Torture : le rapport qui dérange
Suite à la publication d’un rapport sur la torture au Liban, deux militants des droits de l’homme se retrouvent sous le coup d’une plainte pour "atteinte à l’unité nationale".
Conduite de mars 2009 à décembre 2010 par le Centre libanais pour les droits humains (CLDH), l’enquête intitulée « Détention arbitraire et torture : l'amère réalité du Liban » dénonce la pratique « extrêmement courante » de la torture ainsi que sa « banalisation » - qu’elle soit le fait des services de l'Etat ou des milices des partis chiites Amal et Hezbollah.
Concernant ces dernières, le rapport affirme que les milices procèdent à des arrestations arbitraires et, dans certains cas, torturent leurs « détenus » - sans que la prévalence de cette pratique puisse toutefois être évaluée avec précision.
Ce sont ces affirmations qui ont valu à Marie Daunay et Wadih Al-Asmar, membres fondateurs du CLDH, d’être entendus par la justice mardi 22 mars, suite à une plainte déposée par le mouvement Amal - dont le chef, Nabih Berri, n’est autre que le Président du Parlement libanais.
« C’est d’autant plus problématique que le Parlement devrait être un allié naturel dans la réforme du système, estime Wadih Al-Asmar. Au lieu de quoi ce sont des charges criminelles qui sont retenues contre nous : entre autres, « atteinte à l’Unité nationale » et « incitation à la dissension confessionnelle ».
Il ajoute : « quand vous rentrez dans le système judiciaire libanais, vous êtes automatiquement présumé coupable. C’est le propre des dictatures molles ».
Dans ce rapport de 60 pages, le CLDH constate que 60% des personnes arrêtées dans le cadre d’affaires de droit commun ont déclaré avoir été victimes de torture. Ce serait également le cas de la « quasi-totalité » des personnes arrêtées pour suspicion de collaboration avec Israël ou pour des faits de terrorisme.
Les auteurs appellent donc à une réforme du système – et des mentalités : « au Liban, on considère encore qu’il y a de bonnes et de mauvaises victimes : celles qu’on peut torturer et celles qu’on ne peut pas torturer ».
Une anecdote en guise d’exemple (page 23): « nous sommes bien obligés d’obtenir des aveux ! Vous pensez vraiment que si on se contente de poser des questions le suspect va se confesser ? » se serait ainsi exclamé un juge interrogé par le CLDH sur le fait de savoir pourquoi certaines personnes déférées devant lui avaient été préalablement soumises à la torture.
