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La Légion d'honneur de Monsieur Courbet

Courbet et SarkozyCourbet et Sarkozy

Dans le débat sur la révision constitutionnelle, certains ne comprennent pas que l'on se positionne, comme ce fut notre cas, non seulement par rapport au contenu apparent de la réforme, mais aussi par rapport à la pratique réelle du pouvoir de celui qui la promeut. Je pense pourtant que c'est la seule démarche réaliste, voire même pragmatique. Avant d'y revenir plus avant, démonstration en forme de promenade avec Gustave Courbet et de détour par la Légion d'honneur.

Dans notre république monarchique, les promotions de la Légion d'honneur sont toujours instructives. Ainsi, au chapitre de la privatisation accélérée du pouvoir, rejoignant les records de ses prédécesseurs, voire les dépassant si l'on tient compte du rythme de cette appropriation, il n'a pas été suffisamment remarqué que Nicolas Sarkozy, à l'occasion de la fête nationale et sur son contingent présidentiel, a fait chevalier de la Légion d'honneur une magistrate aux affaires familiales du tribunal de Nanterre, Nicole Choubrac. Tout comme il distingua Ingrid Betancourt. Mais l'acte de bravoure de cette magistrate est sans commune mesure avec celui de l'ex-otage franco-colombienne: elle a prononcé dans son bureau le divorce des époux Sarkozy, Nicolas et Cecilia, en octobre 2007! D'un divorce à un mariage, on trouve dans la même promotion, élevé au rang d'officier, le publicitaire Jacques Séguéla qui organisa, peu de temps après cette séparation, le dîner en forme de « blind date » (dixit l'intéressée), autrement dit de rendez-vous arrangé, où le président de la République commença son idylle avec Carla Bruni.

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Il est des Légions d'honneur fort respectables, et sans doute en est-il parmi les estimables lecteurs et lectrices de Mediapart. Des décorations qui distinguent l'abnégation du service public, l'engagement dans la Résistance, les servitudes militaires, les œuvres artistiques, le dévouement et la bravoure, la rectitude et la droiture, la reconnaissance d'une injustice, les dettes de mémoire, etc. Mais ce n'est pas faire injure à ceux-là que de s'interroger sur le dévoiement, profitant à d'autres, de ces justes reconnaissances et distinctions en colifichets et boutonnières offerts aux courtisans, obligés et serviteurs, non pas de la République comme bien collectif mais de la seule personne qui, un temps, parfois bien long, la préside. Evidemment, ce détournement n'est pas propre au présidentialisme, et un essai subtil d'Olivier Ihl a su interroger cette originale persistance de l'esprit d'Ancien Régime au sein de la République depuis sa renaissance véritable, avec la Troisième du nom (Le Mérite et la République. Essai sur la société des émules, Gallimard, 2007). Mais le présidentialisme accentue et amplifie indiscutablement sa dimension privative, à la mesure de l'inévitable diffusion d'un esprit de cour. 

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Dans l'ample promotion du récent 14 juillet, on trouve donc quelques égarés, oublieux des règles de distance et d'indépendance qui, en théorie, fondent et légitiment leur identité professionnelle. L'intellectuel supposément critique et le journaliste supposément libre ne devraient-ils pas s'entêter à refuser ces distinctions étatiques qui les annexent, les apprivoisent et les circonviennent? On connaît l'habituelle moquerie des rédactions indociles: le pire, ce n'est pas de recevoir la Légion d'honneur, c'est de la mériter. Ainsi donc, en ce quarantièrme anniversaire de Mai 68, deux décorés témoignent d'une conversion à l'ordre existant à rebours de leurs foucades juvéniles: Blandine Kriegel, déjà promue commandeur, soit le troisième grade, et André Glucksmann, promu officier sous Sarkozy après être entré dans la carrière légionnaire en 1995, sous Chirac et Juppé. Quant à notre métier, chaque fournée égrène quelques noms symbolisant sa prise en otage. On remarque, cette fois, ceux de Ruth Elkrief, nommée chevalier au titre de ses "vingt-trois ans d'activités professionnelles", ou de Philippe Reinhard, qui l'an dernier tenait à expliquer La politique pour les nuls (First Editions). Sans compter un transfuge, dont le récent passage dans la presse fut précédé d'un rapport peu amène pour la Toile commandé par l'actuel président de la République: Denis Olivennes, nouveau patron du Nouvel Observateur après avoir été celui de la FNAC.

Gustave Courbet.jpg

En ces temps parfois résignés, où l'accomodement devient une vertu et le refus un sectarisme, mon entêtement à voir dans ces petites faiblesses de grands abandons paraîtra sans doute excessif. Pour ma défense, je veux rappeler l'attitude, sur cette question précise de la Légion d'honneur, d'un artiste que, cette année, la France officielle a célébré avec éclat: Gustave Courbet – l'exposition est actuellement à Montpellier après Paris. Le 22 juin 1870, soit dans les toutes dernières semaines du Second Empire, paraît le décret officiel attribuant la Légion d'honneur au peintre. Le 23 juin, par une lettre ouverte au ministre des Beaux-Arts, publiée dans Le Siècle, Courbet refuse catégoriquement. Un petit éditeur élégant a publié en 2007 non seulement ce texte mais les brouillons qui l'avaient précédé (Gustave Courbet, Lettre au ministre des Beaux-Arts, L'échoppe, Paris).

J'en retiens deux passages, en forme d'envois aux récents journalistes décorés et à leurs imitateurs de demain. D'abord, la fin du brouillon daté du 22 juin 1870: "M. le rédacteur, en terminant cette petite profession de foi, permettez-moi cette réflexion: si le hasard vous appelait à la foire d'Ornans, vous observeriez que tous les plus beaux moutons de la foire sont marqués d'un coup de craie rouge sur le dos. Les gens naïfs et bien intentionnés qui ignorent les lois de l'agriculture et des arts s'imaginent, dans leur simplicité et leur candeur pastorale, que c'est un hommage qu'on rend à leur beauté. Mais, hélas! Ils ne savent pas que le boucher les a marqués pour les tuer!!!!" 

La mer à Palavas.jpg

Ensuite, la superbe chute de la version définitive, publiée par Le Siècle: "Souffrez donc, Monsieur le ministre, que je décline l'honneur que vous avez cru me faire. J'ai cinquante ans et j'ai toujours vécu libre. Laissez-moi terminer mon existence libre: quand je serai mort, il faudra qu'on dise de moi: celui-là n'a jamais appartenu à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, surtout à aucun régime, si ce n'est celui de la liberté."

On le sait: avec Courbet, ce n'était pas paroles en l'air. Quelques mois plus tard, il fut de la Commune de Paris, élu du sixième arrondissement, et le paya du prix fort, emprisonné, réprouvé et exilé. Intègrement fidèle, jusqu'au bout, à la promesse qu'il s'était faite, en 1848, autre année de belle espérance avant les basses trahisons: "Dans notre société si bien civilisée, il faut que je mène une vie de sauvage. Il faut que je m'affranchisse même des gouvernements. Le peuple jouit de mes sympathies."

Aujourd'hui encore, Courbet le sauvage nous aide à vivre, à aimer et à lutter, quand tant de ses contemporains décorés, promus et flattés par leur époque ont sombré dans un juste oubli. Alors, oui, bonjour Monsieur Courbet!

Bonjour Monsieur Courbet.jpg

 

Tous les commentaires

24/07/2008, 14:34 | Par Philips Michel

Vous avez raison, Monsieur le Directeur. En ces temps de vacances, rien de tel que de prendre, avec Monsieur Courbet, un peu d'air! Allez, respirons, c'est incroyable comme un peu d'air de liberté fait du bien! Et retournons nous pencher sur l'origine du monde!!!!

24/07/2008, 14:47 | Par kairos

kairos De nos jours, refuser le fameux petit ruban rouge, est-ce encore un geste de révolte sociale ou une "sur marque" de distinction, un luxe suprême?

24/07/2008, 15:08 | Par Fred Oberson

Cher Edwy Plenel, J'ignore si vous êtes honoré d'une décoration... mais pour ce texte et votre cursus journalistique, vous méritez d'être décoré de l'ordre des Arts et des Lettres pour autant que le (la) ministre de la Culture qui vous le décernerait soit digne de ce nom! Et de suivre l'exemple de ce cher Courbet...

24/07/2008, 15:20 | Par Mylène GUIMBAUD

Calcul : + Les futurs légionnaires doivent acheter leur insigne de 160 à 850 euros selon le grade. + Ils doivent en plus s'acquitter, depuis 2003, de droits de chancellerie : 20,28 euros pour le grade de chevalier ; 32,47 euros pour l'officier ; 48,63 euros pour le commandeur ; 73,18 euros pour la dignité de grand officier ; 101,38 euros pour la grand'croix. + Leur médaille leur sera remise lors d’une cérémonie dans n’importe quel lieu « digne » = Ça coûte cher et ça ne rapporte pas gros! - Les exclusions : les légionnaires condamnés à une peine correctionnelle ou les scandaleux comme Victor Margueritte, écrivain, a été déchu en 1922 de l’ordre pour son livre "la garçonne" jugé choquant. Bonaparte l’a crée en 1802 pour récompenser « la bravoure militaire et le mérite civil » Trouvez des exemples de bravoure: 1- Christian Clavier de la promotion de Pâques 2008 avec.... avec.... Astérix aux Jeux Olympiques....

24/07/2008, 15:26 | Par Jérémie. en réponse au commentaire de Mylène GUIMBAUD le 24/07/2008 à 15:20

Je vais peut-être dire une bêtise, M. Plenel me corrigera, mais il me semble que la Légion d'honneur ouvre le droit à une pension à vie...

24/07/2008, 15:53 | Par Mylène GUIMBAUD en réponse au commentaire de Jérémie. le 24/07/2008 à 15:26

Cher Jérémy, Vos collègues vous ont peut-être "proposé" pour une légion d'honneur, à moins que vous ne l'ayiez déjà. Mise à part la récompense pour vos éminents talents voilà les avantages que vous avez ou aurez: le droit à....pas grand chose.... Allez voir ceci: http://www.linternaute.com/actualite/savoir/06/medailles-decorations/legion-honneur/4-organisation.shtml

24/07/2008, 16:22 | Par Philips Michel en réponse au commentaire de Mylène GUIMBAUD le 24/07/2008 à 15:53

J'ai trouvé! Le "traitement annuel" d'un chevalier de la Légion d'Honneur est de...6 €/an!

24/07/2008, 19:02 | Par kairos en réponse au commentaire de Philips Michel le 24/07/2008 à 16:22

kairos N'est-ce les mérites: militaires, civils... et ecclésiasiques?

24/07/2008, 23:17 | Par rené lorient en réponse au commentaire de kairos le 24/07/2008 à 19:02

Il me semble que le "traitement" est réservé aux décorés à titre militaire. Me trompé-je ?

24/07/2008, 19:32 | Par Fabrice Arfi

Etant originaire d'entre Rhône et Saône, je remets une médaille à Boris Vian: "La légion d'honneur de Lyon ? La rosette !". Miam.

24/07/2008, 20:16 | Par Guy Le Neouannic

Bravo!

24/07/2008, 20:25 | Par do

La force sensuelle, le l'intensité amoureuse de la vie que donne Courbet dans sa peinture, son idéalisme de liberté jusqu'au bout vis-à-vis des instances sociales, voilà qui donne les larmes aux yeux. Nostalgie d'une personnalité qui refuse l'esprit boutique des épiciers en place. On pourrait calquer notre époque sur la sienne !

24/07/2008, 22:42 | Par jamesinparis

Un excellent témoignage de refus pour une époque sombre : la nôtre... Quelle honte pour la démocratie cet épicier Sarkozy.

25/07/2008, 18:31 | Par jamuze en réponse au commentaire de jamesinparis le 24/07/2008 à 22:42

quelle démocratie? précisez je vous en prie!!!

25/07/2008, 23:55 | Par Didier Nicolas en réponse au commentaire de jamesinparis le 24/07/2008 à 22:42

épicier Sarkozy? c'est un injure pour tous les épiciers

25/07/2008, 10:18 | Par dominique gautier

Merci pour ce billet car il y a en effet des actes qui dégradent l'esprit républicain qui contribuent à pourrir le système sans qu'ils ne sont même plus relevés. Oh la belle indifférence.! L'attribution pour le moins curieuse de décorations n'est pas nouvelle mais elle tend à devenir monnaie courante et se multiplie de façon de plus en plus scandaleuse. La France n'a sans doute pas tout à fait couper les ponts avec l'esprit de l'ancien régime où l'on attribuait des titres de noblesse pour fait d'armes (par exemple) mais également pour remercier les bons courtisans. Ces titres étaient alors héréditaires, les décorations ne le sont pas mais l'esprit qui permet de les attribuer est toujours le même. Comment s'indigner et le faire savoir. Le risque est de mettre sous les projecteurs les récipiendaires qui sans doute ne méritent pas un tel éclairage. La juge en question, par exemple, est-elle coupable ? Elle n'est pas la seule non plus dans la liste de cette année. Par contre celui qui les attribue porte pour moi une plus grande responsabilité, il favorise et entretien ce système de courtisanerie. Il humilie par ce biais ceux qui l'ont grandement mérité (pour fait de résistance, de guerre, d'une découverte scientifique qui change le sort de l'humanité). Mais tous ces acteurs, par exemple, qui par leur talent ont déjà connu la gloire et l'argent (n'est-ce pas déjà suffisant) ont-ils rendu un si grand service à la nation. La question pourrait se poser. Votre billet est salutaire et méritait d'être publié pour attirer une fois de plus l'attention sur la déliquescence d'un système qui va finir par tuer tout esprit citoyen.

25/07/2008, 00:04 | Par SylvN

D'après le lien laissé par Abassourdine la procédure de "demande" prend pas loin d'un an et après un premier passage/filtrage du dossier par la préfecture il y a une autre étape qui est le passage par le ministère concerné. Donc, pour le cas de la candidature de la magistrate qui a été décorée, elle doit donc avoir été validée par la garde des sceaux il y a plusieurs mois. Allez, je vais faire ma mauvaise langue, on parie que c'était avant le "blind date" de l'autre décoré, Séguéla?
Et sinon, chez les ricains, je tiens à rappeler un autre fait de fierté que Courbet n'aurait sans doute pas renié, c'est Mohammed Ali qui avait gagné la médaille d'or olympique aux JO de Rome en 1960 et qui l'a jetée dans l'Ohio après qu'on eut refusé de le servir dans un restaurant parce qu'il était noir. Il aurait dit que si cette médaille ne lui permettait pas d'être traité comme un être humain, c'est qu'elle ne valait rien. On lui a aussi retiré quelques années sa ceinture de champion du monde et sa licence de boxeur parce qu'il a refusé de participer à la guerre du Vietnam, d'après lui les viets ne lui ayant rien fait, il n'avait pas de raison d'aller les tuer! Il a fini par obtenir gain de cause au terme d'un procès et on lui a tout rendu. Y compris récemment une autre médaille olympique pour remplacer celle qui avait fini à l'eau!
Un jour où il se serait entendu dire à l'entrée d'un restaurant: "We don't serve niggers here" il aurait répondu "I don't eat them eather!" (Hélas intraduisible littéralement mais bon: "on ne sert pas de noirs ici" ..."je n'en mange pas moi non plus"...à peu près) L'humour est la politesse de l'injustice....

25/07/2008, 00:15 | Par Mithra-Nomadeblues_

Comme pour Gustave Courbet en effet, qu'est-il besoin de médailles ou de diplômes comme faire-valoir, pour ceux dont on pourrait dire qu'ils sont "agrégés ès l'être" ?

25/07/2008, 00:50 | Par Axel J

Une des zones de la nature humaine qui me paraît toujours aussi étrangère et mystérieuse (j'espère que ça prouve que je suis encore jeune...:-)), c'est celle qui abrite une telle disposition d'esprit qui fait qu'on "fait la demande".
Quelle est donc cette étrange disposition d'esprit qui fait dire à quelqu'un: "je devrais faire ma demande"; "je vais demander la Légion d'Honneur"; "je vais me renseigner sur les démarches à faire pour obtenir la Légion d'Honneur"...
Est-ce qu'on est tant que ça restés à un niveau mental d'enfants de six ans, tous autant qu'on est? Notez que ça expliquerait pourquoi l'humanité n'a pas évolué d'un iota en dix mille ans...

25/07/2008, 02:49 | Par Bonne-voglie en réponse au commentaire de Axel J le 25/07/2008 à 00:50

Bonjoir, A mon avis, c'est comme le maquillage pour une femme, cela ne sert a rien si ce n'est qu'à ouvrir certaines portes, faire parti d'un groupe, d'un clan, une "mouche" sur une carte de visite, se rassurer, après il y a officier, commandeur, grand officier, grand croix, grand maitre (merci wikipédia!) se différencier, être plus que son voisin, être reconnu, rien que de très humain en fait! (on peut imaginer que c'est pareil pour les animaux, la parure est primordiale pour être le premier ;o)

25/07/2008, 03:02 | Par SylvN en réponse au commentaire de Bonne-voglie le 25/07/2008 à 02:49

Le maquillage pour une femme ça sert à pouvoir faire la fête (ou s'occuper des dents du petit dernier) jusqu'à pas d'heure et à avoir l'air fraiche comme une rose le lendemain! Alors que vos compagnons de soirée vont bosser avec des têtes de mort.... (Vu que chuis sympa, il m'est arrivé de prêter mon anti-cernes à des potes, enfin, j'ai du faire le boulot paske même artiste peintre, ils "savent" pas y faire...) Sinon, pour la légion d'honneur, c'est le plus souvent à la demande d'un tiers contrairement à ce qu'on croit (@ Axel J)!

25/07/2008, 04:04 | Par MG2

CE Monsieur Nicolas dSarkizy, qu'ils ont élu Présient , dégrade tout ce qu'il touche ! C'est son talent et apparemment il n'a qu' une seule idée, continuer : Pour mémoire : Guy Môquet, Jean Jaurès, la courageuse décision française de ne pas suivre Bush en Irak, les peuplesAfricains avec son discours de Dakar, la laïcité , en flattant le Pape, l' Iman et les Rabbin au détriment des Maîtres de l'Ecole Républicaine, la liberté des médias, lla dignité humaine avec les tests ADN , etc... Alors la Légion d'Honneur ne peut bien devenir qu'un autre bling-bling, en fait !

25/07/2008, 07:01 | Par Sylvain Manyach

Dans le débat sur la révision constitutionnelle, certains ne comprennent pas que l'on se positionne, comme ce fut notre cas, non seulement par rapport au contenu apparent de la réforme, mais aussi par rapport à la pratique réelle du pouvoir de celui qui la promeut Permettez moi, cher Edwy Plenel, de penser que c'est essentiellement en considération de la pratique du pouvoir de Nicolas sarkozy que vous vous êtes prononcé. Car pour ce qui est du texte lui-même, de son apparence ???, il ne méritait peut être pas des louanges particulières, mais point non plus un tel rejet. Est-ce une démarche "réaliste"? J'en doute, car la révision est destinée à survivre à son initiateur. Et gageons que la gauche, pour l'essentiel, ne reviendra pas sur la révision, sauf à chercher à l'améliorer davantage. Pour le reste, et sur le fond de votre article encore une fois fort stimulant, entièrement d'accord. je n'en dirais rien de plus, sauf que bien entendu, ce n'est pas devant "l'origine du monde" que notre cher président s'est fait prendre en photo.

25/07/2008, 09:55 | Par Edwy Plenel en réponse au commentaire de Sylvain Manyach le 25/07/2008 à 07:01

Cher Somni, Merci de votre commentaire. J'avais lu les précédents et aussi votre blog sur lemonde.fr. C'est en pensant notamment à vous que j'ai écrit ce billet, prélude à un article plus développé. Oui, bien sûr, ma position sur la révision constitutionnelle ne s'en tient pas à la seule lettre de la réforme proposée. Elle la confronte, entre texte et contexte, à l'esprit qui la domine et la façonne – non pas Sarkozy comme personne, mais Sarkozy comme prolongation et accentuation d'un présidentialisme démocratiquement mortifère. C'est une conviction forgée par l'expérience depuis 1981: le présidentialisme ne se juge pas aux discours, mais à la pratique. Et ceux qui veulent ne voir que les paroles, les intentions proclamées et les phrases opportunes, sont les naïfs, inconscients ou cyniques, de cette affaire. Nous aurons l'occasion d'approfondir l'échange puisque je vais y revenir dans le journal, en répondant explicitement à cette objection pertinente, la vôtre: vous ne jugez pas le texte, mais celui qui le promeut. Bien cordialement à vous et bonne lecture sur Mediapart!

25/07/2008, 11:23 | Par Sylvain Manyach en réponse au commentaire de Edwy Plenel le 25/07/2008 à 09:55

Merci pour votre réponse. J'attendrai donc votre prochain article sur la question pour savoir si je suis naïf (au mieux) :-) et développer l'échange.

25/07/2008, 09:16 | Par kairos

kairos En tout cas, dans la réforme constitutionnelle, parmi l'abandon de quelques désuétudes régaliennes (grâce collective, présidence du CSM), ne figure pas le renocement au titre de "*grand maître de l'Ordre" pour le président de la république... Sinon, il ya toujours le mot de Prévert: "refuser la légion d'honneur, c'est bien; encore fallait-il ne pas la mériter"...

25/07/2008, 09:46 | Par Florent Pommier

M. Plenel, nous sommes d'accord : un journaliste qui accepte une telle distinction devrait se poser des questions, non sur son caractère de journaliste, mais sur sa liberté. je considère que pour être sûr d'être libre, il faut éviter les risques de manquer un jour de latitude, donc on ne devrait pas adhérer à un parti politique, ni accepter des décorations honorifiques de l'Etat, ni faire partie d'un conseil d'administration d'une entreprise non liée au journalisme, etc.

25/07/2008, 09:47 | Par bourbaky

Le plus consolant est la chute de l'article de Plenel. Dans un siècle,si l'humanité est encore là, nos successeurs seront toujours éblouis par Courbet. Qui se souviendra de Glucksmann ?

25/07/2008, 10:34 | Par Patou

Qui dit mieux : BRAVO pour cet article.

25/07/2008, 14:05 | Par Kurakys

Bel article et petite bouffée d'air franc-comtois pas désagréable : Ah Courbet et Proudhon, le socialisme issu du peuple et la rudesse des personnages, une liberté âpre et sans concession (tous les 2 sont passés par la prison de Sainte-Pélagie pour prix de leurs positions) : mais attention à ne pas finir sur une image d'Epinal : la complexité et la contradiction sont de tous temps et de tous lieux et personne n'y échappe : Courbet n'a pas craché sur ses médailles du salon et s'il a refusé la Légion d'honneur en France par haine de l'empire cela ne l'a pas empêché d'accepter de finir Grand-Croix de l'ordre de Saint-Michel de Bavière touché par le succès d'une de ses expositions à Munich... Courbet est trop humain et trop riche pour en faire un Saint, et c'est aussi pour cela qu'on l'aime ! Amitiés

25/07/2008, 17:53 | Par The Lawyer

Moi qui ai refusé la seule médaille à laquelle les hasards de la vie pouvaient me destiner ( la médaille de la Défense Nationale ), j'ai mon mot à dire : facile. Oui, facile de dégommer SARKO sur une pratique dont tous ses prédécesseurs ont usée voire abusée. Cet article aurait pu être écrit, en changeant simplement les noms, à l'adresse de tous les présidents de la 5ème République sans doute des autres. D'ailleurs, en lisant son titre j'ai d'abord pensé que la breloque avait été décernée à l'animateur télé sans que cela ne me surprenne! SARKO mérite mieux que ça, vraiment. Lui qui s'active à nous faire basculer dans une dictature rampante ( si, si....) Ses petites bassesses ne nous intéressent pas............et nous détournent de l'essentiel.

25/07/2008, 18:21 | Par Axel J en réponse au commentaire de The Lawyer le 25/07/2008 à 17:53

Vous avez raison, Layer, c'est un travers de la nature humaine qui a toujours existé, mais justement, au moment où nous sommes entrés de plein pied dans une période de notre société où les politiciens sont remplacés par des escrocs bateleurs sans scrupules qui jouent précisément toute leur mise sur les faiblesses humaines et les apparences, et rien sur le fond ni les valeurs, ce n'est pas tant nous détourner de l'essentiel, que peut-être tenter de garder au premier plan le besoin cruellement pressant que nous avons aujourd'hui de nous élever à une mentalité moins infantile, moins manipulable.

25/07/2008, 19:07 | Par Edwy Plenel en réponse au commentaire de The Lawyer le 25/07/2008 à 17:53

Chet The Layer, Vous avez entièrement raison: ces pratiques (de détournement privatif d'un symbole impérial puis républicain) sont anciennes et notre actuel président n'a certes rien inventé. Mais est-ce une raison pour s'y habituer et s'y résigner? Elles me choquaient hier comme elles me choquent aujourd'hui. Et je crois avoir rappelé, au début de mon billet, que ce n'était pas réductible au "sarkozysme". Je voulais juste souligner: 1. que le présidentialisme, hier comme aujourd'hui, accentue ces tentations corruptrices, 2. que des journalistes en activité ne devrait pas y succomber, 3. que Courbet nous offre une belle leçon de liberté. Enfin, d'accord avec vous, là n'est pas l'essentiel. C'est pourquoi je m'en suis tenu à un billet dans ce blog personnel plutôt que d'encombrer le journal de Mediapart avec un article sur le sujet. Bien cordialement et bonne lecture!

25/07/2008, 19:55 | Par The Lawyer en réponse au commentaire de Edwy Plenel le 25/07/2008 à 19:07

Qui trop embrasse, mal étreint : c'est le sens de ma pensée. Je viens justement de passer une bonne heure sur le blog relatif à "l'affaire SINE" dans lequel vous avez abondemment participé. Je me suis interessé depuis le début aux remarquables articles de MAUDUIT sur le scandale de "l'arbitrage TAPIE". J'ai suivi aussi la navrante réforme de la constitution. Je pourrai continuer mais déjà, derrière ces trois thèmes, plane le spectre maléfique de SARKO ( en l'écrivant, je me suis dit que l'expression est "too much", mais en fait non...). Il distribue ses hochets à des journalistes : ça vous désole et ça me désole. ça me désole encore plus, parce que c'est ma partie, qu'il en distribue à des magistrats;ça me désole toujours plus que ces derniers les acceptent. Mais qu'est-ce à coté de la réforme, par exemple, scandaleuse du CSM? Qu'est-ce à coté de sa volonté de nommer les Présidents de chaines de télé publiques? Qu'est-ce à coté de son intervention au profit de TAPIE? Je pourrai multiplier les exemples et la réponse serait toujours la même : rien..... Je profite de cet échange pour vous féliciter pour la création du journal. Longue vie et bonne chance, vous en aurez besoin, par les temps qui courent........ Cordialement

25/07/2008, 21:56 | Par Edwy Plenel en réponse au commentaire de The Lawyer le 25/07/2008 à 19:55

Re-cher The Layer, Message reçu et compris. Mais il faut aussi alterner les genres, entre artillerie lourde et brigade légère. Quant à l'essentiel, vous le soulignez vous-même, nous ne restons pas en arrière de la main. Merci de votre soutien attentif et de votre libre fidélité, bien cordialement.

31/07/2008, 00:01 | Par Luciole Camay en réponse au commentaire de The Lawyer le 25/07/2008 à 17:53

A THE LAYER : tout comme vous, tellement rompue au défilé de médaillés pour un oui pour un non, je pensais davantage à l'animateur télé qu'au peintre ! Entre les célébrations des morts et les colifichets épinglés sur tous ces poitrails, je me demande quel sens, pour les bénéficiaires honorés ou contraints, accorder à autant de gesticulations. Car si l'on a décoré et célébré sous les présidences antérieures, on l'a peut-être moins affiché. Une telle mascarade, en plus de faire vieux jeu aujourd'hui, devient risible.

26/07/2008, 10:55 | Par ROBINOT EDDIE

Merci Plenel, les espérances de quelques anciens de Broca ne sont pas déçues.

27/07/2008, 10:38 | Par johnloulou

je vous aie tous lu et je suis ravi de ma lecture je ne sais pas faire de belle phrase mais je prend les votres pour

27/07/2008, 20:16 | Par Phylloscopus

Une autre distinction importante, je crois, madame BALKANY ? Symptomatique non ? ëtre sur le même rang qu'elle, ça doit quand même être une épreuve ?

03/01/2009, 16:29 | Par nequittezpas

Il semble qu'il y ait une échelle, dont les fonctionnaires gravissent les barreaux au long de leur carrière, soit pour le ruban bleu, pour les petits, soit pour le ruban rouge, réservé aux grands. Et, récemment, on a établi un système qui a empêché un ancien premier ministre de monter. Mais, que diable vont faire là-dedans des journalistes et des magistrats du siège au risque évident d'y laisser leur liberté ? Ce monde où on se tutoie, où on "dîne en ville", comme si les simple pèquenots ne dînaient pas, ce n'est pas le peuple, c'est un autre monde, et à ce monde des décorés-pour-faits-de-bonne-tenue-face-au-pouvoir, c'est bien le moment de dire : "Bon appétit, messieurs-dames".

03/01/2009, 17:07 | Par hang

Les bouffis de vanité qui se congratulent et admirent leurs médailles de pacotille (pour ce qui les concerne et je ne généralise surtout pas aux vrais méritants de la Nation) n'est pas aussi grave que le constat d''un président qui a pris comme jouet notre république et qu'il va amener très sûrement au même degré que son niveau de langue : pauvre, très pauvre...

03/01/2009, 17:07 | Par hang

Les bouffis de vanité qui se congratulent et admirent leurs médailles de pacotille (pour ce qui les concerne et je ne généralise surtout pas aux vrais méritants de la Nation) n'est pas aussi grave que le constat d''un président qui a pris comme jouet notre république et qu'il va amener très sûrement au même degré que son niveau de langue : pauvre, très pauvre...

03/01/2009, 17:08 | Par hang

Les bouffis de vanité qui se congratulent et admirent leurs médailles de pacotille (pour ce qui les concerne et je ne généralise surtout pas aux vrais méritants de la Nation) n'est pas aussi grave que le constat d''un président qui a pris comme jouet notre république et qu'il va amener très sûrement au même degré que son niveau de langue : pauvre, très pauvre...

26/05/2009, 15:50 | Par jjbranchu

Mon vieil oncle disait que le seul intérêt de la légion d'honneur était qu'on pouvait la renvoyer à l'expéditeur... Il était d'extrême droite et l'a renvoyée à de Gaulle! Bof!...

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