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L'Europe sur la voie britannique ou française? - L'expérience anglaise

Dans le journal Die Welt, un éditorial paru ce 29 octobre 2010 a retenu mon attention. C'est une analyse assez juste de la structure démocratique du Royaume-Uni et de la France et de leur évolution des dernières décennies. Je l'ai traduit pour vous en attendant vos commentaires.

 

 

"L'Europe connaît actuellement deux mouvements complètement opposés: en France, une réforme des retraites assez modeste met l'ensemble du pays dans la tourmente, alors qu'au Royaume-Uni on peut s'attendre à ce que le pays accepte ou du moins tolère un programme de réduction drastique des dépenses. Certes, les dirigeants politiques très différents jouent un rôle dans ce contraste frappant.

 

En outre, la pression est plus forte sur l'île que chez nos voisins français. Mais il y a une autre différence qui a été peu remarquée à ce jour.

En Grande-Bretagne, les mesures drastiques d'austérité coïncident avec un décalage de l'axe politique. Le gouvernement a transféré le pouvoir de décision aux collectivités locales. Il ne peut pas distribuer d'argent aux citoyens, mais il leur rend le pouvoir. Bien sûr, en période de crise, les contraintes sont les mêmes dans les régions, mais là, l'initiative citoyenne peut compenser certaines suppressions brutales par la "chaleur humaine" de la proximité.

 


Les gens vont avoir la liberté de contribuer eux-mêmes à fonder des écoles, ils vont pouvoir organiser des réseaux de soins médicaux et même choisir les officiers de police qui seront leurs partenaires pour leur propre sécurité.
Cette force "centrifuge" est une petite révolution. Une République "organisée de manière subsidiaire" pourrait succéder à une République uniforme, mais anonyme.

 

Là, les citoyens ont non seulement la possibilité d'exprimer leur opinion pour ou contre, face à des décisions abstraites, mais ils peuvent eux-mêmes donner une certaine forme (Gestalt) à leur vie commune.Ils prennent donc ainsi la responsabilité de leurs décisions.

 

Le cadre local fait en sorte que les avantages et les inconvénients soient rapidement perçus. On voit précisément comment les élèves évoluent, comment sont traités les maladies ou comment la violence est maîtrisée dans les points chauds.

 

On peut aussi voir comment les finances publiques évoluent dans la collectivité. Aucune force politique ne peut plus se spécialiser dans la contestation ou la protestation pure. Elles doivent toutes entrer dans une «boucle de responsabilité», prendre leurs responsabilités.

C'est pourquoi l'expérience anglaise est une réponse à la crise de confiance que traversent certains pays occidentaux actuellement. Pendant trop longtemps nous avons cru que le développement économique serait seul décisif. On a trop gouverné en imposant des "contextes" et des "contraintes inhérentes au système", autant de paroles vides de sens.
Ce vide ne peut être comblé par des référendums. Les citoyens de bonne volonté ont besoin d'avoir la possibilité de travailler au bien commun que la République monolithique et anonyme ne peut leur offrir.

 

La France apporte actuellement la preuve par l'exemple de ce vide improductif et dangereux. Sous le Président Sarkozy, la propension à tout concentrer dans les mains d'une seule classe politique a encore été accentuée. C'est ainsi que le pays a été sevré de toute responsabilité politique et se plaît dans des manifestations de pure protestation - comme la révolte parisienne autrefois n'était qu'un miroir de l'absolutisme de Versailles.

Restons-en à l'échelle historique. Dès la moitié du XIXe siècle, Alexis de Tocqueville avait fait l'éloge des organisations multiples et variées de la tradition démocratique anglaise contre la monotonie française.

 

Aujourd'hui, c'est Steve Hilton, le stratège de David Cameron, qui puise à cette source d'inspiration. Il s'agit de redécouvrir l'une des grandes ressources de la politique.

 

Ce n'est pas qu'en économie que la force motivante de la propriété joue un rôle. Dans la politique aussi, les gens s'engagent davantage là où ils sentent que la chose publique est palpable parce qu'ils la possèdent en commun. C'est ce qui rend les institutions locales si précieuses. Une automonie véritable est possible (avec une utilisation limitée) et le citoyen s'engage plus facilement, il est davantage prêt à tolérer des contraintes.
C'est justement en Grande-Bretagne que le gouvernement central a été renforcé ces dernières décennies, particulièrement sous Margaret Thatcher. Mais maintenant une ère nouvelle commence.

 

Il n'est pas encore sûr que ces premières expériences réussissent ni qu'une solution efficace et proche des réalités se fasse jour.

 

Mais l'Europe a toutes les raisons de regarder attentivement ce qui se passe en Grande-Bretagne et à ne pas oublier ce qui se passe en France.

 

C'est entre ces deux extrêmes que se trouve l'espace dans lequel notre démocratie trouvera son avenir. Comme dans de nombreux domaines, l'Allemagne est ici entre les deux positions. Mais elle devra probablement réfléchir à sa culture politique et pencher d'un côté ou de l'autre."

 

Gerd Held

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D'habitude, je ne lis pas "Die Welt", c'est mon mari qui m'a découpé cet article qui dépeint assez bien la situation en France et au Royaume-Uni.

Cette concentration des pouvoirs en France a son corrolaire dans le cumul des mandats dont je rappelle les chiffres en comparaison avec les autres pays européens:

 

 

 

Qu'en pensez-vous ?

 

 

Tous les commentaires

Sehr Gut !...

Effectivement, nous nous trouvons à deux extrêmes.

Mais le pire est le niveau de corruption de la Nomenklatura française qui vaut bien celui de l’ancienne URSS.

J’en ai fait une note intitulée « La France, Pays des droits de l’homme ou bien Pays des droits des mafieux » .

Epouvantable !...

Jean-Charles Duboc

Sur beaucoup de points, vous rejoignez ce que j'écris depuis pas mal de temps, notamment:

Liberté d'expression et de la presse: l'Europe du Nord en tête, la France en 44ème position


En fait, comme le disaient ce matin d'excellents contributeurs sur France Culture, tout démarre avec l'EDUCATION, dès la maternelle et le primaire dont je publierai quelques extraits dans un prochain article.

C'est ce que j'essaie de montrer depuis des mois sur ce site...
Cordialement

"Small is beautiful"???

Pourquoi pas, cette organisation à une plus petite échelle? Ce qui permettra peut-être, de faciliter l'évolution de certaines villes vers les "transition towns"..

Franchement, je ne sais pas trop quoi en penser, mais à première vue, comme ça, cela me semble plus écologique.. et respecter une échelle humaine. Maintenant ce n'est certainement pas un hasard si les Allemands qui vivent dans un pays fédéral, s'intéressent à ce genre d'évolution...

D'après ce que j'ai cru comprendre, chez nous, l'Etat a récemment privé les collectivités locales de beaucoup de leurs ressources, leur rendant les choses très difficiles.

Dominique, pour connaître les deux systèmes, pour moi, il n'y a aucune hésitation.

L'un est centralisé et méprisant pour le citoyen avec une administration qui ne le respecte nullement et le regarde de haut, aucune proximité, aucune aide personnelle, mais des courries non signés, sans aucun responsable à appeler, etc... (malgré la loi de 2000 qui oblige tout agent public à s'identifier). Combien de fois ai-je demandé le nom de la personne qui me parlait, qui traitait mon dossier et savait donc tout de moi et ai eu comme réponse: "Madame, mon nom n'a pas à vous intéresser" ou "de toute façon il y a plusieurs personnes qui traitent votre dossier". Donc personne n'est responsable ni joignable. On laisse parfois le citoyen attendre pendant des mois avant de donner une réponse.

 

De l'autre côté, la proximité. Les citoyens sont considérés comme des partenaires adultes. Sur les courriers de toutes les administrations il y a le nom, prénom de la personne qui traite le dossier, avec numéro de téléphone direct et celui du standard, adresse mail, heure d'ouverture de son bureau avec le numéro et l'étage pour le rencontrer. En outre, quand on envoie un courrier, on reçoit un accusé de réception qui dit: "Nous avons bien reçu votre dossier n°... son traitement prendra environ x jours (ou x semaines)."

En Ile-de-France, j'ai attendu 3 mois une réponse à un courrier à une administration, lorsque j'ai appelé, personne n'était responsable. J'ai exigé de parlé au chef de service, une semaine plus tard, j'avais la réponse par courrier. Dans un tout autre dossier, avec une tout autre administration, j'ai reçu plusieurs lettres écrites par des personnes différentes - mais non signées - avec un texte différent sur la même référence. Bonjour les dépenses inutiles - redaction de la lettre par différentes personnes sur un même sujet, papier, enveloppe, port, etc... Quant à l'administration du fisc, j'ai plusieurs exemples de mes proches qui ont tout simplement été "oubliés" pendant des années...

Voilà les "effets" de la centralisation à outrance, sans parler du mammouth de l'Education nationale, une administration qui "gère" une masse de personnes, de manière dirigiste et méprisante.

Si tout était plus proche du citoyen, tout ceci serait plus respectueux et plus humain, tout simplement par proximité et parce qu'il serait bien plus facile d'avoir un interlocuteur personnel avec qui on peut parler humainement de plein de petits détails, impossibles à régler autrement. Cela évite la colère de la part des "usagers" et ce que Jean-Paul Delevoye décrivait comme "en grande tension nerveuse" en février 2010 et dont certains perçoivent qu'elle ressemble de plus en plus à l'Ancien Régime.

Voir l'article presque digne de Kafka intitulé Je voulais juste faire renouveler ma carte d’identité et les nombreux commentaires.

 

 

L'éditorialiste a donc raison de décrire la Grande-Bretagne et la France comme deux extrêmes. A le lire, on comprend assez facilement qu'il préfère la proximité au dirigisme.

 

 

 

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