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« occupons le vote ! »
A moins de cent jours de l’élection présidentielle, la prise de position de la revue Vacarme, dans son numéro 58 tout juste livré en librairie est aussi sérieuse qu’amusante. Vacarme est une revue pluridisciplinaire, ancrée dans la pensée critique et les nouveaux mouvements sociaux.
"Souvenez-vous, c’est de cette mouvance, à partir d’Act up, que fut lancé en mai 1997 l’appel « Nous sommes la gauche », qui disait en substance : la gauche officielle ne gagnera pas les élections sans nous, parce que nous sommes la gauche réelle, celle des luttes au quotidien.
Quinze ans plus tard, Vacarme répond ici à la tentation de l’abstention qui trouve aujourd’hui bien des adeptes et ses théoriciens.
« Nous, Vacarme, déclarons que nos amis qui ne votent pas et s’en justifient (…) commencent à nous fatiguer sérieusement » Pour la petite quinzaine d’auteurs de cet éditorial, « l’abandon du vote n’est que l’envers de sa sacralité piégeante ».
Si « voter dans nos démocraties malades est un acte politique faible, déritualisé, sans enjeux décisifs vu la proximité des politiques suivies par les deux grands partis susceptibles de gagner », cela reste bien souvent « le dernier acte politique commun que l’on peut partager non seulement avec sa famille, ses voisins de palier, sa chef ou son boulanger. »
Alors oui, dit Vacarme suivant les pas de Gilles Deleuze, « à chaque élection le niveau de connerie collective monte, et particulièrement pour les élections présidentielles, écrasant toutes les distinctions subtiles sous une lutte des camps bien plus indigeste et mensongère que la lutte des classes et diluant toutes les propositions un peu novatrices sous une langue de bois ».
Mais, poursuit la revue en s’inspirant d’Ernesto Laclau, « aimer la politique, c’est assumer aussi un certain amour de la connerie, ou une certaine pitié pour les cons (y compris, et avant tout, tous ceux qu’on cache en soi), ou au moins une dialectique plus subtile entre l’esprit de finesse et l’esprit de connerie. A contrario, ceux qui refusent tout le rituel électoral et méprisent la bêtise et l’inculture de notre personnel politique, certes incontestables aujourd’hui, risquent non seulement de finir par nous dépolitiser complètement à force de raisonnements intelligents mais par ne même pas parvenir à cacher leur propre sottise (parce que crier « tous les mêmes », en termes de simplisme et de populisme, ça se pose là aussi). »
Face à toutes les bonnes raisons de ne pas voter, Vacarme s’en prend aux arguments moralisateurs : il faudrait voter parce que le vote a été conquis de haute lutte ou parce que sinon, c’est faire le jeu du choix majoritaire.
En disant « merde à la morale », la revue veut se situer du côté des raisons politiques. « Premier argument, écrivent les auteurs, le plus faible, mais le premier : votons en 2012 pour barrer la route à Sarkozy ».
Autre argument : « aussi paradoxal que cela puisse paraître, nos élus craignent le vote. Impossible alors de ne pas profiter de ce rare pouvoir qu’ils nous concèdent ».
Vacarme rappelle les propos du ministre François Baroin – les socialistes seraient rentrés « par effraction » au pouvoir en 1997 – ou les protestations politiques à l’idée de Papandréou de faire un référendum pour soumettre l’accord austère passé entre l’Union européenne et la Grèce.
Pour la revue, le vote ne serait qu’un moment parmi d’autres du combat politique, ce qui donne une « positivité stratégique » à cet acte dont on ne doit pas tout attendre – et donc risquer la désillusion des promesses non tenues.
Vacarme propose de voter pour des gouvernants sur lesquels les mobilisations sociales ont le plus de chance de peser et de se développer. « Voter à gauche, fut-ce pour des candidats un peu désolants, c’est donc choisir de restaurer un climat propice à la conflictualité sociale et aux engagements citoyens ».
Car, conclut cet appel, « on ne construit pas des rapports de force seul devant son téléviseur le soir des élections, mais en affirmant qu’occuper le vote est déjà un bon prélude pour occuper le terrain ».
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Texte publié sur le blog de Clémentine Autain


Tous les commentaires
Bonjour Fatarella.
Il fait beau par chez vous ?
Nan parce qu'ici (Poitiers) pas mal de nuages laissent penser qu'une pluie se prépare.
Ce qui est intéressant, c'est de voir combien la pluie est présumée désagréable lors des vacances mais estimée utile quand on travaille. Un peu comme le droit de vote. Il est estimé utile pour défendre un parti mais inutile lorsque les résultats de son utilisation vous dérangent.
A propos de F. Baroin qui est cité à la fin de ce billet, je ne sais plus sur quelle antenne il a récemment sorti cette fulgurance : "... être contre la finance, c'est idiot comme être contre la pluie, contre le froid ou contre le brouillard ...". Dans son esprit enfumé d'enfumeur, il serait donc idiot de chercher à nous protéger de la finance et du fléau néolibéral, ce que proposent F. Hollande et, plus encore, JL Mélenchon. Il faudrait lui rappeler que si le génie humain a su nous apporter le feu et le parapluie, il saura tout aussi bien venir à bout de la bêtise d'un F. Baroin qui semble trouver intelligent d'attraper des rhumes ou des bronchites sans chercher à se soigner. Moi, je lui proposerais de se mettre à poil et de rester dix ou quinze minutes sous une pluie battante par moins cinq degrés pour l'amener à comprendre qu'il n'est décidément pas à sa place comme Ministre de l'économie. Et qu'il est largement temps que lui et l'équipe de fumistes dont il fait partie laissent enfin la place à "des idiots qui se soignent" quand ils ont chopé la crève.
MERCI Fatarella pour cet étayage engagé...je suis d'accord, il faut voter. Le vote ne vaut pas comme "expression" de qqch, comme on ne cesse de le dire pour en diluer les effets, mais bien comme acte, sinon le premier, au moins le dernier du désir politique.
Je m'explique : on ne cesse de raccrocher le vote au droit, notamment au droit d'expression, et de s'épuiser en commentaires et en interprétations quant à son sens. Point d'orgue, les soirées électorales, qui masquent mal le vide politique. Cet interprétationnisme aigu a surtout pour conséquence de priver le vote de son poids de réel.
Pour les prochaines élections, le 1er tour aura lieu pendant que les 3 zones sont en vacances. Cela veut dire que l'abstentionnisme, quelles qu'en soient les raisons dont en réalité on se fiche éperdument, fait le jeu des professionnels de la politique.
Alors ? Alors il faut voter. Pas par peur du pire. Pas par respect religieux du droit chèrement acquis. Pas par espoir non plus. Non, le vote c'est bien plus simple que tout cela, c'est un acte : je sors de chez moi, je vais à la mairie, j'attends mon tour, je glisse un nom - ou rien - dans une enveloppe. Il faut soutenir cette dimension, même si le "choix" est grotesque, même si l'offre est frelatée. Il y a toujours le vote blanc qui cautionne la procédure en indiquant clairement le désaveu des candidats. Il n'est pas comptabilisé, mais il le serait s'il était majoritaire.
Après... les positions de campagne, pour X, contre Y... c'est autre chose.
@ H .Genet
Je vais aller voter pour que cesse ce que je ne supporte plus depuis cinq ans! J'espère après que nous allons reconquérir une citoyenneté active et non pas seulemenr déléguer des pouvoirs. "Le vote blanc n'est pas comptabilisé mais il le serait s'il était majoritaire" ?????
Euh.. évidemment s'il est pas comptabilisé, ben il est pas comptabilisé... J'ai voulu dire, ou plutôt je veux croire, qu'il est impossible qu'il ne soit pas chiffré par certains, officieusement, parce que le vote blanc matérialise sans conteste un désaveu... quand l'abstention a des causes indécidables. Mais évidemment, non reconnu, il ne saurait être important, on se déplace "pour qqch". On pourrait pourtant le constituer en force politique et en faire un levier...
Selon l'article L66 du Code Electoral, aucune forme de vote "non conforme" n'est comptabilisée. Est considérée comme conforme une enveloppe contenant le nom d'un seul candidat, sans sucre mention ajoutée.
Dansa version consolidée du 17 mars 2008 (donc après 2007...) il est clairement spécifié que ces votes blancs doivent être annexés au Procès Verbal de dépouillement mais pas comptés.
De mon point de vue, et très clairement, c'est un déni de démocratie avalisé par tous les partis politiques.
Exactement, un déni, merci pour la précision juridique, vous êtes une mine (
), déni matérialisé par le décompte (distinct du nul) et l'annexion au PV (donc on connaît les chiffres - je ne vois pas pourquoi les médias ne les réclament pas !!!), mais la non prise en compte. Concession de faussaire. En attendant ON connaît les chiffres : pourquoi les médias, les citoyens ne les réclament pas ???
Mais certainement qu'aucun parti constitué n'a intérêt à défendre l'officialisation des blancs : les petits qui risqueraient de se voir doubler par un vote blanc, humiliation suprême, les gros qui s'exposeraient à la contestation de la validité du vote...
Cela étant, je me prépare un papier blanc, et non une enveloppe vide, parce que voter reste un acte politique plein, et j'en distribuerai autour de moi...
l'annexion au PV (donc on connaît les chiffres
Que des chiffres existent ne fait aucun doute. Mais puisque leur comptabilité (des votes nuls / blancs / non conformes) n'est pas exigible pour la conformité du PV, ce même chiffre n'a qu'une véracité très...hypothètique.
Quant aux médias...Ils ont déjà du mal à trouver les chiffres de sondage qui vont bien, alors s'il leur fallait s'intéresser aux chiffrages qui ne vont pas, ils seraient être perdus.
Bonne journée Hélène
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@ Hélène Genet, vous dites :
Il y a toujours le vote blanc qui cautionne la procédure en indiquant clairement le désaveu des candidats. Il n'est pas comptabilisé, mais il le serait s'il était majoritaire.
Excusez-moi , mais comment pourrait-on savoir qu'il est majoritaire ce vote blanc, s'il n'est pas comptabilité, donc compté ?... Y'a comme quelque chose qui méchappe, là !
@ Annie Lasorne
C'est ce qui me semble en effet !!!
Ne pas perdre de vue l'essentiel, le vote est à deux tours : le vote UTILE du premier tour qui marque la couleur plus précise de l'engagement personnel , qui fera pression sur les deux premiers de la classe, dans un vote de Ralliement dont l'élu final se sait alors objectivement porté par des voix dissidentes qui ne peuvent être comptabilisées au crédit non-identifié d'un rassemblement mou et informe. C'est donc tout l'interêt de voter massivement au 1er tour pour son propre candidat , le poids de ce vote là indique les différents clivages et son report au 2ème tour en rend redevable l'élu.
Merci Fatarella d'insister, et surtout, surtout il faut lire en entier les arguments déployés dans le texte de la revue Vacarme;
il est compréhensible d'avoir envie de s'abstenir ou de voter blanc, mais y cèder ne fera qu'accentuer le peu de souveraineté qu'il nous reste; pour l'instant, c'est toujours la Vème République et en allant voter, cela sera peut être sa fin; peut être bien que oui, peut être bien que non; c'est bête, mais pour y arriver, il faut voter;
si on a vu peu de différences entre un gouvernement PS et un gouvernement UMP, peut-on croire qu'il en sera de même entre un façon " Le Pen" et un façon "Mélenchon" ?
Ça arrange toujours la droite, l'abstention, parce que les électeurs de droite, ceux qui le sont depuis toujours, eux iront voter.
J'aime bien le propos d'Ernesto Laclaux:
aimer la politique, c’est assumer aussi un certain amour de la connerie, ou une certaine pitié pour les cons (y compris, et avant tout, tous ceux qu’on cache en soi), ou au moins une dialectique plus subtile entre l’esprit de finesse et l’esprit de connerie.
Oui, c'est aussi ce que j'ai préféré, y compris la fin:
"A contrario, ceux qui refusent tout le rituel électoral et méprisent la bêtise et l’inculture de notre personnel politique, certes incontestables aujourd’hui, risquent non seulement de finir par nous dépolitiser complètement à force de raisonnements intelligents mais par ne même pas parvenir à cacher leur propre sottise (parce que crier « tous les mêmes », en termes de simplisme et de populisme, ça se pose là aussi)."
Moi z'aussi, Art Monica, je l'ai trouvé très bien, ce passage !
Ah ?
Hé bien au risque de m'attirer les foudres de tout le monde, je ne suis pas d'accord.
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Entre satisfaire à un "rite électoral" et dépolitiser une population, je fais une différence assez considérable : celle du militantisme pour des convictions qui ne sont portées par aucun parti.
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Quant à accuser de sottise de raisonnement ceux qui simplement se défient d'un système qui ne prend pas en compte plus de la moitié des citoyens (c'est à dire ceux dont le vote est déclaré nul ou blanc ou qui ne votent pas pour quelque raison que ce soit), je trouve que c'est un peu court. Ou plus exactement, c'est comme déclarer "tous pourris" à propos des élus...
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En ce. qui me concerne, "politiser" et "appartenir ostensiblement à un parti officiel" ne signifient pas la même chose.