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Au-delà du mariage. De l'égalité des droits à la critique des normes

La mobilisation en faveur du « mariage pour tous », pour résister aux résistances conservatrices à l’égalité des droits, ne doit pas faire oublier qu’il se joue autre chose : la critique des normes - la remise en cause de l’hétérosexisme, mais aussi de toute naturalisation de l’ordre social, en l’occurrence sexuel. 


Journée d’études ouverte au public, lundi 8 avril 2013 de 14 à 19 heures.

Organisée avec l'IRIS (amphithéâtre, EHESS - 105 bd Raspail - 75006 Paris)


La mobilisation nécessaire en faveur du « mariage pour tous », pour résister au retour en force des résistances conservatrices à l’égalité des droits, ne doit pas faire oublier qu’il se joue autre chose dans les revendications autour du mariage et de la filiation : la critique des normes - soit non seulement la remise en cause de l’hétérosexisme, mais aussi, plus largement, de toute naturalisation de l’ordre social, en l’occurrence sexuel. 

Avec le vote de la loi, il devient possible de revenir sur le chemin parcouru, du Pacte civil de solidarité au « mariage pour tous », sans s’arrêter au seul exemple français, puisque cette histoire s’inscrit dans une évolution plus générale, en particulier en Europe, en Amérique du Nord et du Sud – qui est d’ailleurs d’actualité au Royaume-Uni comme aux Etats-Unis. Toutefois il est temps également de penser à nouveaux frais, soit de sortir du cadre des discussions imposées par la confrontation politique et par les projets juridiques, afin d’interroger les évidences qui organisent le lien conjugal et familial.

D’abord, l’ouverture du mariage nous invite à réfléchir sur ce qui le constitue : dans quelle mesure doit-il aujourd’hui être défini par la sexualité, à la fois obligatoire et exclusive, ou encore par la cohabitation, ou sinon par quel autre critère ? Les attaques homophobes contre la polygamie ne doivent pas davantage occulter une interrogation sur le polyamour : la conjugalité renvoie-t-elle nécessairement au couple ? Ou faut-il élargir la reconnaissance des liens sociaux, amoureux et affectifs, dans leur multiplicité et leur complexité ?

Ensuite, si l’accès au mariage ouvre bien l’accès à l’adoption, l’articulation entre mariage et filiation s’impose-t-elle encore, ou bien au contraire conviendrait-il de les découpler ? Faut-il étendre la présomption de paternité aux couples de même sexe, ou bien au contraire y renoncer pour tous ? En outre, l’adoption ne devrait-elle pas, à l’instar de l’Assistance Médicale à la Procréation, s’ouvrir aux couples non mariés, et à l’inverse, l’AMP aux demandes à titre individuel en se claquant sur l’adoption ?

Enfin, si l’on dissocie du lien conjugal la filiation, sur quels principes celle-ci sera-t-elle fondée ? Les arguments psychologiques valorisant l’accès aux origines ne risquent-ils pas de servir à légitimer une conception biologisante de la filiation, d’autant plus que cette exigence concernerait seulement des filiations jugées problématiques (AMP et adoption, sans même parler de la Gestation pour autrui), car non « naturelles » ? Et pour l’arracher à tout biologisme, faut-il fonder la filiation sur l’engagement ? L’enjeu est d’autant plus important que celle-ci définit pour le droit la nationalité autant que la famille.

Telles sont les questions qu’il faut poser aujourd’hui. L’égalité des droits ne doit pas mettre fin à la politisation de la sexualité – au risque de retomber, sous couvert de modernité, dans un conservatisme qui naturalise le lien social et sexuel. Bien au contraire, loin de s’achever aujourd’hui, les politiques minoritaires ouvrent une brèche dans laquelle il importe de s’engouffrer pour repenser l’ordre sexuel et social.

 

 PROGRAMME

 

14h00-14h15 : INTRODUCTION

 

14h15-15h15 : POLITIQUES DES SAVOIRS

 

Didier Eribon, philosophie, Visiting Fellow, King’s College, Cambridge

« Pour une éthique intellectuelle »

 

Laurie Laufer, psychanalyse, Université Paris Diderot

« Psychanalyse et norme, quel rapport ? »

 

15h15-16h15 : NATURALISATIONS

 

Daniel Borrillo, droit, Université Paris Ouest Nanterre

« Biologie et filiation : les habits neufs de l’ordre naturel »

 

Éric Fassin, sociologie, Université Paris 8 Saint-Denis

« Mariage, filiation, race et nation »

  

16h15-16h30 : PAUSE

  

16h30-17h30 : FILIATION ET REPRODUCTION

 

Bertrand Guillarme, philosophie, Université Paris 8 Saint-Denis

« Gestation pour autrui : critique de la critique  »

 

Anne F. Garréta, littérature, Duke University et Université Rennes 2

« Les liens et les biens »

 

17h30-18h30 : LE MARIAGE EST-IL POLITIQUEMENT DÉSIRABLE ?

 

Ruwen Ogien, philosophie, CNRS

« Le mariage et le bonheur »

 

Eleni Varikas, philosophie, Université Paris 8 Saint-Denis

« ‘Pour tous’ ? Subversion ou reformulation de la norme ? »

 

18h30-19h00 : DISCUSSION GÉNÉRALE ET CONCLUSION

Tous les commentaires

04/04/2013, 13:23 | Par michel-lyon

 

Existerait-il trois catégories d'humains conformes à ce que l'on en dit partout : les hétéro, les gays, les lesbiennes, s'il n'y avait pas le puissant formatage qui, par mille biais, impose à chacun de se conformer dès le berceau, à l'un des deux genres et de limiter ses relations amoureuses à l'autre genre ?

Sur quoi repose la supposée aversion totale et définitive pour l'autre genre, qui fonde la caractérisation des catégories gay et lesbiennes, et finalement revient à nier qu'il y ait choix???

Les polémiques autour du "droit à la PMA, à la gestation pour autrui,  ne seraient-elles pas simplifiées, allant de soi, si les amitiés pouvaient en fonction de leur seule richesse, se développer librement, naturellement ?

 

08/04/2013, 14:05 | Par sabine sauret

Bravo Si je le pouvais je me précipiterai pour vous écouter.

11/04/2013, 15:41 | Par STEPHANE PERRET

J'espère que les actes de cette journée d'étude seront disponibles (livre, format numérique...). Nous avons tous besoin, en ces temps troublés par les haines, de prendre cettte distance que les sciences humaines et sociales nous offrent... à qui veut bien faire l'effort.

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