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MEDIAPART

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Le mystère du poète sud-américain

Enigme de la communication, malentendu de la transparence… En présentant Mediapart, la veille de son lancement, dans l’une des salles du MK2 Bibliothèque à Paris, à une assemblée d'abonnés, de journalistes et de blogueurs, j’ai commis l’imprudence d’illustrer la richesse que nous apportent nos lecteurs contributeurs d’un exemple : l’un d’eux m’avait appris que le 16 mars, jour de notre lancement, était la date anniversaire de la naissance d’un grand poète sud-américain. Il n'en a pas fallu plus pour que le mystère s’installe…

C'est Benito Report qui s’en est emparé, et plutôt drôlement. Sans doute ne prête-t-on qu’aux énigmatiques. Donc, à le croire, tout cela n’était que langage codé pour annoncer sans le dévoiler le scoop de lancement. La vérité est plus simple et, en même temps, plus riche. Directeur général de la Société des Amis de Mediapart, François Vitrani, le directeur de la Maison de l’Amérique latine à Paris, nous a adressé un mot bien à sa façon pour saluer le lancement. C’était une évocation de l’immense poète péruvien César Vallejo, né en effet le 16 mars (1892) et mort un 15 avril (1938) à Paris, où il est enterré, au cimetière de Montparnasse.

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Exilé en France, ce révolutionnaire, par le style comme dans la vie, communiste proche des surréalistes, rêvait d’une littérature qui ne serait «pas une école mais une forme vivante de la vie quotidienne». La résonance trouvée par l’ami Vitrani relevait de cette exigence. Voici ce que disait son message de bienvenue à Mediapart : «César Vallejo a écrit : “Je tisse, et tissant, je me fais”. Jai pensé que cette concordance des dates était de bon augure pour un média qui est sur la Toile : vous tissez Mediapart, et en tissant avec vous, nous nous faisons.»

A méditer et à rapprocher de cette belle image d’un de nos premiers blogueurs, Miladus Edenensis, qui investigue avec générosité et humanisme les cultures numériques. Dans son post consacré à un important et décoiffant rapport américain sur le journalisme, il conclut avec poésie : «Pour regagner le terrain perdu, la presse numérique, comme Mediapart, doit devenir non pas seulement un lieu de passage, mais une destination.»

Le tissage et la destination : deux façons de suggérer que Mediapart est à la fois une idée et un lieu, une matière concrète et une espérance collective.

Tous les commentaires

17/03/2008, 19:15 | Par miladus

Cher Edwy, Juste une citation (proche des poursuites de César Vallejo) et qui annonçait, de loin, les liens entre la poésie, la vérité et, si j'ose dire, le numérique: "Sans fil, voici une locution qui a pris place trop récemment dans notre vocabulaire, une locution dont la fortune a été trop rapide pour qu’il n’y passe pas beaucoup de rêve de notre époque, pour qu’elle ne me livre pas une des très rares déterminations spécifiquement nouvelles de notre esprit. Ce sont de faibles repères de cet ordre qui me donnent parfois l’illusion de tenter la grande aventure, de ressembler quelque peu à un chercheur d’or: je cherche l’or du temps… Télégraphie sans fil, téléphonie sans fil, imagination sans fil, a-t-on dit. L’induction est facile mais selon moi elle est permise, aussi…" André Breton, Introduction au discours sur le peu de réalité, Septembre 1924. [Drupal refuse de mettre de l'ordre dans la mise en page du commentaire mais ce n'est pas grave...]

26/03/2008, 23:58 | Par Martine Broda

Quel beau site, là je me sens parfaitement à l'aise. Un aveu à tous: j'ai été malade, suis encore fatiguée, ne suis pas un as en informatique, je n'ai pas eu le temps d'apprendre à manipuler le fonctionnement du blog. C'est pourquoi je publie mes interventions un peu erratiquement.

27/03/2008, 00:10 | Par Martine Broda

Nous sommes tous des poètes sud-américains. Le mien c'est Roberto Juarroz, argentin. Il n'a pas trop bonne presse en Argentine, parce que par pessimisme, il n'est pas engagé à gauche, ni politisé. Mais je vous jure que c'est une oeuvre impressionnante. Voir l'essai que j'ai publié il y a quelques années chez José Corti. IL va paraître en espagnol, donc atteindre l'Amérique latine. Je cherche à joindre la femme du poète, Laura Cerrato, qui change tout le temps d'e-mail. Si par hasard quelqu'un avait le bon, qu'il me le communique.

11/04/2008, 23:24 | Par jjdorio

Cesar Vallejo (1892-1938) Les hérauts noirs Il y a, dans la vie, des coups si forts... Moi je ne sais! Des coups comme de Dieu la haine; comme si avant eux le ressac de tout ce qui fut souffert se déposait dans l'âme... Moi je ne sais! Ils sont peu nombreux; mais ils sont... Ils creusent d'obscurs sillons sur le plus fier visage, sur le dos le plus fort. Ils sont parfois les poulains de barbares attilas; ou bien les hérauts noirs que la Mort nous envoie. Ce sont les chutes profondes des Christs de l'âme, d'une adorable foi que le Destin blasphème. Ces coups sanglants sont les crépitations d'un pain brûlant pour nous à la porte du four. Et l'homme... Pauvre... Pauvre! Il tourne les yeux, comme quand sur l'épaule un battement de main nous appelle; il tourne des yeux fous, et tout ce qu'il vécut se dépose, comme une flaque de remords, dans le Regard. Il y a des coups dans la vie, si forts... Moi je ne sais! Traduction Jean-Jacques Dorio et Jean Dif

30/05/2009, 13:29 | Par DanN en réponse au commentaire de jjdorio le 11/04/2008 à 23:24

C'est très beau, plein et musical. Pourriez-vous mettre en vo (svp) Les hérauts noirs, car même si on ne comprend pas (ou pas tout, en ce qui me concerne), on en appréciera, sans doute mieux encore, ce poème. Et merci Edwy.

30/05/2009, 12:32 | Par Patrice Beray

On en parlait, cher Edwy, elle est donc parue cette nouvelle traduction de César Vallejo. Je ne sais ce qu'en aurait pensé Martine Broda (de cette traduction, mon espagnol me fuit hélas...). Dans les années 80, mes amis mexicains ne juraient que par Vallejo. Un ami qui rentre d'un long séjour en Argentine me dit qu'il est là-bas aussi une sorte de dieu vivant (dans le sens de Rimbaud sur Baudelaire, un "vrai Dieu").

30/05/2009, 14:02 | Par françois périgny

Merci à vous deux, companeros y compadres, manitos, de faire remonter cette information! Et pour le fil, cher Edwy (vous permettez que je vous appelle "cher Edwy Plenel"?), vous voyez bien que les fils, ici même, tissent les textes et même l'hyper-texte. Et puis, lire, d'actualité, un commentaire de Martine Broda... Et enfin, avec Dan pour demander humblement à Jean-Jacques Dorio la v.o. des Hérauts noirs, le castillan est langue si belle... et si vivante. Entre le "X" et la "jota".

20/05/2011, 07:34 | Par françois périgny

Le jeu des perles de verre.

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