Hariri : un strip-tease coûteux
S’il a fallu cinq ans à Saad Hariri pour se bâtir une respectabilité politique, il ne lui aura suffi que de quelques minutes pour la réduire à néant.
Dimanche 13 mars, devant la foule qui s’était rassemblée Place des Martyrs, au cœur de la capitale libanaise, pour soutenir le Mouvement du 14 mars (formation politique créée dans la foulée de l’assassinat du premier ministre Rafic Hariri en 2005), son fils Saad monte à la tribune sous un soleil de plomb.
Tout comme les 200 à 300 000 libanais qui se sont déplacés pour l’écouter, l’ex-premier ministre a chaud.
A peine a-t-il ouvert la bouche que - dans un geste théâtral - il retire sa veste et la jette avec désinvolture sur sa gauche. La foule hurle. Elle en veut encore. Hariri continue et retire sa cravate bleu azur qu’il jette sur sa droite. La foule hurle encore plus fort. A-t-il terminé ? Non. Il entrouvre son col de chemise et remonte doucement ses manches. Clap de fin.
Si elle a fait mouche auprès de son électorat féminin (comme l’illustre ironiquement la vidéo de New TV), cette courte scène de « strip tease » est devenue un sujet de plaisanterie nationale au Liban. Donnant lieu à d’innombrables remix sur la toile.
Dans un éditorial au vitriol, le quotidien libanais Al-Akhbar en fait des gorges chaudes : « Don Juan a enlevé sa veste (…) Quelle horreur ! Est-ce la révolution du Cèdre ou un spectacle ? Il ne manquait plus à ce moment gênant qu’un groupe de Chippendales. Par chance, le guide de la jeunesse s’est arrêté avant d’enlever son pantalon (…) L’année prochaine en bikini ? »
La cohérence de la démarche était toutefois louable : en retirant ses vêtements, Hariri interpelle les « jeunes gens et jeunes femmes » du Liban, auxquels il s’adresse en dialecte (« bi’l rammia ») - chose rare dans une allocution officielle, avant d’affirmer : « nous voulons la liberté ». Langue décontractée, tenue décontractée : les éditorialistes locaux y ont vu une référence évidente au style Obama.
Malheureusement pour Hariri l’atlantiste, au mot d’ordre « non aux armes (du Hezbollah) », une majorité de libanais a répondu : « non au strip-tease ! ».

Tous les commentaires
Et si une majorité de libanais était conne et bornée, comme beaucoup de ses médias ?
@ Patrick 44 j'ai rarement lu un taux de connerie aussi élevé en si peu de mots...Le problème ce n'est pas les médias, c'est le pouvoir.
Néanmoins, je trouve qu'il a une bien belle tribune pour avoir refusé l'ouverture d'Assad... Preuve qu'il ne terminera pas comme son père.
Je connais aussi cette article sur Saad Hariri http://www.al-akhbar.com/node/7599
Trés intéressant l'article d'Al Akhbar, merci pour le lien!
Comme vous en parlez, on s'attend à voir une vidéo ridicule de bellâtre ou de playboy raté.
En fait, et malgré le montage grossier destiné effectivement à le ridiculiser, on ne voit là que le message politique de décontraction de plutôt bon aloi que vous mentionnez, et pas trop mal joué, cent fois mieux en tous cas que par exemple les clowneries médiatisées de "sarko l'américain".
Vous avez tout à fait raison. Et ce qui est intéressant est justement ce décalage entre ce que fait Hariri (et qu'on peut percevoir comme étant une posture simplement décontractée) et la façon dont la scène a été reçue et traitée par les médias opposés au 14 Mars.
Y a encore du boulot au Liban!
Par contre, compte tenu de l'enthousiasme des femmes libanaises, ça y est, j'ai décidé de me présenter!
Votez pour moi, please!