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"Je vous déclare avec obéissance que je suis un idiot fini"*
Une patrouille de l'armée française chemine péniblement dans les montagnes kabyles afin de débusquer d'éventuels terroristes du FLN. Il fait très chaud et deux hommes, distancés par le groupe, sont à la traîne. Des harkis. Mohamed, jeune berger kabyle, s'est porté volontaire lorsque l'armée française lui a proposer de s'engager ou d'être exécuté. Ferhat, quant à lui, a choisi l'algérie française comme on joue à pile ou face : il est des circonstances historiques où les choix politiques relèvent plus de l'accomodement que de l'engagement. Les voilà donc, porteurs de radio et à la traîne. Ferhat, un peu retrait, transpire, peste et se plaint du poids de cette nouvelle radio. Mohamed se retourne et s'aperçoit que le micro traîne parterre et rebondi sur le sol rocheux.
- " Ramasse le micro, tu vas l'abimer et on va se faire engueuler..."
Ferhat l'ignore et poursuit laborieusement son ascension.
Quelques minutes plus tard, la radio crépite : un capitaine quelconque souhaite parler au chef de la patrouille. Ferhat, visiblement déterminé, ne répond pas et semble concentrer toute son énergie à cette pente qu'il faut bien gravir. Mohamed, inquiet des conséquences de tant de désinvolture l'interpelle :
- "ça fait trois fois qu'il appelle, on va être sanctionné, réponds!!!
- " chut... ne dis rien, et avance. C'est mon problème" lui chuchote Ferhat.
- " D'accord, je dirai rien, je dirai même pas que j'ai entendu les appels et que je t'ai prévenu, tu te débrouilles..."
De retour au camp, le capitaine fulmine et jure après ces musulmans indignes de la confiance qu'on peut leur accorder et incapables de comprendre la valeur de cette toute nouvelle radio qu'ils ont réussi à abimer. C'est alors que la sanction tombe : "vous êtes trop con pour que l'on vous confie une radio, vous n'aurez donc plus le droit de la porter!!!"
De fait, le lendemain, un militaire français est "espéciellement" affecté à la patrouille avec pour rôle exclusif de porter la radio. Et moi, raconte Mohamed bien des années plus tard, "j'ai payé une bière à Ferhat pour le remercier parce que cette radio, elle pesait quand même 18 kilos..."
Cette anecdote m'a fait penser au livre de Jaroslav Hasek, Le brave soldat Chveik, où l'auteur nous relate avec beaucoup d'humour la résistance par la bétise de cet humble soldat tchèque. Il ne s'agit surtout pas de verser dans l'idée que les arabes seraient plus malins (lire plus fourbes) que les autres mais de montrer que ceux que l'on appelle trop souvent avec un peu de condescendance "les dominés" qu'ils soient arabes, tchèques, français... ne peuvent être réduits à leur identité de victime, qu'ils ont des ressources et résistent, parfois de manière dérisoire (Voir le livre de Hans Fallada, Seul dans Berlin), mais subjectivement essentielle aux assujettissements. Ces micro-résistances font leur dignité et c'est les en spolier que de les ignorer. Le misérabilisme, même quand il part d'un bon sentiment, est une nouvelle insulte. Peut-être l'insulte de trop.
* citation extraite du livre de Jaroslav Hasek, par laquelle le brave soldat Chveik, devance les insultes de ses supérieurs, retourne un stigmate (un modeste soldat de deuxième classe peut-il être chose qu'un idiot fini?) et désamorce des santions en affirmant qu'il n'est rien d'autre que ce que ses supérieurs pensent de lui...


Tous les commentaires
Cher Farid, Merci de ce billet qui dénonce, avec un humour tendre, la profonde ignorance méprisante que constitue le misérabilisme. Vous avez ô combien raison: aucun(e) dominé(e) ne doit jamais être réduit à une identité de victime, car il/elle met en oeuvre des mécanismes souvent subtils de résilience, de résistance. Ils sont attachants, ces deux soldats s'épargnant le port d'une radio de 18 kilos ! Ils ont trouvé une sacrée parade: faire comme s'ils n'entendaient pas... et être solidaires l'un de l'autre (condition sine qua non de la résistance). Bien cordialement ;o) (o;
Chère Art Monika, Merci de m'avoir lu et compris. "18 kilos", c'est ce que prétend l'un des porteurs... on peut au moins être certain qu'elle lui semblait lourde cette radio! Cela dit, il avait l'air de s'y connaitre et m'a énuméré plusieurs modèles avec des noms du genre M 300 (c'est le seul dont je me souvienne) en précisant chaque fois, le poids. Peut-être se trompe-t-il mais je crois que ça n'a pas tellement d'importance... visiblement, quel que soit son poids, elle était trop lourde cette radio. Bien cordialement (-; ;-) Le dialogue émoticônesque fonctionne moins bien dans mon sens... je vais devoir céder...
Merci, Farid , pour ce premier billet un vrai cadeau de Noël Merci de penser à ceux que l'on prend pour des imbéciles et qui ne le sont pas Très Cordialement
Merci à vous cher Ben, pour votre lecture bienveillante. Très cordialement
Oui, le point délicat, c'est la solidarité. Qu'on peut appeler fraternité. Qui doit conduire à la fraternisation. "Crosse en l'air et rompons les rangs" (L'Internationale). . Je vous déclare avec obéissance que je suis un âne bâté (avec deux accents circonflexes).
Cher Melchior Griset-Labûche, Votre commentaire me fait rire mais je suis bien en peine de vous répondre. Comme je suis certain que l'allusion à la fra-ter-ni-té n'est qu'une innocente facétie, dont le rapprochement avec des polémiques récentes est fortuit, je vous accorde qu'il s' agit du "point délicat" mais n'en dirai pas plus... Quant aux accents circonflexes... je les oublie plus souvent qu'à mon tour. Mais il paraît que l'on va réformer l'ortograf, alors... Cordialement.
L'homme est indestructible disait Max Brod à propos du texte de Hasek . Ce n'est pas donné à tout le monde d'être "un idiot génial". Merci Farid de tout cet humour, féroce aussi. Vanc'
Merci chère Vanc' de votre lecture et de vos précisions érudites (aucune ironie dans ce propos). Très cordialement.
Ah Farid, je vois que vous maîtisez parfaitement vos émoticônes comme d'autres maîtrisent leurs émotions :-)) Bon, sans rire, votre billet est excellent. Les ressources de la littérature valent bien celles de la sociologie. Mieux encore, elles expriment les choses en un langage vraiment universel (fraternel dirait Melchior) :-) Bon, vous conseillez le brave soldat Chveik de Hasek
Merci Somni pour vos compliments. Pour ce qui est des émoticônes, je sais qu'il me reste encore beaucoup de travail à accomplir (-: , quant à la littérature... Je me sens plus à ma place lorsque je fais part des travaux sociologiques que je peux lire. Cette petite histoire condense d'ailleurs ce que disent de très nombreux sociologues qui travaillent sur des groupes dominés (prisons, banlieues...). Et oui, je recommande la lecture de Chveik de Hasek (folio) tout du moins, le premier tome, le second m'a paru moins abouti (mais c'est un avis très personnel).
Bon, et bien, dans ce cas, je vais en faire l'acquisition !
à Farid et à Somni . Melchior persiste et signe. Quel est, je vous prie, le dernier mot de l'article premier de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, dont nous venons de fêter les soixante ans ?
Melchior persiste et signe dit notre cher Mage, âne bâté revendiqué. Je vais vous répondre quelque chose de brutal et de vécu: Familles, je vous hais. Croyez que si je dis cela, particulièrement aujourd'hui, c'est que mes raisons sont solides. La Fraternité n'est souvent qu'un vain mot. Caïn et Abel, c'est une histoire toujours recommencée. Je ne peux donc plus employer ce mot, quelle que soit sa place sur les frontons, vu les brouets infâmes auxquels il a été mélangé. Je préfère d'autres concepts qui n'évoquent pas les liens familiaux - non choisis - mais les liens d'amour, d'estime, d'affection, de solidarité, tissés par choix dans la vie.
Cher Melchior, Je vous ai concédé que la fraternité était bien le "point délicat". Je suppose, sans l'avoir vérifié, que le dernier mot de la déclaration universelle des droits de l'homme est le mot fra-ter-ni-té. Je ne comprends pas ce que vous attendez de moi et au fond, je partage l'avis d'Art Monika sur l'importance des liens électifs. La solidarité me semble universel quand la fraternité m'évoque une forme de familialisme. Cela dit, si vous avez des lectures à me conseiller sur l'émergence de la notion de fraternité, n'hésitez pas à me le signifier. Bien cordialement.
À Art Monika . Partageons. . À vous la fraternité démoniaque, la rivalité, au « mieux » mesquine, au pire sanglante, entre membres d’une même fratrie. . À moi la fraternité républicaine, l’idéal de justice sociale qui fait aller ensemble la liberté et l’égalité. . Il est vrai que deux choses aussi opposées font éclater le mot unique qui les recouvre. Il en sera de même pour la liberté (« que de crimes on commet en ton nom ») et pour l’égalité (« certains sont plus égaux que les autres »). . Quant à l’amour, hum… « La fausseté de l’amour même », n’est-il pas vrai ? . à FARID . Voir Vincent Peillon La Révolution française n'est pas terminéeSeuil, août 2008.
Partageons, Melchior ô mon Mage. - Vous gardez la fraternité ad integrum, - Je prends la solidarité qui repose sur une prise de conscience et un partage choisis. - Nous partageons liberté et égalité (du moment que les deux mots sont pris ensemble: égaux dans la liberté, libres dans l'égalité). Quant à l'amour... Ah! l'amour ... je veux bien le garder si vous vous en défiez trop. Allez, je vous sens méfiant, je vous en déleste.
Eh là, pas si vite ! Pour l'amour, j'ai seulement voulu signifier qu'on pourrait lui faire subir le même sort qu'à fraternité, je n'ai pas dit que je l'abandonnais... Voulez-vous bien laisser ça ici... Arrêtez-la ! Arrêtez-la ! . L'amour, c'est très beau, mais c'est très délicat, n'empêche; ça déteint au lavage.
@ Melchior Ca déteint au lavage mais il peut y avoir des résiliences qui ravivent les couleurs. C'est bien ce que disent les réclames, non ?.
Mais non, ô mon Mage, je ne l'ai pas volé, l'amour ;o) Il est si infini qu'il y en a pour chacun de nous, n'ayez crainte. Il est, c'est vrai, extrêmement délicat. Pour éviter les déteintes au lavage, il vaut mieux choisir l'amour grand teint, dont les couleurs résistent au temps et aux grands essorages. . Pardon, Farid, de ces associations libres. Nous étions partis de la fraternité, de la solidarité entre ces deux soldats libérés de radio, et nous voici plongés dans des réflexions sur l'amour. Mais, dans le fond, ce n'est pas si hors sujet qu'il n'y paraît ...
La seule façon de résister à celui qui vous prend pour un imbécile, c'est effectivement de se comporter intelligemment en imbécile vis-à-vis de lui chaque fois que l'occasion se présente. Ceci est vrai dans toutes les situations. J'ai été, dans une autre vie, agent d'une administration dirigée par des préfets. La très très grande majorité étaient des gens très bien. Mais il y a eu de petites exceptions. Je pense particulièrement à un tel qui était assez méprisant. J'ai le souvenir de quelques petites situations très embarrassantes pour lui. Ces situations-là lui auraient été providentiellement épargnées s'il s'était comporté correctement avec ses sous-fifres dont il avait contribué à renforcer la solidarité, à l'ordinaire plutôt vacillante.
Ma parole, cher Miradou, vous avez connu mon maître, Hubert-Hégésippe Huchappin ! On croirait lire un passage de sa leçon sur le mimétisme salvateur. Mais en l'occurence c'est votre préfet embarrassé qui s'est révélé l'instrument de la Providence, en faisant l'union à ses dépens.
@ Melchior Je me demande si je ne suis pas en train d'attraper une nouvelle manie tellement je n'arrête pas de me gratter la nuque en me posant la lancinante question de savoir si on n'a pas affaire à un dédoublement de personnalité lorsqu'il s'agit de Huchappin et de Griset-Labûche. Va falloir que je me fasse soigner pour ce début de comportement addictif.
Que sont devenus HADANE et BELGHADOUCH ? Je les aimais bien tous les deux; ils nous ont même peut être sauvé la vie ? Mais nous nous sommes quittés, il y a cinquante ans : Pas question que de leur écrive, après un siècle de colonisation, ils n'avaient pas eu le temps d'apprendre. Quant au brav'soldat SCHWEIK interprété par Jean BOUISE, je sais à peu près ce qu'il lui est advenu, mais il reste présent dans ma mémoie, aussi.
Merci Phylloscopus, et pardon Farid pour le hors sujet mais je ne résiste pas à saluer la mémoire de Jean Bouise ( et celle toujours vivante de sa compagne l'actrice Isabelle Sadoyan). ( Je ne suis pas érudite, autodidacte comme Ben) c'est le théâtre, qui m'a fait connaître ces textes.) Vancouver
A propos des émoticônes. Après enquête très documentée - comme il se doit ;o) - voici ce que je fais comme hypothèse: - lorsque nous regardons la photo d'un visage posée horizontalement devant nous, notre parcours visuel peut se porter de gauche à droite (le front étant à gauche) ou de droite à gauche (le front étant à droite). La linéarité gauche droite est apparemment aussi bien pratiquée que la linéarité droite-gauche. Nous procédons de la même façon pour lire des titres de livres "couchés" sur la tranche. - Lorsque nous dessinons un visage, la plupart du temps, nous commençons par faire l'ovale, puis nous disposons les traits de haut en bas: yeux, nez, bouche. Voilà probablement, pourquoi, cher Farid, nous procédons en dessinant d'abord les yeux, le nez puis la bouche lorsque nous traçons nos émoticônes. C'est un conformisme graphique ;o) (o;
Merci chère Art Monika pour cette mise au point. Droitier exclusif doté de "deux mains gauches", je dessine très mal et donc jamais. (je garde un souvenir cuisant des cours d'arts plastiques et d'EMT). C'est surement cette absence de pratique qui me conduit à ignorer ces conventions graphiques. L'ignorance apporte parfois une certaine fraicheur... ;o) (o; Ca ne se voit pas sur l'écran mais ces émoticônes doivent sentir la sueur tant j'ai peiné à les dessiner...surtout le premier.
Le conte est charmant. L'apologie de la micro-résistance plus douteuse. La micro-résistance est à la résistance ce que les soins paliatifs sont à la guérison. La véritable insulte de trop est celle qui convaincrait les dominés d'abandonner la première pour la seconde.
Chère Laurence, Il ne s'agit en rien de faire "l'apologie de la micro-résistance" mais simplement de montrer qu'elle existe indépendamment de l'apologie que l'on peut en faire. Ces micro-résistances sont souvent invisibles à ceux, armés de gros concepts, qui portent sur les dominés un regard de surplomb... A ce propos, votre analogie me semble d'ailleurs véhiculer une forme de misérabilisme : les dominés ne sont pas malades et peuvent donc se battre sans l'aide d'un docteur qui viendrait leur fournir des soins palliatifs ou thérapeutiques. Quant à renoncer à la résistance pour les micro-résistances, je ne crois pas l'avoir suggéré, l'objet de ce billet n'étant pas d'insulter ces groupes sociaux. Enfin, si Bourdieu disait que les dominés devaient "risquer l'aliénation pour lutter contre l'aliénation", évoquant par là, la dépendance de ces groupes sociaux pour accéder aux ressources, sociales, symboliques, culturelles, politiques... indispensables pour construire un mouvement social (les récents travaux de Lilian Mathieu le confirment), aucun sociologue, à ma connaissance, ne prétend que les groupes dominés doivent être "convaincus" de faire ceci plutôt que cela... Le penser ou l'écrire, n'est-ce pas un peu les insulter? Très cordialement.
Je me suis certainement mal exprimé. Je ne fais preuve d'aucun misérabilisme (cela demande beaucoup trop de compassion), ni ne veux insulter aucun groupe social. Mais la micro-résistance me semble n'être rien d'autre que la modification à la marge d'une situation acceptée. D'ailleurs, Chveik reste soldat, ce qui en temps de guerre, est une situation, pour le moins, inconfortable. Pour ce qui est de l'usage du mot "convaincus", il est relativement bien adapté à la situation des "dominés" auxquels, par ailleurs, j'ai pleinement conscience d'appartenir. Je ne crois pas davantage aux vertus de la résistance. D'ailleurs, les mouvements sociaux n'ont que très raremment pour objectif de modifier les conditions de la domination (ils organisent la micro-résistance). Le chercheraient-ils et y parviendraient-ils, qu'ils ne feraient que créer un nouveau mode de domination.
Chère Laurence, Il devient difficile de vous suivre tant vous êtes insaississable. Vous commencez par écrire que la véritable insulte consisterait à convaincre les dominés d'abandonner la première (la résistance) pour la seconde (la micro-résistance) et vous poursuivez en écrivant que les objectifs de la micro-résistance manquent d'ambition mais que vous ne croyez pas aux vertus de la résistance. Dois-je vous rappelez que vous me reprochiez plus haut de faire "l'apologie douteuse" des micro-résistances? Si je m'en tiens à ce dernier commentaire, je ne peut qu'être d'accord avec vous sur le fait que "la micro-résistance me semble n'être rien d'autre que la modification à la marge d'une situation acceptée". La question est de comprendre les ressorts de cette "acceptation". Dans mon "charmant conte", quels sont-ils? Il y a l'hypothèse Georges Frêche (il s'en est excusé) : les harkis sont des sous-hommes. On peut lui adjoindre tous les discours binaires sur le bien, le mal, et/ou idéalistes sur la liberté du sujet et la glorification des héros. Dans ce cadre, Bruce Willis incarne bien la figure du résistant ou du héros dans le cinéma américain. Il me semble que cette vision du monde est simpliste car si les individus sont libres, c'est toujours dans un contexte social, politique, historique qui pèse sur leurs choix. Mohamed aurait pu choisir l'exécution (sans doute Bruce Willis l'aurait-il fait) mais, il a lâchement opté pour la vie. Les dominés (ce concept est relationel et nous pouvons tous, à un moment, appartenir à cette catégorie) font souvent ce qu'ils peuvent et non ce qu'ils veulent. Dans ce contexte, ils profitent des interstices que leur laisse le pouvoir pour résister. C'est vrai pour les harkis, comme pour les prisonniers (La relation carcérale de Rostaing)et les malades mentaux dans les hopitaux psychiatriques (Asile de Goffman). Vous pouvez trouver cela dérisoire mais je pense que ces petits actes leur rendent leur statut de sujet. Concernant les mouvement sociaux, je vous trouve bien pessimiste : si on pense à l'amélioration de la situation des salariés (retraite, sécu...), des femmes (IVG...), des homosexuels (PACS...), des prisonniers (Presse, parloir sans vitre...), on ne peut que constater certaines améliorations même s'il est vrai qu'il reste beaucoup à faire. Foucault disait que la sécu était "un système fini pour une demande infinie", je crois que c'est vrai aussi de la revendication d'égale dignité. On peut porter un regard résigné sur ces chose (comme vous semblez le faire) ou considérer ces luttes partielles comme permettant de rendre le monde social plus tolérable. A ce propos, les sociologues qui se sont posés la question des ressorts de l'engagement ont longtemps buté sur le "paradoxe de Mancur Olson": l'intérêt d'un individu est de ne pas s'engager car, si la grève échoue, il ne perd rien et si elle réussie, il profite aussi des acquis sociaux. Donc, si les individus sont rationnels, ils ne devraient pas s'engager. Mais alors pourquoi s'engagent-ils? Parce que les luttes collectives, les solidarités qui s'y nouent, la sensation de prendre en main son destin sont par elles-mêmes enrichissantes... Enfin, j'avoue ne pas comprendre pourquoi le "mot "convaincus", il est relativement bien adapté à la situation des "dominés" ". Pourriez-vous me l'expliquer ? Très cordialement
Concernant le mot "convaincus", je trouvais qu'il avait son charme comme lapsus lacanien à propos des dominés. Pour le reste si "les dominés" avaient la moindre réèlle volonté de résistance, il y a longtemps que la grève générale chère aux anarchistes auraient été usitées. Je suis au regret de devoir vous rappeler que ce n'est pas le maître qui fait l'esclave mais l'esclave qui fait le maître. A la notable exception de la domination masculine, il y a beaucoup plus de "dominés" que de "dominants", j'en conclus que les premiers n'essaient pas véritablement de rompre leurs chaines. Petit rappel historique: tout les mouvements sociaux de quelques importances furent désamorcés par une augmentation de salaire. Conclusion: un os et les "dominés" rentrent gentiment perpétuer leur asservissement. J'en reviens ainsi à ma première idée (quand bien même, vous ne soyez pas convaincu de la justesse du mot), la micro résistance est, au mieux, un aménagement d'une situation acceptée. Citation pour citation, un célèbre auteur de la fin du vingtième siècle constatait, à la fin de sa vie: "Quand on part aussi vaincu, c'est dur de sortir de l'enclave - Et pourtant l'espoir fleurisait - Aux yeux des quelques ceux - Qui refusaient de ramper jusqu'à la viellesse". Ces derniers ne sont (malheureusement ou heureusement, selon le point de vue) qu'une infime minorité. Cordialement.
"Si je m'en tiens à ce dernier commentaire, je ne peux qu'être d'accord avec vous sur le fait que "la micro-résistance me semble n'être rien d'autre que la modification à la marge d'une situation acceptée" ai-je écrit dans mon précédent commentaire. Aussi, je ne comprends pas votre insistance à y revenir. Le débat est difficile avec vous car outre les incohérences pointées plus haut, vous faites une interprétation pour le moins très personnelle(et peu argumentée) de mon texte avant de critiquer les conclusions générées par ce détournement. Vous donnez parfois dans la critique-fiction chère à un autre écrivain (-; De là sans doute, notre dialogue de sourds. Je vous accorde toutefois que si je prends le temps de faire le tri, vous apportez des éléments qui permettent de débattre. Certes pas lorsque vous écrivez " Concernant le mot "convaincus", je trouvais qu'il avait son charme comme lapsus lacanien à propos des dominés." puisque cette explication ne m'éclaire pas du tout. Elle confirme mon impression : vous débattez avec vous-même. A moins que vous ne considéreriez que votre inconscient m'est transparent? "Je suis au regret de vous rappeler" que ce n'est pas le cas. Bref, merci pour votre rappel de la dialectique du maître et de l'esclave, c'est roboratif. Après votre référence à Lacan, vous voilà donc hégélien. Pourtant, votre conception de l'histoire ne me semble guère dialectique (-: Chez vous, pas de contradiction et donc pas de dépassement de ces contradictions. Cela dit, je connais mal Hegel. Peut-être mes connaissance rudimentaires sont-elles erronées? J'espère que vous éclaircirez ce point. Concernant ce que je dois bien appeler le reste (notre débat), je pense que vous avez une conception substantialiste du pouvoir (certains ont le pouvoir et dominent ceux qui ne l'ont pas) alors que mon acception est plus relationnelle. C'est pourquoi je ne peux vous suivre quand vous écrivez que les dominés sont plus nombreux que les dominants. Vous semblez d'ailleurs focaliser le débat sur "la lutte des classes" (nous sommes donc assez loin de mon texte et plus près de vos préoccupations). Considérer les acquis sociaux comme des "os" me semble réducteur. Mais après tout, "il n'y a pas de faits, il n'y a que des interprétations" (je sais que vous en connaissez l'auteur...qui n'est certes pas Hegel). Tant que vous ne me parlez pas de "paupérisation absolue", nous sommes sauvés pour débattre. Le mythe de la grève générale "cher aux anarchistes" est séduisant mais reste un mythe. Pourquoi ? Je pense qu' on peut l'expliquer par le contexte économique, politique, social, culturel... et sûrement pas par la volonté des dominés, de "gentiment perpétuer leur asservissement". Peut-être ne croient-ils plus au Grand soir ? On peut au moins leur accorder une certaine lucidité. Y croyez-vous, vous d'ailleurs ? Enfin, merci pour votre belle citation. Très cordialement.
Il existe de nombreux cas ou la guérison n'existe pas, seuls restent les soins palliatifs. Y avoir accès, c'est déjà une victoire. Je n'aime pas beaucoup le terme micro-résistance car ca fait, comme vous dites, un peu résistance de seconde zone. Je lui préfère le terme de résistance interstitielle (ca fait snob, je sais), mais au moins c'est précis: on résiste en occupant les interstices du bloc monolithique qui vous domine. Ce qui peut dans certains cas amener à son éclatement, mais ce n'est pas le but premier.
Jolie formule, cher Vincent: on résiste en occupant les interstices du bloc monolithique qui vous domine.
Cher Vincent, D'accord pour substituer le terme de résistances interstitielles à celui de micro-résistances d'autant que la formule relevée par Art Monika est effectivement séduisante. Cela dit, le terme de micro-résistance renvoyait pour moi au micro-pouvoir, ou à la "micro-physique du pouvoir" de Michel Foucault. Ces "résistances intertitielles" évoquent le "grondement de la bataille" mentionné dans la conclusion de Surveiller et punir. Tout comme le "micro-pouvoir" n'est pas un pouvoir de seconde zone, les micro-résistances ne constituent pas, pour moi, un pouvoir de seconde zone. Je ne sais pas si vous considérerez que ces précisions relèvent du snobisme, ce n'est en tout cas pas comme cela que je perçois le concept que vous avez forgé. Conclsion : je modifie mon texte dès que je sais comment m'y prendre... Merci de votre commentaire. Cordialement
Chers Farid et Vincent, Comme je me réfère aussi à la micro-physique du pouvoir chère à Michel Foucault , je juge que toutes les résistances aux relations de pouvoir - fussent-elles diffuses, apparemment interstitielles, ou très larges - ont un égal statut. Pour moi, il n'y a pas de hiérarchie entre ces résistances: elles s'adressent simplement à des niveaux ou registres différents des relations de pouvoir. Une fois que l'on a intégré cette vision plus systémique et plus dialectique du pouvoir, on peut analyser avec finesse tous les mécanismes sous-tendant ces différentes résistances. Bien cordialement à vous deux. ;o) (o;
A Laurence: Le conte est charmant, dites-vous? Mais vous n'avez bien dû tout lire: il ne s'agit pas d'un conte. Puis-je vous en rappeler le contexte: nous sommes en pleine guerre d'Algérie. Mohamed, jeune berger kabyle, s'est porté volontaire lorsque l'armée française lui a proposé de s'engager ou d'être exécuté. Ferhat, quant à lui, a choisi l'algérie française comme on joue à pile ou face : il est des circonstances historiques où les choix politiques relèvent plus de l'accommodement que de l'engagement . En accusant l'auteur du billet de faire l'apologie douteuse de la micro-résistance, vous tombez dans ce qu'il a voulu précisément dénoncer.
Il est fort aimable de me rappeler le contexte mais aussi étonnant que cela puisse paraître, j'avais réussi à atteindre la fin du texte sans en oublier le début. Plus sérieusement, je n'accuse personne mais ne considère pas les arrangements, ruses et feintes diverses comme des formes de résistance même micro.
Puisque nous en sommes à la résistance des dominés, on voudrait bien que les scotchés à la télé. en fasse de la résistance ! Au lieu de quoi, ils se croient très malins et au courant de tout, alors qu'ils ne sont que des manipulés, sinon des abrutis.
Il y a un espoir : quand l'omniprésident aura réussi à rendre la télé tellement con, les manipulés abrutis en prendront conscience et entreront en résistance. Vive l'utopie
“...18 kilos, c'est ce que prétend l'un des porteurs [...] il avait l'air de s'y connaitre et m'a énuméré plusieurs modèles avec des noms du genre M300 [...] en précisant chaque fois, le poids...”
Affirmatif, mon adjudant.
Je me présente, soldat de première classe Axel J, espéciellement désigné pour les remplacer au transport du matériel de transmission, et je confirme, c'était bien 18 kilos, il faut dire que pour quelques heures d'autonomie avec des batteries antiques et énormes, plus la grosse ferraille épaisse partout, capable de faire office sans problème de gilet pare-obus, il fallait bien ça, n'est-ce pas?
Ah mon adjudant, sauf vôt'respect, n'écoutez plus ces tire-au-flanc qui se moquent des valeurs saines et sportives de la grandeur nationale et coloniale. Merci quand même pour cette édifiante anecdote qui en dit long sur les raisons de la débandade honteuse de 1962.
En vous souhaitant une excellente fin d'année, à vous et à votre famille, toujours et fièrement à vos ordres, mon adjudant!
:-) :-) :-)
Cher Axel J, merci pour ces précisions et de votre commentaire. C'était vraiment vous ? Oh, la boulette... Une bonne fin d'année à vous aussi. Très cordialement.
@ FARID j'adhère complètement à ton analyse, effectivement il y a plusieurs façons de résister y compris celle de l'opportuniste, dans ma maison j'avais en ma possession un singe qui m'amusait beaucoup et un chien qui a toujours été là pour m'alerter des dangers qui me guettait, ces deux individus avaient du mal à cohabiter sous mon toit à tel point que c'est devenu invivable et bien j'ai longtemps hésiter avant de prendre la décision de choisir celui que je devais m'en séparer et depuis je n'ai jamais regretter ce choix
Merci de votre commentaire Sapho et du naturalisme intégral dont vous faites preuve (-: Très cordialement.
@Farid Un premier billet, c'est déjà une agréable surprise. Vous vous y essayez , de plus, avec bonheur, à un nouveau langage et la simplicité du récit anecdotique peut parfois se révéler plus parlante que la solidité de l'argumentation... J'espère ( et je le vois déjà dans les commentaires !) que vous n'abandonnerez pas pour autant la dernière, mais j'apprécie beaucoup également la nouvelle "facette" que vous nous montrez.
Merci chère Emmanuelle Caminade de votre commentaire et de vos encouragements d'autant plus précieux qu'ils émanent de quelqu'un dont j'apprécie toujours les contributions. Je ne commente pas vos billets mais les lis régulièrement. Il est des registres où je me sens moins à l'aise et préfère donc me taire... Très cordialement.
Le brave soldat Chveik avec le soldat Tchonkine avec les contes du Jeha(je ne suis plus sûr de l'orthographe), avec Gombrowitz et beaucoup d'autres indigènes des pays dominés par une colonisation extérieure ou intérieure ont longtemps été mes lectures de chevet. L'intelligence subversive des "blagues" russes ou polonaises que je connaissais depuis longtemps, ou celle des histoires et des paraboles arabes ont en effet un aspect rassurant : tout cela rappelle que les hommes ne se laissent pas entamer entièrement, pas davantage en tous cas dans les pays réputés "totalitaires" que dans les pays dits"de liberté". Merci donc à cette belle histoire Serge Koulberg
Un exemplaire des histoires de Jeha (je ne me souviens plus de l'orthographe...) traînait chez moi lorsque j'étais enfant. Néanmoins, ses aventures sont largement transmises par l'oral. J'ai pensé à ce personnage en relatant cette anecdote... Merci de l'avoir évoqué et pour votre commentaire. Très cordialement.
Je ne connais pas les histoires, les contes , de Jeha...mais je connais L'Idiot de Dostoïevski, celui qui gêne tout le monde par le simple fait d'exister ! Merci encore pour ce billet. Vanc'
J'ai lu L'idiot, il y a longtemps. Je n'en avais pas fait cette lecture qui me semble maintenant évidente. Merci, Vanc', pour vos commentaires... A propos, puisque vous êtes passée, je crois que l'on peut être érudite et autodidacte, non ? Le chemin est moins balisé mais, il est souvent enrichissant de sortir des sentiers battus... Très cordialement.
@Vanc. Non, l'idiot de Dostoïevski n'est pas celui qui gêne tout le monde ! (ou du moins, s'arrêter à ce constat, me paraît très réducteur, car incitant au contre-sens sur le personnage ...) Bien au contraire, sa différence fascine tout le monde et permet à chacun de s'interroger et de mieux se comprendre, c'est pourquoi, à sa façon, tout le monde l'aime . L'idiot, comme tous les "innocents" de la tradition russe, agit comme révélateur, comme prophète ( voilà que j'ai maintenant en tête la plainte de l'innocent du Boris Godounov de Moussorgsky !). On pourrait même faire un parallèle avec le bouffon shakespearien ....
Oui, ça ne me semble pas contradictoire...Avec des textes qui disent que le simple fait de vivre ne suffit pas..Et ça n'a rien de métaphysique..un "acteur" comme un Idiot, essaie de faire le silence dans la salle, et c'est dans ce sens aussi qu'il existe et gêne tout le monde..La légende dit qu'un acteur est adulé..C'est tout le contraire...Il est abandonné.. Il y a des gens dans l'ombre et lui, est dans la lumière, c'est un vrai combat, un danger. Par votre commentaire, érudit, et les miens, je crois qu'on a répondu à Farid sur la question de l'autodidacte ! Amitiés à tous deux ! . Vanc'
Vos commentaires sont plus "érudits" que les miens qui ne proviennent que de mes lectures de ces auteurs et de ma fréquentation du théâtre en tant que simple spectatrice !
Chères Emmanuelle Caminade et Vanc' Merci pour cet échange auquel je ne peux participer... Je suis néanmoins ravi qu'il ait lieu sur mon blog car je ne peux le manquer... d'autant que la lecture de l'Idiot m'avait un peu dérouté. Très cordialement.
La Bête ignare que je fusse être ici bas semble jubilé à pensée qu'enfin s'insinue en société une autre forme de résistance. Mais il ne faut pas s'y tromper, c'est une chose bien ancienne. Notre Grand Président Petit Napoléiniste fait de même avec nous. Je crois qu'il lui est difficile de supporter le poids de notre humanité Française, alors il laisse traîner le micro de ses réformes sans répondre aux appels. Il s'en cache pas d'ailleurs puisque sans vergogne nous triste de "Tit Con" Souhaitons que Tit Con ignare que nous sommes tous, utilisent le micro de leur radio personnelle comme canne à golfe !!!!!! "Chaqu' spire" s'en retournerait dans sa tombe je crossa Car il ne faut pas oublier que Le Tit que nous avons tous élus à en 6 moi fait déraillé l'Europe. Alors penser un peu ce que nous allons retrouver au bout de son Raigne. Qui me fait pensée à Araigne ! Araignée ! donc la toile ! Toile pourrit par le dedans dent de chien. Chien à trois pâtes. Patte de Coque. Co Co Rico ! Vive la révolution des Ânes battes
Merci de votre drôle (de) commentaire même si j'avoue avoir un peu de mal à vous suivre. Très cordialement.