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Réflexions géopolitiques
NB : Ce texte a paru en tant que Chronique d'abonnés du ''Monde.fr'' le 29/01/11. Il est reproduit ci-dessous avec des corrections mineures .
La géopolitique a pour but d'analyser les rapports de force afin d'y déterminer les conflits futurs ; pour la connaissance en tant que telle d'abord et pour d'éventuelles initiatives de prévention ensuite.
La matière exige de prendre de la distance vis-à-vis du quotidien et de considérer les tendances profondes qui, par nature, vont jouer sur le moyen terme.
L'Histoire montre que les peuples de la Terre ont rarement connu la paix ; et encore moins l'entente entre eux, même après avoir adopté des religions (bouddhisme, christianismes, islam) ou des idéologies (libéralisme, communisme) communes et – théoriquement – pacifiques.
La suprématie des conflits inter-ethno-religieux a d'ailleurs été occultée par Marx, lequel a considéré (à la suite de Hegel) que le principal moteur de l'évolution sociale du monde moderne est la lutte entre le capitalisme (maître) et le prolétariat (esclave).
La réalité est bien plus complexe. Elle nécessite donc une réflexion approfondie et la prudence qui va avec, car l'Histoire a plus d'un tour dans son sac ; au point que nombre de grands esprits et hommes d'État – par ailleurs clairvoyants –, se sont ensuite lourdement trompés. Pour ne prendre que deux exemples, citons De Gaulle et Churchill, qui, après-guerre, n'ont pas compris que la débâcle de leurs pays vis-à-vis de l'Allemagne et du Japon, signait la mort du système colonial. D'autant plus que les deux grands vainqueurs (USA et URSS) ne demandaient qu'à les remplacer – le second poussant même directement à la roue, en particulier au Vietnam où existait un parti communiste puissant.
Encore pire pour le grand Charles, peu ou prou co-responsable des guerres d'Indochine et d'Algérie ainsi que du programme nucléaire... Erreurs stratégiques majeures qui ont handicapé économiquement et politiquement notre pays pendant des décennies – en particulier vis-à-vis de l'Allemagne et du Japon, qui, eux, n'avaient plus de colonies et plus d'armée sur le dos.
Résultat global aujourd'hui :
Les ex-puissances européennes (Russie comprise) ne sont plus qu'au troisième rang et il apparaît que l'hégémonie américaine est peu à peu rognée par la Chine en Asie et par le Brésil en Amérique latine... Même chose pour le Japon, pour cause de vieillissement accéléré.
Ce bouleversement relativement rapide (moins d'un siècle) se passe – oh miracle – sans conflit majeur entre les dites grandes puissances. Est-ce la prise de conscience du danger d'une guerre nucléaire, ou la sagesse que leur donne la force même ?
Bien sûr, les guerres (y compris civiles) concernant des pays secondaires ne manqueront pas, dans la mesure où l'ONU conserve son impuissance !
Quelles sont les zones où des foyers peuvent s'allumer avec des conséquences globales ?
– En Europe, la guerre a peu de chances. Notre continent n'a que trop donné ; d'autant que la Russie poutinienne n'a plus rien d'autre à exporter que son système oligarchique – lequel inspire visiblement l'Occident ; à commencer par Berlu et Sarko...
– Aux Amériques, les États-Unis ont compris, je crois, qu'ils ne peuvent plus se permettre d'y exercer impunément leur hégémonie : Cuba a fait des émules et ni le Brésil ni l'Argentine ne sauraient plus se laisser marcher sur les pieds.
– En Asie de même : USA et Chine se tiennent réciproquement par la barbichette financière, vue la montagne de bons du Trésor détenus par l'Empire du Milieu. En conséquence, ce dernier se borne à des gesticulations concernant Taïwan et, bien que tout heureux d'une Corée divisée, il surveille son alliée du Nord pour qu'elle ne franchisse pas la ligne jaune qui mettrait le feu à la région.
C'est aux Proche et Moyen-Orients que persiste le plus grand danger.
Car au moins trois foyers sont susceptibles de s'activer l'un l'autre :
– Le conflit israélo-palestinien, que les extrémistes des deux bords essaient d'internationaliser. En effet, d'un côté le lobby juif empêche le gouvernement américain d'obliger – par la suppression des aides et autres crédits – l'État hébreux à se soumettre aux décisions de l'ONU ; de l'autre les islamistes (et nos gauchistes) en font un cheval de bataille, alors qu'ils devraient commencer par balayer devant leur porte : un nettoyage anti-chrétien sévit depuis des lustres dans la région, dont les médias ne rapportent que les massacres. Par ailleurs, les nababs du Golfe évitent les travailleurs palestiniens, moins dociles que les Pakistanais, Indiens, etc...
– Les prétentions de l'Iran ayathollesque à la puissance nucléaire (note) – dont les alliés idéologiques (Hezbollah et Hamas) sont directement impliqués dans le conflit ci-dessus...
– Last but not least, l'Afghanistan, où, le jour où les Américains, précédés par leurs Eurocaniches, partiront la queue basse, le conflit tribal recommencera et nul doute qu'alors Iraniens et/ou Pakistanais interviendront dans des camps opposés et brandiront peut-être la menace atomique.
Morale de l'histoire : l'Orient compliqué est peut-être le lieu où la Bête immonde de Brecht accouchera de nouveau.
Note : Les Américains ont tout intérêt à exagérer l'importance de la chose, car ça leur permet de justifier leurs bases militaires en Europe, alors que le danger soviétique a disparu...

