'encens et des paillettes colorées et lumineuses.

Il s'agit, Mr Plenel, de ce qui sent moins bon dans vos rapports avec Denis Robert.

http://blogs.mediapart.fr/blog/jjmu/070211/trois-condamnations-annulees-par-la-cour-de-cassation-affaire-clearstreamdenis

Je ne sais rien, je ne connaissais, avant le rendu de la cour de Cassation qui vient de déclarer Denis Robert apte à exercer son rôle de journaliste comme il l'a fait dans les deux affaires Clearstream, que vos deux noms.

Seulement, entre temps, je me suis inscrit à Mediapart comme à une bouée de sauvetage dans ce monde de fausseté.

Hélas, dans cette affaire j'ai lu que vous aviez réservé à D.Robert des propos assez sarcastiques, semble-t-il, ou tout du moins défavorables, le faisant passer pour un huluberlu adepte de la théorie du complot...ou quelque chose d'approchant (quand vous étiez directeur du journal Le Monde).

http://blogs.mediapart.fr/blog/jef-tombeur/050211/edwy-plenel-denis-robert-felicitations

Personnellement, j'ai également publié ce billet (http://blogs.mediapart.fr/blog/yarribaren/100211/mediapart-et-denis-robert-la-reconnaissance-dune-erreur) dans ce site que vous dirigez afin que le voile se lève sur ce hiatus, cette déchirure entre deux pointures du journalisme d'opinion et d'investigation. Vous verrez dans tous ces billets que plusieurs lecteurs de Mediapart s'interrogent sur ce cas et souhaiteraient une reconnaissance positive du travail de Denis Robert. En tout cas la reconnaissance qu'il s'est passé quelque chose que Mediapart ne peut passer sous silence sous peine de désillusion pour l'ensemble des lecteurs et adhérents du site.

Nous le méritons bien en tant que quêteurs de vérité et de justice...

Et un quatrième et cinquième billet pour clore ce commentaire:

http://blogs.mediapart.fr/blog/boddisatva/130211/denis-robert-une-question-dhumanite

http://blogs.mediapart.fr/blog/cgenov/150211/ou-est-passe-denis-robert-sur-mediapart-0#comment-854032 

Par Google, je tombe sur ces vidéos:

http://www.dailymotion.com/video/xh18pq_clearstream-plenel-revient-sur-la-relaxe-de-denis-robert_news
http://www.dailymotion.com/video/xh19qa_clearstream-e-plenel-il-n-y-a-pas-de-preuves_news
Pourquoi ne pas les avoir insérées sur Mediapart? Dommage parce qu'elles répondent en partie à la demande.

Bonsoir Edwy

je suis un "Babyboomer"( j'avais 12 ans en 1968, année ou j'ai eu ma 1ère révélation politique). Le soir du 10 mai 81, j'ai explosé de joie comme beaucoup.

J'ai donc été "Mitterandiste". Pour découvrir quelques années plus tard que le grand homme n'était pas tout à fait de gauche. Je dis "tout à fait" car à mon sens, il devait bien avoir un peu de ces valeurs sociales. Mais, très vite, il a du faire un choix: gouverner à gauche ou faire l'Europe. J'imagine que le président, préssé d'entrer dans l'Histoire, n'a pas hésité longtemps.

Le plan de relance de P. Mauroy ayant fait long feu, il lui a été facile de prôner la rigueur monétaire et budgétaire (exigées par l'Allemagne) et abandonner ainsi toute politique économique de gauche.

Néanmoins, nous lui devons, ne l'oublions pas: la retraite à 60 ans, les 39 heures, la 5ème semaine de congés, l'abolition de la peine de mort. Ce n'est pas rien.

Pour le reste, il s'est comporté en monarque républicain, comme c'est l'habitude dans ce pays.

Les temps ont changé, la droite est devenue insupportable et arrogante. Alors, changeons! Mais pitié, servons nous du passé et abolissons ce système bâtard (monarco-républicain), qui ne pourra empêcher un nouveau président de gauche de vouloir lui aussi (ou elle aussi) entrer dans les manuels d'Histoire. L'Histoire, la vraie, c'est la lutte des classes.

Salut et fraternité

Merci à Edwy Plenel! Je regrette de ne pas vous avoir connu plus tôt!Malgré mes petits moyens je vais tâcher de me procurer un de vos livres, tout au moins le dernier "Le journaliste et le pouvoir"!

Encore merci pour tous vos écrits!!!Qand on est abonné à MDP, ce n'est plus nécessaire d'aller s'abonner ailleurs!!C'est grâce à Internet que je vous ai découvert!!Mais la curiosité m'oblige d'aller lire d'autres journaux, (régions, presse étrangère...)!!J'ai beaucoup de temps et je suis heureuse de combler mon temps....

En relisant cet article , en retouvant les commentaires , je n'ai pu m'empêcher de penser à la magie des mots , à la vie intellectuelle , qui nous empêchent peut être de devenir cinglé face à la brutalité de la vie (actuelle ?) et de l'action politique .

Les "mots" , la littérature qui me permettent de vivre au delà de la matérialité et de ses aspects sordides , ceux de l'argent roi et de la cupidité ....

J'avais donc découvert à l'époque votre livre que je trouvais excellent et cela me transportait comme d'autres découvertes littéraires ou artistiques ...

Dernièrement je suis tombé sur les "dames du Faubourg" qui est une fresque du quartier Saint Antoine et de ses artisans menuisiers, ébenistes depuis Saint Louis , Louis XI, etc qui se rassemblent autour de l'Abbaye Saint Antoine des champs et de ses abbesses ,leurs protectrices ...

Je lis cela, je savoure , j'apprends et cela m'empêche de devenir bêtement enragé .

Excusez tous mes bavardages ...

Et quand je "commente" sur MDP , je n'ai pas la prétention d'avoir raison mais d'exorciser mes doutes . J'apprécie toujours la contradiction quand elle n'est pas injurieuse car pour moi la vérité est là , la vie faite d'échanges idem .

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