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La langue française
03 Février 2012
Par
Fedor Aliouslowensko
Autant "l'identité nationale" me heurte, autant j'aime la langue française et sa mystérieuse imprécision.
Avec d'autres, bien sûr, je m'abandonne
Mais leur chanson est monotone..." *
 Je m'abandonne" ... Tout ce qu'on peut en dire !
(Et c'est ainsi que cette langue s'enrichit de ce que d'aucuns nomment du verbiage ou bavardage, et qui est en fait une musculation : tout ce que l'on peut dire de ce "je" qui s'abandonne lui-même avec d'autres.)
*"La chanson de Prévert", bien sûr, de Lucien Ginsburg (Prévert et Cosma, je croîs).

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.
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La langue française se fait aussi peinture :
"Du rouge au vert tout le jaune se meurt
Quand chantent les aras dans les forets natales...
La fenetre s'ouvre comme une orange
Le beau fruit de la lumière."
Apollinaire
D'Apollinaire me trotte sans cesse en tête, en ce moment : "Dans les cours / les chats miaulent", dit à la maniére de Ferré : "mi-haulent".
Et les cafés gonflés de fumée crient tout l'amour de leurs tziga-anes
De leurs garçons vêtus d'un pagne, lalalaï, lalalaï...
Les démons du hasard selon
Le chant du firmament nous mènent
A sons perdus leurs violons
Font danser notre race humaine
Sur la descente à reculons........Soirs de Paris ivres de gin....
Et les tramways...
Et des chansons / Pour les (sirènes ? Murènes ?)
" Et quand finit l'indifférence " ...
Ô je voudrais tant que tu te souviennes
Cette chanson était la tienne...
De Prévert également :
Martyre, c'est pourrir un peu...
De Louise de Vimorin :
On se veut
On s'enlace
On se lasse
On s'en veut
.
Un point recommandé, deux fois, dont une par moi, j'aime.
" Je m'abandonne " ... à la bienveillance.
Oui "je" abandonne "moi-je" à... la bienveillance, dis-tu, au gré du vent qui passe et souléve les feuilles mortes, dans un bruissement léger qui, à son tour, évoque un buisson ardent. Terrible beauté, non ? que cet éclair au coin du feu.
Il est des compagnons merveilleux...
.
Moi aussi, j'aime ma langue maternelle. Je l'étudie depuis toujours, et je continuerai autant que je le pourrai. Mais j'aime aussiles dialectes de tel ou tel coin, l'argot ou le verlan, les parlers des métiers (Pierre Perret a écrit là-dessus un livre délectable), le langage unique de chaque poète. J'aime les formules frappantes d'écrivains, de savants, de penseurs, qui me font émerveillé de ce que cet instrument peut "rendre"
Et, voyez-vous, j'aime aussi les sonotrtés et les particularités des langues que j'ai pu entendre et un peu bafouiller (l'anglais, l'italien, l'espagnol, le russe, l'allemand). Chaque langue est "une manière de découper et reconstruire le monde". J'adore lire et entendre ces puits de science que sont Hagège, Eco ; les artistes de langue comme Prévert ou Michel Serres, ou Charles Trenet. Il y en a tant d'autres, on ne risque pas la pénurie.
mais, de plus, je me sens le devoir de savoir manier cet outil/arme de chaque jour, grâce auquel on peut "en venir aux mots, plutôt que d'en venir aux mains "(Alain Bentolila). Et , chers Fedor et autres, par-dessus tout, ia lioubliou outchiti (pas de caractères cyrilliques sur mon clavier). A bientôt le plaisir de vous lire.
Toutes les langues, bien sûr, cher Gilbert, tous les dialectes, et tous les signes du langage (j'aime aussi le langage des mains, la langue des signes qu'utilisent les sourds et muets), et les signes tracés dans le sable, tout ce que l'humain a inventé pour sortir de la solitude et du tête à tête avec cette question fracassante : qu'est-ce que je fais ici ?
Comme vous j'aime "baragouiner" (mais peut-être faites-vous plus que "baragouiner") l'espagnol, castillan ou catalan, l'italien ou l'anglais nord-américain. Mais quant à apprendre une langue... On m' a fait choisir, au temps de ma jeunesse, entre une "identité" française ou allemande. J'ai compris très vite, bien que je sois très lent, et parce que je suis très lent, que je n'aurais pas trop d'une vie pour approfondir la connaissance d'une seule, car une langue est faite de tous ceux et celles qui vous ont précédés. Le penchant de la vie m'emmenant vers la France -et la France de cette époque était faite, pour moi, de passeroses et de faïence, dans un petit jardin paysan du Poitou, ce fut la française. Je ne le regrette pas, même si je regrette de ne pas être assez doué pour connaître davantage l'allemande, la russe, l'espagnol, l'italienne, l'oc et la bretonne, le cheyenne, le sioux et le comanche et cette langue si musicale que l'on semble chanter au Bengale et celle que chante l'amant kirghiz de Djamilia...
(Claude Hagège, bien sûr. Et cet homme, dont j'ai malheureusement oublié le nom, créateur, je crois, du dictionnaire "Le Robert", et qui faisait de chaque mot un chemin de connaissance...)
Une édition participative qui vous inspirera peut-être, Gilbert.... Feuilletez en les pages, si vous avez le temps !
(c'est Alain Rey)
aimer la langue c'est aimer l'homme
aimer les mots, non pour le pouvoir qu'ils donnent - aussi - mais pour tout ce qu'ils laissent en chemin, c'est s'humaniser
C'était il y a longtemps.
Il y avait comme ça des heures entières, au bord du noir, à fleur de soir, comme une histoire en écorchoir.
Et puis l'idée d'abandonner, m'abandonner, tous mes penchants mis à céder.
J'aurais fini par incliner vers le coté des rêves brisés et oubliés.
Malheureusement, je suis un peu distrait.
J'avais oublié mon billet.
Comment se laisser aller sans laisser passer ?
Le laisser aller nécessitait un laisser retour.
J'ai un peu été pris de court.
Du coup, j'ai tout abandonné et j'ai continué.
Avec un vieil ami allemand, devenu citoyen américain mais assez polyglotte, même très polyglotte, nous nous amusions l'autre jour à chercher un équivalent à Raymond Devos dans une autre langue.
D'après lui, le génie de Raymond Devos ne peut exister qu'en français. Il a quand même pensé un instant au portugais, mais décidément, non, la langue française est unique!
:-)