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le piège de la rupture conventionnelle

Le 1er décembre 2011, Léon et Paulette avaient traité de « ... cette machine à tuer qu'est la rupture conventionnelle. » D'autres la présentent comme une rupture heureuse dans un monde de bisounours.

Ce dispositif « vient compléter les autres modes de rupture de contrats de travail tels que le départ négocié, la résiliation amiable ou la rupture par consentement mutuel.Elle correspond notamment aux salariés qui souhaitent quitter leur emploi sans avoir les moyens financiers de démissionner. », peut-on lire le 2 décembre.

C'est gentiment exprimé, et sous-entend que le choix relève du seul salarié, à qui l'employeur fera ce cadeau d'un départ porteur de moindres soucis financiers et de l'obtention d'indemnités de chômage. Ce qui est une belle duperie.

Et l'employeur lui aura t-il dit que ces indemnités de chômage ne seront payées qu'après un différé ? Pareille information aurait peut-être fait réfléchir le salarié. D'autres surprises l'attendent. Mais aucune d'elles n'est répertoriée. Cela nous ramène à cette reflexion d'un des concepteurs de la refonte du Code du Travail - sa casse -, indiquant avec délectation que l'on en découvrirait les pièges que bien des années plus tard...

« …Naïvement, les employeurs et même les salariés sont convaincus que ce mode de rupture est exempt de danger, ce qui n’est malheureusement pas le cas » écrit cet avocat.

La justice, par jurisprudences successives, commence a entrer dans le vif du sujet de l’ambiguïté de la rupture conventionnelle.

Cette fois-ci, en référence aux assurances perte d'emploi. Et la décision est de taille, qui donne fait de la rupture conventionnelle une bombe à retardement.

Ainsi, alors que Pôle emploi indique que la perte de l'emploi d'un actif apte au travail mais sans emploi par « rupture du contrat de travail à l'origine d'un chômage involontaire » peut bénéficier des allocations chômage - c'est le cas de la rupture conventionnelle – voici que la Cour d'Appel de Nîmes (arrêt du 8 novembre 2011 ci-après attaché) vient de décider que la « rupture conventionnelle n'entre pas dans la garantie perte d'emploi associée à un prêt immobilier ». Au motif que «... la rupture conventionnelle n'est pas assimilée au licenciement, puisque contrairement à ce dernier, elle n'est pas imposée au salarié : sa validité étant même conditionnée au libre consentement des deux parties. »

La Cour d'appel estime que "la garantie perte d'emploi a pour objet de garantir l'aléa résultant de la perte d'emploi pour le salarié. Or, la rupture conventionnelle du contrat de travail ne résulte pas de la seule décision de l'employeur comme c'est le cas dans un licenciement, mais suppose un accord de l'employeur et du salarié". » ajoutant que "le caractère primordialement consensuel de la rupture conventionnelle du contrat de travail exclut la mise en œuvre de la garantie d'assurance perte d'emploi qui suppose une perte d'emploi subie par le salarié consécutive à un licenciement, seul cas de mise en œuvre de la garantie prévue par le contrat. »

 

« Il est donc recommandé, avant d'envisager la signature d'une rupture conventionnelle, d'être attentif à la rédaction du contrat d'assurance afin de mesurer les conséquences de la perte de l'emploi sur le budget familial. » conseilleNet-iris.D'autant que maintenant, certains assureurs font figurer la rupture conventionnelle dans la liste des exclusions de garantie.

 

La Cour indique donc qu'en cas de rupture conventionnelle, la perte d'emploi n'est pas subie par le salarié, puisque cette rupture fut négociée ! Et que ce n'est pas le contrôle et l'accord de l'administration (DDTE) qui contrôle et homologue le document qui changent le caractère de la responsabilité.

 

La rupture conventionnelle n'a pas fini de faire parler d'elle. Déjà, on remarque ce phénomène nouveau, une insidieuse incidence que cette rupture exerce en tant que signal négatif sur le marché du travail (questionnement systématique du salarié postulant par l'employeur démarché) et la réalité d'un moindre salaire. Des violences de plus.

Déjà, hors le cas (très minoritaire) du salarié qui décide d'un départ de l'entreprise pour être mieux ailleurs (et quand l'employeur veut bien la signer) la rupture conventionnelle est la marque d'une violence psychologique au travail.

Sa signature, au neuf-dixième à l'initiative de l'employeur (l'administration ne veut pas se donner le moyen d'en mesurer la portée statistique) est l'aboutissement du dernier moment jusqu'au terme duquel le salarié pouvait « tenir » dans l'entreprise. Il serait d'ailleurs intéressant de connaître le rapport ente précarisation de l'emploi, rupture du contrat de travail et santé de l'individu. Nous avons tous près de nous des salariés changé de statut qui connaissent des détériorations irréversibles de leur santé.

 

En France, aujourd'hui, la rupture conventionnelle est devenue une variable d'ajustement privilégiée dans le marché du travail. Au frais de la collectivité, et non des entreprises. Bien joué, le MEDEF ! Merci monsieur le Président !

« La rupture conventionnelle connaît un succès inquiétant. Le but de cette rupture qui était de rompre le contrat de travail à l’amiable dans un contexte de relation de travail apaisée a été totalement dévoyé. » écrit Maître Michele Bauer, avocate à la Cour. Elle a sacrément raison.

Nous sommes un certain nombre à le dire depuis longtemps.

°

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http://www.net-iris.fr/veille-juridique/actualite/28824/la-rupture-conventionnelle-entre-pas-dans-la-garantie-perte-emploi-associee-a-un-pret-immobilier.php

Tous les commentaires

"dévoyée" la rupture conventionnelle ?

elle n'aurait même pas dû voir le jour!

seule la CGT s'opposa à sa naissance.

Avec toute l'estime qui m'est accessible : va falloir suivre un cours de Co FoireFouille.

c'est à gerber et à "dégager" tant les individus auxquels vous tentez de vous adresser sont immunisés.

 

L'insulte est une bonne prise de conscience.

 

S'exciter sur le détournement d'un pseudo est la chose qui fait l'humour, qui fait l'échange, qui fait vivre.

Merci pour cette veille (quasi-sanitaire) de toujours ...

je vous en prie...

mais à vrai dire, elle n'intéresse pas grand monde... enfin moins que les déessekaneries...

sûrement pour se masquer la face en espérant que son voisin écope à sa place...

Pourtant, on les voit assez régulièrement au boulot, ces ruptures conventionnelles, ça plaît beaucoup, c'est évident .... et c'est bien de connaître aussi les points noirs que l'on n'imagine même pas !

c'est pourtant pratique la rupture conventionnelle.

quelqu'un m'a raconté (une jeune dame) que dans son entreprise, on l'utilise aussi beaucoup.

Dans cette entreprise, les salariées d'un service (celui de la jeune dame) sont tenues de casse-croûter ensemble une fois par semaine dans l'établissement, pour la cohésion du groupe, dit le chef. On doit apporter à manger. Or, un jour, la salariée à refusé d'y aller, ça l'agaçait, le principe. Son chef n'a pas été content et lui a dit que si elle ne venait pas il fallait quand même qu'elle apporte une victuaille pour les autres!

Puis, l'ambiance s'est gâtée.

Car, autre joyeuseté de l'entreprise, il y a obligation une fois par mois que tous les salariés du service" sortent ensemble en boîte". Pour la cohésion du groupe a décidé le chef.

Or, un jour, la même salariée n'a plus voulu s'y rendre.

Réaction immédiate: trois jours plus tard, son employeur la convoquait pour lui proposer une rupture conventionnelle...

elle a refusé... (elle refuse beaucoup, non ?)

alors, quelques jours plus tard, son employeur a trouvé qu'elle travaillait mal et l'a convoquée à un entretien pour la licencier...

Le clou de l'affaire: les reproches qui lui seront faits datent d'une période où la salariée était en congés, et remplacée....!!!!

Léon

Bonsoir et merci Léon pour cette "veille sociale" si indispensable.

Dans mon entreprise, une salariée est en passe de s'engager dans une rupture conventionnelle de contrat. ce que vous mettez en lumière là (contrat assurance prêt immobilier...) est un élément important.

En outre qu'entendez-vous par "indemnité de chômage différée" ?

Christopha Lasterle

pour info, le versement des allocations ne commence qu'apres :

-un différé congés payés, correspondant aux congés qui restait à prendre au salarié au moment de la rupture du contrat de travail.

-un différé spécifique, correspondant à la difference entre l'indemnité de licenciement (ou de rupture conventionnelle) touchée par le s

alarié, et le minimum légale de cette même indemnité

-un délai de carence de 7 jours.

christophe, Rage vous a bien répondu !!! j'y mets mon grain de sel...

très exactement, RAGE, merci de l'avoir indiqué:

il existe deux différés d'indemnisation :

- Un «correspondant au nombre de jours de congés qui résulte du quotient de l'indemnité compensatrice de congés payés versée par le dernier employeur, par le salaire journalier de référence....»,

- «...Ce différé est augmenté d'un différé spécifique en cas de prise en charge consécutive à une cessation de contrat de travail ayant donné lieu au versement d'indemnités ou de toute autre somme inhérente à cette rupture, quelle que soit leur nature, dès lors que leur montant ou leurs modalités de calcul ne résultent pas directement de l'application d'une disposition législative...»

En d'autres termes, le différé d'indemnisation en cas de rupture conventionnelle sera rallongé d'autant lorsque le salarié aura perçu un solde important de congés payés et une indemnité de rupture conventionnelle supérieure à l'indemnité légale de licenciement.

S'ajoute en outre à ce différé d'indemnisation un délai légal d'attente de 7 jours

léon

d'où l'intérêt pour le salarié de voir l'assedic avant de signer une rupture, car en fin de compte, tous comptes faits, il reconsiderera peut-être la chose...

je comprends mal cette discussion sur le différé d'indemnisation par rapport à la rupture conventionnelle, ce différé est valable pour toutes les formes de rupture hormis la démission, il n'y a donc pas de piège

la rupture conventionnelle est un moyen pour le salarié de quitter l'entreprise sans avoir à démissionner et donc de" bénéficier" de pôle emploi. Combien de salariés avant l'instauration de ce mode de rupture et ne voulant pas démissionner pour se retrouver sans ressources se sont mis en situation de faute pour enfin se faire licencier provoquant ainsi une ambiance impossible dans leur société ?

la rupture conventionnelle obéit à une procédure bien spécifique, il y a des entretiens de prévus au cours desquels le salarié peut se faire assister comme dans un licenciement avant de signer la rupture, ensuite un délai de rétractation de 15 jours est prévu et encore un délai de 15 jours pour homologation par la DIRECCTE et une fois le salarié parti celui-ci a 1 an pour éventuellement saisir un conseil de prud'hommes pour faire reconnaitre une procédure abusive, alors voyez vous je ne comprends pas bien cette polémique, désolé

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