Les néo libéraux et la faillite du système social
Le système social français est en faillite. Cet argument de la droite libérale est martelé en permanence afin de justifier ses actions de réformes qui visent au démantèlement de tout le dispositif de correctifs sociaux mis en place et élaborés depuis le fameux programme du Conseil National de la Résistance et enrichi jusqu'aux années 80. Penchons nous sur ce que veut dire et cache "le système social français est en faillite" au-delà de la fausse réalité qu'elle véhicule. En effet, cette expression, au cœur de la pensée libérale, tente de nous démontrer autour de trois arguments érigés en vérités premières qu'il est nécessaire d'abandonner "ce système social"
- il est dans l'impossibilité de fournir du travail à tous les français,
- il n'est plus adapté au contexte mondialisé de l'économie,
- les dispositifs sociaux déficitaires et à bout de souffle n'ont rien réglé des disparités existantes dans notre pays.
Dans ces conditions, les libéraux en déduisent, tout naturellement, que l'impôt collecté destiné à la redistribution et à la solidarité doit être alors réparti sous forme d'allègements fiscaux, seules les forces du marché étant susceptibles de reproduire des richesses et donc de réduire les disparités en offrant un emploi à tous. La rhétorique est implacable, ces trois postulats érigés en grandes vérités relèvent d'une volonté de bannir les fondements keynésiens de l'analyse économique. Le raisonnement développé procède d'une malhonnêteté intellectuelle sans précédent car il se fonde sur une pensée scientiste et non scientifique. C'est-à-dire que la droite libérale va détourner un raisonnement de sciences économiques afin d'obtenir des conclusions préétablies qui servent leur idéologie.
Analysons rapidement les fondements de la construction de la pensée de la droite libérale en économie. Elle s'élabore selon un argumentaire construit à rebours. On choisit les conclusions et les résultats que l'on veut démontrer puis on va sélectionner les hypothèses qui sont sures de donner les résultats escomptés : les forces du marché assurent la reproduction de la richesse. C'est aussi simple, mais terriblement efficace, car vous pouvez être sur que la démonstration, à l'appui de beaux systèmes d'équations élaborés dans les cabinets de consultants, ne possèdent aucune erreur. Comment fait-on alors pour montrer que ce raisonnement est caduc. On montre que les hypothèses de départ sont absurdes et qu'elles ne correspondent à aucune réalité. Dès lors la démonstration qui s'en suit, aussi rigoureuse qu'elle soit, n'a aucune validité scientifique puisque dès le départ les postulats sont faux. Dans un raisonnement dit scientifique, le système des hypothèses sélectionnées doit être posé à priori et indépendamment du raisonnement choisi. Si vous avez une thèse à montrer, vous décidez alors de choisir des hypothèses qui vous semblent définir un processus. Il vous reste à savoir si elles expliquent ou pas un phénomène que vous tentez d'expliquer à travers votre thèse. Vous devez alors "passer à la moulinette" les hypothèses sélectionnées dans des modèles. La conclusion consiste à infirmer ou confirmer les hypothèses en fonction des résultats obtenus.
On veut donc montrer que le système social français a failli. Première étape, choisir une hypothèse que l'on sait absurde mais qui va être présentée comme étant une vérité. On va donc confondre vérité et contre vérité. On nous dit que le système social français est en faillite (la vérité) car il est dans l'impossibilité de fournir un travail et de réduire le chômage (la contre vérité). On prend alors l'hypothèse que le chômage est une conséquence du système social et que c'est à lui de fournir le plein emploi. De cette manière, on dégage les entreprises, les investissements et le système financier de la responsabilité de l'emploi. L'imposture est posée. Cette ineptie sert dès lors une idéologie en tentant de montrer que les causes du chômage sont avant tout le résultat d'un système de régulation mal conçu par l'Etat. La deuxième étape va enfoncer le clou en développant une malhonnêteté intellectuelle en affirmant que les péréquations sociales ne servent à rien car elles n'ont pas réglé les inégalités sociales. Le social tue le social, trop d'Etat tue l'Etat, moins d'Etat mais mieux d'Etat, c'est bien connu ! La troisième étape pose la question de l'efficience économique du financement d'un système social qui a failli et qui entraîne un frein à la croissance. La régulation sociale nuit donc à la compétitivité puisqu'elle vient ponctionner des investissements productifs et nous disqualifie sur les marché mondiaux où les coûts sociaux sont tous à la baisse. Il nous faut donc être compétitif et éviter toutes dépenses qui ne servent pas la baisse des coûts de production. Dès lors, on n'alimente plus le système social qui devient déficitaire (et qui n'a rien réglé des fractures sociales existantes). Cela engendre alors la hausse des déficits publics car l'Etat doit pourvoir à des dépenses qui ne sont plus compensées par des prélèvements car des secteurs entiers bénéficient d'avantages fiscaux. On augmente alors la dette publique qui sera supportée par la population et les générations futures. La seule solution envisagée est donc de casser ce système social qui plombe les finances publiques et qui est incapable de trouver une solution à l'emploi. On en déduit rapidement de laisser le marché assurer le plein emploi et donc le bonheur commun. La population doit alors assurer individuellement les risques sociaux. Dans ces conditions l"e système social à la française" a vécu, la boucle est bouclée, CQFD.
Il se peut que le marché soit le seul acteur à fournir le bonheur et la paix dans le monde, mais cette affirmation relève plus du dogmatisme et de la croyance à la déesse de la main invisible. En bon sceptique, je ne crois en rien et je ne me fie qu'à des développements rigoureux, et rien ne me permet de conclure à de telles affirmations qui nous sont assénées par les prophètes du libéralisme. Maintenant posons les bonnes questions. Est-ce au système social de fournir un travail à tous ou bien est ce aux entreprises de fournir des emplois aux individus ? Le plein emploi est-il le signe d'une bonne santé économique ou bien est-ce les richesses produites par le système ? Peut on penser que les inégalités sociales engendrent des surcoûts dommageables sur les processus macroéconomiques ? La dérégulation ne posséderait-elle pas un coût économique ?
En conclusion recentrons le débat sur la réalité économique. Une économie est dépendante des investissements productifs des entreprises et des services publiques qui produisent des richesses, qui embauchent ou pas en fonction des biens et services produits, commercialisés, achetés ou servis à la population. La problématique et le débat doivent alors porter sur le modèle économique à mettre en place pour reproduire les richesses d'une nation : assurer une croissance économique et corriger des inégalités sociales produites par les forces du marché par un système de redistribution équitable.

