"Les femmes saoudiennes ne souhaitent pas toutes conduire"
En 2011, les femmes saoudiennes connaîtront-elles leur « printemps arabe ».
Il a suffi de quelques semaines pour que les noms de Manal Al-Sharif et de Najla Hariri se répandent comme une traînée de poudre dans les médias internationaux : ces deux femmes avaient enfreint les lois du Royaume, en s’installant au volant d’une voiture.
Elles étaient également membres du mouvement Women2Drive, visant à convaincre les autorités d'accorder aux femmes le droit de conduire.
Mais Manal Al-Sharif a été arrêtée à son domicile le 23 mai dernier. A l’heure qu’il est, elle n’a toujours pas été libérée. La page Facebook consacrée au mouvement Women2Drive a été fermée. Et le 24 mai, le compte twitter associé annonçait que le rassemblement prévu le 17 juin (et au cours duquel toutes les femmes du Royaume étaient invitées à prendre le volant) avait finalement été annulé.
Peut-on s'étonner de l'échec de cette mobilisation ?
Malheureusement pas quand on sait que le mouvement Women2Drive –loin d’avoir bourgeonné en 2011 – est héritier de longues années de lutte. Une lutte en réalité presque aussi ancienne que l’apparition des premières automobiles dans ce Royaume qui a vu le jour en 1932…
Ainsi, en 2008, on nous annonçait déjà que le gouvernement saoudien était sur le point d’autoriser les femmes à conduire. Et en janvier de cette année-là, le journal britannique The Telegraph titrait : « Saudi Arabia to lift ban on women drivers ».
Encore plus tôt, en 1990, un groupe d’une quarantaine de femmes avait pris le volant. Et toutes avaient été arrêtées par la suite.
Les saoudiennes sont-elles unies ?
Le combat est d’autant plus lourd à mener qu'il semblerait que «les femmes saoudiennes ne souhaitent pas toutes conduire », ainsi que l’expliquait la journaliste Rima Al-Mukhtar dans un article paru sur le site Arabnews.
Extrait : « ne pas avoir à chercher de place de parking est un soulagement ultime pour les femmes saoudiennes. « Quand nous allons au mall ou à l’hôpital, le chauffeur nous dépose à l’entrée et s’en va. Nous n’avons pas à faire l’effort de nous garer loin de la porte ou de nous souvenir de l’endroit où nous avons rangé la voiture, explique Zaina Al-Salem, banquière de 29 ans. Quand je voyage dans un pays où je peux conduire, ça m’embête de devoir garer ma voiture et de marcher jusqu’au magasin ».
De fait, si nous évitons de plaquer nos représentations et nos attentes d’occidentaux/ales sur celles des femmes saoudiennes, il est tout à fait concevable que certaines d’entre elles - médecins, banquières ou ingénieures - ne voient dans le fait de conduire qu'une liberté "secondaire" par rapport à celle qu'elle se sont arrogé en travaillant. Elles parviennent donc à s'accomoder de l’interdiction de conduire qui leur est faite… à condition toutefois d'avoir les moyens de s'offrir un chauffeur !
Et tel est bien l’argument utilisé par les promotrices de la campagne Women2Drive : entretenir un chauffeur particulier coûterait trop cher –notamment aux membres de la classe moyenne.
Dans cette perspective, l'interdiction faite aux femmes de conduire ne génèrerait pas d'inégalité entre hommes et femmes - mais bien entre riches et pauvres. Et ne serait pas une lutte des genres, mais des classes.

Tous les commentaires
Quelle idée ! Un chauffeur c'est bien pratique, il fallait le dire...
Et cela dit, la vie privée, qu'en fait-on ? Car derrière l'interdiction de conduire il y a évidemment la surveillance éternelle de la femme et de ses aller-venues.
Ces Saoudiennes sont courageuses et le manque d'intérêt pour leur combat dans notre société est inquiétant.
L'interdiction de toute activité aux femmes est infâme. Point. Que des femmes pourvues de chauffeur n'aient pas envie de faire la queue au parking (pouet pouet ma chère) et le disent à voix haute me fait crier d'indignation. Une marque d'ethnocentrisme, peut-être? Je m'en fiche. Ou plutôt je dis: des clous! C'est la même chose sous toutes les latitudes: certaines femmes aiment les cordes qui les ligotent, ou elles nient leur existence, quoi qu'il leur en coûte et quoi qu'il en coûte à leurs soeurs. Surtout quand elles ont des cordes cousues d'or.
Femmes ligotées du monde entier, venez qu'on vous libère puis qu'on vous console, Qu'on vous serre dans nos bras tatoués comme des panthères.