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Buoux, le glissement dans le grand Tourbillon

Un Dimanche à Buoux , en Provence, par une belle matinée dela fin du mois d’Août.

Edwy Plenel et Estelle viennent de rendre, sous le grand cèdre bleu, un bel et vibrant hommage à Edouard Glissant.

Pendant l’été Serge Koulberg a lu » le Tout monde » d’Edouard Glissant et il en a rassemblé quelques phrases en un texte que j’ai eu envie de partager avec les médiapartiens présents ce jour là.

Ce matin au réveil, à propos de ce moment de lecture, m’est venu ce petit texte que je partage maintenant avec vous.

 

Buoux ou le glissement dans le grand tourbillon.

 

J’ai glissé dans le grand tourbillon… et j’ai même pas eu mal. C’est même tout le contraire ! Quelle joie, quel bonheur.

Un été tumultueux, une de ces périodes de la vie qui vous traverse comme un tsunami, ébranle sérieusement quelques bastions de certitudes encore là… et vous laisse là toute seule au bord du gouffre.

Et puis au milieu de la tourmente, quelques mots de lecture partagée.

Les mots d’Edouard Glissant dans « le tout monde ». Des mots différents des mots, des mots qui bousculent les mots, des mots qui s’infiltrent au plus profond de soi. Des mots pétris de vie, d’élan vital.

On écoute… loin d’abord, puis tout à coup, quelque chose frémit là, tout au fond de vous, oui, la vie est là qui palpite, "oho " vous l’aviez oubliée pendant que vous tentiez avec difficulté de maintenir votre esquif à la surface de l’eau. A la surface…

Et puis soudain un murmure s’élève du creux de vous, un murmure appelé par les mots d’Edouard et vous voilà soulevée, emportée par une force qui s’empare de vous. Alors, ces mots, ce texte, vous les dites, vous les écoutez, vous les dites encore et encore, et vous sentez qu’ils vous font du bien, qu’ils pansent une blessure,ou plutôt l’ensemencent, lui donnent vie. Et puis, vous vous accrochez à la trace, vous avez envie de les dire à d’autres, ces mots-là. De les leur lancer par-dessus le boucan du monde, de les leur offrir. Et puis, les journées de Buoux arrivent, vous avez très peur et vous voulez dire. Quelque chose de bien plus fort que la peur vous anime, remue profondément votre terre et dimanche est là. Edwy, Estelle et tous les autres. Une Marielle attentive qui vous appelle, un Serge qui vous fait confiance et vous voilà devant tous les autres sous le grand cèdre bleu au milieu de ces pierres magiques.

Votre voix s’élève doucement, vous avez peur encore quelques secondes et puis vous vous sentez tout à fait bien, le texte magnifique vous porte toute entière, il se déroule tout seul, vous lui prêtez juste votre voix,votre émotion. Edouard est là, vous sentez que sa force vous traverse, le public est là aussi, vous les voyez, vous les sentez si proches, si attentifs,instant d’éternité, vous n’êtes plus seul, vous avez plongé, vous êtes au cœur du grand tourbillon. Vous êtes toute secouée encore, étourdie, ravie, ruisselante et reconnaissante.

Merci à toi Edouard, à toi Edwy pour tes mots si justes, à toi Marielle qui m’a donné cet espace, à Serge qui a si justement élaboré ce texte, à Nadja, Chantal, Roger et à toutes celles et tous ceux qui m’ont porté par leur écoute attentive, à ceux et celles qui sont venus me dire leur émotion, leur plaisir. Merci aussi aux réalisateurs des courts-métrages présentés lors du week-end ,d’une grande qualité et qui m’ont bouleversée.

Merci à tous ceux qui ont participé à cette belle rencontre.

Evelyne Watel- Derancy.

Tous les commentaires

02/09/2011, 19:14 | Par Marielle Billy

J'ai tellement toujours été convaincue que poésie et politique devait se donner la main, que lorsque je t'ai écoutée, lorsque j'ai écouté Estelle Bonnier Bel Hadj et Edwy Plenel, autour d'Edouard Glissant, je me suis dit : "C'est ça".

Rien de romantique dans ce que je dis, au contraire : une forme de présence au réel par en dessous, jusque dans ses fibres et par en dessus aussi, comme pour le voir de plus loin au milieu de tout le réel environnant. Cette présence qui éclaire et donne du courage.

03/09/2011, 00:09 | Par Christiane Duc-Juveneton

Bien sûr, Marielle, que la poésie est une forme de présence au réel, ce réel que représente cette partie cachée de nous-mêmes, cette énergie vitale, ce réservoir de création, aussi réel en nous que notre conscience, mais qui ne vient pas jusqu'à notre conscience, cette force régénératrice, qui nous est tout aussi vitale que notre raison raisonnante et que certains appellent l'inconscient, d'autres la force créatrice, d'autres l'imaginaire (à la façon d'Edwy), d'autres encore l'âme... Et de nos jours, cette partie de nous est malade aussi, comme le sont nos valeurs et notre conscience, contaminées par le superficiel, le "prosaïque"d'Édouard Glissant. C'est pour cela que de telles journées nous font tellement de bien et que les rapports entre nous, à la fin de ce week-end, avaient un parfum, une harmonique différents de ceux de nos autres rencontres militantes et politiques. Nous étions là avec notre être tout entier, non coupé de ses racines vitales, de ses émotions, de sa source. Et c'est tellement bon ! Merci Evelyne de nous le rappeler d'une façon si authentique et si émouvante. Pour moi, ces rencontres furent un Évènement.

03/09/2011, 22:46 | Par Fred Oberson

Merci à vous, votre texte... c'est du Glissant !

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