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Face à la crise : régression sociale ou solidarité ? (2/2)

La panique qui souffle sur les pays de la zone euro atteste du caractère historique de la crise ayant éclaté en 2008, et par conséquent de l’échec de la « mondialisation heureuse » telle qu’on nous vend depuis tant d’années. Au niveau européen comme au niveau national, on voit bien à quel point la crise peut amener à davantage de régression sociale. Il ne s’agit cependant d’une fatalité que dans la mesure où l’on reste dans le cadre de pensée néolibéral...
(2) LA REFORME DES RETRAITES EN FRANCE
La régression. Je ne vous assommerai pas ici de chiffres. Sur le sujet, et si vous voulez échapper à la propagande gouvernementale, lisez les tribunes de Thomas Piketty ou allez sur le site (beaucoup plus radical) de la Fondation Copernic. Une chose que j’ai retenu de ce débat technique mais essentiel pour nos droits et notre avenir : les deux pistes envisagées par le gouvernement, à savoir le recul de l’âge légal de liquidation de la retraite et l’allongement de la durée de cotisation, pèseront sur les plus fragiles et les plus précaires, et représenteront une baisse des pensions (déjà bien entamées depuis les 1ères réformes sous Balladur). Alors que la loi… Fillon impliquait de ne se retrouver qu’en 2013 pour faire le point, le gouvernement a profité de la crise et des déficits supplémentaires qu’elle a provoqués, afin de faire passer la potion la plus amère possible. Il reste que crise ou pas, les caisses de retraite sont en déficit structurel. Alors, on est vraiment obligé de travailler jusqu’à 70 ans ?
La solidarité ? Commençons par balayer quelques confusions. Premièrement, il faut prendre garde à se contenter d’analyser les comptes nationaux. Par exemple, savoir qu’en Allemagne l’âge de la retraite va tourner autour de 67 ans ne veut rien dire pour nous, étant donné que la situation démographique n’est pas comparable. Deuxièmement, il ne faut pas se laisser impressionner par les chiffres alarmistes. On nous annonce des dizaines de milliards de déficits en 2050. Or, il faut 1) rappeler que ces milliards seront à rapporter à la richesse nationale de 2050, qui aura augmenté elle aussi ; 2) rappeler qu’il ne s’agit là que de scénarios, les prédictions à cette échéance sont impossibles. Ainsi, un peu plus d’immigration ou une augmentation du taux d’activité des femmes rendront la situation moins grave. Et quand bien même, l’effort qu’il y aura à fournir est assez soutenable compte tenu de ce que sera le PIB de 2050. Justement, que faire pour échapper aux solutions de régression sociale ? « Faire payer les riches ! », clament certains. Certes, il est logique qu’en temps de crise et pour passer le cap du papy boom, un effort supplémentaire soit demandé aux revenus non salariaux (au « capital », comme on ose à peine le chuchoter). Mais comme l’indique Piketty, il est sain que les pensions des retraités restent liées à la masse salariale des actifs. Pour cela, une solution collective et solidaire s’impose : une hausse faible mais régulière des cotisations sociales, payées par les employeurs et les employés, jusqu’à 2050. Ce ne sera qu’une contrepartie logique du vieillissement de la population, qu’il ne faut pas dramatiser. Cette solution (qui peut aussi s’accompagner d’un rallongement de la vie active pour certains métiers valorisants), sera une réponse bien plus juste et plus profitable à l’économie nationale que de repousser l’âge légal ou de casser le système de répartition.
***
PS : justement, il nous faudra y revenir, au texte du PS sur le nouveau modèle économique qu’il propose… Avant de commenter son projet de réforme fiscale, et d’un augmentation des tranches supérieures de l’impôt sur le revenu, il faut lire le dossier qu’Alternatives Economiques consacre aux « riches ». La « décence ordinaire » que les socialistes seraient inspirés de défendre exige d’en finir avec des aberrations manifestes. Deux exemples : le PDG de LVMH (luxe) dont la rémunération en 2009 équivalait à 483 Smic (autrement dit, un Smicard devrait travailler depuis François Ier pour toucher ce que lui touche en une année) ; le footballeur Thierry Henry dont la rémunération en 2009 équivalait à 999 Smic (autrement dit, un Smicard devrait travailler depuis au moins la 1ère croisade chrétienne pour toucher ce que lui touche en une année).

Tous les commentaires

Merci de cet exposé;

Deux remarques. Le problème du financement des retraites n'est qu'une conséquence de l'absence de croissance dans la zone €. Comme vous l'avez fort bien remarqué , la situation des retraites en 2050 sera lié à la richesse nationale à cette époque.

Je pense que le problème centrale est le retour à une croissance qui permette la diminution de la dette. Le lien avec les retraites est l'idée que les charges patronales pénalisent la croissance d'ou la politique d'exonération de charges sociales.

Je suis convaincu que l'augmentation des disparités sociales ne résulte pas de la crise économique mais traduisent la disparition des organisations hiérarchiques nées au 19ème siècle ( la hiérarchie, c'est comme les étagères plus c'est haut moins ça sert)

Ce phénomène est la conséquence de la révolution informatique qui a débuté dans les années 1970.

L'exemple des compagnies low cost ou celles des entreprises tel que France télécom me parait aller dans ce sens. La SNCF va connaitre une situation très problématique dans un très proche avenir.

Je propose que Mediapart face l'inventaire des solutions face à la crise que traverse la zone €.

Billet bigrement intéressant.

Juste une remarque:

Membre de la Fondation Copernic ( qui réunit chercheurs, militants syndicaux et politiques de l'ensemble des formations de gauche), je suis étonné du qualitatif "radical" que vous accolez à ses propositions.

Elles sont profondément réalistes et, d'ailleurs, leur expertise n'est pas contestée - sauf par les néo-libéraux, cela va sans dire.

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