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On ne leur pardonnera jamais !
Au ballon rond, on a longtemps préféré le ski ou le tennis, valeurs nobles laissant primer la réalisation individuelle sur l'enivrement de groupe. Une sorte d'exception française, un îlot au milieu d'une Europe entièrement acquise à la cause des corners et pénaltys depuis déjà belle lurette.
On regardait avec effarement les hooligans anglais s'acharner sur des supporters italiens en Belgique. This is England! On se pinçait le nez devant les supporters allemands, remplis de bière et beuglant leurs Schlager barbares. Deutschland ! ‘Schland ! ‘Schlan' ! On soupirait de lassitude devant les pirouettes théâtrales des habitants de la Botte. Ma che c... ! On secouait la tête devant ces pauvres Espagnols, Portugais et autres latins, envoûtés et aveuglés par des dribles quelconques, indifférents aux problèmes politico-économiques de leur pays. ¡Ten cuidado!
C'était sans compter sur la fatigue de Dame Marianne, qui commençait à sérieusement battre de l'aile. Au lendemain des années euphoriques ponctuées de « Touche pas à mon pote », portées par la jeunesse des Béruriers qui « emmerde le Front National », on avait le vin un peu triste et le moral dans les chaussettes en 1990. Mais un peu de patience et 1998, avec dans sa foulée 2000, allaient venir consoler notre mélancolie, qui menaçait de se transformer en symptôme chronique. On avait retrouvé des couleurs. On était « black, blanc, beur » !
Ah, on était fier de cette équipe qui ne ressemblait à aucune autre, et surtout pas à celle de nos voisins européens. On méprisait les commentaires des journalistes étrangers, notamment allemands, qui ricanaient jalousement en parlant de l'« autre équipe africaine ». On était en avance sur notre temps, on était les champions du monde de la société moderne et du discours post-assimilationniste. On en profitait pour faire table rase de toutes ces discussions stériles autour d'une intégration ethnico-religieuse en rade et d'un ascenseur social en panne.
Petit soubresaut et élimination express en 2002 ? Qu'à cela ne tienne. A ce moment-là, on regardait encore un peu la performance sportive et il est vrai qu'elle n'avait pas été au rendez-vous cette année-là. Alors, pas de regrets. Avec tout le baume dont s'était parfumé notre cœur, on avait de quoi tenir longtemps. Qu'on pensait !
Mais notre frêle équilibre vacillait déjà. 2006 nous apportait les premières incertitudes. On n'était soudain plus très sûr du sujet. Compétences sportives ? Différences culturelles ? Sensibilités religieuses ? Fracture sociale ? Un coup de tête bien cadré qui fera couler beaucoup d'encre.
On commençait à perdre la foi. Mais à peine le mythe trouvé, comment laisser couler le navire sans sombrer avec ? Alors, on opinait négativement du chef devant les propos de Monsieur George Frêche, qui regrettait que l'équipe de France compte « neuf blacks sur onze ». Quelque part, c'est vrai que ça nous interpellait aussi, autant de Noirs sur le terrain... pardon de Blacks... Comme si le terme anglais « black » apportait curieusement un caractère politiquement correct à toute intervention !
Bon, on ne savait plus trop si on y croyait ou si on avait voulu y croire. 2010 sonne notre glas. La machine s'est grippée. On ne tombera pas dans les ragots de bas étage, à savoir qui a commencé quoi, qui a dit quoi et pourquoi. On ne s'étendra pas sur de possibles caprices de joueurs possiblement surpayés. Mais on est convaincu que quelque chose s'est brisé.
Pour un pays qui faisait si peu de cas du football, c'est un exploit. Le réveil est brutal et on se rappelle brusquement qu'en fait... on n'a jamais vraiment aimé le foot. Honnêtement, on ne s'y est même jamais véritablement intéressé. Enfin, on avoue que les prouesses techniques sur gazon pendant quatre-vingt-dix minutes plus temps additionnel, plus prolongations si nécessaires, plus tirs au but si rien ne se passe pendant prolongations, eh bien... on s'en... comment dire... ça nous en touche une, sans... pour rester poli... Bref, on s'en fout. De toute façon, on n'y connaît rien. A l'école, on a toujours été nul, c'est pour ça qu'on nous mettait dans les buts, pour éviter la catastrophe sur le terrain. Alors pourquoi une douleur si aiguë ?
On souffre car c'est le miroir qu'on a dessiné de notre société qui s'est brisé. Aïe aïe aïe, sept ans de malheur !
On nous ressert le thème des valeurs, de l'identité, du communautarisme. Il est même question de racisme anti-blanc. Le clan des cités. L'origine sociale qui détermine aussi les affinités. Les joueurs issus des cités dites sensibles qui se serreraient les coudes. Et la conclusion d'Alain Finkelkraut avec « l'esprit de la cités (qui) se laisse dévorer par l'esprit des cités ».
Mais ce n'est pas le prétendu échec de l'intégration, soi-disant incarné aujourd'hui par l'équipe de France, qui nous dérange vraiment. Au fond, c'est notre pays, en panne, à la recherche chimérique d'une identité improbable qui nous fait si mal. Perdu dans un dédale de questionnements existentiels, en proie à toutes sortes de fantasmes pour se convaincre de son existence. Avec une équipe gagnante, on pensait avoir trouvé un mirage identitaire auquel se raccrocher. Mais l'équipe de France n'a pas continué à jouer le jeu qu'on lui demandait. Pas le jeu sur le terrain. Mais celui qui consistait à nous faire rêver notre société et par-là même notre vie. Le discrédit qu'on lui reproche, c'est le notre.
Nous ne rêvons plus. Nous sommes simplement, ennuyeusement, mornement, banalement, tristement, immanquablement, froidement, cruellement, violemment, insolemment Français. Et nous revoilà à la case départ : nous ne savons toujours pas ce que cela veut dire et surtout, nous continuons à nous poser la question. Nous qui avions découvert sur le tard le pouvoir cathartique du football, il nous faut continuer sans lui.
Alors vraiment, comment cette équipe de France a-t'-elle pu nous faire ça ? Comment ces joueurs ont-ils osé commettre l'irréparable ? Gagner en 1998 ! Décidemment, on ne leur pardonnera jamais !


Tous les commentaires
Tu touches au génial ! ;-)
Oui... on redevient ces Français si terriblement arrogants... pour les autres.
Une remarque d'un vieil Algérien qui m'avait particulièrement touché.
Ce gars-là faisait partie de ces rares "sages", ceux dont on sent qu'il ne trimbale pas le sempiternel complexe de la Guerre d'Algérie, ceux dont on sent qu'il a aimé assidûment l'école de la République quand il était enfant dans son département français, tout en soutenant son peuple loyalement et aussi en bon Musulman.
Je vous le présente longuement, un peu hors-sujet sur ce fil, parce que je cherche à retrouver la profondeur tranquille et la vérité qu'il y avait dans ses paroles.
Voilà ce qu'il disait de la France, toujours aimée, aimée "malgré tout":
«Les Français n'aiment pas aimer.»
(et je crois qu'il y avait presque une sorte de regret que "les Français n'aiment pas qu'on les aime" dans sa voix)...
La vérité est simple. Domenech est un fils de pute, et qu'il aille se faire enculer!
Mais les journalistes qui accablent les joueurs sur tous les tons (identitaristes) sont les rois des faux culs, des langues de putes, et de vrais enculés!
Avec Jacques bolo,
moi perso, je me méfie toujours quand je vois un type qui se met si évidemment dans son tort, genre Anelka ou genre le coup-de-boule de Zidane à Materrazzi:
Chaque fois, je me rappelle que "les apparences se retournent hélas souvent contre précisément ceux qui sont les plus naïfs, les plus simples et les moins tordus dans leur tête..."
Je pense que l'équipe de France sert simplement de transfert. Quand on parle d'intégration (en échec ou réussie), de la question des différences culturelles, religieuses, etc. à travers une équipe de football, il y a plus qu'anguille sous roche. Même un comportement outrancier, des dérives dans le milieu des célébrités, ou tout autre sujet annexe, ne peuvent justifier le recours aux arguments sociaux ou peuso-culturels. Pas plus dans la victoire que dans l'échec.
La victoire de 1998 tombait à pic. On avait besoin (surtout politiquement et un peu aussi personnellement) d'un moteur et aussi d'une parade pour mettre de côté les questions et problèmes auxquels il fallait s'atteler. La France qui, comparée à ses voisins, se moquait d'une manière générale pas mal du football, a adapté sa version de "l'opium du peuple" pendant une dizaine d'années. Et continue dans la lancée (au lieu du magnifique mélange "black, blanc, bleur", on parle aujourd'hui de ratage dans le processus d'intégration...).
J'ai beaucoup apprécié l'intervention de Martin Hirsch qui rappelait qu'il s'agissait d'un jeu. Même si les dérives financières sont critiquables, même si ce monde peut être opaque, suspect, etc. il est grand temps de faire la part des choses.
Chère Elif Kayi, je trouve votre article un peu trop réducteur .J'ai le sentiment que vous mettez en prose le tableau que l'on vous a fait voir .
Dre que : Au ballon rond, on a longtemps préféré le ski ou le tennis, valeurs nobles laissant primer la réalisation individuelle sur l'enivrement de groupe.
La fff a le plus grand nombre de licenciés .
Mais là n'est pas le PB Le PB se situe dans le mélange entretenu entre sport spectacle et sport amateur . Et si il avait deux fédérations ?
Et si nos impôts ne financaient plus le sport spectacle ? Et si la France devenus sage et responsable, renonçait à organiser le championnat d'europe en 2016 ?
E t avec l'investissement que l'on se propose de faire dans les stades, on mettait l'argent aux retraites, à la recherche, à la rénovation dde nos hopitaux ?
Et la 3 F se décidait à investir dans le foot amateur, pour donner aux éducateurs les moyens de former les mômes qui tapent dans un ballon en s'acquittant d'une licence à 120 €uro ?
Les éducateurs font un boulot éducatif , ils sont décalés par rapport au bissness
Ils citent souvent le poëme de R Kipling : tu seras un homme mon fils
Oui, le foot est un jeu , le sport est la première école de la vie , et les référents ne sont pas Zidane, Messie, Maradona.
Je n'ai pas du tout la prétention de faire un tour d'horizon du football et de la FFF, soin que je laisse à d'autres personnes bien plus qualifiées en la matière, c'est évident.
Quand je dis que les Français ne s'intéressent (ou plutôt ne s'intéressaient) pas au football par rapport à leurs voisins, je ne parle pas du nombre d'abonnés à la FFF. Je parle des gens, non inscrits, simples spectateurs occasionnels ou non. Et je pense vraiment que la fièvre supportrice est plus répandue chez nos voisins.
Je ne minimise pas les rapports inquiétants avec le monde des affaires. Cela aussi, je préfère le laisser à des personnes autrement plus compétentes (mais cela m'intéresse beaucoup de lire sur le sujet). Ce que je trouve déplorable, c'est qu'on érige une équipe de 22 joueurs en symbole sur les questions d'intégration, de valeurs, etc. (que ce soit en bien ou en mal d'ailleurs). Je trouve ça tout simplement absurde.
J'ai beaucoup apprécié l'intervention de Martin Hirsch qui rappelait qu'il s'agissait d'un jeu
Un jeu certes , mais avec 23 joueurs qui me , nous représente , puisqu'on appelle ces joueurs "Equipe de France". Or , il y a une main de la triche , des millions d'euros , une provocation réactive permanente et méprisante de Domenech envers des journalistes , des images de joeurs qui ne viennent pas jouer pour moi ou pour nous mais qui s'enferment dans un monde clos et silencieux sans envie et sans sourire , une absence totale d'envie (n'oublions pas que dans le jeu , il y a l'envie) et par dessus le marché (jeu de mots) une incapacité notoire à se plier aux regles du jeu
A côté de cela , les vrais responsables a mes yeux , les journaleux !!!! les initiateurs de ce jeu malsain dans lequel Domenech , les instances du foot et les joueurs ont ensuite leur part de responsabilité
ça , un jeu ; une formidable lutte de pouvoir entre journaleux sportifs et sport d'une maniere generale , lutte de pouvoir dans laquelle les journaleux continue d'avoir le joystick en mains
les journaleux sportifs crient en fait ; "on fait du sport ce qu'on veut ; vous , sportifs de haut niveau en general , couchez vous devant notre toute puissance"
et ça , ce n'est pas du jeu , mais du totalitarisme de bestiaux sans cervelle
un reflet de notre société " plus t'es con , plus tu mords "
En même temps, les journalistes sur lesquels on tape à la moindre occasion fonctionnent aussi en relation avec leur public et savent souvent saisir l'humeur de ce dernier (avec parfois des ratés bien entendu)... Si personne ne s'intéressait à ce type de sujets, les journalistes ne s'engouffreraient pas dans la brèche...
Je vous suis quand vous parlez de "reflet de notre société"...
Le Irish Times a fait toute une série d'article sur la décompositions de l'équipe de France et les réactions épidermiques des Français face à ce désastre footballistique.
L'expression qui revient le plus souvent est : auto-flagellation. Les medias irlandais soulignent tous la tendance "bien française", selon eux, à l'auto-flagellation, l'auto-critique et le désamour de soi.
Et pourtant, l'Irlande a de quoi en vouloir à la France - la main de Henry n'est toujours pas passée !
Quant à dire qu'une équipe de 23 sportifs me représentent - ou représentent ma nation, mon pays... Non : je n'irais pas jusque-là.
C'est intéressant cette idée d'"auto-flagellation", dont parlait un peu Axel avec la phrase "la France n'aime pas aimer". J'avoue que je n'avais pas vraiment pensé à cela avant de vous lire...
C'est un sentiment diffus qu'on éprouve assez souvent, comme Français de l'Étranger, quand on perçoit comme une réticence, non, plutôt une pointe de tristesse, alors qu'en tant que Français on est si facilement critique de notre propre pays, face à des gens (des étrangers donc) qui s'attendraient à plus de chauvinisme, qui s'attendraient à plus d'enjolivement.
Si vous demandez à un Turc de vous parler de la Turquie, il vous fera des preuves d'amour si belles que vous aurez envie de visiter son pays (et il vous y souhaitera d'ailleurs une chaleureuse bienvenue).
Si vous parlez avec des Américains, des Norvégiens, des Camerounais, des Argentins, desd Italiens, etc etc etc,
vous aurez à peu près le même genre de fonctionnement:
"Bienvenue dans mon beau pays que j'aime, il y a ceci et ceci et cela et nos femmes sont les plus belles du monde et vous serez ravis etc etc."
Alors quand ils entendent un Français dénigrant si directement et en préambule, son propre pays, c'est cela qu'ils sont "proches d'imaginer" (sans toutefois que ça se précise trop dans leur tête puisque ce n'est pas du tout naturel pour eux):
«Les Français ne s'aiment pas...»