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Le ronron des communautés

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Du côté de la presse télévisuelle, l’année 2009 n’a pas été avare en interprétation communautaire des quartiers populaires. Dans l'esprit de nombre de journalistes, ces quartiers sont progressivement devenus des espaces où des communautés (nationales, ethniques, religieuses) s’entendent ou ne s’entendent pas. Ce mot est devenu le lieu detous les stéréotypes. Après les émeutes de 2005, c'est d'ailleurs à l'intention des médias que l'on avait orchestré des rencontres entre imams, prêtres et rabbins pour mettre en scène des réconciliations. C'est aussi à des fin spectaculaire qu’un ministre s'était déplacé en banlieue à la suite d’une altercation entre jeunes pour dénoncer le "communautarisme". Et, à chaque fois, on a laissé pantois les habitants des quartiers populaires et on a défendu une vision ethnique de la société sans avoir l’air d’y toucher. Et la presse télévisuelle a mordu cette année presque systématiquement à ce bel hameçon, peut-être piégé par le ronron des mots.

Ces catégories communautaires construisent en réalité des amalgames et enferment ensemble des individus qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Mais leur usage est réservé à des catégories particulières de la population, généralement étrangères ou en situation minoritaire dans leur religion ou leur couleur de peau. On présume ainsi que ces catégories ne pourraient naturellement pas s’extraire, dans leur jugement comme dans leur loyauté, de leurs présumées appartenances communautaires.

Ce reportage traite d’une rixe ayant opposé de jeunes turcs à un jeune maghrébin et ayant entrainé la mort d’un troisième homme qui tentait de s'interposer. Il illustre bien cette tendance médiatique à retraduire certaines réalités sociales en termes communautaire. La journaliste annonce dès le début du reportage l’existence de communautés turques et maghrébines. Un jeune homme prend la parole pour parler de Turcs et d’un Maghrébin. Le ministre Brice Hortefeux parle de « risque communautariste ». Puis, le même jeune homme précise qu’il n’y a pas de communautés au Pontet, petite ville longtemps considérée comme un quartier d'Avignon.

 

Retour au Pontet quelques mois plus tard. Comme partout ailleurs, les divisions y sont potentiellement nombreuses, entre les différentes strates et vagues migratoires, entre blocs d’immeubles, entre générations, entre l'expérience des lieux des chômeurs et des salariés, entre ceux qui travaillent à l'école et ceux qui y ont vécu des échecs, entre le centre du bourg, les zones pavillonnaires, les quartiers HLM et leurs alentours. Rien n’y laisse présager que des formes de solidarités nationales, ethniques, religieuses… puissent s'imposer pour produire des adhésions collectives construites autour d'origines communes présumées. C’est plutôt, très classiquement, face aux autres quartiers de la ville qu’une identité de territoire s’y est constituée dans les lieux qui ont vu le décès d’un jeune homme.

Mais le mal est fait.

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"... Et lorsqu'on incite nos contemporains à "affirmer leur identité" comme on le fait si souvent aujourd'hui, ce qu'on leur dit par là c'est qu'ils doivent retrouver au fond d'eux-mêmes cette prétendue appartenance fondamentale, qui est souvent religieuse ou nationale ou ethnique, et à la brandir fièrement à la face des autres...

... toute communauté humaine pour peu qu'elle se sente humiliée ou menacée dans son existence, aura tendance à produire des tueurs."

Amin Maalouf - "Les Identités meurtrières" 1998

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