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2012: et la culture?

Dire que la culture est absente du débat présidentiel est peu dire, nous dit-on…

Il est vrai qu’elle s’y est trouvée reléguée, comme chapitre de l’action publique, au rang de parent pauvre et, qui sait, de « refoulé »…

Le temps semble la tenir pour la danseuse d’un champ politique en butte à l’essentiel dont elle ne serait pas une composante.

 

Il faut, dès lors, en lire la présence entre les lignes de la prise de parole des candidats, au-delà, en-deçà de sa censure.

Il convient de se demander quel corps proposé au vote incarne ce qui, à la racine, définit la culture au monde comme engagement.

 Or, comment s’engage la culture au monde ?

Elle s’y engage comme un produit de pensée, c’est à dire comme la reconstruction (depuis le ménagement en l’être, autorisé par l’éducation, l’initiation, la formation, d’un espace, d’une aisance critiques), d’un monde que cette reconstruction rend appréhensible, arraisonnable, d’un monde qui, devenu objet porté au regard et au jugement, cet objet fût-il singulier, étrange, étranger, fait sens et, ce faisant, perd de sa dimension de hasard terrible, de chaos sidérant, sa dimension tragique.

La culture est ce logos des Grecs, disséminé en  actes, en objets, en discours, en formes, dont la vertu première est d’articuler, de vertébrer le néant afin qu’il s’institue sens.

 

La culture est un écart, une abstraction, une soustraction vertueuse dont l’enjeu est la mue du néant épouvantable en sens et, partant, de la sidération, de la peur en entendement, en espérance.

Si elle recourt à l’expérience du sensible, c’est pour en signifier la capacité de dialogue avec l’invention d’un sens du sensible par le sujet, auteur, lecteur, auditeur, spectateur.

La culture pressent l’infini, elle ne méconnaît pas l’irréductibilité de ce qui est autre, de ce qui est autrui mais elle en fait « quelque chose », le consacre objet, lui donne cette chair, cette présence circonscrite au temps et chargée d’infini, lui concédant une « étrange familiarité ».

Au champ de la culture, l’autre est l’allié possible, le contributeur convoqué à la formulation d’une « raison du monde ».

Non seulement la culture fait d’autrui un produit de pensée mais elle dispose à le tenir pour la part manquante du sujet au travail depuis l’écart.

En culture, autrui peut intriguer, il n’en demeure pas moins le désirable co-constructeur d’une fondation d’un sens des choses.

 

 

Les candidats en présence à quelques jours du scrutin peuvent ne pas évoquer de façon explicite la culture comme champ, il n’en disent pas moins éminemment, partout, à chaque prise de parole, à chaque rencontre au forum, quelque chose.

L’électeur à qui est cher cet écart constructif de l’être au monde en quoi se fonde une architecture de ce qu’il est, de ce qu’il pourrait être, rompant en visière la peur de ce qui est autre, l’immersion dans l’instant, la soumission butée à l’ordre irrécusable des choses, l’obstination à ne point inventer la vie, former l’espérance, travailler la matière du monde, cet électeur ne saurait s’y tromper : la culture comme irrigation profonde du politique, que cela plaise ou non, c’est en François Hollande, c’est en Jean-Luc Mélenchon qu’elle se fait voie, c’est en la république, c’est en la gauche de toujours.

Qu’elle l’incarne ou qu’elle l’injurie, elle ne parle que de culture, cette campagne !

 

Tous les commentaires

18/04/2012, 11:27 | Par a6parterre

J'ai la culture du vin des rochers, en 1975 j 'écoutais BBH 75, le premier album de rock Français .

Les autres ils en sont à SMS 2012 Halliday.
C'est pas la faute de Sarko, tout le monde a 6 cerveaux de moins que lui.

18/04/2012, 11:28 | Par Emmanuel Tugny

Au moins !

18/04/2012, 11:35 | Par Viviana Vacca

Splendido !

18/04/2012, 11:37 | Par Ecole supérieure d'art du Nord-Pas de Calais

Pourquoi pas les autres ?

18/04/2012, 11:38 | Par Emmanuel Tugny

C'est écrit dessus.

18/04/2012, 12:14 | Par Viviana Vacca

Come sono visti i trotskisti ?

18/04/2012, 14:10 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Viviana Vacca le 18/04/2012 à 12:14

ABBASTANZA !

18/04/2012, 15:16 | Par Jean-Claude Bourdais

Cette campagne n'a pas parlé culture. D'accord. Mais on peut comprendre en effet qu'elle n'avait pas besoin d'en parler ou d'annoncer je ne sais quels plans ou engagements... Car elle est un exemple absolument parfait de ce qu'est la culture d'aujourd'hui, qu'on apprécie ou pas.

18/04/2012, 15:19 | Par Emmanuel Tugny

Bienvenue ici, cher Jean-Claude, qui as si parfaitement résumé mon point de vue !

18/04/2012, 15:22 | Par Emmanuel Tugny

18/04/2012, 17:05 | Par aetius

Il n'est pas interdit de penser que le neveu " indigne " est à la culture ce que la musique militaire est à la musique.....C'est pourquoi dans cette campagne la culture.......

19/04/2012, 14:50 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de aetius le 18/04/2012 à 17:05

Vous pensez à celui de Rameau ?

19/04/2012, 15:02 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Emmanuel Tugny le 19/04/2012 à 14:50

Ou de Wittgenstein...?

18/04/2012, 20:00 | Par Yannis

Non, la culture n'est pas absente du débat présidentiel (et surtout démocratique), il fallait aller au Bataclan le 2 avril pour voir que ses acteurs sur le terrain sont toujours débordants de vitalité... et très remontés !

http://lapartmanquante.wordpress.com/2012/04/04/soiree-du-front-de-gauche-pour-la-culture-lart-et-linformation/

J'ai beaucoup aimé votre prose E. Tugny, particuliérement : "Non seulement la culture fait d’autrui un produit de pensée mais elle dispose à le tenir pour la part manquante du sujet au travail depuis l’écart."

Mais qui mériterait pour moi quelques éclaircissements.. :)

19/04/2012, 14:52 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Yannis le 18/04/2012 à 20:00

Oui, çà et là, on en parle comme objet mais vous reconnaîtrez que pas des masses...

je clarifie "la culture a besoin de l'autre 1) comme objet d'analyse de celui qui observe et 2) comme observateur de l'objet produit".

18/04/2012, 21:06 | Par Luc Rigal

Le prestige ou l'expression

Promouvoir la culture, est-ce promouvoir la consommation ? Si la réponse est non, elle élimine d'entrée la plupart des candidats. Ensuite, on peut se poser la question de savoir si une culture « citoyenne » est suffisante au regard des changements politiques et sociaux que nous sommes en droit d'espérer. Et là, force est de constater que les restants manquent encore d'ambition…

19/04/2012, 14:53 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de Luc Rigal le 18/04/2012 à 21:06

D'accord.

18/04/2012, 22:53 | Par utopart

Rappel !!!!

Abonnés silencieux, vous avez la "parole". En trois clics exprimez-vous!

Le premier ci-dessous:

Scrutin ouvert!! Ici, on vote, premier tour de la présidentielle, EXISTE-T-IL DES ABONNES QUI VOTERONT HOLLANDE ????

Résultats provisoires:

Mélenchon 64% Hollande 18%

Près de 500 abonnés ont déjà voté. Bravo et merci !!

19/04/2012, 14:53 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de utopart le 18/04/2012 à 22:53

Je vote Hollande

19/04/2012, 00:11 | Par jean Riboulet

Emmanuel, comme je vous rejoins ! Le 24 février dernier, ici même, dans un billet intitulé Un président culturel, pourquoi pas ?, je faisais le même constat. La culture n'a pas de visage lors de cette campagne électorale. Sans culture, c'est être sans passé. Sans culture il n'y a pas d'avenir. L'humanité ne peut s'émanciper, et, alors, notre jeunesse si riche et si inventive culturellement redeviendra esclave si on ne réagit pas à l'occasion de cette élection. Les grandes avancées culturelles au bénéfice du plus grand nombre ont été réalisées par la gauche. La droite et Sarkosy en particulier ont attribué la culture comme beaucoup du patrimoine national au privé, à la finance. Ne continuons pas !

19/04/2012, 14:54 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de jean Riboulet le 19/04/2012 à 00:11

merci

19/04/2012, 14:54 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de jean Riboulet le 19/04/2012 à 00:11

merci

19/04/2012, 11:08 | Par JONAS EKHR

mais enfin, tugny, la culture, comme le reste, ne donne que l'illusion d'un sens pas possible que voys croyiez à cette moraline sixties et gauchissante (avec deux s comme dans masse)

19/04/2012, 14:59 | Par Emmanuel Tugny en réponse au commentaire de JONAS EKHR le 19/04/2012 à 11:08

Mais quelle différence faites-vous entre "illusion d 'un sens" et sens...? Je suis de votre avis, je le dis ici :  il n'est de sens que "produit", c'est à dire qu'illusion (illudere), que fiction (fingere), qu'architecture du néant. Je ne vois pas en quoi nous différons, bien le pardon...

21/04/2012, 12:34 | Par richard crevier

Si la culture est le "menagement en l'être", félicitons-nous qu'elle soit oubliée.

21/04/2012, 14:39 | Par Emmanuel Tugny

Pouvez-vous développer, cher Richard ?

24/04/2012, 16:59 | Par Eloy FERIA

c'est vraiment particulièr aujourd'hui… l'art et la culture est ce qui reste de "extraordinaire" dans nos sociétés. Dans ce XXI siècle c'est part l'art, les sciences humaines que nous nous en sortiront de ce décadent libéralisme à outrance dans lequel nous étions plongés. laissons donc à la créativité et aux imaginaires agir!!!! Activistes du monde entier lancez vos idées… Un vive!!!!!! à la jeunesse, aux femmes, aux peuples écartés, aux chercheurs, aux curieux… Une planête libre des scrocs et menteurs… les vieux, les très usagés satélites avec leurs infos monsongères les bombarder!!!!!! place à la nature…RIO+20

27/04/2012, 21:10 | Par Emmanuel Tugny

Je vous suis,  Eloy.

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