L'ombre de Shangaï
Shangaï a encore frappé, cette année encore un peu plus fort que les autres année. Les universités françaises pâtissent de ce classement car elles se trouvent reléguées à des places qui ne leur correspond pas...
Voici une petite revue de presse en grande partie faites par le site "Sauvons l'université" concernant ce classement:
- Revue de presse du 13 août 2010
- Classement de Shangaï complet [pdf]
- Classement de Shanghai : explications des contre-performances françaises, Les Échos 13 août 2010
Comme d'habitude, les mines catastrophées des universitaires, les piques des politiques à propos d'un enseignement supérieur défaillant et d'une recherche qui fonctionne mal, fusent de toute part... mais est-ce réellement ce que dit ce classement ?
Les gens semblent assez prompt à utiliser sans plus de réflexion le résultat de ce classement mais il recèle, à mon humble avis, plus de complexité que cela. Plutôt que de remettre en cause le classement, ou encore les performances de nos universités, essayons de comprendre ce qui est jugé et comment nous en sommes arrivé là.
Tout d'abord, il semble criant que le but des chercheurs Chinois était de faire le tri parmi les universités anglo-saxonne (et plus particulièrement les nord-américaines) pour identifier celles qui valent la peine et les autres. Il est donc normal que celles-ci se trouvent en haut du classement puisque ce sont leurs critères de prédilection qui ont été pris en compte. Ravalons donc un peu notre orgueil et acceptons ce classement comme un classement de ces universités dans lequel nous nous insérons difficilement à cause de nos spécificités. Mais admettons aussi le fait que ce classement ne veut pas dire grand chose concernant les performances de nos universités en terme de recherche et d'enseignement...
Évidemment, je sais bien qu'il est illusoire de vouloir faire comprendre ceci aux politiques et au grand public, tant ils sont clients de tels chiffres qui permettent d'asseoir des jugements à l'emporte pièce sans avoir besoin de réfléchir une minute.
Mais, autre point important, ce classement est aussi assez révélateur d'une spécificité française en matière de recherche. En effet, celle-ci se mène au sein de laboratoires qui sont sous la tutelles d'organismes divers tels que le CNRS, l'INRIA, l'INSERM, l'IRA, ... Sans parler de la séparation universités / écoles d'ingénieur. Cette segmentation des moyens, des personnels et des lieux de recherche sème le doute et l'incompréhension chez ceux qui établissent ce classement, lesquels préfèrent les gros pôles bien centralisés qui pratiquent à la fois la recherche et l'enseignement supérieur (tout comme les universités anglo-saxonne le font).
Faut-il pour autant jeter l'opprobre sur nos universités ? Faut-il les accuser de "mauvaises performances" et les réformer dans la foulée pour les faire ressembler aux universités anglo-saxonne (qui ont elles aussi leurs défauts) ?
Peut-être est-il temps de réformer en partie la recherche française pour mieux centraliser et coordonner les efforts de recherche. Rassembler les diverses agences et fondations en une seule. Mais notre mode de fonctionnement a fait ses preuves et l'accuser d'inefficacité et vouloir le réformer en profondeur juste à cause de ce classement de Shangaï serait une regrettable erreur.
Pour finir, les regroupements opérés des universités autour de PRES (Pôle de Recherche et d'Enseignement Supérieur) et la réforme en cours du CNRS peuvent payer mais il va falloir être patient... qualité hélas rare chez nos chers politiques pour qui l'échéance électorale fais loi.

