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Céline contre tous

Il n'y a pas trente-six Louis-Ferdinand Céline. Des périodes, des époques, des phases, les unes rédimant les autres, les autres entachant les unes. Que cela soit heureux ou pas importe peu, il n'en est qu'un. Or, quel est-il ?

Il est l’écrivain autodidacte qui, faute d’entendre les mécanismes de la poétique « littéraèère », de la fabrique apprise au sérail des Lettres, invente une littérature qui lui soit propre, une littérature qui ne soit pas la langue dans la poche d’une voix arasée par l’initiation académique et les agrégations mais bien la sienne propre, rencontrant sa forme, trouvant la matière propre à son objet.

Le style célinien n’est pas davantage de l’« oral écrit », par exemple, que le cinéma de Pialat n’est du « réel filmé » : il est la forme d’une voix singulière, forme et voix s’y entraînent l’un l’autre sans solution de continuité entre eux, sans oral qui ne soit écrit, sans écrit qui ne soit oral, sans hybridité dans le tourbillon qu’engendre le credo aigre.

Pas d’oral, pas d’écrit, une voix, une parole faite de congruence, d’appropriation d’une forme au murmure continu de l’être.

Céline fait un livre que les autres n’ont pas fait, comme Matisse peint après Chardin.

Céline, comme Matisse, produit non point à proprement parler l’œuvre qu’il sait produire, mais la maladroite, l’accidentelle, la volontairement symétrique de celle qu’il ne sait pas produire. Céline est Céline parce qu’il n'a pas su pas faire une œuvre qui ne fût pas de Céline.

Céline n’est pas un agrégé, pas un auteur, pas même un écrivain : il écrit.

Il écrit un livre qui dit un objet.

Or, cet objet, quel est-il ?

Céline écrit un livre qui dit que l’homme est chien. Celui qui ne sait, dans l’antichambre des salons agrégatifs, parler que chien, celui dont la présence, écrirait Balzac, est « une tache de boue sur une robe de mariée », écrit un livre en langue chienne.

Et ce livre dit de l’homme qu’il est chien (les images de Céline à Meudon disent d’ailleurs ironiquement la réciproque).

Et ce livre est le livre d’un médecin qui soigne parce que les chiens les moins mauvais sont encore ceux qu’on panse et qu’on berce.

L’homme est méchant, dit Céline après Hobbes. L’homme qui persévère dans son être est un chien pour l’homme.

Les taxinomistes anciens, ceux des races, des castes, des classes, des cultes, n’ont rien compris.

Du haut en bas, sol et plafond, tous les étages : une humanité chienne, mauvaise, regrattière, une humanité qu’a évacuée une grâce qui « court encore »...

Au monde, dit Céline le presque gnostique, règne un démiurge, un dieu mauvais qui a ancré la méchanceté au cœur de l’homme.

Le monde est une solitude où se croisent les malfaisances.

"Une immense entreprise à se foutre du monde".

L’âme aboierait si elle n’était pas muette.

Ceci est, nous dit Céline, la vérité. Ceci, nous dit Céline, est la vérité qu’un livre de vérité, qu’un livre qui ne soit pas produit par la facticité du littéraire, qu’un livre qui soit une voix de l’être, pas une voix de l’ars, pas un mensonge retors des mauvais, doit dire.

Un livre doit dire la vérité.

Le livre de celui qui ne vit pas dans les mirages, les stucs des Lettres, a cela au cœur : dire la vérité.

La sentence axiologique cruelle prononcée par le chien : l’homme est chien.

Un livre -voici la trouvaille- doit dire la vérité, je ne puis écrire un autre livre que celui qui dit la vérité, qui l’affronte, et c’est parce que je ne puis en écrire un autre que celui que j’écris est le mien et qu’il m’est aussi cher que me semblent dispensables et haïssables les livres qui mentent.

Ceux qui sont pure forme, ceux qui sont pour de rire, ceux qui sont de l’ordre de la littérature et, surtout, ceux qui sont vérité d’apparence, ceux qui prétendent dire ce qui est et qui mentent.

Parmi eux, haïssables entre tous, ceux qui mentent parce qu’ils professent le credo contraire à celui de Céline.

Ceux qui disent : l’homme est aussi bonté, il est un dieu qui le rémère, la fraternité vraie est possible, l’amour est au coeur de l’être, le goût de l’autre tenaille la matière humaine, il y a des églises, des classes, des solidarités en l’homme, il y a en l’ordre humain du gentil.

Ces livres-là sont l’ennemi du livre chien.

Ceux qui les écrivent ou qui les écrivirent, ceux qui les commentent, les commentèrent et en tirèrent profession sont l’ennemi inverti : ils sont des chiens et des chiens menteurs, ils sont vils parmi les vils, les derniers des derniers, le pire supplice leur serait encore un supplice complaisant.

Face à Céline peintre de la chiennerie qui ne badine pas avec la vérité puisqu’il n’est pas « de la littérature », il y a les religions, métaphysiques ou laïques, du livre, il y a les « écrivains », les facteurs de livres peintres dela noblesse possible des hommes, du salut heureux d’une communauté prenant le pas sur sa démiurgique impropreté à l’amour sublime.

Ceux-là, Chrétiens, Juifs, Marxistes, ne sont pas haïssables en tant que tels mais en tant qu’écrivains, que professeurs ou que lecteurs du faux.

Et tous de la même farine invertie.

Leur "bonne nouvelle " est l'impardonnable imposture.

Il n’y a pas trente-six Céline, il y a un seul Céline, mort il y a cinquante ans précisément, seul écrivain de son œuvre produite par l’incapacité d’en produire une autre, la vérité l’en empêchant, que l’académie lui avait laissée, ne l’ayant pas entraînée dans ses faux déserts de faux sable : une œuvre fondée sur le mépris, la colère, le ressentiment face à ce qu’elle désigne comme mensonge, c’est-à-dire, au champ de la littérature du vrai, de celle qui n'est point « des Lettres », comme crime.

Il n’y a qu’un seul Céline : c’est une voix faite livre, livre noir, à un titre ou l’autre, contre tous les livres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tous les commentaires

04/06/2011, 07:27 | Par silenceontourne

Bonjour!

C'est beau, merci!

JCD

04/06/2011, 07:32 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de silenceontourne le 04/06/2011 à 07:27

Merci !

04/06/2011, 08:57 | Par Emmanuel Tugny

NB : Le titre de cet article est emprunté au très bel ouvrage de Luc Malghem sur Céline.

L'on conseillera évidemment aussi la lecture du spendide Céline seul de Stéphane Zagdanski.

http://www.lelibraire.com/din/tit.php?Id=20651

http://livres.fluctuat.net/stephane-zagdanski/livres/celine-seul/

 

 

04/06/2011, 08:03 | Par Emmanuel Tugny

" Eh ben c'est qu'je travaille et qu'les autres foutent rien : voilà exactement c'que j'pense"...

04/06/2011, 08:15 | Par Emmanuel Tugny

04/06/2011, 09:37 | Par aldabrah

Dans la langue française, Céline a trouvé sa parole.

Ce n'est pas donné à tous les écrivants.

04/06/2011, 09:51 | Par Paul Emile

"Céline : même pas mort" ! Dernier bouquin paru sur Céline sorti le 31/5 par Christophe Malavoy. (info pour ceux qui ne le saurait pas encore)

Merci de ce billet, je déguste, j'aime.... et c'est pour toujours !

04/06/2011, 09:57 | Par Emmanuel Tugny

Merci à vous deux : oui j'ai découvert le truc de Malavoy. Je suivrai !

Joséphine : très juste !

04/06/2011, 14:01 | Par Jacques Bolo

Il me paraît plus exact de dire que Céline est de "l'oral écrit" que de dire qu'il est "une forme au murmure continu de l'être". Il n'est d'ailleurs pas indifférent de penser que seul Céline, ou seul l'oral, le seraient. La problématique de l'expression est commune et l'écrit permet surtout de lui donner une permanence et de la transmettre dans le temps.

04/06/2011, 23:14 | Par Emmanuel Tugny

Oui oui, c'est très précisément ce que je dis présenté par vous depuis une contestation.

Nous sommes d'accord.

A ceci près que je ne dis pas "Céline est" mais "son style est", ce style dont j'écris qu'il est "une appropriation au etc."

Vous auriez raison de protester si j'avais écrit ce que vous écrivez mais tel n'est pas le cas.

L'écrit est ici une "voix", soit une forme regardant la continuité dans le temps d'une continuité du sujet (cf Heidegger).

Quant au cliché pédagogique "oral écrit", je le trouve absurde en l'espèce car il présente une réalité duale où il n'y a qu'une forme ni "orale" ni "écrite" qui me semble être une voix singulière et homogène du livre ou de l'oeuvre.

Mais vous l'aviez compris.

04/06/2011, 19:18 | Par DANTEA

Quand, autrefois, j'ai découvert Céline, en commençant évidemment par le Voyage, j'ai été emporté par une voix qui parlait en moi depuis toujours mais qui pour le coup prenait forme, une forme géniale et impétueuse. C'est une expérience qui doit être commune, mais quel choc et quelle consolation! Pour le reste, la boue et tout ça... comme il le dit lui même, je m'intéresse à l'"objet".

04/06/2011, 19:48 | Par Emmanuel Tugny

Vous avez raison, il a raison mais il est des objets discutables...même d'art.

04/06/2011, 19:47 | Par Emmanuel Tugny

Il en est même de détestables.

04/06/2011, 23:16 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 04/06/2011 à 19:47

Au reste, beaucoup plus généralement, la beauté, même quand elle est produite par la bonté est souvent haïssable...

En tant que "convulsive" (Breton) ?

04/06/2011, 20:00 | Par DANTEA

J'ai découvert le Voyage au bout de la nuit bien avant d'avoir aucune information sur Céline.
J'ignorais tout de lui, seule la renommée de l'oeuvre a fait que je l'ai lue.
Quel étonnement ce fut pour moi d'apprendre toutes ces histoires. Comme quoi ont peut bien discuter mais, en l'espèce, c'est comme corriger une copie d'examen en dévoilant au préalable le nom de l'étudiant. Qu'y faire si le Diable lui même avait créé le Paradis? That is the question!

04/06/2011, 23:09 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de DANTEA le 04/06/2011 à 20:00

Allez voir du côté du gnosticisme et de l'idée de démiurge...

04/06/2011, 20:06 | Par papet

Il s'agit surtout d'une question de gènération .Quand je revois la photo la petite juive du ghétto de Varsovie et que je me remémore les articles de céline ses appels au meurtre dans Je suis partout , et ailleurs . je considère qu'il s'agit ,n'en déplaise à messieurs Malavoy et consorts , d'un infâme salopard , et je connais un véritable bloquage à sa lecture.Ne vous trompez pas je considère qu'il y a aujourd'hui chez les gouvernants israèliens des cèlines qui ne pourraient eux même pas avoir l'excuse du talent

04/06/2011, 22:57 | Par futur ex-abonné en réponse au commentaire de papet le 04/06/2011 à 20:06

Ce n'est hélas pas générationnel: il y a toujours eu en france une super complaisance à l'égrad de céline de la part de gens qui, la plupart du temps, sont totalement ignorants des génies de la littérature française du XXe siècle, mais dire du bien de céline, c'est faire passer le message.C'est très franco-français.

04/06/2011, 23:04 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de futur ex-abonné le 04/06/2011 à 22:57

?

La passion pour cet écrivain est partagée par nombre de fins lettrés et je connais pour ma part peu d'ignorants littéraires amateurs de cette oeuvre-là...

Reste que la question est passionnante, qu'aborde déjà Diderot dans son Neveu de Rameau, de l'hypothèse de l'amour d'une oeuvre produite par un être mauvais...

Passsionnante, vraiment.

Il y a incontestablement, de mon point de vue, un droit de retrait face à Céline, un droit de retrait qui ne peut se contester.

Il y a aussi un droit d'adhésion à l'oeuvre ou à des oeuvres de Céline en tant que telles, comme oeuvres.

Tout me convient, sauf, je l'écris de nouveau, les comparaisons historiques odieuses.

04/06/2011, 23:10 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 04/06/2011 à 23:04

"Di Brazzá S'il est clair que j'ai écouté ce doc par curiosité (merci pour le post), je fais cependant partie de ceux qui, à tort ou à raison, ont définitivement classé l'auteur de "bagatelles pour un massacre" dans le rayon "génies dont on peut se di...spenser". Comme, depuis l'invention de l'écriture, toutes les civilisations ne se sont pas montrées avares du côté "fournitures de génies" (comme on dit "fournitures de bureau"?) son absence sur mes étagères ne me pèse pas. Loin de là. Même chose si l'Adolf avait peint tout aussi fort, tout aussi furieusement que Van Gogh. Y a des humeurs et des tumeurs que je partage pas."

Ce commentaire de mon ami Di Brazza, sur Facebook, me convient, par exemple (droit de retrait)

05/06/2011, 06:53 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 04/06/2011 à 23:04

J'ajoute, et je sais de quoi je parle, que Céline est l'un des auteurs "franco-français" les plus traduits dans le monde...

05/06/2011, 22:59 | Par futur ex-abonné en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 04/06/2011 à 23:04

Vous ne m'avez pas compris: il va certes de soi que ma non-adhésion à celine vient en grande partie du fait que j'ai lu tout celine ,mais aussi, que vous le vouliez ou non, du fait que depuis 30 ans que je vis en france il semble incarner le haut du panier-ne vous déplaise-de la frange la plus inculte de la société française:Céline est dans voici, dans match,celine est à l'école, comment vous n'avez pas encore célébré Céline?; Céline est partout, tout le temps=soupçonner les amoureux de Céline est donc mon bon droit, tant qu'ils ne font pas la preuve qu'ils l'ont lu ainsi que D'AUTRES très grands écrivains français ignorés du XXe siècle.Parce que bon, céline je veux bien, mais fins lettrés ou pas, chaque ménagère française connaît son nom tant il sature absolument les medias littéraires (avec toujours cet arrière-goût bien français du "sulfureux").Pendant ce temps-là,Gadenne,Reverdy,Cayrol, Giono,Tournier et tant d'autres peuvent aller se faire cuire un oeuf outre-atlantique avec leurs amis philosophes Deleuze, Foucault, Guattari, tous obligés de s'expatrier pour être lus, la france n'ayant d'yeux que pour le grand Céline (je suis presque tenté d' ajouter "et d'oreilles pour Dion"-mais non, faisons fi de la bagatelle...).

06/06/2011, 07:24 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de futur ex-abonné le 05/06/2011 à 22:59

Ce que vous dites est assez faux, pardon...

Mais le disant, vous avez cité...

06/06/2011, 07:28 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 06/06/2011 à 07:24

"Chaque ménagère" ?

Hum...

Etes-vous certain que cette mention n'est pas un peu méprisante... ?

Au XIXème, on aurait écrit "bonne femme"...

 

 

04/06/2011, 21:28 | Par DANTEA

Alors, si dans le Voyage, on peut discerner le comportement déplorable qu'il aura plus tard ou qu'il avait déjà, il faut interdire l'oeuvre. Il ne m'en est pas souvenir . Par ailleurs, le talent n'autorise aucune excuse. On verra, après la mort de son épouse (toujours de ce monde) qui bloque l'édition des oeuvres maudites, s'il y a censure, ...il y aura censure c'est obligé.

04/06/2011, 23:06 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de DANTEA le 04/06/2011 à 21:28

Le Voyage dit tout de la haine de Céline pour l'humanité "fouteuse de monde" et partant pour toute oeuvre, pour toute profession de foi qui la prétend sauvable.

Je le redis : je ne crois pas du tout à l'hypothèse des trente-six Céline.

04/06/2011, 22:52 | Par Emmanuel Tugny

Il y a beaucoup à dire sur tout ce que vous écrivez : merci de cette discussion.

Ceci dit : "je considère qu'il y a aujourd'hui chez les gouvernants israèliens des cèlines qui ne pourraient eux même pas avoir l'excuse du talent" ne me semble pas un commentaire tolérable.

05/06/2011, 00:23 | Par DANTEA

Il y a longtemps que j'ai lu Céline, mais j'ai assez bonne mémoire et surtout ça m'a marqué. Vrai pour son ressentiment (tout ce que Nietzsche méprisait, mais le ressentiment est parfois, même fréquemment justifié et entretenu), vrai pour la haine délirante de l'humanité nichée dans la défense des pauvres (à qui, parait-il, il ne faisait pas tjrs payer leur consult). Oui Céline avait le mensonge (et pas que) chevillé au corps. A dire vrai, c'était un grand mytho (le salaud infâme suggéré par un intervenant) dont la haine d'abord tout azimut s'est crystallisée (c'était l'époque où il fallait haïr un groupe, les communistes, les chrétiens, les juifs, les francs maçons etc..) sur les juifs. Mais dans Voyage, je n'ai vu (naïvement?) qu'une révolte contre les puissants et une compassion touchante pour les pauvres, j'ai lu un style détonnant, extraordinaire, un vocabulaire foisonnant. J'ai été enthousiasmé, et je le répète j'ignorais tout de l'auteur alors, d'autant que la Shoah peuplait mes nuits de cauchemars. Droit de retrait? je l'exerce pour Drieu de la Rochelle (compromis 100 fois plus que Céline) et que je n'ai pas lu et qui avait, dit-on, un grand talent. P.S. : un Mytho seul dans son cas? Voir Rimbaud : seuls Baudelaire et un autre dont je n'ai plus le nom en tête trouvaient grâce à ses yeux, le reste n'étant que médiocrié.

05/06/2011, 19:32 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de DANTEA le 05/06/2011 à 00:23

Théodore de Banville.

Mais Rimbaud, qui méprisait volontiers sa propre poésie, ce n'est pas pareil, son rapport à l'humanité n'est pas autant en cause dans son mépris (je le rappelle, adolescent) pour la grammaire.

Ceci dit, Les Assis...

"Mytho", Céline...peut-être...

En somme, dit-il des pauvres : "moins ils sont pauvres et malades, les gens, moins ils sont carne"...

Pas de défense des pauvres, non : un pansement des misérables nécessaire selon Céline à ce qu'ils soient moins chiens...

05/06/2011, 07:39 | Par citoyen du monde

Ouaoooo.. voilà qui va faire tourner le monde plus droit...

05/06/2011, 08:47 | Par Emmanuel Tugny

A vous d'en juger, je ne suis pas Céline...

05/06/2011, 09:04 | Par Emmanuel Tugny

Et Céline n'est pas Hugo...

05/06/2011, 09:42 | Par françois périgny

Emmanuel Tugny,

qu'entendez-vous par "écrivain autodidacte" ?

05/06/2011, 09:56 | Par Emmanuel Tugny

Un écrivain qui n'a pas appris à écrire des livres de littérature en en lisant.

Qui n'a pas reçu l'enseignement (c'est une image, bien entendu) du "monde des Lettres".

Ceci étant, on enseignait beaucoup à écrire à l'école, autrefois, parodies, pastiches, etc.

On y revient, fort différemment...

05/06/2011, 10:48 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 05/06/2011 à 09:56

Je ne suis pas sûr de vous comprendre : voudriez-vous dire que L.-F. Céline n'a pas lu de livres de littérature ? Ou bien plutôt qu'il en a peu lu ?

Je suis encore plus intrigué par votre "enseignement du monde des Lettres", même comme image.

Mais, oui, on apprenait à écrire à l'école. Ma grand mére, qui fut "fille trouvée", gardienne de chévres puis bonne à tout faire, écrivait de trés belles lettres à son fiancé puis mari.

Je me demande quelle conception vous avez du "monde des lettres", Emmanuel Tugny. Tranquillement, bien sûr, car je suis certain que vous et moi n'avons strictement rien à foutre de savoir si Jean Genêt ou Pier Paolo Pasolini sont des "écrivains autodidactes". Pour ma part, d'ailleurs, peu me chaut qu'ils soient ou non écrivains, ce qui m'importe c'est ce que me disent leurs écrits de leur maniére d'être. A cet égard, Céline ...Beaucoup s'extasient sur le fait qu'il soignait les pauvres ; à son époque le serment d'Hippocrate signifiait quelque chose. Comme sans doute pour des médecins de MSF ou autres ...

Sa révulsion, qui tourna en réaction, peut-être, provient peut-être de là : une sorte de noyade dans la misére, mais dans cette sorte de misére que pointe Bourdieu dans "La misére du monde". Peut-être.

Comme, sans doute -ce qui signifie qu'il y en a un- sa rancoeur peut aussi provenir du fait qu'il n'a pu travailler (manque de temps, urgences diverses) que ce style-là, qui lui est devenu propre, et qui franchement... franchement... est si facile à pasticher ou parodier que c'en est quelque peu écoeurant.

05/06/2011, 18:36 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de françois périgny le 05/06/2011 à 10:48

Point par point :

- Qu'il en a peu lu. Qu'il n'est pas ce qu'Hélène Bessette, par exemple, appelle un "agrégé". La suite de votre mot me prouve que nous nous comprenons.

- Oui, écrivains, écrivants, auteurs...je suis d'accord avec vous. Le problème de Céline n'est pas un problème réductible au littéraire (cf Artaud, Lautréamont, etc.)

- La misère : je ne sais pas, je vois Céline à l'opposé de Bourdieu, en l'espèce...

- "Travailler un style", "peu de temps pour", etc.... J'ignore si vous écrivez mais à tout le moins, dites-moi de quoi vous parlez car je ne suis pas sûr de vous suivre... je connais beaucoup d'écrivains professionnels dont tout le temps disponible passé à travailler ne génère pas plus de style que ça...Pas vous ?

- "Quelle conception vous avez du monde des Lettres, Emmanuel Tugny"... : la même que la vôtre, ne nous mentons pas. Il y a de quoi traiter la question sophistiquée LF Céline sans vétiller, non ?

05/06/2011, 19:10 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 05/06/2011 à 18:36

"ce style-là, qui lui est devenu propre, et qui franchement... franchement... est si facile à pasticher ou parodier que c'en est quelque peu écoeurant. "

 

Connaissez-vous un grand style qui ne soit pas aisément pastichable ?

05/06/2011, 19:33 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 05/06/2011 à 19:10

Je pense à Proust, à l'instant, pasticheur des Goncourt dans Le Temps retrouvé.

05/06/2011, 19:43 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 05/06/2011 à 19:10

Proust, peut-être, quand il faut tenir les deux bouts. Ou ce que l'on connait en français de Thomas Bernhard. D'une maniére générale : la phrase longue, soutenue par un souffle. La phrase courte est beaucoup plus facile, et les points de suspension. Le Sollers de "Femmes", qui gonfle le machin.

Je répondais en même temps ; pour rendre compréhensible, mon "peut-être" répondait à la question de la difficulté du pastiche.

Mais cela vaut la peine de réfléchir à la différence entre pastiche et parodie, peut-être. Pour moi, en tout cas.

06/06/2011, 07:29 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de françois périgny le 05/06/2011 à 19:43

En effet.

05/06/2011, 10:26 | Par Cacochyme

Merci pour votre (re)présentation de Céline M. Tugny.

Je n'en rajouterai pas une couche...j'adore Céline! (évidemment pas Céline l'antisémite, faut-il le répéter aux suspicieux...)

Une petite pensée pour sa veuve Lucette Destouches, qui je crois, vit encore et qui doit approcher les 100 ans: "Pour comprendre Céline, Malraux disait qu'il fallait se papprocher de Lucette Destouches car elle seule en avait une connaissance instinctive."

Mon morceau choisi, "L'agité du bocal"

"Si Céline a pu soutenir les thèses socialistes des Nazis, c'est qu'il était payé"

C'est cette phrase de Sartre écrite en 1945 dans "Portrait d'un antisémite" (publié dans "Les Temps Modernes", et repris plus tard chez Gallimard sous le titre de "Réflexions sur la Question juive") qui inspira à Céline ce pamphlet en réponse.

http://dndf.over-blog.com/article-2365298.html

05/06/2011, 10:48 | Par Cacochyme en réponse au commentaire de Cacochyme le 05/06/2011 à 10:26

L'art de l'insulte

"Lorsque l'insulteur a été grossier, il faut être encore plus grossier. Si les invectives ne font plus d'effet, il faut y aller à bras raccourcis, mais là aussi il y a une gradation pour sauver l'honneur: les gifles se soignent par des coups de bâtons, ceux-ci par des coups de cravaches".

Arthur Schopenhauer

05/06/2011, 10:52 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Cacochyme le 05/06/2011 à 10:48

"Cacochyme !"

Jean-Bernard Dupaindu

05/06/2011, 19:00 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de françois périgny le 05/06/2011 à 10:52

?

05/06/2011, 18:38 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Cacochyme le 05/06/2011 à 10:48

Schopenhauer est absolument le bienvenu ici : vous futes ponctuel.

05/06/2011, 10:31 | Par Emmanuel Tugny

Merci !

05/06/2011, 13:25 | Par Cacochyme

+1

Je viens de retrouver dans ma bibliothèque, le Céline secret de Véronique Robert avec Lucette Destouches, paru en 2001 en livre de poche, page 87 :

Louis et moi sommes arrivés à Copenhague le 27 mars 1945. Le Danemark est le pays le plus triste du monde et habité par des cochons hypocrites. Mon rêve était l'Espagne [...]Tranquile

05/06/2011, 18:38 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Cacochyme le 05/06/2011 à 13:25

:)

05/06/2011, 18:55 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 05/06/2011 à 18:38

Chic : un jus de melon avec Darquier er Degrelle !

05/06/2011, 18:56 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 05/06/2011 à 18:38

Chic : un jus de melon avec Darquier er Degrelle !

05/06/2011, 13:54 | Par Patrick Gabriel

Prout prout hyperformaté, as usual.

Bon, very caguant à lire, mais quand il s'agit du Doc Destouches, suis bon public.

Tiens au fait (et qui n'a rien à voir), s'agissant de la sortie de Ferry, qu'est-ce vous pense de la citation paraphrasée de Nougaro: "C'est peut-être pour çà qu'on te dit +vit+ le rose...", pour trouver à qui le philo-sarko faisait référence ?

Comme quoi votre regard m'importe Manu Tu sioniste!

05/06/2011, 18:58 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Patrick Gabriel le 05/06/2011 à 13:54

Tiens, vous voilà...

"Manu Tu sioniste"...ouh-la...ça, ça craint...

Je ne pense rien de Ferry, mais rien ! Vaguement plus de Nougaro .

Je ne comprends rien au pastiche dudit mais j'ai bien peur que "çà" ne prenne pas d'accent.

"Hyperformaté" est plus divertissant que "very caguant" (qui doit vouloir dire "très chiant" chez un orfèvre féal du style attique)...mais si laid...

Et complété par "prout prout", mamma mia...

Ceci étant, mes éditeurs se verront rassurés par ce jugement, je le leur envoie, dûment !

"Vous voyez : je suis "hyperformaté", me disait Patrick Gabriel un dimanche."

Cher, je suis ravi que mon regard vous importe, ma perruche naine s'en félicite avec moi.

Comme moi, elle sourit du bec.

Cependant, façon Chimène : "va, je ne te hais point (mon bon public)".

 

06/06/2011, 08:55 | Par Patrick Gabriel en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 05/06/2011 à 18:58

"prout...." était une référence à Céline parlant de Prou(s)t ! No less, no more...

06/06/2011, 08:56 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Patrick Gabriel le 06/06/2011 à 08:55

:)

06/06/2011, 09:00 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Patrick Gabriel le 06/06/2011 à 08:55

J'ai toujours préféré : "Marcel !" (J'en demande pardon à tous les Raoul).

06/06/2011, 09:23 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de françois périgny le 06/06/2011 à 09:00

:)))

05/06/2011, 19:16 | Par Emmanuel Tugny

http://www.dailymotion.com/video/x5s12w_luchini-lit-celine-2-3_news

 

"Les gens s'vengent des cadeaux qu'on leur fait".

05/06/2011, 19:36 | Par Emmanuel Tugny

"Ah ! Grande Amérique puritano-parpaillotte, effrayée, traumatisée par le sexe (hors reproduction) dans tous ses détours, contours, travers, perversions; Ah ! Grande Amérique, adoratrice de Dieu et du Veau d'Or, pour peu que Safiatou sache utiliser pour son propre compte ta culture refoulante, ta batterie de lois et règlements, tes hauts le coeur, tes flics et tes juges broyeurs du "violenteur", la voici tirée d'affaires pour la vie et avec elle, sa fille et toute sa famille."

Relisons Patrick Gabriel : les Goncourt en avaient rêvé, évoquant le "style artiste"...:)

 

C'est entendu : dès demain, je redeviens charitable. Il pleut à Ekatérinbourg où c'est dimanche aussi : c'est fatal.

05/06/2011, 20:20 | Par pierrounet

C'est juste le bon moment pour signaler le très (très) bon livre de Philippe Muray, simplement intitulé: "Céline" (chez Gallimard).

Aucun auteur ne me semble être entré si profondément au coeur de l'oeuvre de L.F.C.

Mais peut-être est-il déjà assez connu....

06/06/2011, 07:29 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de pierrounet le 05/06/2011 à 20:20

C'est bien, oui mais rien ne vaut le Zagdanski, à mes yeux.

06/06/2011, 13:31 | Par pierrounet en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 06/06/2011 à 07:29

Zagdanski...

Celui de "Pauvre de Gaulle", et de "l'humour d'Homère"?

Oui...Assez médiatique...Et plutôt sympathique .

Muray est d'un tout autre niveau ...(mais celà n'est que mon "avis perso", comme disent les djeun's.)

06/06/2011, 14:08 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de pierrounet le 06/06/2011 à 13:31

Le mien est contraire.

06/06/2011, 14:11 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 06/06/2011 à 14:08

Lire Le Sexe de Proust.

05/06/2011, 20:43 | Par Hestia

Céline c'est comme le grand 8. Un frisson de deux minutes pour une journée aux toilettes.

06/06/2011, 07:30 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Hestia le 05/06/2011 à 20:43

...

05/06/2011, 21:22 | Par DANTEA

La réponse de Céline à Sartre n'est pas du meilleur cru. C'est même affligeant. Il n'est pourtant pas gateux dans les interviews qu'il a données, il avait un feed-back (L Pauwels ou autres) en face de lui et n'était pas seul comme quand il a dégueulassé sa feuille de papier pour "Jean Baptiste S", sacré Jean Paul ! Pauvre Jean Paul (et bête en même temps) qui lui faisait de la crapulerie la plus noire presqu'une excuse de moralité. Mais qu'est ce que tout ça a à voir avec Voyage au Bout de la nuit, Mort à crédit?... Céline n'est pas multiple, comme vous le dites, mais il a produit du multiple, du bon et du pourri, du vraiment puant. Pour notre santé, il faut jeter un voile sur une si pénible déchéance (la lettre à JBS), et dire que "Bagatelle pour un massacre" était le signe précoce d'un naufrage dans la fiente et qu'il ne faut pas y laisser trainer son nez plus qu'il ne faut pour savoir qu'il a pu produire cette merde aussi. Allez! j'en ai assez et je veux maintenant l'oublier définitivement.

06/06/2011, 07:30 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de DANTEA le 05/06/2011 à 21:22

Au revoir.

06/06/2011, 09:24 | Par Patrick Gabriel en réponse au commentaire de DANTEA le 05/06/2011 à 21:22

On ne "veut" ou ne "veut pas" oublier, on oublie ou on n'oublie pas !

Pour le reste, restons en littérature: Bagatelle, au-delà du fond patali patala, est tout simplement un texte très mauvais du seul point de vue qui importe, le point de vue littéraire !

Ce n'est pas du "petit" Céline, c'est du "wallou" Céline que l'Histoire des Lettres aurait oublié, s'il n'y avait pas eu -après- la Shoa.

Oui, "après" !

Ceux qui établissent un lien de cause à effet entre ce "typewriting" (comme disait T. Capote) franchouillard antijuif (assez populaire à l'époque) et la "solution finale" nazie, estiment donc que Louis Ferdinand fut un "idéologue programmateur" de l'holocauste dont les "recommandations" furent prises au pied de la lettre par le chancellier allemand fou.

Laissons-les à leurs divagations mercantiles qui ne valent pas plus que ce texte lui-même, malheureusement signé par l'auteur du "Voyage".

Et si je me livrais ici à des injures antisémites (donc anti-arabes et anti-juives), que serais-je donc ? Un con, un imbécile, un sans aucun talent, un malheureux souffrant souffreteux.

Alors, souffrons que Céline le fut aussi, mais arrêtons de faire la promo de ce "Bagatelle" dont l'Histoire c'est déjà chargé !

 

07/06/2011, 10:10 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Patrick Gabriel le 06/06/2011 à 09:24

"Et si je me livrais ici à des injures antisémites (donc anti-arabes et anti-juives), que serais-je donc ? Un con, un imbécile, un sans aucun talent, un malheureux souffrant souffreteux.

Alors, souffrons que Céline le fut aussi, mais arrêtons de faire la promo de ce "Bagatelle" dont l'Histoire c'est déjà chargé !"

 

Vous vous faites un mal fou et votre orthographe est toujours bougrement amendable...

Personne, ici, ne me semble avoir fait l'éloge de L'Ecole ou de Bagatelles qui sont en effet de fort mauvais textes de littérature (cf Invectives de Verlaine, mutatis mutandis) indépendamment de leur caractère odieux.

Ne vous énervez donc pas en permanence, votre intensité y gagnerait.

06/06/2011, 11:06 | Par Cacochyme en réponse au commentaire de DANTEA le 05/06/2011 à 21:22

@ DANTEA

Vous préférez sûrement la brouille entre Camus et Sartre, sur l'aveuglement de ce dernier au regard du totalitarisme dénoncé par Camus dans "L'homme révolté", tant à l'Est que pendant la Terreur.

Ce qu'écrivait Sartre, était beaucoup plus vulgaire et abject que le style scatologique orné d'un champ sémantique coprophile, que lui asséna Céline:

"Un mélange de suffisance sombre et de vulnérabilité m'a toujours découragé de vous dire des vérités entières....Il se peut que vous ayez été pauvre, mais vous ne l'êtes plus. Vous êtes un bourgeois comme Jeanson et comme moi...Votre morale s'est d'abord changée en moralisme, aujourd'hui elle n'est plus que littérature, demain elle sera peut-être immoralité"

Je relis toujours Camus...il y a bien longtemps que Sartre se fait bouffer par les souris dans mon grenier, d'ailleurs elles n'y survivent pas...

06/06/2011, 11:12 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Cacochyme le 06/06/2011 à 11:06

Vous êtes sévère.

Mais assez juste.

Allez vite au grenier pour sauver Les Mots.

06/06/2011, 11:51 | Par Cacochyme en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 06/06/2011 à 11:12

Il m'arrive aussi d'être un peu de mauvaise foi...je vous promets de ne pas sortir Les Mots de mon grenier, pour les descendre dans mes toilettesSourire

06/06/2011, 11:59 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Cacochyme le 06/06/2011 à 11:51

Ouh qu'il est vilain ! :)

C'est tellement beau, Les Mots, tout de même...

06/06/2011, 12:13 | Par Cacochyme en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 06/06/2011 à 11:59

C'est vrai! Ce n'est que de l'humour noir...encore que, on met souvent au grenier, les choses que l'on estime ne pas devoir jeter.

06/06/2011, 13:16 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Cacochyme le 06/06/2011 à 12:13

:))

06/06/2011, 13:44 | Par Cacochyme en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 06/06/2011 à 13:16

Allez, je laisse le dernier Mot à Sartre:

« Il est vrai que je ne suis pas doué pour écrire », « mes livres sentent la sueur et la peine », « je les ai souvent faits contre moi »Clin d'oeil

06/06/2011, 13:46 | Par Cacochyme en réponse au commentaire de Cacochyme le 06/06/2011 à 13:44

Je reviens du grenier...

06/06/2011, 16:38 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Cacochyme le 06/06/2011 à 13:46

Je vois ça : des nouvelles des souris ?

06/06/2011, 16:37 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Cacochyme le 06/06/2011 à 13:44

Oh, fausse modestie...

06/06/2011, 09:16 | Par Bernard Colin

Céline est le médecin légiste de l'humanité. Il en fouille le cadavre. Il trouve les preuves que c'est elle l'assassin. Il les découpe, les montre.

Les petits juges se contentent d'utiliser le dossier.

Ils continuent de croire que c'est le messager le coupable.

06/06/2011, 09:25 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Bernard Colin le 06/06/2011 à 09:16

Oh, c'est juste, ça !

06/06/2011, 11:00 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Bernard Colin le 06/06/2011 à 09:16

Il y a -"quand même!"- une responsabilité de l'auteur des écrits, même s'il n'en est que le passeur ouvrageur. Oeuvrer à ce qu'on écrit sans en en avoir conscience, ne serait-ce qu'à la nécessaire relecture ("remettre sans cesse son ouvrage sur le métier") me paraît difficile, sauf à faire surréalisme, et/ou se nommer Desnos, peut-être.

Or, certaines âmes" naïves", perdidas en el siglo, peuvent avoir cru en l'icône Céline : qui en répond ? J'imagine un Le Pen se délectant de la Bagatelle. J'ai connu des gens qui envoyaient les autres au massacre, bien au chaud dans leurs tours, même si elles n'étaient pas toujours d'ivoire.

06/06/2011, 11:15 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de françois périgny le 06/06/2011 à 11:00

C'est un peu cryptique...

De quelle "responsabilité" des auteurs parlez-vous ?

06/06/2011, 11:22 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 06/06/2011 à 11:15

Morale ? Esthétique ? Politique ? Philosophique ?

Quels canons la fondent ? Quelles représentations ? Quelles prescriptions ?

Et quelles instances pour en juger ?

06/06/2011, 13:25 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 06/06/2011 à 11:22

Morale, politique, philosophique, esthétique : n'est-ce pas la même chose ? (Il paraît que je suis un affreux totalitaire. Pire : un naïf natif de la méta-physique, celle dont on perd la piste -dont on "perd la perte même" - dans un quantum).

Quelles instances (pas de "canons", ni prescriptions, mais peut-être une re-présentation, si celle-ci tient au senti-ment, c'est à dire à une esthétique), quelles instances, donc ? Mais la conscience, sans doute, si c'est une cum-science.

Philosophie de la relation ? (Il nous faudrait parler de "religion", c'est à dire, encore, de relation, et de relecture. Un travail de bénédictin, n'est-ce pas ?)

"Ce dont on ne peut pas parler, c'est de cela même dont il faut parler" (de mémoire : Valére Novarina).

06/06/2011, 14:13 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de françois périgny le 06/06/2011 à 13:25

C'est intéressant.

06/06/2011, 11:35 | Par Cacochyme en réponse au commentaire de françois périgny le 06/06/2011 à 11:00

Je suis d'accord avec vous sur la responsabilité M. Ferron. Si j'aime en Céline le style de l'écrivain, je n'en dirais pas autant de "l'intellectuel politique".

Il s'en est d'ailleurs expliqué, en disant que c'était bien fait pour lui, qu'il n'aurait pas du s'occuper de choses qui le dépassaient...qu'il a vu dans les juifs ce que Philippe Le Bel voyait dans les Templiers..

Bref, je ne lui trouve pas d'excuse réelle! Si ce n'est, la queue de comète de cet antisémitisme féroce qui baigna son enfance et sa jeunesse en cette triste période. Antisémitisme sur lequel aujourd'hui encore on se doit de veiller, afin que ne resurgisse la bête immonde.

06/06/2011, 11:42 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Cacochyme le 06/06/2011 à 11:35

Oui, mais de quelle responsabilité un écrivain est-il comptable ?

06/06/2011, 13:32 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 06/06/2011 à 11:42

Si l'écrivain ne lit pas ce qu'il écrit, pour quoi, pour qui écrit-il ? Ce que signifie aussi "je est un autre". (Et quel visage, ou quelle figure, réfléchit le miroir qu'il se tisse à l'autre lui-même, "l'hypocrite lecteur, son semblable, son frére", fusse-t-il juif ou tzigane, noir ou femme de chambre ?)

06/06/2011, 14:14 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de françois périgny le 06/06/2011 à 13:32

"Fût-il", pas "fusse".

Là, ça dérape sec, selon moi : je ne vous suis plus.

08/06/2011, 08:30 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 06/06/2011 à 14:14

"Fût-il" m'a paru quelque peu futile, quand "fusse " m'a semblé plus adapté au passé. Mais, par contre, il est vrai que vous pouvez écrire que vous n'êtes pas moi.

Un doute me taraude, monsieur Tugny : seriez-vous professeur ? De lettres ? Modernes ?

08/06/2011, 08:21 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Cacochyme le 06/06/2011 à 11:35

06/06/2011, 12:32 | Par xavier bonaventure en réponse au commentaire de françois périgny le 06/06/2011 à 11:00

Ce que Céline refuse, c'est d'être l'exutoire d'une faute collective ! J'offrirais ma peau pour que Chardonne, Montherlant et pas mal autres, y compris chez les "résistants", passent à travers ? Vous voulez rire, ou quoi ? Vous allez m'entendre... Au vrai, ce ne sont pas tant ses idées ou ses actes en eux-mêmes qui lui valent l'abomination sociale, c'est dabord l'ampleur de son style. C'est le retentissement qu'a son style. Il est donc victime de ce qu'il est : un grand écrivain. C'est ça qui le condamne. Et justement il n'entend pas payer pour ça ! D'accord, il a eu tort, mais il estime que son implication n'est pas telle qu'il mérite l'exécution sommaire et publique de l'épuration ! Quelque soit l'appréciaition qu'on peut porter sur le bonhomme, sur le fait par exemple qu'il n'exprimera jamais véritablement son horreur devant les camps d'extermination (il n'est sans doute pas loin de penser, lui aussi, qu'il s'agit d'un "détail" dans le massacre général de la Seconde Guerre mondiale), son rôle personnel dans la "collaboration" n'est-il pas disprotionné avec la haine symbolique qui continue de le frapper ? Après tout, nul ne songe vraiment à rendre judiciairement et historiquement coupable des crimes de Staline, Aragon ou Eluard dont l'engagement politique fut des plus militant, pour ne rien dire des "maoïstes" de 68...

06/06/2011, 13:18 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de xavier bonaventure le 06/06/2011 à 12:32

"D'accord, il a eu tort"... C'est, me semble-t-il, le moins que l'on puisse dire...

06/06/2011, 13:18 | Par Bernard Colin en réponse au commentaire de xavier bonaventure le 06/06/2011 à 12:32

Les crimes éditoriaux d'Aragon, les carrières de grands poètes brisées dans l'oeuf, lui sont encore repprochés. A juste titre.

06/06/2011, 13:20 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Bernard Colin le 06/06/2011 à 13:18

Gare au confusionnisme.

06/06/2011, 09:58 | Par Emmanuel Tugny

06/06/2011, 13:33 | Par françois périgny

Il faudra retrouver, pour ce fil, ce qu'écrit Simone Weil de cette affaire de responsabilité. J'ai le livre, mais pas le temps, pour le moment.

06/06/2011, 14:15 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de françois périgny le 06/06/2011 à 13:33

Oui, ou Lévinas. Il y a de quoi lire. Mais pensez le sujet, c'est intéressant.

 

06/06/2011, 14:36 | Par Emmanuel Tugny

On peut peut-être commencer à évoquer, plutût qu'une responsabilité du sujet écrivain, une responsabilité de son oeuvre, c'est à dire une responsabilité de la forme aliénant son auteur.

Comment une forme peut-elle être responsable en tant que telle ?

Y a-t-il une conscience de l'oeuvre ?

Quelle poétique sa naissance suppose-t-elle ?

Etc.

Je suis d'accord avec l'idée que l'oeuvre de Céline est coupable comme oeuvre sur le terrain moral et qu'un droit de retrait est loisible.

Je suis d'accord avec l'idée que de cette culpabilité procède une beauté singulière, une façon de "beauté du diable" qui rend délicat le retrait.

Mais je crois qu'on réduit le fait littéraire en y cherchant en permanence la présence de l'auteur (relire le Contre Sainte-Beuve).

Je crois qu'on ne comprend pas grand' chose à la pratique littéraire quand on fait d 'un livre l'appendice d'une volonté d'auteur extérieure à l'acte d'écrire.

 

06/06/2011, 20:55 | Par oregon en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 06/06/2011 à 16:08

"même si cela n'a rien à voir"

Je pense au contraire que ces deux personnes ont quelque chose en commun, elles vivent et disent leur vérité.

Merci pour tous les liens

07/06/2011, 03:20 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de oregon le 06/06/2011 à 20:55

Vous avez peut-être raison, en effet !

06/06/2011, 19:54 | Par Emmanuel Tugny

Christian Jolly Un des rares à respecter en tant que tel, parmi la multitude de trucs à deux pattes qui coururent, et courent en tous sens. Alors? d'un hôtel à l'autre? puisque les châteaux ont déjà été visités. Bises

Il y a environ une heure · J’aimeJe n’aime plus

Christian Jolly Pour ma part, aucun "débat" possible....

07/06/2011, 07:02 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 06/06/2011 à 19:54

De Christian Jolly sur Facebook. Mon commentaire : "N'éxagérons rien".

07/06/2011, 10:15 | Par Emmanuel Tugny

http://www.youtube.com/watch?v=jW9GjeCm-Bw&NR=1&feature=fvwp

 

Une horloge brisée qui dit l'heure deux fois par jour...

...mal.

 

07/06/2011, 10:53 | Par Bernard Colin

Ah le doux murmure du clavier dans le néant de fesse bouc !

07/06/2011, 11:00 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Bernard Colin le 07/06/2011 à 10:53

Pas faux.

07/06/2011, 11:08 | Par françois périgny

D'ailleurs : watcha!yaiiaopolia11kzkGegePoumTaiM212x

07/06/2011, 11:38 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de françois périgny le 07/06/2011 à 11:08

'cause I, wanna beeeeeeeeeee...

07/06/2011, 14:05 | Par Hestia

L'erreur fondamentale de Céline c'est de penser que l'homme possède une nature et que celle-ci est mauvaise. Il ne voit jamais comment les hommes sont tombés dans les mains du diable.

07/06/2011, 14:40 | Par Bernard Colin en réponse au commentaire de Hestia le 07/06/2011 à 14:05

Diabolos, ce qui divise. Le diviseur ne serait-ce pas Céline lui-même ??????

Ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah !!!

07/06/2011, 15:06 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Bernard Colin le 07/06/2011 à 14:40

J'aime bien l'idée de Démiurge des Gnostiques...

Céline diviseur oui et non :

1) Chaque sujet veut faire par nature méchante sa peau à l'autre sujet

2) Mais en cela l'humanité est une

07/06/2011, 15:08 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 07/06/2011 à 15:06

07/06/2011, 15:12 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 07/06/2011 à 15:06

2bis) Autre division, en effet : il y a les auteurs qui disent le vrai et les auteurs qui disent le faux, les prophètes et les faux-prophètes, les sages et les invertis.

07/06/2011, 15:17 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 07/06/2011 à 15:06

L'homme est "symboliquement" (symbolos) un diable ?

07/06/2011, 15:18 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 07/06/2011 à 15:06

08/06/2011, 10:42 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 07/06/2011 à 15:06

L'idée de l'oeuvre célinien comme une Stultifera navis, une Nef des fous contemporaine, aussi...

07/06/2011, 16:44 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Bernard Colin le 07/06/2011 à 14:40

Pas mal, le rire sardonique !

07/06/2011, 15:04 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Hestia le 07/06/2011 à 14:05

Intéressant : Hobbes et Voltaire contre Rousseau ? Dites-en plus.

07/06/2011, 16:03 | Par Hestia en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 07/06/2011 à 15:04

Autrement dit, il y a négation de la liberté humaine car faire le mal pour le mal et le tenir comme ce qui est radical à l'humanité c'est ôter toute possibilité de comprendre la cause qui fabrique le salaud. Céline contemple des cafards sous un verre à pied et bien sûr que cela procure une certaine jubilation mais en aucun cas ils (les cafards) ne se retrouvent là par un pur hasard.

07/06/2011, 16:25 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Hestia le 07/06/2011 à 16:03

Continuez !

Quelle serait, selon vous, la "nécessité" ?

07/06/2011, 16:29 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 07/06/2011 à 16:25

...puisque vous évoquez le hasard.

07/06/2011, 17:23 | Par Hestia en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 07/06/2011 à 16:29

vous savez je crois que la philosophie, ça sert à cela : distinguer ce qui tient aux fers de la nécessité et ce qui reste comme place à l'être humain pour agir. La nécessité c'est trois fois rien, on naît, on vit, on meurt. Tout le reste n'est que contingence et se réduit à des désirs et de la volonté.

07/06/2011, 17:43 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Hestia le 07/06/2011 à 17:23

Qu'en penseraient Pascal, Kant, Marx, Freud, Foucault, Bourdieu ?

C'est peut-être un petit peu (impérativement) catégorique, non ?

07/06/2011, 17:55 | Par Hestia en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 07/06/2011 à 17:43

ah ouais mais là j'ai pas le temps, on bavasse, la philo c'est bien quand on ne sait rien, après faut faire prof ou curé donc être un peu casse-couille. Moi je dis que Céline aurait bien fait marrer Kant.

07/06/2011, 18:05 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Hestia le 07/06/2011 à 17:55

:)

07/06/2011, 18:07 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 07/06/2011 à 18:05

"Prof ou curé"...beurk...pourquoi pas rabbin...? :)

Cela vaut un "sans commentaire"...

07/06/2011, 18:08 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 07/06/2011 à 18:07

"La philo c'est bien quand on ne sait rien"... :

"Et le printemps m'a apporté l'affreux rire de l'idiot"...

07/06/2011, 18:09 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 07/06/2011 à 18:08

Je dirais l'inverse : "Quand on ne sait rien, la philo, c'est bien"...

07/06/2011, 15:16 | Par Emmanuel Tugny

Autre débat (je n'ai pas de réponse ferme) : comment Céline a-t-il pu nier l'évidence de l'ignominie de son propos ?

Réification de la littérature (tout ceci était si caricatural que l'outrance a en ralité sauvé des vies ) ?

Pure impudence (au royaume des "fouteurs de monde", je ne serai pas le dernier, je serai "le meilleur des hommes")...?

J'aimerais votre avis à tous : je demeure perplexe...

 

07/06/2011, 15:38 | Par Bernard Colin en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 07/06/2011 à 15:16

Délicat.

Mon avis, à l'époque de cette lecture, il y a trente ans, était que Céline n'était pas antisémite, mais "anti juiviste". Il s'attaquait horriblement avec toutes les provocs possibles, au "juivisme". Je veux dire à cette idée d'un peuple spécial, avec destinée spéciale, qui aurait une essence distinguée du commun des mortels. D'un autre côté, je crois qu'il fait une erreur d'ironie en se moquant avec outrance du cliché. Mais le contexte empêche la lisibilité de cette ironie. Première leçon, l'ironie est contextuelle.

Donc il veut détruire cette idée. Quand il utilise les clichés antisémites à cette fin, en plein nazisme, il fait un crime sans y prendre garde. C'est une immonde saloperie. Pas pire que les autres saloperies de tout un monde, mais immonde saloperie, quand même. S'il a le droit de le faire, alors on a le droit de le maudire pour ça.

Pour tout le reste, je l'aime. Je crois avoit tout lu. C'est extrèmement bon. Inutile de se réfugier dans la posture littéraire de l'admirateur du style. J'ai dévoré ses bouquins. j'en ai relu certains, une dizaine de fois. C'est tout bonnement magnifique, à plein de niveaux.

Cette contradiction est pour moi insoluble. Je le méprise, le hais pour ces deux textes maudits. Je le vénère pour les autres. Je le constate.

Je pense que c'est une sortie de route. Pas tolérable pour autant.

Avec Céline, j'ai appris que ce n'est jamais tout l'un ou tout l'autre. On peut salement dérailler.

La haine active de ceux qui ont bonne conscience, n'est pas mal non plus à observer. La saloperie humaine est extraordinairement littéraire.

 

08/06/2011, 07:45 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 07/06/2011 à 15:16

Conscience : en avoir ou pas.

07/06/2011, 15:59 | Par Emmanuel Tugny

Cela me va, vraiment !

08/06/2011, 07:45 | Par Emmanuel Tugny

C'est tout de même quelque chose, Philippe Sollers, quand ça vous cause littérature...

08/06/2011, 07:46 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 08/06/2011 à 07:45

Là, c'est vous qui dérapez. A fromage.

08/06/2011, 07:50 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de françois périgny le 08/06/2011 à 07:46

?

Fromage ?

Ah oui...

Non non, je le trouve vraiment formidable, Sollers, quand il parle forme.

08/06/2011, 07:59 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 08/06/2011 à 07:50

Sollers, tailleur de diamant, oui. Un vrai joaillier. Brillant. Mais tout ce qui brille n'est pas "or". (C'est à dire en rapport avec le "berechit" du mot or et du meorot de la mort. (Ne me dîtes pas que c'est "cryptique". Dites : c'est de l'hébreu biblique).

08/06/2011, 08:10 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de françois périgny le 08/06/2011 à 07:59

L'étymologie du mot or ?

A-t-elle à voir avec l'éblouissement ?

Je croyais qu'or venait d'"aurum" issu d'"ausum" issu d'"au-es" (briller)...

Je ne vous reproche pas d'être cryptique, ces affaires me passionnent (cf mon roman Le Silure)
 

 

08/06/2011, 08:13 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 08/06/2011 à 08:10

Ceci dit, il m'éblouit souvent , Sollers, si, quand il parle d'art.

Et puis je lui dois d'avoir un jour lu L"écriture ou l'expérience des limites qui est pour moi une merveille de manuel de critique littéraire.

L'un des meilleurs que je connaisse.

08/06/2011, 08:48 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 08/06/2011 à 08:10

Il y a dans le Zohar (le "livre des merveilles") une lumineuse discussion talmudique autour des mots "or" (lumiére) et "meorot" (mort) que je lie (lis) à notre "mot".

("Le Zohar" édit. Verdier, coll. "Les dix paroles". tome I. Trad. Charles Mopsik)

Si "ces affaires" vous passionnent, vous devriez y co-naître.

Sur l' "or" d'aurum, vous aurez remarqué qu'il luit plus qu'il ne brille. Et que le diamant ne brille que s'il est placé dans la lumiére.

Ps et Nb : chez quel éditeur, ou comment, peut-on se procurer votre "Silure" ? (S'agit-il là d'un gros poisson ?)

 

Ps 2 (qui n'est pas une Playstation 2) : vous savez quel est le "vrai" nom de Sollers, n'est-ce pas ?

Ps 3, et rebelote et dix de der : j'ai apprécié le Sollers de Tel Quel, celui qui écrivait sur la notion de "droit d'auteur", de copyright, de pseudonymat et d'anonymat. Le Sollers un tant soit peu libertaire. Un peu moins celui qui a accompagné un certain "glissement de sens", dans les années 80-90. Je trouve Julia Kristeva infiniment plus brillante. Et "profonde".

08/06/2011, 10:03 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de françois périgny le 08/06/2011 à 08:48

Livre commandé : merci de tout coeur !

09/06/2011, 07:28 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 08/06/2011 à 10:03

Livre reçu : j'attaque avec fièvre et vous remercie encore !

09/06/2011, 08:44 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 09/06/2011 à 07:28

Houla ! "Attaquer" le Zohar avec fiévre, Emmanuel ? Vous devriez plutôt pénétrez dans la forêt des sens avec circonspection. Savez-vous que la tradition interdisait de lire quelque morceau que ce soit de la Kabbalah avant d'avoir atteint l'âge de quarante ans ? Mesure de prudence, prudence de la mesure. Certain(e)s sont "devenus fous" en s'aventurant trop vite, certains chemins ménent dans les fourrés. La "merveille" est une clairiére fuyante, insaisissable, à l'image du tétragramme.

Munissez-vous sans doute, aussi, du "Jeu de perles de verre", de Herman Hesse, ça fera pendant.

08/06/2011, 10:09 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de françois périgny le 08/06/2011 à 08:48

Le Silure est un assez gros livre, oui. Chez Léo Scheer.

2) farceur...

3) Les deux me semblent différemment profonds.

08/06/2011, 10:10 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 08/06/2011 à 10:09

08/06/2011, 07:58 | Par Emmanuel Tugny

"Aux Délices, près de Genève, 30 août 1755
J'ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain ; je vous en remercie ; vous plairez aux hommes à qui vous dites leurs vérités, et vous ne les corrigerez pas. Vous peignez avec des couleurs bien vraies les horreurs de la société humaine dont l'ignorance et la faiblesse se promettent tant de douceurs. On n'a jamais tant employé d'esprit à vouloir nous rendre bêtes.
Il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage. Cependant comme il y a plus de soixante ans que j'en ai perdu l'habitude, je sens malheureusement qu'il m'est impossible de la reprendre. Et je laisse cette allure naturelle à ceux qui en sont plus dignes que vous et moi. Je ne peux non plus m'embarquer pour aller trouver les sauvages du Canada, premièrement parce que les maladies auxquelles je suis condamné me rendent un médecin d'Europe nécessaire, secondement parce que la guerre est portée dans ce pays-là, et que les exemples de nos nations ont rendu les sauvages presque aussi méchants que nous. Je me borne à être un sauvage paisible dans la solitude que j'ai choisie auprès de votre patrie où vous devriez être."

08/06/2011, 09:34 | Par Hestia

Ce que Voltaire n'a pas compris c'est que l'homme ne descend pas du singe mais qu'il y retourne.

08/06/2011, 09:59 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Hestia le 08/06/2011 à 09:34

Je note que vous avez compris ce que n' a pas compris Voltaire.

Je commerce avec une rareté d'homme ! :)

08/06/2011, 10:12 | Par Hestia

Ce n'est pas difficile de comprendre ce qu'il n'a pas compris, c'est une tarte à la crème sa critique de Rousseau, ça ne tient pas la route, il ricane et ne démontre rien.

08/06/2011, 10:23 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Hestia le 08/06/2011 à 10:12

Ah ?

Je n'en suis pas convaincu.

Ce dont je suis convaincu, en revanche, c'est que l'ensemble de l'oeuvre dont cette lettre est l'écume de l'écume en démontre un bout...

08/06/2011, 10:29 | Par Emmanuel Tugny

Et qu'il y a en effet du Voltaire dans le ricanement célinien.

08/06/2011, 11:16 | Par Emmanuel Tugny

"- Vous avez inventé quelque chose? ... qu'est-ce que c'est?»
Il demande. «L'émotion dans le langage écrit! ... le langage écrit était à sec, c'est moi qu'ai redonné l'émotion au langage écrit! ... comme je vous le dis! ... c'est pas qu'un petit turbin je vous jure! ... le truc, la magie, que n'importe quel con à présent peut vous émouvoir «en écrit»! ... retrouver l'émotion du «parlé» à travers l'écrit! c'est pas rien! ... c'est infime mais c'est quelque chose! ...
- Vous êtes grotesque de prétention!
- Certes! certes! ... et alors? ... les inventeurs sont monstrueux! ... tous! surtout les petits inventeurs! L'émotion du langage parlé à travers l'écrit! Réfléchissez un petit peu, Monsieur le Professeur Y! faites marcher un peu votre nénette!"

 

Cut ?

08/06/2011, 14:48 | Par Bernard Colin en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 08/06/2011 à 11:16

c'est pour ça que c'est très difficile à jouer. L'énonciation est déjà pour une grande part, dans l'énoncé.

08/06/2011, 17:47 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Bernard Colin le 08/06/2011 à 14:48

C'est pour ça aussi que ça ne ment jamais même quand ça ment...

08/06/2011, 18:09 | Par Bernard Colin en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 08/06/2011 à 17:47

précisé-ment !

08/06/2011, 18:10 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Bernard Colin le 08/06/2011 à 18:09

:)

08/06/2011, 19:51 | Par Paul Emile

ça vole très haut ce billet !

Et j'avoue très humblement que je ne comprends pas tout, mais le peu que je peux prendre je le prends et je savoure, je déguste, je m'en mets plein partout...

Merci pour ces liens, les commentaires et tous les participants, vous faites des heureux !

09/06/2011, 07:26 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Paul Emile le 08/06/2011 à 19:51

Oh, voilà qui est adorable !!!

Participez, dites votre Céline.

17/01/2013, 17:26 | Par oregon

 

J'aime Celine et lui suis immensément reconnaissante. Il m'a aidé à passer la dernière année sarkozyste sans me laisser bouffer par la haine. Purification par la jubilation ! 

17/01/2013, 17:42 | Par Tobold

Lorsque dernièrement vous avez écrit sur Depardieu, en vous lisant je pensais vraiment que vous en diriez autant de Céline. C'est fait.

Il n’y a pas trente-six Céline, il y a un seul Céline,dites-vous.

Il n'y a pas trente-six Depardieu, il y a un Depardieu, disiez-vous en d'autres termes.

Je pense au contraire que "je" est des autres.

seul écrivain de son œuvre produite par l’incapacité d’en produire une autre, dites-vous aussi.

Je ne le pense pas ou alors la littérature ne serait peuplée que de faiseurs.


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