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ECRASEZ LEUR LA TÊTE AVEC UN GOURDIN, JE VEUX DIRE AVEC UN SECRET.
'Toute lumière, comme toute limite, passe par les yeux : tant la clarté, au foyer clos, des songes, que l'étamine obtuse des lanternes.
Vecteur infaillible de l'homme au rat quand cette voix jamais refoulée, basse comme l'absence, répète : "Tu n'échapperas pas. Tu es parmi nous."
Fourche couchée, perfection de la mélancolie.
Successives enveloppes ! Du corps levant au jour désintégré, des blanches ténèbres au mortier hasardeux, nous restons constamment encerclés, avec l'énergie de rompre.
L'eau de ma terre s'écoulerait mieux si elle allait au pas."
René Char. Le Nu perdu"
Char rené ! L'assaut est imminent, de qui distribuait des baffes aux cafés de Montparnasse, Coupole confondue, du quai Conti les éminences et ceux qui soupiraient après une gloriole maladive. Nous y sommes, les impétrants s'empêtrent, la mesquinerie s'étale aux terrasses du Flore ou des Deux Magots (celui de gauche et celui de droite) et la germination germine, sous terre, toujours, mais c'est aujourd'hui underground.
Paix sous la bruine aux âmes de bonne volonté, discrètes, secrètes même, pour qui ne sait pas descendre jusqu'à l'heur des humbles : celles et ceux qui, un geste après l'autre, mettent des couleurs aux joues des enfants qui...
pleurent ? (Lou Reed : "Berlin")
Que le pet foireux du Grand Mammamouchi empeste les faux penseurs qui ne dansent même pas, sous les sunlights.
Sinon, on peut aussi lire et relire "Les hauts-quartiers", de Paul Gadenne.

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C'est bizarre, un ange.
Et je pense à :
"Je suis encore enfoui au sein des montagnes
solitaire comme une veine de métal pur
Je suis perdu dans un abîme illimité
dans une nuit profonde et sans horizon
Tout m'enserre et se fait pierre
et cette grande nuit qui ne semble jamais finir
me fait peur, me fait très peur"
Pippo Delbono.
"Je suis encore enfoui au sein des montagnes..."
Chaque fois que je relis ça, Marielle, je pense à Rilke. Il me semble l'avoir lu dans un de ses poèmes. Mais cela ne lui appartient certainement pas, les mots passent et se posent où ils veulent.
J'espére simplement que Pippo Delbono passera par la ville que tu sais.
Et, tu le sais, les nuits aussi ont une fin.
Tu as raison Pierre, j'ai vérifié, Pippo a utilisé le début du poème : Le livre de la pauvreté et de la mort (quel titre magnifique !), et en voici quelques vers qui suivent (le poème est long)
mais si c'est là ta nuit,
qu'elle me soit pesante,
qu'elle m'écrase,
que toute ta main soit sur moi,
et que je me perde en toi dans un cri.
Toi, mont, seul immuable dans le chaos des montagnes,
pente sans refuge, sommet sans nom,
neige éternelle qui fait pâlir les étoiles,
toi qui portes à tes flancs de grandes vallées
où l'âme de la terre s'exhale en odeurs de fleurs.......
Je donne le fin du texte, qui fait écho à la fin du spectacle : dans la nuit, une luciole comme tu dis :
Dans ce fruit peut entrer toute la chaleur
des coeurs et l'éclat blanc des pensées;
mais des anges sont venus comme une nuée d'oiseaux
et tous les fruits étaient encore verts.
Seigneur, nous sommes plus pauvres que les pauvres bêtes
qui, même aveugles, achèvent leur propre mort.
Oh, donne nous la force et la science
de lier notre vie en espalier
et le printemps autour d'elle commencera de bonne heure.
J'ai vérifié dans le texte du spectacle, Pippo D. dit s'être servi de plusieurs poètes, dont Rilke. Il cite aussi, entremêlé à son texte, Pasolini et Kafka....
Oui, "Le livre de la pauvreté et de la mort"...
"Les grandes villes sentent la mort"...
Mais le fait qu'il "emprunte" ainsi de-ci de-là me rend Pippo Delbono encore plus sympathique ; une démarche de vrai communiste surréaliste. Il n'y a pas droit de propriété privée sur les mots, les expressions, on les lance en l'air, le vent les emporte et elles retombent où elles veulent, ou bien où elles peuvent. Certaines terres sont fertiles, d'autres moins, et puis cela dépend des saisons qui passent, elles aussi.
L'arborescence des mots... branches, racines, brindilles, et des feuilles qui se détachent...
Mais d'après ce que je pense deviner, d'après ce que tu en dis dans ton billet, il me semble que Char et Delbono se seraient bien entendus. Je pensais au jeune Char, celui qui claquait les bourgeois rassis aux terrasses de Montparnasse, jeune colère décidée à se battre contre le confort conformiste prêt à tout accepter, y compris le plus ignoble. Je pensais à la trajectoire du Char du soleil qui passe par le maquis.
Et dans les débats picrocholiens sur Mediapart, quand est évoquée l'ombre de Mitterrand, je pense souvent que celui-ci aura fait une chose de bien, durant son régne : se déplacer pour rendre hommage à Char chez lui. Et non l'inverse.
Allocution de F. Mitterrand le 13 février 1983
... " Mais je demande qu'on me comprenne bien . Je n'invite personne à fermer les yeux sur le monde qui nous est donné aujourd'hui . Nous avons à le transformer , pas à le fuir , moins encore à le nier .
Sachons , face à lui , conserver les forces de notre étonnement . Pour reprendre la parole de René Char : " Nous ne serons jamais assez attentifs aux attitudes , à la cruauté , aux convulsions , aux inventions , aux blessures , à la beauté , aux jeux de cet enfant vivant près de nous avec ses trois mains et qui se nomme le présent . "
Ecoutons encore René Char et sachons regarder en face le soleil levant . "
Le lien ...
Maintenant (le soleil a aussi la largeur d'une main de femme), dehors, il se lève, le jour d'aujourd'hui. Pour l'instant dans la brume, plus tard la brûlure, peut être peut-être. Le rêve d'un légère brise matinale au souffle tiède, l'aube l'aurore.
En effet Pierre, ce Pippo est un fou-sage. Si tu voyais, sentais, la relation qu'il a avec la salle, avec "ses" acteurs, avec le texte, avec le corps (Antonino Artaud, comme il dit !) tu serais comme moi en train de sangloter, traversé de colère, de grands jets de fantaisie, de tristesse profonde, ....de vie toujours renouvelée.
Pippo fait son oeuvre de sa vie, intérieure, inconsciente, sociale et politique : c'est pour ça qu'il touche au vif, rien de cérébral (au sens de seulement ...) mais une grande élaboration, comme celle d'une pâte pétrie longuement, salée de larmes, sucrée de commedia.