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Statistiques: le grand trucage du gouvernement
"Lorraine Data". Les statisticiens ne manquent pas d'humour. C'est sous ce pseudonyme transparent (Lorraine pour Metz où le gouvernement veut délocaliser l'Insee, Data pour les données qu'il veut escamoter), qu'un collectif d'une dizaine de professionnal va publier mi-mai à La Découverte, Le Grand Trucage, dont l'introduction déjà lisible en ligne (ici même) et dont voici des morceaux choisis.
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Maîtriser l’information statistique a toujours constitué un enjeu pour les pouvoirs en place. Mais, depuis quelques années, la manipulation des chiffres s’est amplifiée. L’objectif du président de la République est désormais de contrôler au plus près l’information économique et sociale afin de justifier sa politique.
Pour le collectif d’auteurs à l’origine de cet ouvrage, la coupe est pleine : travaillant au cœur des organismes chargés de produire les données statistiques servant notamment à évaluer les effets de l’action gouvernementale dans divers domaines – pouvoir d’achat, emploi, chômage, heures supplémentaires, lutte contre la pauvreté, école, immigration, délinquance… –, ils n’admettent pas ces manipulations des chiffres. Multipliant les exemples précis, ils mettent à jour les procédés utilisés par le gouvernement : publications sur des thèmes « sensibles » annulées ou reportées, sélection de chiffres censés flatter l’action présidentielle, modification des indicateurs rendant compte de l’action gouvernementale, dénigrement de la qualité des données de ses propres services lorsqu’elles ne lui sont pas favorables, voire démantèlement plus ou moins discret des organismes chargés de la statistique publique.
La volonté collective des auteurs est de donner à tous les citoyens les clés leur permettant une lecture critique des informations concernant la nature et les résultats de la politique gouvernementale, afin de restaurer les conditions d’un réel débat démocratique.
Où l'on cache le grand flop du "travailler plus pour gagner plus"
"Christine Lagarde annonçait le 19 juillet 2007 que le gouvernement se fondait sur un stock d'environ 900 millions d'heures supplémentaires. [...] En avril 2008, la même Christine Lagarde expliquait que ce chiffre avait largement été surévalué lors de l'étude d'impact initiale [...]. A compter de cette date, aucune évaluation officielle du stock d'heures « Tepa » n'a plus été annoncée. [...] Confronté au départ à de vrais problèmes de suivi statistique de cette mesure, le gouvernement a choisi, quand il a pu disposer d'éléments de diagnostic, de jouer profil bas devant l'insuccès manifeste d'un dispositif à la fois coûteux et en total décalage avec la dégradation de la situation économique."
Où l'on escamote des chômeurs en les transférant dans une nouvelle catégorie
"Changer la façon de compter en gardant apparemment le même indicateur constitue une méthode usuelle de manipulation statistique. [...] En réaffectant certains demandeurs d'emploi dans une nouvelle catégorie, l'ANPE a ainsi, entre 2005 et 2007, fait baisser artificiellement le taux de chômage."
Où l'on invente une pauvreté "à la française" qui ne peut que diminuer
"La trouvaille consiste à prendre comme indicateur central de suivi de l'action gouvernementale le taux de pauvreté ancré dans le temps. Derrière ce nom barbare se cache en fait un mécanisme simple : plutôt que de retenir l'indicateur reconnu internationalement, mais qui a l'inconvénient majeur de rester stable, le gouvernement a choisi d'évaluer son action à l'aune d'un autre indicateur qui a la particularité d'avoir enregistré une baisse continue au cours des dernières années."
Où l'on confond l'activité des gendarmes et celle des voleurs
"La publication des chiffres de la délinquance fournit ainsi régulièrement l'occasion de manipulations à des politiques pour qui le thème de la sécurité est un véritable fonds de commerce. Confondant les statistiques relatives à l'activité de la police et de la gendarmerie avec une mesure du niveau effectif de la délinquance [...], ils n'hésitent pas à prétendre que la délinquance explosait avant 2002 ou qu'elle baisse de façon miraculeuse depuis cette date, sans que cela ait réellement de rapport avec la réalité vécue par nos concitoyens."

Tous les commentaires
Ne pas faire payer les cotisations de sécurité sociale ni l'impôt sur le revenu sur les heures supplémentaires, cela s'appelle simplement travailler au noir.
EXONÉRER DE COTISATIONS SOCIALES ET D'IMPÔTS SUR LE REVENU, C'EST L'OBJECTIF DE LA LIBÉRALISATION FAIRE BAISSER LE COUT DU TRAVAIL ET LIQUIDER LA PROTECTION SOCIALE AU PROFIT DES ASSURANCES PRIVÉES. C'EST LE MODÈLE ANGLO-SAXON DE REAGAN ET TATCHER AVEC 25 à 30% de la population qui ne peut plus accéder aux soins et des hôpitaux publics qui disparaissent au profit de cliniques privées s'adressant à une clientèle solvable avec des honoraires libres.
C'est comme en inde, où les 2/3 de l'économie est officieuse. Pour ces gens, pas de charges, pas de contrat, pas de sécurité, pas de salaire mini, que du au jour le jour et donc pas de sécu bien sûr. Mais comme ils n'ont pas les moyens de cotiser quoi que ce soit... MAIS C'EST BIEN SUR : c'est tout bon pour les patrons cela, transférer ces charges aux salariés eux-mêmes. On a plus que des gens serviles car au delà de tout, même pas moyens de protester. C'est horrible d'en revenir là après ces années de "lumières"...
Merci à ces nouveaux chiens de garde de la démocratie, pour leur courage et pour les lumières qu'ils nous apportent. Un seul regret : ils ne seront lus que par des gens déjà conscients des différentes manipulations politiciennes des chiffres, notamment de l'Insee. Malheureusement, le voeu de Diderot pour que la démocratie vive reste d'actualité : la connaissance pour pouvoir débattre. Merci encore, espérons que nos concitoyens ouvrent grand leurs yeux...