Thématiques du blog
Mercredi des Cendres . Théâtre brut. Ouvrage mouvant. . encore . fatigue . mots . nuit . toujours . voyage
Partager
Augmenter
Réduire
Prison, enfermement, piége (social et politique) de l'aliénation et de la consommation, de l'esclavage et de l'hébétude.
01 Février 2012
Par
Fedor Aliouslowensko
Il y a une manière de s'en échapper : c'est de s'évader.

Tous les commentaires
Mais on ne peut plus s'évader. S'évader où ?
"Prison, enfermement..."
L'idée du communisme est le chemin de la sortie, c'est déja ne plus y être tout à fait.
Marc Tertre : là, par exemple.
Pour moi "l'idée du communisme" répugne à l'idée "d'évasion". En fait l'idée du communisme me répugne déja : le communisme n'est pas une idée (le lien renvoit à l'article éponyme d'Emmanuel Barrot dans la revue "Contretemps")
S'il s'agissait d'évasion, Marc, c'est de l'aliénation et de la consommation. C'est d'émancipation, qu'il s'agit. Et d'individuation, c'est à dire -peut-être peut-on le dire comme ça :- création de soi-même.
Dans le travail (je gagne de quoi vivre dans un milieu où beaucoup de gens, particuliérement les précaires, sont fortement incités à se confondre avec leur travail) il s'agit, au contraire de ce que veut ce systéme économique et politique, de ne pas se confondre avec sa fonction* ; de s'en libérer mentalement. Premier pas vers une libération ; se détacher mentalement des intérêts de l'entreprise et de l'emprise capitaliste quand elle vise des intérêts qui ne sont pas de bien commun.
Quant à l'idée du communisme... L'édition initiée par Yvan Najiels se nomme justement "Mille communismes". Certainement plus encore ; le communisme auquel je pense (l'idée que je m'en fais) ne vise pas à l'agglutinement moutonnier, mais, encore une fois, à une libération mentale, spirituelle. Il a partie liée avec un certain surréalisme, celui qui vise a à dépasser la croyance en ce qui paraît indépassable.
Je ne suis pas expert en astro et micro physique, mais ces domaines me parlent beaucoup. L'idée que je me fais du communisme est toujours de matérialisme (mais en examinant toute la matiére, jusqu'à ses limites de l'inconnaissable) dialectique (en multipliant les points de vue, comme en science on multiplie les expériences pour cerner une vérité ou une vraisemblance, toujours évolutive).
(Ps : j'ai commencé à lire l'article mis en lien. j'apprécie de relire le nom de Herbert Marcuse. mais je manque de temps -j'y reviendrai plus tard, la nuit prochaine peut-être- , je me suis arrêté à "dialectique")
*Leo Navratil a écrit un livre intéressant sur la question. Je n'ai malheureusement plus ce livre, ne peux donc en donner les références.
L'idée de "milles communismes" me plait aussi beaucoup. Il me semble même que c'est moi qui l'ai proposée à Ivan...
Je partage l'essentiel de ce que tu avances/ Ce qui me gène, c'est l'idée d'évasion en ce qu'elle implique qu'il y aurait un "ailleurs" où on pourrait s'échapper, alors que la libération doit se faire "ici et maintenant" Evidemment, avec des chaines mentales à abattre, nous sommes parfaitements d'accord... Mais peut être aussi mettons nous des mots différents sur la même chose ou pire encore appelons nous du même vocable deux choses différentes...
L'idée d' "évasion" m'est certainement venue parce que j'ai pris contact avec une jeune collègue qui s'est enfermée seule chez elle (dépression nerveuse grave) et "refuse" d'en sortir. Enfermement, emprisonnement : mais de quoi est-elle prisonnière ?
Je suis un peu "en vrac" ce matin encore et ne ferai que tenter de débrouiller l'écheveau complexe de sa situation (qui vaut comme acmé de tant d'autres) :
-originaire de la Creuse, "déracinée" pour trouver du travail, isolée, donc. Se retrouve dans une boîte moyenne, dans des conditions de travail difficiles (stress, manque d'air, charge de travail parfois énorme, bruit etc.), en binôme avec un autre collègue dans les mêmes conditions (originaire du Nord) qui finit par se suicider ( divorce compliqué, grande solitude morale, une balle dans la tête) : première dépression.
-reprend le travail. Deux ans plus tard, dans le cadre de son emploi, prend une mobylette et le jeune homme qui était dessus en plein dans le pare-brise de la voiture qu'elle conduisait : choc nerveux, deuxième dépression.
Ajoutons les "réorganisations" permanentes, etc. Tu connais le tableau "clinique", il est le même pour toutes les entreprises maintenant : la "ressource humaine" est la "variable d'ajustement".
Mais il y a autre chose : ce "je sais quoi", ce "presque rien" qui fait que certains tiennent le choc et d'autres non. Le peu que j'en sais, pour l'instant, c'est d'abord un grand manque de culture politique et philosophique, et la "pression sociale". Pour le moment la réponse à ce grand trouble intérieur est : bourrage pharmaceutique (le "Xanax", sorte de camisole chimique) et un gros écran de télé. Heureusement cet écran sert à voir des films de cinéma (beaucoup de films italiens de l'époque du néo-réalisme) et non pas comme robinet à émissions de décervelage.
Mais écrivant tout ça je ne fais que tourner autour de la surface du problème qui est d' "essence" psychique et "culturel".
"Cette ourse
continuait à tourner en rond
dans sa cage
bien qu'on en ait ouvert la grille
depuis longtemps".
Qu'est-ce qui fait que l'ourse ne voit pas que la grille est ouverte ?
Et quelle sorte d'évasion pratique-t-on quand on peint (comme elle le fait, et fort bien), écrit, joue d'un instrument etc. ?
Je suis, bien entendu, parfaitement d'accord avec toi : la libération doit, et ne peut, se faire que "ici et maintenant". Mais quel est cet "ici et maintenant" ? Où est-il précisément ? En peignant, en regardant les bons films de Rossellini, De Sica, etc. , elle s'évade. En allant voir ailleurs si j'y suis, dans un ailleurs géographique -voyage et non tourisme- je m'évade. Et sans doute que ces "évasions" ouvrent des perspectives. Et, je le sais par expérience personnelle, ces nouvelles perspectives enrichissent la réflexion (inutile de répéter que cette réflexion est forcément d'ordre "philosophique"-"politique" : qu'est-ce que je fous dans ce merdier ? ) et (là je parle surtout pour moi, pour mon itinéraire) coupe un peu des pratiques et pensées "politiques" syndicales habituelles, routinières. Nouvelle solitude, nouveau risque... Mais là, à ce point de la réflexion : qui est enfermé ? Celui-celle qui s'est évadée ou ceux-celles qui pratiquent la routine syndicale - politique ?
"Les chaînes mentales à abattre", voilà la chose dite.
"J'en ai tant vu qui s'en allaient, qui ne demandaient que du feu". (Eros Ramazzutti ou Louis Aragon ?)
Parce qu'il faudra bien parler d'Eros, aussi.
Le paradoxe, c'est que pour tant de gens désormais le communisme est synonyme d'enfermement.
Impossible de faire abstraction de l'histoire, du passé, qui pèse sur les mots et les idées.
.
Je préfère quand même réfléchir sur la tension possible encore aujourd'hui communisme/enfermement.
En faisant abstraction du passé et des systèmes étatiques/communistes (se disant communistes plutôt) :
qu'est-ce qui pourrait "faire enfermemement", qu'est-ce qui pourrait causer des craintes d'enfermement, dans l'idée du communisme, aujourd'hui ?
Je crois que contrairement aux deux siècles passés, nous vivons aujourd'hui dans l'illusion d'une liberté individuelle, d'une liberté d'entreprendre, qui, croyons nous, serait "barrée" par le communisme.
.
Là je manque de temps, mais l'idée derrière ça est celle de l'égalité :
Il y a toujours il y aura toujours une tension entre l'idée de liberté et celle d'égalité.
Par exemple, celui qui est créateur, celui qui a mis au jour une oeuvre (manuelle, intellectuelle, pratique, peu importe) est-il "égal" à un non créateur ?
Celui qui travaille à quelque chose, une tâche cllective ou individuelle - celui qui participe à al création, est-il égal à celui qui n'y participe pas, qui peut-être en désire pas y participer ?
Il y a une crainte de l'égalisation, qui serait à regarder sans a priori.
.
Autre idée sous-jacente : la relation fraternelle :
Dans une famille, des frères et soeurs sont-ils égaux ? en droit, peut-être , mais du point de vue de ce qui compte si fort pour la construction du psychisme, l'amour, sommes nous égaux ?
L'aspiration à la liberté, comme l'aspiration à l'égalité, pour moi ne sont pas "également" distribuées en chacun de nous : le désir intervient (au sens de désir qui nous construit selon nos expériences individuelles de base).
.
Aller vers plus d'égalité ; construire des pratiques plus égalitaires : tout cela c'est ma conception du communisme. Et de la politique.
Mais je pense qu'il n'y a pas grand chose de naturel là dedans, pas de principe naturel sur quoi compter, pas de sens à l'Histoire. Et que peu de personnes sur terre y aspirent.
C'est ce que je pense de l'empathie, et des "facultés" ou "capacités" (penchant? inclination?) d'empathie.
Tout le monde n'a pas le même caractère, et les petits faits de la toute-petite enfance, ceux qui conditionnent souvent irrémédiablement tout le reste, sont uniques certes, mais c'est cette unicité même qui nous est si commune, que nous partageons tous si intimement égalitairement.
Je n'ai pas besoin d'avoir plus d'empathie que mon voisin, je n'ai pas besoin que l'empathie de mon voisin cherche à égaler la mienne,
Cette empathie, nous l'avons à notre disposition, en commun. Ou ce sera celle de mon voisin.
C'est cela, le communisme.
Le communisme, ce n'est pas choisir pour se comprendre, une langue neutre et assez impersonnelle pour nous maintenir extérieurs à nous-mêmes. Le communisme, c'est choisir la langue de celui de nous deux qui a le plus d'empathie.