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Je dé-pense donc je fuis

«Il faut prendre l'argent là où il se trouve, c'est-à-dire chez les pauvres. Bon d'accord, ils n'ont pas beaucoup d'argent mais il y a beaucoup de pauvres», disait Alphonse Allais.

Il y a quelques jours, j’écoutais sur France Culture un débat, plutôt vif, entre Jean Peyrelevade et Thomas Piketty sur la question des inégalités de revenus et leur évolution. Le premier membre du Modem et le second, du PS. En dépit des nombreux désaccords entre les deux débatteurs, un point de convergence a surgi sur la nécessité d’augmenter la pression fiscale sur les très hauts revenus. C’est alors que Thomas Piketty a demandé à son interlocuteur le seuil à partir duquel il pensait qu’il fallait augmenter les impôts. Et la réponse m’a stupéfait :

- « A partir de 400 SMIC… mais on peut discuter… »

400 SMIC ! Et la proposition se voulait raisonnable, mesurée, humaniste, bref, centriste. Piketty n’a pas vraiment fait de proposition mais semblait considérer que 200 SMIC constituait une première proposition plus acceptable… Ce dernier a beaucoup cité un travail de Camille Landais sur l’évolution des hauts revenus entre 1998 et 2006. Cette étude, d’une quarantaine de page est à la fois passionnante et… austère. Je vous en livre une synthèse qui, je l’espère, s’avérera plus digeste ou plutôt, car le propos de Camille Landais est limpide et assez abordable, permettra à des lecteurs ne disposant pas du temps nécessaire à sa lecture (il y a tant de choses à lire), de prendre connaissance des grands enseignements que l’on peut en tirer.

 

Premier enseignement : une quasi stagnation des revenus moyen et médian…

 

Entre 1998 et 2005, le revenu moyen a augmenté, en moyenne de 0,82% par an. Le revenu médian, c’est-à-dire celui que divise la population en deux, tel que 50% gagnent plus et 50% gagnent moins, a lui progressé de 0,6% par an. C’est une moyenne et la progression n’est bien sûr pas linéaire puisque l’on observe un net ralentissement de la croissance de ces revenus à partir de 2002. Les années 1998-2002 avec une croissance soutenue et riche en emplois ont vu croître le revenu moyen de 1,4% en moyenne annuelle et le revenu médian de 1,1%. A partir de 2002, la progression n’est plus que de 0,06% en moyenne pour le revenu moyen et 0,03% pour le revenu médian.

 

Pourtant, entre 2002 et 2006, la richesse produite, le P.I.B. a augmenté, en moyenne d’environ 0,9% entre 2002 et 2006. Comment, dans ce contexte expliquer la faible croissance et même la quasi stagnation des revenus moyen et médian. En effet, la taille du gâteau augmente plus vite que la taille des parts de chacun. Mais c’est oublié que pour un statisticien, « si tu dors avec la tête dans le four, et les pieds dans le congélateur, en moyenne, ça va ! »

 

Deuxième enseignement : …qui masque un fort accroissement des inégalités de revenus qui s’explique par la forte augmentation des revenus des foyers les plus riches…

 

Entre 1998 et 2005 :

· le revenu des 90% des foyers les moins riches a augmenté de 5%

· le revenu des 5% des foyers les plus riches a augmenté de 11%

· le revenu des 1% des foyers les plus riches a augmenté de 19%

· le revenu des 0,1% des foyers les plus riches a augmenté de 32%

· le revenu des 0,01% des foyers les plus riches a augmenté de 43%

 

Le revenu des plus riches croît donc entre 8 et 9 fois plus vite que celui des 90% les plus pauvres.

 

 

Troisième enseignement : …qui trouve sa source dans l’explosion des revenus du patrimoine…

 

Les plus hauts revenus sont structurellement composés d’une part plus importante de revenus du patrimoine (revenus fonciers, revenus de capitaux mobiliers, plus-values)

 

Ces revenus représentent :

  • 3% de l’ensemble des revenus des 90% des foyers les plus pauvres
  • 9% de l’ensemble des revenus des 10% les plus riches
  • 23% de l’ensemble des revenus pour les 1% les plus riches
  • 38% de l’ensemble des revenus pour le millième le plus riche
  • 55% de l’ensemble des revenus pour le dix-milième le plus riche.

 

 

Sur la période 1998-2005, alors que les revenus d’activité (travail) augmentaient en moyenne de 0,7% par an, les revenus fonciers de 2,2% par an, les revenus des capitaux mobiliers bondissaient de 4% par an.

 

Remarque personnelle :

En 1998, les salaires et assimilés (revenu du travail) représentaient en moyenne, 62% du revenu total déclaré par les 90% des foyers les plus riches, contre 50% pour les 1% les plus riches, 35% pour le millième le plus riche et 28% le dix-milième le plus riche.

A méditer en écoutant les membres de la majorité actuelle qui, des trémolos dans la voix, justifient le bouclier fiscal en expliquant que l’on ne peut pas confisquer plus de 50% du fruit du travail de nos forces vives…

 

 

Quatrième enseignement : … et notamment des revenus de capitaux mobiliers

 

Les revenus fonciers (loyers) ont certes augmenté mais en raison de leur répartition relativement égalitaire et de leur faible importance dans l’ensemble des revenus, ils ne peuvent rendre compte de l’augmentation des inégalités.

 

Les plus values constituent des revenus irréguliers et se sont effondrées au cours de l’éclatement de la bulle internet. Elles retrouvent en 2006 leur niveau de 1998, si bien qu’elles ne peuvent pas être mobilisées pour expliquer l’augmentation des inégalités sur la période.

 

Les revenus de capitaux mobiliers ont augmenté, en moyenne, de 31% entre 1998 et 2005 si l’on tien compte de l’ensemble des foyers fiscaux. Mais, il s’agit d’une moyenne et l’on sait que ces revenus sont concentrés sur un faible nombre de foyers. En fait, il s’agit d’une augmentation de 53% si l’on ne tient compte que des foyers détenteurs de ce type de revenu.

 

Cinquième enseignement : … et l’explosion des inégalités salariales

 

Entre 1998 et 2005 :

  • Les salaires des 90% les moins riches ont augmenté de 4%
  • Les salaires des 1% les plus riches ont augmenté de 14%
  • Les salaires des 1‰ les plus riches ont augmenté de 29%
  • Les salaires des 1%00 les plus riches ont augmenté de 51%

 

En période de croissance molle, ces augmentations se font évidemment au détriment des salaires les plus faibles. C’est ainsi qu’alors qu’en 1997, les 50% des salaires les plus faibles représentaient 25% de l’ensemble des salaires, en 2005, elle n’en représentait plus que 24,5%

 

Symétriquement, la part des salaires des 1% les plus riches représentait en 1998, 5,52% de l’ensemble des salaires et passe à 6,15% en 2005. Faible augmentation direz-vous. Mais elle porte sur une masse salariale de 500 milliards d’euros.

 

Parallèlement, la pression fiscale sur ces revenus a sensiblement baissé. En effet, entre 1998 et 2006, le taux marginal de l’impôt sur le revenu passe de 54% à 40%, l’abattement de 20% est étendu aux revenus du patrimoine, le bouclier fiscal est installé et les droits de succession allégés. Si bien que le taux net d’imposition (net à payer/revenus déclarés) passe pour les 0,1% les plus riches de 32% en 1998 à 25% en 2005.

 

 

Conclusion :

 

C’est donc au moment où les hauts revenus explosent qu’il est devenu urgent de baisser les impôts afin d’éviter que les catégories dont les revenus augmentaient de manière très sensible quittent le territoire. C’est alors peut-être moins l’impôt qui les incite à fuir que l’accroissement de leur revenu et les impôts qui en découlent. Ces catégories n’évaluent pas leur situation en fonction de ce qu’elle était antérieurement, ou en fonction de la situation des autres catégories, mais en fonction de ce qu’elle serait sans l’impôt. On peut y voir le symptôme de ces « individus par excès » qu’évoquait Robert Castel dans l’entretien donné à Mediapart, ou une forme de « sécessionnisme social ».

 

Au nom d’une certaine conception de l’égalité, ces catégories et les politiques qui les soutiennent et qu’elles soutiennent justifient ces revenus par leur mérite et leurs efforts. « A chacun selon ses mérites » que l’on peut traduire par « à chacun selon ses capacités ». Cette conception de la justice ne vaut bien sûr que pour les revenus. Pour l’impôt, on prône une conception de l’égalité plus arithmétique et c’est pourquoi, la baisse des impôts se focalise sur l’impôt sur le revenu, le plus redistributif puisqu’il est proportionnel et progressif.

 

Ces mêmes catégories sont aussi celles qui fustigent notre dette et exigent une contraction de l’Etat social. Or, la baisse des impôts, sans en constituer le facteur exclusif, ne doit pas être étrangère à l’accroissement de la dette. Ces baisses d’impôts peuvent d’ailleurs servir à acheter des bons du Trésor…des placements sûrs.

 

Sécessionnisme social, égalitarisme fiscal et crispation sur la dette peuvent rendre compte de notre air du temps depuis une dizaine d’années. Pour quel résultat ? Sans imputer la conjoncture actuelle à ces différents facteurs, encore que, au fondement de la crise des subprimes l’on trouve le recul du salaire médian aux USA, et le recourt massif à l’emprunt pour les ménages américains, on peut au moins constater le caractère chimérique d’une croissance soutenue grâce à la « libération du travail » et surtout à l’explosion des plus hauts revenus. La baisse de la pression fiscale sur les hauts revenus avait pour but de « maximiser la prospérité générale en faisant de l’intérêts des plus hauts revenus, la boussole des politiques menées au nom du bien commun »[1] « Parce qu’un individu a plus de pouvoir, (plus de « richesses », de « facultés », « de facilités de choix », l’Etat lui doit plus d’égards. Telle est bien l’impasse de la pensée économiste en matière de justice : au lieu de protéger le faible, l’institution doit veiller à favoriser le puissant (de peur qu’il n’emmène sa puissance ailleurs). Au lieu d’en tempérer les effets, la société ne fait que relayer le (très naturel) droit du plus fort. »[2] Dans ces lignes, Yves Citton s’attachait à déconstruire un imaginaire économique qui émerge au… 18ème siècle. Après plus de deux siècles, un membre d’une formation centriste et humaniste propose de limiter les droits des puissants…à partir de 400 SMIC. « La pente est rude mais la route est droite !» Allez, encore un petit effort pour être vraiment humaniste…

 

 

PS : La conclusion n’est pas imputable à Camille Landais dont vous pourrez trouver l’étude ici : http://www.jourdan.ens.fr/~clandais/documents/htrev.pdf



[1] Citation librement adaptée d’un livre de Yves Citton, Portrait de l’économiste en physiocrate, critique littéraire de l’économie politique, L’Harmattan, 2001. Lui parlait des capitalistes.

[2] Ibid.

Tous les commentaires

D'où l'insupportabilité de la situation lorsque le temps des restrictions arrive. Jusqu'à quand faudra-t-il encore supporter des leaders politique deviser démagogiquement et en bons jésuites sur la nécesité et à quel niveau de la baisse des impôts directs et particulièrement de l'IRPP ? Merci Farid pour cette nouvelle contribution utile.

Peut-on trouver quelque part un tableau des patrimoines de nos chers, très chers "leaders" politiques? Patrimoines, revenus patrimoniaux, etc. Ce pourrait être cassant, non?

Oulala! Pierre seriez-vous tenté par quelque menée séditieuse ?

Bonjour Farid, Avant d'évoquer l'alternative que vous nous proposez ici, à savoir « sécessionnisme social » ou "individu par excès" (thèse de Castel que j'ai bcp apprécié) je vous suggère un point complémentaire aux sources de revenu en France. Vous n'étes pas sans savoir que l'Europe, via la PAC (politique agricole commune) verse des subsides annuelles aux terres agricoles mises en jachères (situation d'inexploitation aux fins de maîtrise des flux de production agricole ). Ces subsides peuvent pour certains gros propriétaires Fonciers agricoles se monter à des dizaines de millions d'euros, en Grande Bretagne il existe un répertoire et en quelque sorte un bottin mondain des bénéficaires desdites subsides, qui paraît annuellement, donc revu et corrigé (ce qui est normal pour eux car certains "Names" des Llyods y puisent leurs de garantie à leurs actions ou courvertures boursières) En France, ces données n'existent pas, on est dans l'opacité la plus totale à ce sujet et clairement en "sécessionnisme social" par le haut, un seul exemple le Prince Albert de Monaco est un grand propriétaire foncier agricole en terre Française de plusieurs dizaines de milliers d'hectares et perçoit ces subsides chaque année, mais en a-t-il vraiment besoin ?? @ +NEO-

Etes vous sûr que ces données ne sont pas disponibles ? Il me semble que les Chambres d'Agriculture ont du ces dernières années, mettrre en oeuvre tout un programme de recensement des parcelles déclarées à ce titre, avec procédure de contrôle via un dispositif de lecture cartographique d'après photographie par satellite en mise à jour permanente. Mais je confonds peut-être avec autre chose.

Archi sûr, mon cher Jean-claude, les plans de répartitions cadastrales des parcelles existent certes bel et bien, mais motus et bouches ultra cousues quant à l'affectation précises des subsides Europe à chacune desdites parcelles. Ce qu'il est possible de déclarer et donc de révéler à ce titre en Grande Bretagne est pour l'instant tu en France. @ +NEO-

En complément de la réponse de Vertubleu http://www.mediapart.fr/journal/economie/300908/a-paris-et-a-neuilly-touche-aussi-des-subventions-agricoles . Edité pour compléter, puisque maintenant c'est possible de connaitre les montants versés https://www1.telepac.agriculture.gouv.fr/telepac/tbp/feader/afficher.action

Et c'est pour ce genre de motivations que ces orientations politiques sont internationalement défendues becs et ongles par nos présidents successifs, bien plus que pour l'intérêt général de la France qu'ils affichent. On est dans "la mafia des bananiers", à un point tel que c'en est inconcevable, à un point tel que beaucoup n'ont même pas à minimiser, ni à le taire, ni à faire semblant, car c'est de bonne foi qu'ils ne l'imaginent même pas.

Il faudrait donc trouver une taupe !

Un grand merci, Farid, de cet intéressant Billet. J'aurais sursauté comme vous à la phrase de Peyrelevade: augmenter la pression fiscale sur les revenus... à partir de 400 SMIC. Et c'est censé être de l'humanisme ? Il faut que je révise mes notions, elles sont obsolètes ;-) Très amicalement

Je persiste et je signe avec ma parano "banano-maffieuse": Quand on tombe sur un Peyrelevade pour qui 400 SMIC est un objectif réaliste, ça signifie qu'il sait que la réalité actuelle, si elle est "perçue publiquement" comme une faramineuse injustice de, disons 40000 SMIC, elle est en fait à 4000000000000000000000etc SMIC, je veux dire par là, à des niveaux qu'il serait carrément impossible à faire admettre, car hors du champ de notre cerveau lavé.
Son 400 smic semble démesuré? Hélas c'est seulement parce que la démesure réelle, est telle que ces 400 smic à côté, font figure de chiffre raisonnable...

N'empêche, 400 smics, ça en fait des chaussons aux pommes !

@ Axel : mais je pense que Peyrelevade a bien pesé ses mots avant d'invoquer ses 400 Smic aux auditeurs : mieux vaut se fâcher avec le bas du fossé que le haut du pavé quand on a soi-même un magot à valoriser dans divers partenariats.

Tout à fait d'accord avec vous, Luciole. Peyrelevade défend ses intérêts avant tout...

Merci pour ce billet précis et fort clair . Il est particulièrement bienvenu sur Mediapart par les temps qui courent ...

@farid, et oui, c'est bien ça le Modem, 400 smic ... Voilà merci à vous de remettre ces choses simples en perspective. Voilà un humanisme bien compris à la sauce bien libérale. Sincères salutations.


Pour Peyrelevade, c'est 400 smic. Pour Piketty, c'est 200 smic. Pour Peillon, c'est 40 à 60 smic (tout à l'heure dans Ripostes sur France 5). Mon pessimisme réaliste m'oblige à dire que ce sera... rien du tout car certaines personnes ont des capacités de nuisances et de chantage tels qu'on n'y touchera pas ou qu'on fera machine arriére très rapidement.

@ Farid : nous possédons encore le Smic comme baromètre, pourvu qu'il le reste, car il était question de le supprimer à un moment, pitié ! Merci pour ces chiffres faciles à comprendre (à ce jour non controversés !), bons à avancer en situation critique car il y a encore beaucoup de braves conservateurs qui invoquent que "la machine capitaliste, on n'y peut rien si elle s'est emballée"... Alors que tout a été calculé pour qu'il en soit ainsi : votre analyse à froid reflète l'esprit gestion d'entreprise de la décennie = tout pour les gros, "c'est comme ça", le plus malin rafle la mise, la part des autres + la sienne, que le meilleur emporte le morceau, les autres des miettes plus ou moins grosses... Il ne s'agit plus de hautes responsabilités, mais d'incarner "un personnage important". En-dessous, des maillons jetables payés selon le regard porté sur eux par la hiérarchie du moment... 400 Smic pour se gaver avant l'ombre d'un impôt, tristes sires... Avec votre statistiques de la honte, vous me faites songer à Guy Béart "le premier qui dit la vérité, il doit être..." !

@farid, A la fin des années 80, un ingénieur en activité, à l'apogée de sa carrière gagnait un peu moins que le même ingénieur à la retraite.(15 à 20 % ) Aujourd'hui c'est .... presque moitié moins. Quant à mon fils, qui débute, je n'ose pas lui dire qu'il gagne moins que moi au même age. ( 30 ans d'écart en francs constants ). Son loyer en revanche est le triple de celui que je payais au même age. Il est vrai qu'il ne travaille que 35 heures et à peu prés 70% de temps de travail effectif, il est au siège d'une banque dans un sleeping. (11 semaines de congés ) A son age on faisait mini 50 voir 60 heures / semaine et on n'avait pas le temps d'aller pisser. On avait 4 semaines de congés quand on arrivait à les prendre. Mais quand même, par ailleurs sur la période, la productivité a ét émultipliée par .... 1,8 ...2,0. Au bout du calcul, toutes choses compensées, sur 40 ans, les salaires des cadres ont à peu prés été divisés par 2,5 ... 3,0. c'est pareil pour bon nombre de professions libérales, sans parler des petits commerces, et de tous les indépendants. Pour les employés et les ouvriers, je crois bien que c'est un peu pareil, leur pouvoir d'achat réel a baissé dans les 15 dernières années. Voilà une réalité. Et là, il y a toujours eu ou des socio libéraux ou des libéraux au pouvoir sur la période considérée. J'indique également que les rentabilités d'entreprises étaient de 5% maxi et que l'IS était à ... 50% encore au début des années 80. Là par contre, ça a bien changé ... Amicales salutations

@ toutes et tous, Merci pour vos contributions. Le scandale suscité par les déclarations de François Hollande qui proposait d'augmenter les impôts pour les revenus fiscaux supérieurs à 4000€ par mois doit peut-être nous questionner sur les normes de revenus de nos élites. J.M. Colombani a encore récemment assimilé François Hollande à Georges Marchais pour ces déclarations. Pourtant, si l'on s'en tient au seul salaire, 90% des salariés gagnaient moins de 3084€ en 2006( http://www.inegalites.fr/spip.php?article190&id_mot=78). Il faut bien sûr y ajouter les revenus du patrimoine mais on sait désormais qu'ils sont concentrés sur les foyers les plus riches... et sans doute sur les hommes puisque quel que soit le décile, les femmes sont moins bien rémunérées...

Intéressant, très intéressant.... je me cultive ce soir !

Au début des années 60, un jeune mécanicien, apprenti à 16 ans, pouvait acheter une belle maison sur 25 ans, avoir une femme qui restait au foyer, rester dans le même entreprise 40 ans en montant petit à petit les échelons, et élever ensemble 7 enfants dans le bonheur. Je suis né en 64, le deuxième des sept. Diplômé, je travaille depuis 22 ans, a connu une quinzaine de boîtes (souvent prestigieuses, mais où il n'y a pas ou peu de places en CDI, et payé le plus souvent une misère), ne possède rien, n'a pas d'économies. Je cherche avec grande difficulté un appartement sur Paris si possible, sinon dans le proche banlieue, avec 2 chambres, afin de pouvoir offrir à ma fille bientôt adolescente sa chambre à elle. "Monsieur à 900€ vous ne trouverez pas ou très difficilement. Si vous montiez le loyer max à €1200/mois vous auriez moins de difficulté à trouver." Tout ça pour 45m2. Chercher l'erreur ? Au SMIC n'en parlons pas. Ceci n'est pas une annonce, ni une larme versé mais une exemple concrete touchant à la vie de la plupart de la "classe moyenne" en France. Comment faire face à la précarité perpétuelle ET construire dans la vie ? Comment se motiver chaque jour quand chaque jour c'est le même défi - survivre, garder sa tête au-dessus de l'eau ? Le débat ne se limite pas à des discussions sur la moralité d'un salaire 40, 200 ou 400 fois le SMIC - ce qui me rappelle des débats théologiques du moyen âge à savoir combien d'anges peuvent se tenir sur la pointe d'une aiguille... mais devrait aussi répondre au "travailler plus pour gagner plus". Dans la situation concrète donnée, où la productivité a fortement augmenté et le niveau de vie a fortement baissé pour la plupart des gens, fallait-il une crise systémique pour se poser des questions sur le fond ? Quand on travaille déjà au delà des 40 heures/semaine, et on se trouve dans un monde précaire où il est impossible de construire, on fait quoi Monsieur Sarkozy ? (Réponse sur une carte postale...)

Cher Jamesinparis, Je n'avais pas pris le temps de répondre à votre commentaire mais je n'y avais rien vu de larmoyant. Votre témoignage et l'analyse que vous en faites sont confirmés par les travaux de Louis Chauvel sur le destin des générations. Il s'agit bien d'un phénomène structurel : ça commence dès la fin des études puisque les cohortes ayant achevé leurs études autour de 1973 subissait un taux de chômage d'environ 6% dans les 12 mois. En 2002, c'est 33%... L'auteur parle d'un phénomène d'hystérésis : pour une cohorte donnée, la situation à 30 ans conditionne les perspectives à tout âge ultérieur... De là peut-être les représentations erronées de la génération qui nous gouverne : les génération nées entre 45 et 50 sont positionnés au long de leur carrière sur la crête des rémunérations qui décrochent pour les suivantes... Très cordialement

Merci pour cette réponse et pour votre billet fort intéressant. James

@jamesinparis, et encore vous, je suppose vous êtes bien blanc, vous avez la bonne adresse, le bon nom. Imaginez ceux qui n'ont pas la tête de l'emploi, pas le bon nom, pas la bonne adresse ... Toute la jeunesse est touchée, et plus personne ne peut plus mettre sa vie en perspective ni la construire. Toute la jeunesse est condamnée à la précarité et en quelque sorte à un espèce de nomadisme social. C'est la plus formidable régression sociale que l'on ait vue de mémoire d'homme. L'homme avait progréssé du nomadisme à la sédentarité, il avait appris à épargner, à garder la semance pour replanter, à construire sa vie autour d'un foyer fixe; le voilà projeté en deça même du nomadisme, car dans le nomadisme il y a au moins le clan; le groupe qui assure la survie. Aujourd'hui, la pluspart des gens vivent isolés, sans entourage qui tienne, déliés de toute solidarité immédiate familiale ou autre; souvent dans l'angoisse, la haine la peur de l'autre, le conflit permanent. Voilà le resultat du libéralisme triomphant. c'est précisément la raison pour laquelle il faut foutre ce régime en l'air. Courage à vous et prenez votre destin en main, collectivement avec vos proches, et de proche en proche fédérez tous vos mécontentements et vos besoins de réformes. Seule l'action collective peut nous sortir de là. Fini l'individualisme. Amicales salutations.

Je partage votre avis : "C'est la plus formidable régression sociale que l'on ait vue de mémoire d'homme." Mais c'est bon : avec l'accord du MEDEF, Sarkozy va la moraliser... Et oui, seule l'action collective peut nous sortir de là. Et oui, j'ai la chance de ne pas être le cible privilégié du non-amour hortefeutien.

Bonsoir Farid, bonsoir à tous, Je viens de prendre connaissance de la conférence donnée le 25 Mars en fac de Toulouse par Geneviève AZAM. Sans lien direct avec le sujet de votre billet et de son fil de discussion, elle apporte toutefois un éclairage complémentaire à propos d'un sujet important pour la plupart d'entre nous : l'éducation. Je vous propose si vous ne la connaissez déjà d'en prendre connaissance ici , sur mon blog où je viens de la publier. Cordialement

Bonjour Jean-Claude, Merci pour le lien...mais mon ordinateur flambant neuf refuse catégoriquement de lire les vidéos et les documents sonores...ce qui est très pénible notamment pour les entretiens que nous propose mediapart... Très cordialement

Farid Merci pour ton blog que je lis avec plaisir. Un peu d'humour:tu as un ordi neuf.....espèce de riche! Je plaisante! cordialement

Chère Dahu, Merci de ton passage et du compliment. Quant à mon ordinateur j'ai fait un crédit subprime... Amicalement

Qu'il sont con ses arabe ils fait le credit ilss achète unee merde ou il savez pas s'en servire de lordinateure

FARID (En majuscules comme l'a voulu le hasard et comme maintenant ma mémoire l'associe à un prose élégante et clarissime au service d'une pensée ombrageusement cinglante, construite et…fraternelle) Dans le petit mot ci-dessus j'ai essayé de faire bas mais je ne suis pas arrivé à rendre justice au bouillonnement de rage, d'amertume et de déception qui m'a saisi. Après quelques jours sans agrément aux heures longues je rentre d'un lieu bien peu hospitalier et je découvre votre nom en gris. Et vos explications comme toujours si claires donc imparables. J'y reviendrai, je vais lire et relire tout cela. Pour le moment, encore peu assuré sur mes jambes et l'esprit encore embrumé je veux juste gueuler un grand coup d'amitié : FAAAARID !

En France, nous faisons du Stalinisme inversé, on tue notre jeunesse à petit feu.....et nous la sacrifions sur l'autel de la rentabilité de la bulle immobilière, qui est clairement maintenu à son plus haut niveau par les pouvoirs publics (trop d'actifs sont en jeu). Et alors même que la jeunesse a été le premier prescripteur d'affaire du monde marchand en France depuis 30 ans (vestimentaire, alimentaire, loisirs et High-tech) elle a presque zéro job today. Joli Geste !!! Ca se paiera forcément un jour, tout se paie dans la vie, tout. @ +NEO-

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