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Environnement : Batailles autour des "énergies vertes"
"Atomkraft ? Nicht schon wieder !" ("Le nucléaire ? Oh non… pas encore !") barrait la Une du journal alternatif de gauche die Tageszeitung le 11 juillet dernier. L’expression est devenue depuis quelques temps le nouveau slogan des écologistes allemands, reproduit sur leurs badges et autocollants. Le petit dessin, un soleil rouge au large sourire sur fond jaune, est connu depuis longtemps comme symbôle des militants anti-nucléaires sur la rive droite du Rhin, mais l’inscription traditionnelle “Atomkraft ? Nein Danke !” (“Nucléaire? Non merci !”) a été remplacée. Une petite évolution.
Début juillet, la question de l’énergie atomique est revenue sur le devant de la scène : en France avec les multiples incidents dont celui sur le site du Tricastinmais aussi en Allemagne, où le monde politique s’est de nouveau agité sur ce débat. Dans un entretien avec le magazine Der Spiegel paru le 7 juillet, Erhard Eppler, ancien ministre social-démocrate pour la coopération économique entre 1968 et 1974, s’est dit favorable à une prolongation de l’utilisation de certaines des 17 centrales nucléaires allemandes avec la contrepartie d’inscrire dans la Loi fondamentale (Grundgesetz) le refus de construire toute nouvelle centrale atomique. Selon Eppler, les politiques montreraient alors un signe fort : l’engagement sur une sortie definitive du nucléaire. De l’autre côté, les centrales les plus récentes et en bon état aurait une durée de vie prolongée pour preparer correctement l’après-nucléaire.
Fin du nucléaire en Allemagne à l’horizon 2020
Il n’en fallait pas plus pour rouvrir le débat, recurrent et sensible en Allemagne, sur le nucléaire. En 1998, après la victoire des sociaux-démocrates de Gerhard Schröder, les Verts allemands (Die Grünen) acceptent de former une coalition avec le SPD. Une de leurs conditions : inscrire la sortie du nucléaire dans le programme de gouvernement. Adoptée au printemps 2002, une nouvelle loi prévoit un arrêt de toutes les centrales atomiques d’ici 2020 ou 2022. Cette sortie du nucléaire (Atomausstieg) n’a pas été remise en cause par le gouvernement de Grande coalition, dirigé pourtant par la CDU d’Angela Merkel, favorable à l’utilisation de l’énergie atomique. Depuis 2005, le ministre de l’environnement, le social-démocrate Sigmar Gabriel (pourtant un ancient lobbyiste pro-nucléaire), monte au créneau chaque fois qu’un membre de la coalition (en particulier le ministre chrétien-démocrate de l’Economie Michael Glos) ou d’autres hommes politiques tentent de remettre en cause cette sortie du nucléaire. Pour l’instant, Gabriel résiste avec succès, bien aidé par la base du SPD et le chef des sociaux-démocrates au Bundestag, Peter Struck. La déclaration d’Ehrard Eppler a reveillé les amis du nucléaire en Allemagne, chrétiens-démocrates de la CDU-CSU ou libéraux du FDP. Ravis d’y voir l’occasion de réouvrir ce dossier, un an avant les élections parlementaires, au moment où, au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, l’énergie nucléaire est montrée comme la solution miracle par des chefs d’Etat tels Nicolas Sarkozy ou Georges Bush. Le secrétaire general de la CDU, Ronald Pofalla a qualifié le nucléaire “d’énergie écologique”, le ministre de l’Economie Michael Glos a défendu une nouvelle fois l’utilisation du nucléaire comme un élément important de la compétitivité du pays à l’heure de l’augmentation du prix du pétrole. De leur côté, les sociaux-démocrates et les Verts sont restés fermes : hors de question de revenir sur les engagements pris, le pays doit sortir du nucléaire, économiser l’énergie et investir massivement dans les sources renouvelables. Le Tricastin à la Une des journaux allemands Une semaine après la “sortie” de Erhard Eppler, alors que les débats et les déclarations nourrissaient les pages des journaux allemands, voilà que la question du nucléaire investissait un nouveau terrain en Europe : la France. Les incidents sur les sites nucléaires francais dont celui de l’usine du Tricastin ont été largement repris par l’ensemble des médias allemands. Le ministère de l’Environnement y a même consacré un lien sur la première page de son site Internet. Si les observateurs se sont une nouvelle fois étonnés du peu de remise en question des Francais vis-à-vis du nucléaire, les incidents n’ont toutefois pas été pris en exemple dans la défense d’une sortie du nucléaire par les Verts ou les sociaux-démocrates. Comme si le débat en Allemagne et les évènements en France étaient totalement différents. Mais l’épisode du Tricastin a fortement interpellé l’opinion publique allemande. D’autant plus qu’il y a un peu plus d’un an, le débat sur le nucléaire avait été ravivé outre-Rhin par un episode similaire. Le 28 juin 2007, des pannes et un incendie dans un transformateur électrique avaient obligé deux centrales nucléaires du nord de l’Allemagne à stopper leurs réacteurs. Des incidents qualifiés de mineurs (niveau 1 sur l’échelle des risques comme pour le Tricastin), mais une politique de communication catastrophique de la part de la direction de l’entreprise suédoise Vatenfall, responsable de ces centrales. Elle avait attendu cinq jours avant d’informer les pouvoirs locaux des incidents en questions. Il s’en était suivi une demission du dirigeant de Vatenfall-Europe et une occasion pour les Verts et les sociaux-démocrates de prouver que le nucléaire n’était pas une technologie sure et que le choix d’en sortir était selon eux une attitude politique responsable. Fossé culturel et politique de part et d’autre du Rhin Les interêts portés aux incidents de Brunsbüttel, Krümmel (noms des deux centrales nucléaires du nord de l’Allemagne touchés par ces incidents) et du Tricastin, tout comme les débats qui les ont suivi en France et en Allemagne, illustrent le fossé culturel qui existe entre les deux pays sur la question du nucléaire. En France, dans un pays où le nucléaire représente 85% de la production d'électricité et est un symbole industriel pour le pays, difficile de penser à tourner la page. Côté allemand, avec une part de nucléaire tout juste supérieure à 25% et des sources d’énergies renouvelables à plus de 12% (contre moins de 2% en France), le choix d’une sortie du nucléaire semble désormais accepté par une large partie de la population. Surtout depuis qu’elle voit son pays en pointe dans les énergies renouvelables, dont l’industrie a créé de nombreux emplois dans le sud et l’est de l’Allemagne, comme près de Dresde (la “Solarvalley”), ancienne région d’Allemagne de l’est durement touchée par les problèmes économiques issus de la Réunification après 1990 et qui voit dans cette industrie un moyen de se relancer.
En France, avec la mise en service de réacteurs nouvelle generation EPR et la designation du nucléaire par Nicolas Sarkozy comme “énergie du futur”, la situation risque de rester la même pendant longtemps. En revanche, en Allemagne, la question est loin d’être réglée. Les chretiens-démocrates et les libéraux voudraient retoucher la loi sur l’énergie atomique et allonger la durée de fonctionnement des centrales atomiques au-delà de 2022, voire, pour les plus pro-nucléaires, construire de nouvelles centrales, nécessaires selon eux à l’indépendance énergétique du pays et la lutte contre le réchauffement climatique.
Dilemne électoral
Car l’Allemagne sera bientôt confrontée à un dilemne : comment se passer de l’électricité produite par les centrales nucléaires sans construire de nouvelles centrales à charbon (donc tout en tenant ses engagements de rejets de CO2 dans le lutte contre le réchauffement climatique), sans devenir dépendants de l’énergie d’autres pays (comme la Russie ou la France) et tout en consommant assez de kilowatts pour nourrir une industrie gourmande en électricité ? Les défenseurs de la sortie de nucléaire, Verts et sociaux-démocrates, leur répondent : investir massivement dans les énergies renouvelables et économiser l’énergie.La question du nucléaire devrait donc refaire surface dans les mois à venir outre-Rhin, à l’horizon des élections législatives de l’automne 2009. Car en cas (fort probable) de statu quo au niveau des forces politiques après ce prochain scrutin, le seul moyen pour la CDU et Angela Merkel d’éviter de former une nouvelle Grande coalition serait de s’allier, en plus des traditionnels libéraux du FDP, avec les Verts comme c’est déjà le cas dans la Ville-Etat de Hambourg, où une coalition CDU-Verts gouverne depuis quelques mois. Or les écologistes ont déjà prévenu : au niveau féderal ils refuseront de faire partie de tout gouvernement qui pourrait remettre en cause la sortie du nucléaire.
Lilian Alemagna


Tous les commentaires
Merci pour ce premier billet très intéressant et qui aborde une question cruciale, au-delà de la seule coopération franco-allemande. J’en veux pour preuve la visite éclair de la chancelière Angela Merkel en Algérie - au lendemain même de la grand’messe de l’Union pour la Méditerranée à Paris –, où elle a joué le rôle de VRP de l’énergie solaire (dont Freiburg, si je ne me trompe, est le berceau). Bonne continuation !
Merci Lilian pour votre article, . On voit que les enjeux sont cruciaux, et que les décisions d'aujourd'hui conditionneront durablement notre futur en matière d'énergie. . Si je peux me premettre un parallèle entre les décisions de nature industrielle entre la France et l'allemagne : là où l'Allemagne crée des emplois grace aux nouvelles industries des technologies d'énergie propre et renouvelable, la France, pour compenser le déficit d'activité en Lorraine (réforme de l'armée), prétend apporter une solution économique en créant de nouveaux centres de stockage de déchets nuclaires... Quel bel avenir économique pour les lorrains, quel manque d'ambition et d'imagination, ce serait risible si ce n'était pas si lourd de conséquences! . J'espère très sincèrement que les allemmands tiendront bon face à l'intense exercice de lobying qui doit se dérouler en coulisse, Areva a les dents longues.. . Amicalement,
Article nuancé et précis de votre part, Lilian, un article qui montre que la partie n'est pas gagnée en Allemagne et qu'il nous faudra manifester bientôt notre soutien à la lutte écolo allemande car c'est notre avenir à tous et la force de l'exemple qui peut en dépendre. Ne manquez pas de nous tenir au courant de l'actualité des débats et des éventuelles manifestations et pétitions à signer...
Bravo pour l'article... mais la conclusion est une porte ouverte ! L'Allemagne a plus d'avance sur les énergies renouvelables que la France . Et quant on voit en France la levée des boucliers dès que l'on parle d'implanter une éoliennne..HOO... MY GOG !!! Quelle horreur ! vous polluez le paysage, et puis ce bruit... et ces infra-sons... pas chez nous ! Concernant le solaire : c'est une horreur ces panneaux !! cela va dénaturer nos toitures ! nos jardins ! ça coûte cher à installer ! (malgrés les primes) on peut pas en zone protégée, imaginez à Paris sur les toits à côté du Panthéon, de Notre Dame, du Louvre... on pourra pas... en Province même problème ! C'est vrai qu'il faudrait dépoussièrer les lois protégeant les Monuments Historiques ! C'est vrai qu'il faut plus d'écologie mais de là à nous forcer la main...le législateur nous a pondu une série de "contrôles" a effectuer OBLIGATOIREMENT avant de vendre un bien immobilier, que le Vendeur paye, c'est vraiment formidable ! Le problème à l'envers c'est ce que nous constatons. C'est la France ! Et ensuite nous donnons des leçons au Monde ! De toute façon cela va se terminer de la même façon, quand un GROS pourra s'en mettre plein les poches avec l'énergie verte comme Suez, Areva et d'autres en faisant tout payer à prix fort les consommateurs.... ils feront du renouvelable dans l'énergie, la main sur le coeur en nous vidant les poches!! Ils sont tous pareils et les politiques valent pas mieux... la défense de la planète et des consommateurs.... laissez moi rire !
Hotgomasio Cher Laforest, Merci de votre fine analyse de la question energétique. Les vilains gros-politiques s'en mettent plein les poches et polluent pendant que les gentils "petits" comme vous font euh ? oui au juste dîtes-moi ce qu'il font exactement ? Ah oui, ils surfent en utilisant du courant nucléaire. Je pense que nous devons faire un choix: Renoncer à notre mode de vie tel que celui que nous connaissons, ou accpeter le nucléaire, risque et déchets compris. Dans le premier cas, la seule raison du renoncement serait un prix hyper élevé de l'énergie, fruit de sa rareté programmée. Ca me va, ainsi que les inégalités qui seront automatiquement générée à cause de ceux qui n'auront pas les moyens d'accéder à l'énergie. Le second cas, et bien on y viendra de toute faon, lorsqu'on sera fatigué du premier. Une oscillation pour revenir à l'équilibre. Parce que la nature humaine est ainsi faite.
L'article est intéressant mais attention aux confusions entre production d'énergie totale et production d'électricité. Les chiffres suivants sont à revoir dans cette optique : "En France, dans un pays où le nucléaire représente 85% de la production énergétique et est un symbole industriel pour le pays, difficile de penser à tourner la page. Côté allemand, avec une part de nucléaire tout juste supérieure à 25% et des sources d’énergie renouvellables à plus de 12% (contre moins de 2% en France), le ..." (A titre tout à fait annexe, je vous conseille l'usage du correcteur d'orthographe de votre logiciel de traitement de texte).
Au temps pour moi... Merci Christophe pour ces remarques. Les chiffres ne sont pas faux, mais mon terme était mal utilisé. Il s'agit de la part de la production d'électricité dans chaque pays. La rectification est faite. Pour l'orthographe, la faute à un traitement de texte allemand et une mauvaise relecture. Rectifications également faites.
Le choix du mix énergétique est le fait des producteurs (en principe), des pouvoirs publics (dans les faits), mais aussi des consommateurs :Des opérateurs alternatifs proposent un choix entre plusieurs formules, dont des formules intégralement ou partiellement vertes. Si la demande d'énergie renouvelable est là, l'offre suivra. Chaque consommateur, particulier, entreprise, administration, est responsable de ses choix d'approvisionnement en électricité.