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après la masturbation et la jouissance en littérature, aujourd'hui: l'éthique de la sexualité
« De DSK à Berlusconi, de John Terry à Paris Hilton, les comportements sexuels "hors-normes" n’ont pas fini de faire couler de l’encre. Mais en vertu de quels principes moraux acceptons-nous, ou condamnons-nous, certains comportements sexuels ? C’est à cette question que tente de répondre le livre de Norbert Campagna, achevant de prouver, s’il en était encore besoin, que l’inimitié supposée par Nietzsche entre philosophie et sexualité n’a rien d’inéluctable.
Se basant sur une bibliographie importante et variée, notamment anglo-saxonne, l’auteur réussit néanmoins à faire entendre sa voix en proposant sept principes pouvant fonder une éthique de la sexualité : la nature, la modération, le consentement, l’égalité, l’autonomie, la dignité, et la perfection. S’attelant chaque fois à offrir une définition aussi claire que rigoureuse de chaque principe et à l’appliquer à la sexualité, l’auteur en vient à formuler des impératifs moraux découlant de l’acception de chaque principe.
Par exemple si l’on prend comme principe fondateur d’une éthique de la sexualité l’égalité, l’auteur en fournit quatre versions, selon le type d’égalité en jeu.
Premièrement, l’égalité devant le non, dont l’impératif serait : "lorsque tu recherches le plaisir sexuel avec une autre personne, mets entre parenthèses ton pouvoir de nuisance, de sorte que cette personne puisse se dire qu’elle ne risque pas plus en te disant non que toi tu ne risquerais en lui disant non si c’était elle qui te sollicitait !" ;
deuxièmement, l’égalité devant les risques, qui conduit à l’impératif suivant : "Dans ta recherche du plaisir sexuel, fais toujours en sorte que la personne avec laquelle tu recherches ce plaisir ne risque pas plus en disant oui que toi tu ne risques en disant oui !" l’auteur pensant ici en particulier aux risques de grossesse et de MST ;
troisièmement, l’égalité du désir : "Ne recherche le plaisir sexuel qu’avec une personne qui éprouve le même désir que toi pour la recherche de ce plaisir !" ;
et enfin l’égalité du plaisir : "Lorsque tu recherches le plaisir sexuel avec une autre personne qui le désire autant que toi, aies toujours l’intention de lui procurer le même plaisir qu’elle te procure !" .
Pour chaque impératif, l’auteur évoque les problèmes que son application pourrait poser, ainsi que les cas qui nécessiteraient une exception (quid des personnes prostituées qui ne veulent pas éprouver de plaisir ?). Il précise également quelles versions du principe d’égalité ont ses faveurs (l’égalité du pouvoir de nuisance) et lesquelles il juge trop fortes (l’égalité de désir).

Très accessible, rigoureux, drôle parfois, le livre de Norbert Campagna a donc tout pour plaire, ou presque… Trois choses m’ont manqué à sa lecture, qui ne sauraient toutefois ternir la qualité de l’ensemble.
Premièrement les références aux morales religieuses, pourtant présentes, sont presque toutes basées sur le christianisme, l’islam étant évoqué au détour d’une phrase pour nous dire que le plaisir sexuel y est glorifié, les autres religions ou spiritualités étant complètement passées sous silence. Qu’une éthique de la sexualité choisisse d’ignorer ce que les religions en disent ne me paraît pas le moins du monde gênant (au contraire), en revanche qu’elle fournisse un tableau aussi peu diversifié de la chose me paraît plus embêtant.
Deuxièmement, les cas de contradictions éventuelles entre les principes ne sont à mon sens pas assez clairement définis. L’auteur nous dit dans son introduction que d’après lui, "une éthique de la sexualité doit tenir compte des aspects de la dignité, de l’égalité, de l’autonomie, du consentement et de la modération", excluant donc seulement ceux de la nature et de la perfection, qu’il traite cependant tout aussi rigoureusement, mais aucune hiérarchie n’est proposée entre ces principes, et si de possibles conflits entre ces différentes éthiques sont évoquées, l’auteur ne s’y attarde pas.
Troisièmement, et quoique l’auteur s’en dédouane dans une note de bas de page, expliquant qu’une éthique des fantasmes sexuels ne saurait trouver sa place que dans une éthique des vertus , l’on regrettera que dans un domaine où l’imaginaire tient une place si importante, l’auteur ne s’intéresse qu’aux actes. Cet oubli, quoiqu’apparemment volontaire, est d’autant plus gênant que certaines formulations d’impératifs semblent bien entrer en contradiction avec le fait de nourrir certains fantasmes : ainsi du principe d’autonomie, "Dans ta recherche du plaisir sexuel, sois toi-même et permet à l’autre d’être soi-même !" , ce principe n’est-il pas violé si je m’imagine être Rett Butler dans les bras de Scarlett O’Hara, ou en moins rose-bonbon, si j’imagine abuser de l’autre, quand bien même ce fantasme ne se traduit pas en actes ?
Un autre principe qui semble pouvoir être violé par l’existence des fantaisies sexuelles est celui du consentement éclairé, même si là encore l’auteur est bizarrement silencieux sur le sujet.
Écrivant que "toute personne qui veut accomplir un acte sexuel avec une autre personne est tenue de révéler à cette dernière toutes les informations dont on peut plausiblement admettre qu’elles pourraient avoir une influence décisive sur la décision de l’autre personne d’accomplir l’acte", l’auteur n’en donne pourtant que des exemples factuels : révéler que l’on est marié, que l’on ne cherche pas à s’engager à long terme, que l’on est séropositif, etc. opposant ce dernier fait à celui de détester les escargots, pour bien montrer qu’il n’est pas besoin de tout savoir de son partenaire pour aboutir à un consentement éclairé, ou du moins qualifié, mais simplement de disposer "de toutes les informations qui pourraient être susceptibles de [nous] faire changer d’avis".
Si l’auteur n’aborde pas la question des fantasmes sexuels, il semble pourtant assez évident qu’une personne est susceptible de changer d’avis si elle apprend que son partenaire imagine avoir une relation sexuelle avec, au choix, Julia Roberts, une jument, son "ex", un enfant, etc. Quand bien même la fantaisie ne s’appliquerait pas à son identité à elle, elle pourrait également refuser d’avoir une relation avec quelqu’un qui s’imaginerait être quelqu’un de différent pendant l’acte.
Sans donc rentrer dans les méandres d’une éthique des vertus ne s’intéressant qu’à la réalisation de soi, il me semble que la prise en compte des fantasmes sexuels était possible, et souhaitable, même au sein de l’approche principalement déontologique choisie par l’auteur ».
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(illustration issue de l'article initial)
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Titre du livre : L'éthique de la sexualité
Auteur : Norbert Campagna
Éditeur : La Musardine
Collection : L'attrape-corps
Date de publication : 02/04/11
N° ISBN : 2842713974
Norbert Campagna, docteur en philosophie habilité à diriger des recherches, est professeur-associé de philosophie à l'Université du Luxembourg et professeur de philosophie au Lycée de Garçons Esch. Ses domaines de recherche sont la philosophie politique, la philosophie du droit et l'éthique appliquée. Il est l'auteur d'une vingtaine de livres.



Tous les commentaires
les tiques ?
Bonjour Fatarella,
Très intéressant, votre billet. Nous sommes là au coeur du problème: la ligne de partage entre la philosophie et ...la psychanalyse.
La philo s'intéresse à l'éthique ( les actes) , la psychanalyse au fantasme.
Or, par définition, le fantasme est indicible : il est même souvent non conscient; comment pourrait-il dès lors se parler ?
L'imaginaire peut se mettre en mots( des images peuvent être décrites!) , pas le fantasme.
Nous aurons l'occasion d'en reparler
!
ce n'est pas trop certain que nous en reparlions profondément.
femme au foyer, timide, soumise, je fantasme peu, même de façon inconsciente; ce qui explique que Lacan me manque, et que je regrette que Roudinesco - qui ne rate pas une occasion de nous divertir - vienne nous donner du goupillon à son sujet.
j'ai par ailleurs été très marquée par ce que j'ai pu lire recemment sur Médiapart sur la masturbation et le la jouissance, tellement je ne pensais pas que mon abonnement englobait un paquet cadeau qui toucherait mon intime de lectrice.
En ce sens, Bayrou pourrait, plus présent dans ce média, servir de contre poids. Tant il ne m'émeut pas, si vous voyez ce que je veux dire...
rien ni personne ne m'empêchera pas de lire un peu (en cachette)
@ Fatarella,
Permettez-moi d'analyser votre réponse:
"femme au foyer, timide, soumise et je fantasme peu"
Alors,, on se défoule sur Mediapart ? Et puis là, vous semblez confondre "fantasmer" et " imaginer", ce n'est pas la même chose
On va y arriver, ma chère Fatarella !
vous sous entendez que, décrite ainsi par moi - ce dont en effet il faut se garder de mettre au jour ici au risque des pires mots - je doive obligatoirement m'adonner à un défouloir ? que Médiapart en serait un ? ... alors donc, c'est un billet à venir.
J'imagine que le fantasme peut franchir les portes des définitions pour laisser place au rêve.
on arrivera à rien si vous me brusquez
cela devient chaud sur ce fil
Oui, Koszayir,
Va falloir demander à Eva de rafraîchir l'atmosphère...
En bonne fille du nord, elle devrait y arriver
participatif, KOSZAYR...
Les toc(s) ?
Bonjour FATARELLA,
N'ayant pas lu le livre je ne peux que commenter la représentation que je m'en fais au travers de votre commentaire (ainsi qu'éventuellement votre commentaire, mais ce ne sera pas le cas : je le trouve clair et je me reconnais dans votre façon de penser).
En fait, la principale question que me pose la sortie de ce livre est la motivation de l'auteur. Pourquoi une éthique de la sexualité ? Une manière de s'exprimer par rapports à la médiatisation régulière de crime sexuels ? Une proposition pratique de mise en oeuvre d'un ordre nouveau, le sien ?
l’on regrettera que dans un domaine où l’imaginaire tient une place si importante, l’auteur ne s’intéresse qu’aux actes.
Je tends à penser que c'est parce que la distinction entre morale et éthique est que l'éthique se veut débarassée des "superstitions" qui justifient l'existence de la morale (le plus souvent héritées des religions). Cela laisse supposer que l'auteur a souhaité rester dans une posture de philosophie de l'éthique sans introduire de conceptualisation du Bien et du Mal. Une sorte de "philosophie de la pratique".
Votre questionnement quant à la place (manquante) de l'imaginaire et des fantasmes traduit à mon avis les limites même de l'ouvrage. L'univers intérieur qui régit notre Désir est un enchevêtrement de représentations dans lequel se combinent symboles et frustrations au service de nos pulsions. L'éthique ou la morale ne relèvent que d'un sur-moi aux pouvoirs limités...à la culpabilisation. Aborder le poids de l'imaginaire dans la sexualité, ce serait investir un champ de réflexion ou l'interdit est susceptible de générer du Désir, ou la Douleur est parfois trop ancrée dans l'histoire de la psyché pour être dissociée du plaisir.
Que devrais-je faire face à celle que je désire et qui me demande de la fouetter ? Soit c'est un désir qui est le mien et tout va bien, soit ce n'est pas le cas et nous sommes, elle et moi, frustrés...
"Pourquoi une éthique de la sexualité ?" vous y répondez aussitôt: c'est une "proposition pratique de mise en oeuvre d'un ordre nouveau". Sans ordre, par exemple dans l'entreprise, où irait-on ? Si vous êtes chef d'entreprise, vous devez me comprendre à demi mots et acquiesser. (hors postures obligatoires et réglementaires)
c'est en quoi la sexualité dans l'entreprise doit être abordée par de vrais syndicalistes et les chefs d'entreprise, dont le bon sens écartera toute tentative pendant et sur les lieux du travail, d'une personne qui suggèrerait comme vous de "faire face à celle que je désire et qui me demande de la fouetter". Fouetter dans l'entreprise ?
je ne méconnais pas votre dernier constat, celui de la frustration. Le syndrôme du distributeur de café, dit-on dans les milieux exposés.
Fouetter dans l'entreprise ?
Merci de pardonner mon audace. A propos de pratiques sexuelles, je ne pense pas spontanément au contexte de l'entreprise. Mon coté "vieux jeu" sans doute.
samines,
je ne savais pas...
mais si vous avez fait écrire cela dans le règlement intérieur, ça fera discuter à l'inspection du travail.
cela dit, il existe de très jolis fouets pour chiens de chasse...
seyants... adaptables...
un coup je te donne la prime de 1000 euros, deux coups vous m'augmentez le salaire de base de 5 euros...
Il faut penser à tout samines ... je pense en effet qu'un salarié doit se sentir concerné par ses fonctions (le sens du devoir). Dans un sex shop ou une boutique d'articles sado-maso il faut bien tester les articles avant d'en faire profiter la clientèle. Parler de ce qu'on connaît sans attendre que le patronat vous y incite.
Le nom de la collection et de l'éditeur est en soi tout un programme, non ?
Voir ICI, le billet sur "Le plaisir solitaire de soeur Emmanuelle" du 23/10/2008.
!
le lien ne fonctionne pas.
Oui, corrigé, voir ICI.
joli et frais billet que votre billet
merci
cadeau
merci à vous!
là où il y avait Eugène, il y avait toujours du plaisir, KOSZAYR
et le femmes d'alger dans leur appartement étaient bien regardables... mais pas si facile, dit celui-ci:
À la recherche des Femmes d'Alger dans leur appartement...(Delacroix 5.)
Je suis dans l'embarras : je ne sais pas comment les regarder.
J'ai lu tout ce que j'ai pu trouver ou acheter et qui parlait de ce tableau. Mon parcours fut simple : les réactions des contemporains de Delacroix, les réactions et re-visions de ce tableau depuis... jusqu'à aujourd'hui. On est surpris de découvrir à quel point ce tableau n'a pas arrêté de stimuler et déclancher références, interprétations, réévaluations, reprises, réactivations. Force est de constater combien ce tableau a fait couler d'encre...de discours sur... mais avec une constatation qui n'est pas anodine : À part deux cas (Assia Djebar déjà citée, et une peintre algérienne dont je parlerai demain), il s'agit toujours de Mecs .
Ces femmes regardons les alors.
Cette page me demande un gros effort. J'ai repoussé tant que j'ai pu de parler des femmes. Cela fait quinze jours que je les regarde toutes les 4 et qu'elles ont pris possession de ma tête. J'ai du mal à les voir.
Je ne sais pas quoi en penser et à vrai dire, si je trouve ce tableau magnifique, ce n'est pas à cause des femmes mais de la peinture. En fait je suis très mal à l'aise pour en parler et en dire quelque chose.
Un certain doute m'envahit, car pour moi, et malgré son titre, les femmes qui y figurent n'en sont pas le sujet.
Comme j'ai essayé de le montrer dans la page précédente, pour moi ce tableau dépasse le prétexte d'un sujet. Son seul propos est la peinture. Etant basé sur des notes, trois ans après, je n'y vois aucun documentaire ni reportage...j'y vois l'annonce et le pressentiment de l'impressionnisme à venir. Pour moi Delacroix ne cherche qu'à reconstruire ses impressions vécues lors de ce voyage, LE voyage de sa vie.
Mon problème est donc aussi celui-là : puis-je parler de ces femmes sans que cela soit forcément un regard de mec ?
Aussi : peut-on parler de ce tableau sans se l'accaparer et le mettre " à son profit " ?
Ma recherche montre en tout cas, qu'il a le " dos large ", et qu'il a été (et est toujours, on le verra demain) très " exploité ".
J'en arrive même à penser que son succès à travers le temps provient justement de cette capacité qu'il a à absorber tout discours, son potentiel de pouvoir encaisser et supporter toutes les interprétations, (ce que l'on pourrait dire autrement en disant qu'il s'adresse directement et fascine notre inconscient, comme le souligne Assia Djebar : "si le tableau de Delacroix inconsciemment fascine, ce n'est pas en fait pour cet Orient superficiel qu'il propose, dans une pénombre de luxe et de silence, mais parce que, nous mettant devant ces femmes en position de regard, il nous rappelle qu'ordinairement nous n'en avons pas le droit. Ce tableau lui-même est un regard volé", Livre de poche p.243).
Que voit-on d'elles et que peut-on (en) dire ?
Que peut-on (en) imaginer, inventer, fantasmer ?
Dans le doute et par honnêteté, j'ai demandé à quelques amies autour de moi comment elles les voyaient, elles, ces femmes...et j'ai essayé de confronter leurs regards au mien .
Tous nous séparons celle de gauche, des deux du milieux et de la servante noire, les trois premières étant femmes du harem, allongées ou assises sur se sol, immobiles, la dernière étant leur servante noire.
- Elle ne s'occupe pas des deux autres en tout cas,
- Elle est lascive, elle attend,
- Quelqu'un ?
- Non pas forcément, elle attend que le temps passe...
- Oui, elle s'ennuie,
- Peut-être, mais elle a quand même un certain sourire...
- Je n'ai pas dit qu'elle était triste...et puis elle a peut-être des pensées un peu guillerettes ...
- Non, je ne crois pas, elle se repose, elle rêve, elle s'évade. mais je ne la sens pas attendre quelque chose ou quelqu'un...Elle est dans une attitude d'analysant chez un psy...
- Elle n'est pas complice des deux autres, ça se trouve même, elles l'énervent, d'où son espèce de moue...
- Elle ne s'est pas déchaussée comme les deux autres...
- Mélancolique alors ?
- oui je sais, c'est à la mode, ça va remplir le grand Palais...
- Moi je ne suis pas d'accord qu'elle nous regarde...si on regarde bien ses yeux, ils ne nous fixent pas, son regard part légèrement vers la droite... entre nous et la servante...
- Son regard va dans le vide alors, ç'est peut-être ce qui la rend encore plus triste...
- abandonnée, à l'instant présent...
- ou soumise dans cet instant.
- Ce sont deux complices, surtout celle de gauche qui se penche vers celle de droite...
- Oui, je pense qu'elle même peut-être amoureuse, vu son sourire...
- Ça y est, pourquoi pas deux lesbiennes pendant que tu y es... Et son mari ?
- Mais l'un n'empêche pas l'autre...
- Moi, je vois plutôt deux femmes qui souffrent,
- Qui souffrent ?
- Oui, surtout celle de droite... Elle ne supporte plus cette vie de captive et de s'évader en fumant... parce que dans le narghilé, on peut mettre ce qu'on veut... oui, résignée vraiment... elle en a les yeux presque fermés même. On peut même croire qu'elle est au bord de lâcher l'embouchure du tuyautellement elle est fatiguée. L'autre souffre aussi mais en compatissant.
- Moi, je ne les vois pas bien ces femmes, je ne comprends rien à la scène, ce sont comme des objets...Regarde, au sol, les babouches, la pince, le corps du narghilé, le brasero, tout ça c'est une nature morte en fait, et les femmes en font partie... il avait d'ailleurs ramené de son voyage des objets comme ça...
- Tu les trouves belles ?
- Non, pas spécialement... leurs vêtements oui, mais c'est Delacroix le couturier... et il a les moyens... et tous les matériaux sur sa palette...
- Ce n'était pas la volonté de Delacroix de peindre de belles femmes...Il voulait surtout peindre le souvenir de ses sensations, des odeurs, des couleurs, des éclairages... Les femmes d'Alger dans leur appartement, c'est juste un titre.
- Pour Delacroix, oui bien sûr,
- Mais pas forcément pour le spectateur du tableau !
- C'est là toute l'ambiguïté de l'oeuvre d'art en général. L'artiste propose, le spectateur dispose. Je comprends bien sûr qu'Assia Djebar, qui se présente elle-même : "... comme simplement une femme-écrivain, issue d’un pays, l’Algérie tumultueuse et encore déchirée. J’ai été élevée dans une foi musulmane, celle de mes aïeux depuis des générations, qui m’a façonnée affectivement et spirituellement, mais à laquelle, je l’avoue, je me confronte, à cause de ses interdits dont je ne me délie pas encore tout à fait. " (cf texte complet de la conférence Idiome de l'exil et langue de l'irréductibilité), ne voit pas la même chose que moi dans ce tableau, né à Suresnes et élevé en Normandie.
Que pense t-elle de ces femmes assises qu'elle regarde et auxquelles elle va peut-être dire quelque chose ?
Sa vivacité fait ressortir la passivité des autres femmes.
Elle représente peut-être finalement une sorte de liberté (de mouvement au moins) dans cette pièce fermée (à part des portes ouvertes...sur un placard !). Comme on dit, elle semble vaquer à ses occupations, alors que les autres sont là, oisives, passives, au bord de la somnolence.
La scène n'est pas réaliste : on sait que dans les harems les femmes discutaient, brodaient, tissaient, s'occupaient de leurs enfants...de même ce qui est peint derrière elle sur un tableau ou une planche : ce ne sont juste qu' arabesques décoratives pour faire penser à une écriture arabe, qu'elles ne sont pas, et qui seraient blasphématoires.
L'ambiance est feutrée, silencieuse, invite à une certaine somnolence, voire sérénité ordonnée par les formes et les couleurs. Delacroix invente et construit, à partir de croquis variés, une scène totalement fictive, (ce qui n'empêche pas que pour certains elle puisse avoir bien sûr un pouvoir symbolique et être très signifiante).
Mais on s'aperçoit bien que ces femmes ne peuvent pas à elles seules expliquer le succès et l'importance de ce tableau. L'article nécrologique, suite à la mort du peintre,Baudelaire écrit " Un tableau de Delacroix, placé à une trop grande distance pour que vous puissiez juger de l'agrément des contours ou de la qualité plus ou moins dramatique du sujet, vous pénètre déjà d'une volupté surnaturelle. Il vous semble qu'une atmosphère magique a marché vers vous et vous enveloppe. Sombre, délicieusepourtant, lumineuse, mais tranquille, cette impression, qui prend pour toujours sa place dans votre mémoire, prouve le vrai, le parfait coloriste. Et l'analyse du sujet, quand vous vous approchez, n'enlèvera rien et n'ajoutera rien à ce plaisir primitif, dont la source est ailleurs et loin de toute pensée secrète."
" Il est évident qu'à ses yeux l'imagination était le don le plus précieux, la faculté la plus importante, mais que cette faculté restait impuissante et stérile, si elle n'avait pas à son service une habileté rapide, qui pût suivre la grande faculté despotique dans ses caprices impatients. " précise Baudelaire dans le même texte.
Les réactions suscitées par ce tableau, sont en fait, pour simplifier, de trois natures différentes :
- en tant que tableau de peinture et oeuvre d'art,
- face au sujet représenté : des femmes dans un harem, lieu habituellement interdit.
- comme objet produit s'incérant dans un contexte historique particulier, à savoir celui de la colonisation de l'Algérie par la France. Il ne faut pas oublier que quand Delacroix est passé à Alger (ces célèbres jours du 25 au 28 juin 1832), cela fait à peine deux ans (5 juillet 1830) que les Français avaient conquis Alger et la Kasba.
Quand il le présente au Salon, en 1834, le célèbre Ab Del Kader avait proclamé le jihâd contre les Infidèles, le canon tonne et Alger est à feu et à sang...
Merci, Fatarella...
On se cultive, chez vous
.C'est une énigme, ce tableau. Jadis, il m'agçait... ce côté lascif sans doute, qui s'opposerait au féminisme actuel...
Et à y regarder de plus près...la femme de gauche qui n'a pas les m^mes vêtements, elle semble plus digne, à l'écart des autres... Cette femme-là a pu être une femme " enlevée" ? LA première femme du sérail ? La plus cultivée, laissant les deux autres papoter de choses insignifiantes , tandis que la servante, la seule en mouvement est active ( travaille ?).
En tous cas, merci pour cette analyse !
je n'y suis pour rien, pour le tableau (pour le reste non plus, d'ailleurs...)
donc, vous avez aussi ressenti ce "malaise" que mentionne le commentateur... c'est toujours pareil: de quel côté se place t on ? et pourquoi faire ?
merci qui, sous des abords border line ?
sinon, pour le fouet à samines, on fait quoi ?
vous pensez qu'il souffre ?
pourquoi lui ?
Hum, hum...(Je sens que ma réputation va en prendre un coup...de fouet?).
Tout d'abord, toutes mes félicitations pour votre commentaire, FATARELLA, je me suis cultivé. Merci, aussi, donc. Ma culture en matière d'arts plastiques est trop réduite pour que j'ose une appréciation, mais l'interprétation que vous proposez est pleine de sens.
Pour ce qui est du fouet, le seul dont j'use (et parfois abuse) est dirigé contre les grumeaux et autres particules qui ne veulent pas se mêler à d'autres. Je n'ai pas le souvenir de les avoir entendu râler, elles se noient dans la dignité et la communion d'objectif, donc.
La question "pourquoi lui ?" est excellente. D'ailleurs, je me la pose aussi...
ne vous la posez plus, samines, vous êtes trop sympathique, même si vous vous servez d'un fouet à battre dont les cordons semblent en carbone, ce qui est une marque de modernité.
ça fait de l'excellente chimie à la cuisine
évidemment, tout dépend de la récépiendaire, de ses aptitudes naturelles en entreprise, et selon la structure de ses composés tensioactifs (tête hydrophile, queue hydrophobe)... en résultera une sacrée mayonnaise...
c'est aussi ça l'éthique de la sexualité... on est en plein le fil...
félicitations, samines.
(mais si je puis me permettre, le lieu et le véhicule laissent des traces...)
(voyez samines comme médiapart libère: je n'aurais jamais parié que j'aborderais sans la honte aux joues la fonction de la tête hydrophile... comme quoi, 9 euros, ce n'est rien, et en tout cas moins cher que le tranxène)
Tiens, la " communion d'objectif" , ça donnerait des idées à certain(e)s dans le marigot , peut-être ?
Oui, bats-moi, bats-moi... J'en entends une, qui se plaint d'inaction chez l'autre jouer du fouet ...
Vous croyez que TF1 sera là ?
je sens bien que vous évoquez samines, netmamou...
mais il a écrit qu'il n'est pas une fille...
QUI a écrit ça ?
samines lui même ! il est bien placé pour le savoir !
ou vous mettez en doute quoi ?
Je persiste et signe : samines est de genre masculin. Auriez-vous fréquenté plus que de raison les MMORPG's, Netmamou ? Il est vrai que sur ces plate-forme de jeu, la proportion de garçon qui ont un avatar féminin est assez impressionnante. J'avais lu un truc là-dessus qui expliquait que les hommes fabriquaient ainsi leur "femme(s) idéale(s)". Je dois être en paix avec mon "anima", alors.
évidemment, tout dépend de la récépiendaire, de ses aptitudes naturelles en entreprise, et selon la structure de ses composés tensioactifs (tête hydrophile, queue hydrophobe)... en résultera une sacrée mayonnaise...c'est aussi ça l'éthique de la sexualité... on est en plein le fil...
Je dois une confession : je n'avais pas restreint l'ouvrage à la sexualité dans l'entreprise, qui me semble surtout être le théâtre de l'amour du travail bien fait. Mais le sujet laisse des traces, entre le bureau de la tentation tel que le décrit le Figaro et un livre témoignant du caractère aphrodisiaque du bureau, il va falloir aménager des maternités dans toutes les zones industrielles.
(mais si je puis me permettre, le lieu et le véhicule laissent des traces...)
En ce qui me concerne, je n'ai pas l'habitude de ne pas assumer, donc objection invalide.
(voyez samines comme médiapart libère: je n'aurais jamais parié que j'aborderais sans la honte aux joues la fonction de la tête hydrophile... comme quoi, 9 euros, ce n'est rien, et en tout cas moins cher que le tranxène)
Et si on faisait une pétition pour le remboursement de Médiapart par la Sécurité Sociale ?
C'est d'un compliqué entre les bleus et les blancs et les commentaires que j'ai déjà lu au moins trois fois, vous m'excuserez Fatarella de mettre ici un joli dessin que je voulais vous offrir à propos de Lacan ... je me demandais s'il avait influencé les marins ?
le dessin ne se colle pas (c'est le bouton rouge qui ne veut pas) alors ne tenez pas compte de mon commentaire ... c'était de très jolis noeuds.
nouvelle ici, je comprends, Léon, vos difficultés.
concernant Lacan, inutile de me faire un dessin: Roudinesco dit qu'il voulait avoir un enterrement catholique, alors je suis sûr que ce n'est pas vrai !!!! elle fait tout pour faire parler d'elle.
Léon Chenouillard, la sexualité en entreprise, ça vous a crée des problèmes ?
Oui, le problème en tant que représentant syndicaliste indépendant c'est d'être à l'écoute de tous les problèmes. Le harcèlement c'est parfois sexuel, parfois non.
voulez-vous insinuer grassement que ça dépend de quel côté on se place ?
Fatarella, vous n'êtes plus dans mes contacts ... vous étiez la première. Pardon si je vous importune.
non, il y a eu peut être un probleme technique
Samines, c'est quoi les MMORPG's ?
Et puis, je sais bien que vous êtes de genre masculin! Vous étiez parti, vous être revenu, mais vous n'avez pas changé de sexe... En tous cas, vous n'en avez pas fait état sur votre blog !
Bonns soirée, samines.
"je sais bien"
"vous n'avez pas changé de sexe."
drôlement bien renseignée !!
Juste l'observation de l'accord des participes passés
@netmamou
Samines, c'est quoi les MMORPG's ?
MMORPG = Massively Multimédia Online Rule Player Game soit en français des jeux de role multijoueur en ligne. Exemple le plus connu = World Of Warcraft (WoW pour les intimes), 12 millions de joueurs en 2010 (répartis sur les cinq continents). Dans ces jeux, vous créez puis incarnez un héros...ou une héroine. Pour y avoir jouer de nombreuses années (sous le pseudonyme d'Ecureuil Endormi, mais très peu sur WoW), je peux dire qu'il s'agit de lieux virtuels à mi-chemin entre les tchats, les forums et les jeux d'arcade (en 2D ou en 3D). Etrangement, la majorité des personnages sont de genre féminin. Leurs "géniteurs" sont des hommes dans (parait-il) plus d'un cas sur deux...
Bonne soirée netmamou
J'en apprends des choses ici
Merci Samines
"Leurs "géniteurs" sont des hommes dans (parait-il) plus d'un cas sur deux..."
Là, je crois qu'il faudrait en causer à un psy...
Que des hommes transgressent leur sexe dans le virtuel, c'est étonnant. Qui plus est dans des jeux guerriers... Nostalgie des femmes guerrières ? Ou référence à la toute-puissance de leur môman ? Manière d'exorciser la puissance supposée des femmes ?
Ou encore, peur de créer un super-héros hyper masculin, à côté duquel le joueur se sentirait petit garçon ?
Voilà... Mon imagination galope
Voilà qui nous ramène au sujet de ce fil.
J'avais lu une étude sur ce sujet, faite au Québec par des psychologues et des sociologues qui s'étaient spécialisés dans les "relations internautiques". Ils disaient que le choix d'un avatar féminin (aux formes naturellement généreuses à à l'habillement sexy) par une personne de genre masculin était une façon de représenter leur(s) femme(s) idéale(s) (on peut avoir plusieurs avatars avec un seul compte de jeu).
Il faut croire que je vis en paix avec mon "anima"...
Puisque j'en suis à évoquer les MMORPG's, il faut signaler que les éditeurs stimulent cette sexualisation, soit en proposant des morphings (logiciel de composition du visage et du corps de l'avatar) très élaborés (et même étonnants de réalisme), mais aussi en permettant de faire effectuer à l'avatar des mouvements qui n'ont pas grand-chose de guerrier (danse, clins d'oeil ravageur, manifestations affectives, bras d'honneur...). Au point qu'il n'est pas rare d'observer dans ces univers virtuels des mariages virtuels entre deux avatars...
@ samines,
On serait donc en présence de la traversée du fantasme !
Miracle de la technique... la réalité ne paraît-elle pas fade, après ça ?
la réalité ne paraît-elle pas fade, après ça ?
Il y a des joueurs qui sont complètement accros au point d'aménager leur vie autour du Jeu. Les éditeurs font aussi beaucoup d'efforts pour renouveler les univers (nouveaux "mondes" à visiter). Je crois que ces jeux peuvent être des symptômes de fuite, aussi. Mais je dirais d'abord que ce sont des auberges espagnoles un peu particulières, on y trouve ce que l'on y apporte de névrose...
Et une fois de plus, ce que l'on y fait vaut moins que celles et ceux avec qui on choisit de le faire.
"Et une fois de plus, ce que l'on y fait vaut moins que celles et ceux avec qui on choisit de le faire."
Vous voulez-dire que c'est comme le Club de Mediapart, des frissons en plus ?
Vous voulez-dire que c'est comme le Club de Mediapart, des frissons en plus ?
Disons que la nature des joutes est un peu différente
. Là-bas tel(le) magicien vous affrontera avec ses sorts de feu ou de glace, ici tel pourfendeur croisera les mots avec vos commentaires ou billets. La possibilité de faire perdurer les échanges d'idées ne nait pas de la même façon, mais là-bas comme ici, il est des interlocuteurs/trices avec lesquel(le)s que l'on prend plaisir à croiser - quel que soit l'objet de l'échange - et d'autres dont on évite le chemin tant il semble que les mondes sont par trop incompatibles.
Des frissons ? Je n'irais quand même pas jusque là
, mais des moments d'authentique contentement, oui.